e plus
hydraté avant de faire partie de l'économie vivante.
§ 3. — Distinction inutile entre les aliments d origine
végétale ou animale
C'est pour avoir négligé cette séparation des matières
alimentaires et des principes ahmentaires, que, de temps
immémorial, on a consacré la division arbitraire des subs-
tances usuelles en végétales et animales; de longs chapitres,
des discussions infinies ont été consacrés à la démonstration
DES ALIMENTS D'OIUCINE ANIMALE OU VÉOÉTALE. 7
de la supérioi'ilé du rc^inic végétarien sur le régime carné;
or il est prouvé par les analyses physiologiques el cliinii(pies
que les mèuies principes alimentaires se retrouvent dans les
deux l'ègnes, avec des caractères pariaitement identiques.
Albiiniinates végétaux. — Ainsi à côtiî des alhuniinates
de l'œuf, de la cliair musculaii'c, de la caséine du lait, de la
gélatine des divers tissus connectifs, on trouve l'albumine la
])lus pure dans divers végétaux, dans les graines comme
dans les fruits des légumineuses. La caséine végétale qui
existe dans ces mômes plantes et dans les graines oléagi-
neuses est difficile à distinguer de la caséine lactée. Dans les
graines des graminées il y aune substance très azotée appelée
gluten qui se rapproche singulièrement des albuminates.
Ainsi les éléments des deux genres de régimes présentent au
point de vue de leur composition la plus complète analogie
nous venons de le prouver pour les principes azotés; on ne
constate à cet égard que des diiïérences proportionnelles,
exagérées quant à la quantité d'azote dans les substances
animales, d'un taux moins élevé dans l'ordre végétal.
Fécules et sucres. — Quand il s'agit des espèces hydrocar-
bonées des deux règnes, les nuances s'eftacent plus encore ;
les matières sucrées et graisseuses se retrouvent partout. Le
sucre existe en nature dans la sève et les fruits d'un t»rand
nombre de plantes. La fécule forme la base des graines de
graminées, des légumineuses, de la pomme de terre ; de plus,
les substances amylacées subissent dans le tube digestif une
transformation presque complète en glycose, de sorte qu'à
vrai dire, les farineux et les sucres aboutissent au même
résultat nutritif.
Graisses végétales. — Les cori)S gras, de provenance végé-
tale ou animale, i)éiiètrent au contraire dans l'économie dans
leur état primitif, c'est-à-dire sous forme d'oléine, de pal-
mitine ou de stéarine. La butyrine et la caprine du beurre,
8 <:ii\p. 1. - nuT PHYSIOLOGIQUE m: i/\f-imi:ntation.
I(S «iraissos (1rs graines olnai^nncuscs sont ('i^alciiifni ;il)<or-
}3('cs en ii;iliii'(Ml;ms riiilcsliii; loiilcs les Substances ^n^isscs,
après avoir l'ail i)arlic des tissus corporels, s(! hrùh^nldans
réconoinie, et produisent plus que ton! an! re aliment la cha-
leur, c'est-à-dire le mouvement et la lorce.
S A. — li stliiiicii< vrai cni UtujntivH cIoNtinc » réparer
la clialeur de 1 «>r^aiiiNiiio.
Devant la similitude parfaite des aliments végétaux et ani-
maux et leur ressemblance avec les composés de l'organisme,
il est donc inutile de tenir un compte absolu des origines de
Taliment; il suflitde savoirque rien ne peut remplacer les albu-
minates, mais que tous peuvent être substitués l'un à l'autre ;
que la matière albumineuse provienne de la viande, d(^ l'œuf
ou du lait et porte alors le nom de musculine, d'albumine pure,
de caséine, ou bien que la substance azotée soit fournie par
les légumes secs ou les céréales, le résultat sera identique,
pourvu que les quantités d'azote relativement à l'oxygène
soient les mêmes, pourvu que ces albuminates par consé-
quent soient combustibles, oxydables dans l'organisme. Chez
les herbivores l'aliment azoté tire son origine des plantes,
mais s'adapte tout aussi facilement aux tissus de l'animal,
que la chair musculaire se fixe dans la trame des carnivores.
Il n'y a donc plus à s'émerveiller des effets du régime végétal
ou maigre; les progrès accomplis par l'analyse chimique
nous expliquent comment la vie peut se maintenir par Tusage
exclusif des substances végétales albumineuses; l'austérité
de certains ordres monastiques ne sera plus un problème
pour la science. Sans parler du régime maigre, composé de
pain, de lait, d'œufs, de poisson, de fromage, qui constitueune
diète richement albumineuse, iî y a un végétarisme composé
principalement de légumes secs ; on y trouve 15 à 20 p. i 00
LOI ni-: CONSEllVATION DES FORCES. 9
de fibi'inc végétale, de caséine, de léj^uininc associées avec
une quantité considérable de lecule; c'est une combinaison
qui n'a d'autre inconvénient (|ue d'exiger un estomac vigou-
reux; le deuxième système est le végétarisme viai composé
de légumes verts et d'iierbes; celui-ci mène infailliblement
à l'inanition.
Le régime vrai se composera toujours des éléments con-
servateurs de la force et de la matière.
§5. — Loi de ooui»cr\'ation de la matière et des forccM
En i789, Lavoisier découvrit les lois qui président à la
conservation, à la permanence de la matière; de tout temps
elle a été la même, et elle restera telle jusqu'à l'éternité; sa
destruction n'est qu'apparente, ce n'est que le passage des
éléments matériels à une autre combinaison.
Cinquante-quatre ans après Lavoisier, un médecin de vil-
lage, Mayer (dellcilbronn) jeta les fondements d'une loi bien
autrement comprébensive; d'un trait de génie il formula
la conservation intégrale des forces qui régissent le monde
inanimé comme le monde vivant. Dans tons les organismes
il y a des forces latentes, à l'état de tension qui se transfor-
ment sans cesse en forces vives ; les premières se trouvent
dans l'oxygène respiré, et dans les corps oxydables qui pénè-
trent dans l'économie sous forme d'aliments ; de ces oxyda-
tions il résulte la cbaleur et le travail mécanique; ce sont là
(outre l'éleclricité), les forces vives qui peuvent bien se
transformer l'une dans l'autre, mais dont la transmutation
est telle qu'il ne se perd aucune force, comme il ne se perd
aucun atome. Par Texpérimcntation, comme par l'observation
de tous les pbénomènes vitaux, de tous les faits pbysiques,
llehnbolz et Clausius en Allemagne, Joule et Tliompson en
Angleterre, Déclard, llirn, Regnauld, Verdet,Fabrc, Gavarret
10 CHAP. 1. mil" IMIYSIOLOGIQUK DK L'ALIMKNTATION.
cil l'VaiicLM)!!! fouiiii l;i (léiiioiisir.ilion la |iliis coiiiijlch! dci
CCS grandes vcillrs (}iii .s'a|)|)Ii(|ii('iil iiicrvcilIeuseiiicuL aux
traiislorinalioiis de la iiialirriî aiiiiiiôo.
§ (). — li stiiiiiciif |i(»iir 4^<re «•al«»ri{;<*iio (l«>it l<»iiJ4>iirN Olrc
MiiNeo|ililil<') d «txydatioii
L'alimoiit joue dans les transmiilalions un rôle prépondé-
ranl; il niainlicnt l'intéi^i'ité des tissus, produit la chaleur,
et préside ainsi au fonctionnement des organes les plus ini-
])ortants de la vie.
Déjà nous avons clierclié le principe alimentaire au milieu
des substances usuelles qui lui servent de gangue; après
l'avoir dégagé, après lui avoir restitué son autonomie au
milieu de ses origines si diverses en apparence dans les
deux règnes, nous pouvons maintenant fixer les conditions
qui valent aux divers composés quaternaires ou ternaires,
le titre d'aliments vrais. La question ne se pose que pour
les agrégats moléculaires; en effet les éléments chimiques
primordiaux, comme l'azote, le carbone, l'hydrogène et le
soufre, qui font cependant partie intégrante de tous les
tissus et liquides, n'ont aucune aptitude à jouer le rôle
d'aliments ; loin de là, à l'état d'isolement les corps simples
ne sauraient ni entrer ni rester dans le sang, sans en altérer
la tension, sans en compromettre la composition ; et quand
môme ils seraient absorbés ou inoffensifs, ils n'en seraient
pas moins incapables de refaire la synthèse des principes
constituants de l'organisme. Il n'y a pas à compter ni sur le
carbone combiné avec l'oxygène, ce qui constitue l'acide
carbonique si dangereux, ni sur l'azote qui ne vient jamais
sous la forme de gaz s'adapter à l'organisme, ni sur l'hy-
drogène qui fait partie des corps gras si utiles ; l'oxygène
seul fait exception ; mais loin d'être un aliment, c'est
L'ALIMENT DOIT TOUJOUUS ÊTHE OXYDAHLE. 11
lui (jni combiire raliiiicnt, là (3st son iiiiiiicnsc pouvoir.
L;i discussion doit donc portei* wni(|uoincnt sur les espèces
cliiiniques délinics. Comment deviennent-elles alinicntaires?
c'est à une condition absolue : c'est ({u'cUes conliciiiicnl en
regard de l'oxygène assez d'éléments primitifs, ou siujples,
pour (pi'ils puissent se brûler, c'est-à-dire s'oxyder; il se
développe ainsi de la clialcur (;t i)ar consé(|uent du mouve-
ment, c'est la caractéristicpie de la vie. L'aliment doit y
pourvoir par la combustion, par son énergie chimique ou
potentielle, tandis que les matières dont se nourrit la phuitc
comme les nitrates, l'eau, sont entièrement saturées d'oxy-
gène et par conséquent inefficaces pour la production de la
cbaleur. Dans la catégorie des pi'oduits insuffisants pour
produireles forces vives, ou faiblement réparateurs delà ma-
tière, on devra ranger tous les principes azotés non albumi-
neux,qui proviennent desalbuminates par voie de débouble-
ments ou d'oxydations successives; ainsi la créatine, la
leucine, l'acide urique et l'urée qu'on trouve dans les tissus
et surtout dans les liquides sécrétés sont à peine aptes à
subir des oxydations, à produire un certain degré de cbaleur
et tout à fait incapables de régénérer la trame vivante ((îau-
tier). Tandis que les albuminates présentent pour 1 atome
d'oxygène 3,3/-4 atomes de carbone, l'urée, qui est le der-
nier terme d'oxydation de ces albuminates et leur j^rincipal
décbet, n'a plus qu'un seul équivalent de carbone pour un
atome d'oxygène; tout en étant azotée elle ne peut plus
fournir ni cbaleur ni matériaux de restauration ; voilà pour
les principes azotés.
Les autres composés organiques subissent une décompo-
sition plus complète; les graisses, surtout les matières amy-
lacées, les sucres ne s'arrêtent pas comme les albuminates à
mi-cbemiu ; ils se consument entièrement en se transfor-
mant en acide carbonique et en eau (pii s'exbalenl par le
12 CHAI». 1. — mrr piivsioLOGiQri: dk i;am.mk?:tation.
poumon; a^ soni ddiic i\i'^ .iliinciils lliciinogèncs ; in.ii- là
ne se boriK^ pas le rôle des aliments.
s^ 7. — LcN cllvt^rs ïiliiiioiitvi 4»ii( (II%cr.H poiivoirn
réiKirîitciirN
Les aliments ne doivent pas seulement servir de combus-
tibles, mais ils doivent remplir une fonction réparatrice. Or,
sous ce rapport, la suprématie api)artient aux albuminates,
de telle façon cpi'on peut les considérer comme de véri-
tables reconstituants des tissus organiques. Mais ils sont loin
d'en avoir le monopole. Comme la trame vivante est surtout
formée par les matières albumineuses, on croyait pouvoir
estimer la valeur des aliments, d'après leur ricliesse en azote,
les autres ne devant servir qu'à la production de la chaleur.
Liebig" établit à cet égard une distinction fondée exclusivement
sur leurs usages respectifs; ceux qui à la façon des albumi-
nates sont destinés à la réparation et au développement des
tissus corporels seront les aliments plastiques, tandis que
les matières grasses, les fécules et les sucres, qui à l'aide
de l'oxygène servent à faire les frais de la calorification,
sont désignés sous le nom d'aliments respiratoires. Mais
quelque ingénieuse que soit cette division, elle ne saurait
cependant être appliquée ; en effet, les aliments dits plas-
tiques contribuent largement au développement de la cha-
leur par leur transformation en créatine, en acide urique et
surtout en urée. Berthelot a prouvé que les oxydations même
incomplètes, et que les déboublements des matières pro-
duisent souvent autant de calorique que les oxydations les
plus complètes. Il y a plus ; ces ahments plastiques peuvent
se dédoubler en graisses et en urée (Voit), ou se métamor-
phoser en sucre, et devenir par conséquent des aliments
respiratoires. Lorsqu'on nourrit un animal exclusivement
DES EFFETS DES ALDUMINATES SUR L'ORGANISME. 13
avc(' la fibrine ou ralhiuniiuî, on retrouve dans le l'oie de la
matière glycogène qui se change en sucre de raisin, et (jiii n'a
])u se foi'Hier, comme l'a démontré Claude lii;rnard, qu'aux
dépens de l'albuminate ; les cellules anatomiques peuvent,
sous l'influence d'une accumulation excessive de matières
albumineuses, subir la dégénération graisseuse. A l'état
physiologique la graisse se retrouve en outre dans tous les
systèmes organiques; elle l'ait partie constituante dt3 nos
organes au même titre que les corps albumineux ; elle con-
tribue donc à la texture, à l'organisation des tissus; à ce
point de vue, elle est donc plastique ;les aliments gras qu'on
y ajoute peuvent devenir plastiques comme les albuminates
eux-mêmes.
Au résumé, tous les aliments peuvent et doivent fournir,
quoique dans des proportions diverses, souvent même
inverses, aussi bien à la restauration de la matière qu'à la
combustion des tissus de l'économie.
S o* — Des cfTcts de» alhiiiiiinate.s sur et scion
les organismes
L'albuminate est le seul aliment qui, étant aidé par l'eau
et les matières salines, puisse par lui-même entretenir le
mécanisme vital; il peut même remplacer la graisse et les
hydrates de carbone (sucres et fécules), tandis que l'inverse
ne saurait avoir lieu. Cependant la viande pure constitue
pour l'homme une nourriture tout à fait impropre, attendu
([u'il en faut une quantité démesurée pour subvenir aux frais
de hi nutrition. Un homme adulte qui prend pour se nour-
rir un régime mixte, élimine par jour 250 grammes de
carbone et 18 grammes d'azote; or, pour couvrir cette perte
de 250 grammes de substances carbonées, il lui faudrait
ingérer 2000 grammes de chair musculaire, celle-ci ne con-
U r.ll.M». 1. ~ lun IMIVSIOLOC.IQUK DE I/AUMKNTATION.
ItMi.inl <|ii(' l'2 \ 1 |). lOO (le, cai'hoiK^ F.;i (li'pcrdilioii de
l'a/.olc ol ;iii ('(nilr.iiiT l.ii'ucmciil ('()iii|)(3ns(je |);ir 51)0 ^i-;nii-
iiics de viande. — .Mais do r(; qiKi les alljimiiiiates (cliaii'
iiiiisciilaii'C, (Liiils, cLc.) ne suriiseiil pas à cause; de la masse
nécessaire, pour consliluoi' nu n'gime ralionind el eomplet,
il n'en est pas moins vrai ([iTil vaiil nneux dépasser la dose
strictement nécessaire, qui est d(i 1:20 grammes d'albn rui-
nâtes contenant 20 grammes d'azote pur; la résistance e( la
iorce de l'organisme sont manifestement augmentées i)ar
cette consommation qu'on considère à tort comme luxueuse.
Si la mesure déborde, on ne saurait en conclure que toute
la nourriture albumineusc se fixera sur les tissus de l'orga-
nisme pour les gorger de matière albumineusc.
Yoït a émis à cet égard une théorie des plus ingénieuses.
Après de nombreuses observations il est arrivé à établir que
les substances albumineuses du corps sont atteintes par la
décomposition dans des proportions très diverses, selon
qu'elles contribuent àla formation des tissus ou bien qu'elles
font partie des liquides, des sucs interstitiels, du sang lui-
même. Or, les organes solides ne sont soumis que pour une
petite part à la désagrégation, tandis que les albuminatesdcs
humeurs se détruisent et s'éliminent bien plus facilement;
c'est ce que Yoït appelle l'albumine de circulation, par op-
position à l'albumine fixe; l'urée, qui indique le degré d'oxy-
dation de ces albumines, semble donc provenir surtout de
l'albumine mobile. — Jusqu'ici il ne s'agit que d'une hypo-
polhèse. Yoici maintenant un fait d'observation bien plus
important; il est relatif aux pertes que subit l'organisme
selon son état antérieur, c'est-à-dire sa richesse ou sa pau-
vreté en albuminatcs. Lorsqu'on soumet à l'abstinence un
organisme bien et depuis longtemps pourvu de nourriture
albumino-musculaire, il perd le premier jour cinq fois plus
d'albumine qu'au bout de quelques jours, et cependant le
DES EFFETS DKS ALHIMINATES SUR L'OHCANISME. 15
poids rorpoicl n'a pas diiniiiiK'; au (l(''l)iil, dans uik; propor-
tion cinq l'ois [)lus loiLc ({uc i)liis laid; on p(;iit conclure de
là que le premier jour de diète il existe encore une quantité
notable de la [U'ovision alhumineuse mobile, «pii l()nii)e plus
rapidement sous le couj) de la désorganisation que ne le Fait
l'albumine adliérente. Si au ( ontraire l'organisme est pauvre
ou appauvri en albuminates, il va déchoir dès le premier
moment, ce qui n'arrive qu'après quelque temps chez l'indi-
vidu largement soutenu par le régime azoté. Il y a dans
l'énoncé de cette loi une explication pratique des consé-
({uences de la diète chez le fort ou le faible.
11 résulte de ces données qu'il est aussi facile d'augmenter
l'albumine de circulation, qu'il est diflicile d'annexer les ma-
tières albumineuses aux organes; ce qui prouve le premier
point, c'est que l'excès d'albuminates introduits dans l'éco-
nomie se traduit d'unemanière immédiate par l'excès d'urée,
provenant d'une combustion exagérée qui ne peut porter
que sur l'albumine libre, tandis qu'on ne peut obtenir qu'à
la longue et difficilement un surcroît de plasticité des or-
ganes; il semble donc qu'avec le régime fortement azoté,
l'organisme devienne un tonneau des Danaïdcs où tout
passe après combustion exagérée, et qu'il soit impossible de
fortifier la constitution de l'individu par ce moyen. En réa-
lité, si le régime carné jouit d'une réputation favorable, il le
doit aux circonstances individuelles et surtout aux moyens
additionnels.
Supposez un individu sain en bon état de nutrition; vous
ne sauriez avec cette alimentation riche accroître ses forces;
vous ne produirez qu'un surcroît de décompositions d'albu-
minates, et peut-être est-ce là l'origine de la sensation
d'énergie et d'activité qu'on attribue généralement à l'usage
(le la viande. Supposez, au contraire, un enfant ou un adoles-
cent en voie de croissance; malgré tous les préjugés vous
16 ('.MAI'. 1. — VA'i l'iiN^iOLOc.inri; di: i/aijmkntation.
ohliciidrc/. une ;icc('l('i';ili()ii de huis les iiioiivciiicnls de dr-
sassiiiiilalinii cl j»;ii- coiisimiuciiI de rc^oncraLioii. Voilà j)Our
les condilions porsoiiiudlcs. Maisr^o sonl surtout les aliments
adjuvants ({ui dccideronl de raiin'lioration physique; si on
veul favoriser rainiexion d'alhuiiMnc il importe d'y ajouter
des graisses, on des fécules, on du sucre; plus on prescrit
(raihuminates relativement aux hydrates de carhone, plus
ré(juilihre de nutrition s'élahlit rapidement, mais dès lors
les tissus ne fixent plus d'alhumines; si au contraire on
associe les corps ternaires en notahlc quantité avec une
nourriture azotée moyenne, Talhumine se fixe longtemps.
On peut s'en convaincre chez les convalescents, plus encore
chez les phtisiques qui se trouvent à merveille d'une riche
nourriture hydrocarburée et surtout chez les typhiques. Il
ne suffit pas de leur prescrire: bouillon, œufs, lait du cahier
traditionnel; ajoutez-y des hydrocarbures, et vous verrez
alors se modérer l'usure des albiiminates (Hoffmann).
Au résumé, l'alimentation albumineusc exclusive mène
infailliblement à l'inanition; l'albumine ou la fibrine pure
ne saurait à aucune dose soutenir à elle seule les forces ou
l'intégrité de l'organisme. Un chien nourri avec 40 grammes
de fibrine meurt au bout de trente jours (Magendie), et la
raison en est bien simple : l'albumine se détruit et se résout
en urée, si elle n'est pas additionnée d'espèces chimiques
qui la fixent ou corrigée par d'autres principes alimentaires.
8 0. — Aliments pseudo-albmnîncax. — Gélatines
S'il n'est pas possible de maintenir l'économie à l'aide des
albuminates seuls, ne peut-on pas compter pour les com-
pléter, sur leurs dérivés, qui sont eux-mêmes azotés et se
trouvent dans la nourriture de l'homme. L'expérimentation
nous a appris récemment que le corps a la propriété à l'aide
ALIMENTS PSEUDO-ALIiUMINEUX. 17
des produits inférieurs de dé(;om[)Osition des all)iiiiiinatcs»
eomme par exemple l'acide uri(|ue, de reconslruii'e des sub-
stances albiimineuses, pour peu qu'il inlervienne de graisse
ou d'hydrocarbure ; mais ce sont là des visées théoriques :
il est certain que i)armi les produits d'oxydation des albii-
minates il en est peu qui soient propres à rétablir le sUUn
quo de l'albumine; on ne saurait admettre ni la créatine, ni
la nucléine, ni la neurine, qui sont à peine résorbées par
rintestin; une exception doit être faite pour rasparaginc(?)
et surtout pour la gélatine qui sont facilement absorbées.
Gélatine. — Parmi les principes azotés le moins indiscu-
table c'est la gélatine, en raison surtout de sa présence dans
les aliments albumineux, de sa solubilité et de sa richesse en
azote. — Dans le premier quart de ce siècle elle était encore
considérée comme une substance animale des plus nutri-
tives ; puis en 1841 l'Académie des sciences nonuiui une
commission pour examiner cette question. MagendieetDarcet,
après de nombreuses expériences, conclurent à l'absolue non-
valeur de cette substance; on avait distribué en dix ans
(depuis 18^8) aux malades de l'hôpital Saint-Louis, près de
175 000 soupes de gélatine comme nourriture principale. Ce-
pendant William Edwards et Balzac mirent ces conclusions
en doute. Les recherches de Voit, confirmées par Panum
(18GG), démontrèrent en effet que les tissus gélatineux
forment de la gélatine dans l'intestin, s'y résorbent et se
transforment dans l'économie rapidement et complètement
en produits d'oxydation identiques à ceux des albuminates;
mais tandis que les albuminates sont emmagasinés ou utilisés
pour la croissance ou pour le rétablissement des tissus, la
gélatine ne s'annexe en aucune façon ; qu'on prenne de la
gélatine plus ou moins longtemps, l'azote est toujours éli-
miné par les reins ou les intestins, en plus grande quan-
tité que la gélatine n'en contient, ce qui veut dire qu'après
SÉE. V. — "1
18 CHAI». I. — r.rr I'hysiologiquk dk i/ammhntation.
cclh' iioiiiiit lire exclusive, Ii; corjis perd de son ;ill)iiiiiine,
laiidis (jiic ralliiiiiiiiiiili', dans des eoiidiLioiis déhMaiiim't'Sj
liiiil |iar élahlir entre les perles et les r(;eettes d'azote lUKi
véi'ilal)le é(juatioii.
Mais il n'en est pas moins vrai que la gélatine associée aux
alhuniinates économise nctiement les albuminates, et con-
stitue un véritable moyen d'épargne; si vous prenez beau-
coup de gélatine, il suffit de peu d'alljuminates pour main-
tenir l'iMjuilibre ; cette condition se réalise prccisémcnl
dans la nourriture usuelle, et elle est indispensable, car la
gélatine ne s'annexe jamais et ne saurait prendre décidé-
ment la place des composés albumineux. Voici la preuve
expérimentale de toutes ces données : Un cliien de 29 kilo-
grammes 1/2 est nourri pendant trente-cinq jours à l'aide
de 150 grammes de viande, autant de gélatine, et autant de
fécule, plus 5 grammes d'extrait de viande ; le poids corporel
se maintient au même point. Au contraire un autre cbien de
26 kilos, qui prend 200 grammes de gélatine, 250 grammes
de fécule, 100 grammes de graisse et 22 grammes d'extrait
de viande, mais sans addition d'albuminates, meurt le tren-
tième jour (Yoït). De ces expériences on peut conclure à
l'extrême utilité de l'addition des substances gélatineuses à
la nourriture albumineuse ou musculaire.
Asparagine. — Zuntz, Muntz et Weiske sont arrivés à
conclure, après des expériences très précises que Tasparagine
qui est très répandue dans les légumineuses, les céréales,
et surtout dans la pomme de terre ressemble comme moyen
d'épargne à la gélatine.
§ 10. — Aliments gras
Nous venons de voir que les corps azotés mais non albu-
mineux, comme par exemple la gélatine, ajoutés à la nour-
ALIMENTS (;i;AS. lu
liliut' poiivont bien aider à réduiie Fusure dos alijiiiiiiiiales,
sans ai river à les remplacer dans l'alinientalion. Les corps
inazotés ou ternaires, les graisses et les hydrates de caihonc
ont le même pouvoir. — Liebig ne leur avait assigné que la
propriété calorigène, en leur déniant tout effet reconstituant,
et cette conception semblait justifiée par les recherches de
Magendie, qui vit succomber rapidement les animaux exclu-
sivement nourris par des substances non azotées, telles que
les graisses, les huiles, le sucre, etc. Mais ce n'est pas là une
preuve de leur inutilité.
La présence des graisses dans l'alimentation a deux effets
remarquables :
1° Sous leur influence les albuminales se perdent moins,
de sorte que l'organisme peut économiser l'albumine, ce qui
n'a pas lieu sans l'action des corps gras ; ainsi 1500 grammes
de viande au lieu de se décomposer totalement ne fourniront
plus que [A^îl grammes de déchets, si la nourriture est addi-
tionnée de 100 à 150 grammes de graisse ;
2° Une autre conséquence bien plus importante est celle-
ci : l'équilibre s'établit facilement entre la recette et la
dépense d'albuminates quelque minime que soit l'entrée, dès
qu'on y ajoute une certaine quantité de graisses. Ainsi un
chien en prenant 1200 grammes de viande seule par jour
perd encore de l'albumine corporelle ; avec 500 grammes de
chair et 200 grammes de graisse, le bilan nutritif se rétablit
rapidement.
Chez l'homme il en est de mémo. Ainsi Rubner observe
sur un individu qui prenait journellement 1 435 grammes
de viande contenant 48^', 8 d'azote, une déperdition de
50o',8 d'azote par les reins. Un autre sujet consommait
journellement 23'', 5 d'azote sous forme de viande et de
pain; (juand on y ajouta iOl grammes de graisse, il n'éli-
mina plus que 19 grammes d'azote le deuxième jour. Une
20 ciiAp. 1. l'.rr piiYsioLor.iorK in: i/alimkntation.
|H'lilt' (juaiilih' (r.ilhiiiiiiiic iiddilioiiiK'c do graisse siilliL
donc pour niaiulcnir la coiisliUilion alljiuninousf; du corps.
Il n'y a (railleurs pas qiK; la graisse aliiiiciilainî (|iii ap;issc
comme i)réscrvalirdcs i)erles d'albumine; la présence d'imc
L^rande (piaïUité de graisse dans les réservoirs adipeux du
corps (tissu sous-culané, mésentère, etc.), agit dans le même
sens, et Tinanilion se produit moins rapidement chez les
obèses que dans l'état de maigreur.
(Juelle que soit d'ailleurs son oiigine, la graisse, contrai-
rement aux albuminates, se décompose très difficilement;
lorsiju'elle est d'origine alimentaire elle ne se brûle qu'en
petite quantité, et se dépose en partie dans les tissus et les
organes. Il n'y a ({u'une seule condition physiologique qui
en favorise la destruction; c'est le travail musculaire; par
un exercice énergique la décomposition de la graisse peut
dépasser trois ou quatre fois celle qui a lieu au repos. Avec
la graisse le muscle peut manifestement augmenter sa con-
traction, et plus il travaille, plus il consume de graisse. Ainsi
tandis que l'albumine veille à la construction et à la pro-
priété fonctionnelle de la machine, les corps gras sont
comparables au combustible dont la consommation est
nécessairement proportionnée à la production de la force
musculaire,
§ 11. — Aliments féeulents et sacrés
Un autre groupe de corps non azotés est formé par les
hydrates de carbone, c'est-à-dire parles fécules et les sucres
qui ne s'amassent jamais dans le corps; ils se distinguent
par leur remarquable propriété de se décomposer rapide-
ment dans l'organisme, au repos comme pendant le tra-
vail, et de se brûler complètement jusqu'aux dernières
limites, c'est-à-dire jusqu'à la formation directe, immédiate
ALIMENTS FÉCULENTS ET SUCRÉS. 21
d'acido carl)oniqiie et d'eau. Abslraclion faite de ce privi-
lège, les liydiates de carbone ont une grande analogie
avec les graisses, et, connue elles, ils enrayent le mouve-
ment de dénutrition, c'est-à-dire la désassimilation des albu-
minates. Sans les matières féculentes et sucrées, il semble
impossible de maintenir le corps liumain dans son intégrité.
Si on continue la comparaison entre les graisses et les
liydrates de carbone, et si on examine leur effet respectif sur
l'usure ou l'annexion de la graisse corporelle, on arrive à
constater avec Pettenkoffer et Voit que 170 à 180 grammes
d'bydrocarbures équivalent à environ 100 grammes de
graisses ; en donnant, par exemple (la quantité d'albuminates
restant la môme à 400 grammes), d'une part, 344 grammes
de matières amylacées, et, d'autre part, 200 grammes de
graisses, le corps s'assimile 45 parties, et dans la deuxième
expérience, 41 parties de graisses; le résultat est donc à peu
près identique malgré la grande différence des doses ingé-
rées. Liebig expliquait le fait en disant que l'action des
deux groupes non azotés pouvait se mesurer par la quan-
tité d'oxygène nécessaire pour les brider entièrement et
les transformer en eau et en acide carbonique. D'après
ses conjectures, 100 grammes de graisse consommeraient
autant d'oxygène que 240 grammes d'iiydrates de carbone;
mais ces cbiffres, qui ont longtemps servi de base aux éle-
veurs pour établir un calcul proportionnel entre les deux
genres de substances non azotées, ne reposent sur aucune
donnée positive.
Au premier abord, il semble que la facile décomposition
des fécules et des sucres en acide carbonique et en eau doive
faire disparaître tout l'oxygène consommé pour la formation
de l'acide carbonique qui est expiré par les voies pulmo-
naires; s'il en est ainsi, on peut dire que l'individu respire
main tenant non plus aux dépens de ses tissus, mais des
e2 c.iiAP. 1.— mr l'll^sl()I.o(;In^^: dk i/ammkntation.
rt'rnli's-siiri'cs (jiii, en cnVl, coiilril)!!!'!!!, sin^iili<''r(Mii('iil ;'i la
r('Sj)irali()n dtis muscles, (•'(3sl-à-(lii(' à la foiMiial i(»ii liii I ra\ail
inccaiii(ni(î. Mais il y a là une cxa;^('iali()ii (''vidciilc : Toxyi^ùnc
ne sci'l pas s(Mil(Mii(Mil à la combiisliou des rôculcs-siif'ivîs ;
il est aussi misa coiilrihiiliou pour l'oxydation des «^l'aisscs
(H des alhiiminalos, aliii de l'ormor l'eau avec riiydi-ot^rne;
il est iiKMiKi nlilisr eu })arlio dans la rombustion d(îs alhu-
minatcs pour, avec le soulVe, former de l'acide suiruri({uc.
Ainsi l'usure rapide et complète des fécules-sucres ne suf-
lit })as à la formation de la chaleur, c'est-à-dire des forces.
11 existe un facteur bien plus puissant de la calorificalion.
Depuis les belles recherches de Piubner,on saitque la graisse
constitue le véritable calorigène; 100 grammes de graisse
produisent autant de chaleur que 211 grammes d'albumi-
nates et que 232 grammes de fécules. J'en conclus que les
graisses conservent et développent plus de forces que les
autres aliments, mais que leur pouvoir combustible se déve-
loppe plus lentement, et à mesure des besoins de l'économie.
Cela est vrai pour les graisses introduites et pour les graisses
corporelles.
§ 12. — Traiî.sforuMatîon des fcculcs-sucrcs eu grai.*>».sc
Dcdoiiblciiicnt des nlbiiiuiuafcs en graisse
La valeur calorifique et nutritive des fécules-sucres se
trouve singulièrement rehaussée, si on admet, avec les éle-
veurs et les chimistes physiologistes, la transformation de
ces aliments en graisse. Une première opinion, basée sur
l'expérience, avait démontré depuis longtemps que l'engrais-
sement se manifeste invariablement dans les organismes
des herbivores, et même de l'homme, par suite de l'usage
d'une grande quantité de corps féculents ou sucrés. Liebig
a soutenu vi2:oureusement la théorie de la transformation
TRANSFORMATION DKS Fl'CLLKS EN CRAISSK. 23
lies doses massives de leciilc et suri oui do sucni en paraisse;
el celle genèse de. l;i inalièrc gias.S(3 a élé inainlenue par
Dumas el Milne-Edwards. Dans ces siiraliinentalions f«jcu-
lenlcs ou sucrées, on ne relrouve plus, en clïot, dans les
produits d'climinalion, aulant de carbone que n'en contien-
nent les matières et les albuminates introduits dans Vovixix-
nisme; le carbone se serait donc transformé en graisse.
Une opinion diamétralement opposée a été soutenue par
Boussingault, qui considère que toute la graisse qui se dé-
pose dans le corps est introduite en nature. En gavant les
canards avec du riz, cet éminent observateur constata qu'ils
restent maigres tant qu'on n'ajoute pas au riz une petite
quantité de beurre; il a remarqué, en outre, que les vaches
laitières n'éliminent de graisse par le lait que la quantité de
corps gras contenus dans le fourrage. Celle manière de voir
parut gravement compromise lorsque le célèbre éleveur
d'abeilles, lluber, trouva qu'elles continuent encore à for-
mer de la cire lorsque depuis longtemps elles ne se sont
nourries que de sucre pur. Ce fait sembla décisif en faveur
de Liebig, mais il subit, en dernière instance, une autre
explication.
Au point de vue physiologique, la question se pose, en effel,
d'une manière différente : PetlenkofiT et Voit démontrent
qu'en ajoutant à -400 grammes de viande 250 grammes de
fécule contenant 93 grammes de carbone, on relrouve dans
les produits éliminés 14-8 grammes d'acide carbonique; or,
cet excès de carbone expulsé ne peut provenir que d'une autre
source, c'est-à-dire des 400 grammes de chair musculaire;
d'une autre pari, l'élimination d'acide carbonique est pour
ainsi dire immédiate et proportionnée à la dose de matière
amylacée, tandis que les graisses prises modérément ou en
excès ne s'oxydent que partiellement dans le corps, ou s'y
-déposent définitivement; ce n'est donc pas la graisse qui four-
t'I r.llAP. 1. — RUT PHYSlOLOr.IQUK OK I/ALIMENTATION.
nil alois Tacidc carbonicfuc. I.a sonroo de c.ornhiislion ne
jxMil rli'c <|ii(' ralhiimiiio-lihriiio ; en voici la preuve : c'est
lin cliii'ii ([iii piciid 800 ^l'aniines de viande, oV.) ^laiiiiiies de
recule, la suhslance inusciilaire se lirùh; dans la pi'oportion
de nos oi'ammes sur 800 grammes, et la IV'cule entièrement;
qu'en résulte-t-il? 55 grammes de graisse annexée. On est
donc en droit d'en conclure que les matériaux chimiques
de rengraisscment, même en présence des matières amy-
lacées, proviennent en tout ou en partie des molécules de
Talbumine détruite; c'est que, en effet, au moment de sa
désagrégation, l'albuminate se transforme, d'une part, en
urée, et d'une autre part, en graisse. A quoi servent donc
les matières amylacées? Je réponds avec Voit : leur prin-
cipale fonction, c'est la formation immédiate de la chaleur
et du travail mécanique; leur destination n'est pas l'an-
nexion à l'organisme sous forme directe, ni sous forme de
graisse, celle-ci provenant surtout des matières albumi-
neuses en voie de dédoublement.
Si on adopte cette conclusion toute expérimentale, on com-
prendra facilement pourquoi les abeilles de Iluber peuvent
faire de la cire avec du miel seul ; elles usent leur provision
de graisses et d'albuminates corporels.
Si on applique ces données à l'engraissement, l'expérience
de Boussingault sur les canards qui maigrissent par les ma-
tières amylacées et engraissent par le riz additionné de
beurre, se trouve expliquée; les moyens d'engraissement
contiennent des hydrates de carbone, des albuminates et de
la graisse; ces deux derniers groupes sont employés à la
formation des tissus; les matières amylo-sucrées sont entiè-
rement usées par et pour la respiration ; elles contribuent
à l'adipose en permettant à la graisse de se déposer, car si
elles ne sont pas mises en usage, la graisse subira fatalement
l'oxydation. Tous les éleveurs ont observé que, pour obtenir
TRANSFORMATION DES J^ÉCULES EN GRAISSE. 25
un engraissement rapide, il faul une nourriture de grains
riclies en graisse, comme le maïs, qui contient 5 p. 100 et
môme 9 p. 100 de graisse, ou bien il faut ajouter aux ali-
ments d'engraissement des substances très graisseuses
comme le lait.
Une dernière preuve de cette transformation des corps
azotés en graisse a déjà été fournie, il y a plus d'un demi-siècle,
par Clievreul; on trouve souvent dans le cadavre une sorte
de corps gras, appelé adipocire; c'est, d'après l'illustre chi-
naiste, un mélange de savon et de chaux, provenant de la
graisse corporelle, pendant que les substances azotées se
sont détruites par la putréfaction; mais comme le môme
fait se produit aussi sur des cadavres maigres on est en
droit de supposer la transformation des tissus corporels en
graisse.
On peut formuler ainsi l'opinion physiologique; les ma-
tières amylacées ou sucrées favorisent la transformation en
graisse. Mais voici une nouvelle édition de la théorie de
Liebig, soutenue aussi par Dumas; des physiologistes distin-
gués, Soxhlet, Schultze et récemment Chamiewski, démon-
trent que les substances amylacées peuvent être transfor-
mées en graisse d'une manière immédiate sans provoquer
au préalable le dédoublement des albuminates. Ce dernier
expérimentateur prétend même que pour l'engraissement
des oies la meilleure proportion des hydrates de carbone en
regard des principes azotés est de G à 7 pour une partie
d'albuminates, et que les trois quarts de la graisse obtenue
proviennent des matières amylacées. Or il résulte de là qu'il
faut intervertir la proposition de Voit, qui attribue toute la
graisse aux albuminates dédoublés, mais qu'on est toujours
obligé de reconnaître ce dédoublement en plus ou en moins,
— c'est ce qu'il fallait établir.
Je résume cette discussion. Les matières amido-sucrées
26 CHAI». "2. — SUIÎSTANCES L'SUELLKS.
oui nnr Irijilc fonc-lion; ajouircs ni (jiiMiililés excessives au
ré^iiiic ;i/.()Lc (r<'iilr(;li('ii, elles ravoi'isciil la (lésa^■|VJ,^'llioIl
des alliiiiiiiiialcs m \i\'n\ oL en .m'aisse; en second li''ii, dans
ces condilions, 1(îs mêmes matières i)euvenL Mihir une
Iransloi'iiialioii en i^raisse; ciiliii, prises à doses modé-
rées, elles préservent l(;s allmiiiinati^s de leur destruc-
lioii, l)ion mi(Mix (|iie ne 1(^ lail la graisse; les alhinninates
ainsi pioléL;és par \cs hydrates de carbone sont en moyenne
de p. 100 (Yoït). En com[)arant ces données avec les ori-
gines de la graisse elle-même, on peut dire que celle-ci pro-
vient soit des albuminates dédoublés, soit des corps gras
directement ingérés, soit (mfin des matières féculentes ou
saccharines.
CHAPITRE 2
DES SUBSTANCES ALIMENTAIRES USUELLES
CLASSIFICATION PRATIQUE
Il n'existe pas im aliment, ni une substance alimentaire
qui puisse chez un homme adulte et sain suffire à l'entretien
de l'organisme; nous l'avons prouvé pour les aliments les
plus utiles, les plus indispensables, tels que les principes
albumineux; la preuve en est encore plus facile à fournir
pour les substances alimentaires. La connaissance exacte
des espèces chimiques que contient chaque substance usi-
tée servira nécessairement à fixer les combinaisons et les
correctifs que la ration alimentaire exige dans chaque cas
déterminé; mais ces notions théoriques n'atteignent pas
encore le but; il faut tenir compte de Vétat de chaque espèce
chimique dans le comestible. L'albumine de la viande ou du
lait se trouve pour ainsi dire à nu et se digère facilement;
CLASSiriCATlON DKS SUI^STANCKS USL'ELLKS. 27
ollo est cnclicvùti'éc au contraire dans la masse des matières
amylacées, du pain ou des lc!:;u mes secs, et ne trouve que dif-
ficilement son dissolvant cliimiquo. C'est donc la question
d'extraction, de digcstibilité et suitout d'assimilahilité qui,
pour chaque composé nulrilif, vi(3nt sans cesse compliquer
le problème des associations utiles destinées à former la
ration d'entretien.
Les substances principales du régime méritent par consé-
quent une analyse qualitative, une détermination numérique
de leurs éléments constituants. Au premier rang de ces
matériaux se trouvent les viandes qui doivent la plus grande
partie de leur action à la myosine, comme l'œuf à l'albumine,
et finalement aux pcptones qui résultent de la transforma-
tion des albuminatcs. Un autre genre est constitué par un
mélange complet des trois genres de principes alimentaires,
c'est le lait. Au troisième rang figurent le pain et les légu-
mes secs, qui forment la transition entre le lait et les corps
amylacés, car ils sont azotés au moins au dixième et forte-
ment carbures. Puis vient à la quatrième place la catégorie
exclusivement carburée et privée d'azote, des fécules pures
comme le ri/ et la pomme do terre. Une cinquième classe
comprendra les légumes lierbacés, qui sont formés surtout
par la cellulose qui est à peine digestible, et par les sels de po-
tasse qui ont leur utilité. Les fruits n'ont de valeur nutritive
que par les principes sucrés. Eniiu un chapitre spécial est
réservé aux substances minérales, à l'eau, aux liquides
alcooliques et caféiques d'usage physiologi({ue, qui ne sont
soumises à aucune des lois de la digestion des aliments so-
lides.
Voici l'essai pratique de classification :
S8 Cil AI». '2. — I)i:s SUBSTANCES USUELLKS.
Pr<>iiil4>ro Méri<)
Substances albuminciiscs otalbuminoïdcs.
Ti/pes principaux. — Viandes, œufs, gélatine.
Dciixiènic scrio
Aliments dits complets comprenant les trois principes
chimiques, à savoir : l'aliment azoté (caséine), la graisse
(beurre), le siicre. Le lait en est le seul type.
Troi«!iiènio série
Matières à la fois azotées et féculentes.
Types. — Pain, légumes secs.
Quatrième série
Matières exclusivement féculentes.
Types. — Riz, pommes de terre.
Cin«|uièine série
Substances inertes ne contenant que de la cellulose et des
sels ou des matières sucrées comme les fruits.
(Légumes verts, salades.)
CLASSIFICATION DES SUliSTAN'CES USUELLES.
PREMIÈRE SÉRIE
SUBSTANCES ALIMENTAIRES AZOTÉES
OU ALDUiMINEUSES
§ 1 . — Des viandes
La chair, qu elle provienne des herbivores ou des animaux
sauvages, ou du poisson, se compose de fibres musculaires,
de tendons, graisses, vaisseaux et nerfs. Les éléments prin-
cipaux forment une série d' album Inates (myosine); en
deuxième lieu, des substances gélalineuses qui, par la cuis-
son, se transforment au moins partiellement en gélatine et
se trouvent surtout dans la chair des animaux jeunes; en
troisième lieu, des corps stables non albumineux, parmi
lesquels il faut d'abord signaler la matière glycogène, mais
qui n'existe que dans la viande fraîche et n'est représentée
dans la viande légèrement ramollie après son contact pro-
longé avec l'air que par les dérivés de la matière glycogène,
c'est-à-dire par le sucre et l'acide lactique. Un autre corps
hydrocarboné et sucré, c'est Tinosite qui ne subit pas comme
le sucre la fermentation alcoolique, mais se transforme en
acide lactique.
En quatrième lieu, toutes les viandes contiennent de la
graisse qui, chez les animaux engraissés peut monter au
tiers et même dans la viande de porc gras jusqu'à la moitié
dupoids. Dans le tissu de la peau la quantité de graisse varie
de 700 à 900 p. 1000. Lorqu'il s'agit de la graisse intra-mus-
;tO CM A p. ti. — SUBSTANCES USUELLKS.
riilairc (|ni ne jiciil [)as AIit* ('cMrh'c, la viande iTcsl jamais
absoliiiiKînl maigre; ainsi la diaii- de cfMlains poissons,
coimii»'. le saumon, raiiLiiiilIc, passe pour imlij^cste; les
i^M'aisscs inlorsliliellcs (h; la viamli! di; houclicrio sont cc-
pciidaiil bien supportées [)ai' riiomiiicà TcLat sain (Ruhnor).
En cinquième lieu, nous trouvons dans la viande une série
de corps azotés qui ne sont pas dcr^ alhuminates, ])ailiculiè-
rcment la créaline, que Clievrcul découvrit dans le suc de la
viande; cette créatine, traitée par l'eau de baryte, se décom-
pose en sarcosinc, peu connue, et en urée qui constitue le
principal décliet azoté et s'élimine par Turine. Si au con-
traire la créatine est cuite avec les acides, elle perd 1 atome
d'eau et se transforme en un autre principe appelé créa-
linine qu'on retrouve constamment dans le bouillon. — Une
simple mention suffit pour l'iiypoxantine qui s'élimine par
les reins, et pour la carnine que Illasiwetz et Weidel ont
constatée dans les extraits de viande.
En sixième lieu, on trouve dans la viande, outre les ma-
tières organiques que nous venons d'énumérer, une quan-
tité de principes inorganiques, dont les plus utiles pour
la nutrition sont les phosphates; il est à remarquer, à cet
égard, que la masse principale des phosphates de la viande
est constituée par le phosphate de potasse; or les sels de
potasse et les sels de soude sont très diversement répartis
dans le sang et dans la chair musculaire; dans le sang
on voit prédominer les sels sodiqucs, dans la viande les
sels de potasse, et leurs rapports réciproques sont à peine
marqués. — En dernier lieu il faut tenir compte de l'eau qui,
d'après les meilleures observations, constitue dans les
viandes dépouillées de la graisse apparente de 760 à 790 par-
ties pour 1000.
DES MANDES. 31
^ :2. — Cuiiiito.silion des (livcr.so.s espèces de vi;iud('M
La xiando des ruminants et surtout du hunif en^n'aissé,
âgé de (juatre à cinq ans, constituent l'aliment le plus digcs-
liblc el le plus assimilable; elle conlient lors de l'engraissc-
menl 171 parties de substance azotée, 270 de graisse, 20 de
tissu gélatineuxet540parties d'eau. Le bœuf maigre renferme
à poids égal 200 parties de principes azotés, seulement
15 grammes de graisse, et par contre 705 d'eau. — Sous le
rapport de leur composition les diverses régions musculaires
de l'animal présentent des différences marquées; le quartier
d'arrière a le plus d'albuminales (208), le taux moyen de
graisse (233) et le moins d'eau (550).
La viande de mouton se distingue de la viande de bœuf,
par une consistance moindre, par sa ricbesse en corps gras,
parmi lesquels se trouve une glycérides/é^ri^ne, tandis que les
graisses de bœuf sont formées en outre, pour les trois quarts
par les glycérides d'acide palmitique et d'acide oléique,
faciles à digérer; le train postérieur du moulon gras contient
jusqu'à 430 parties de graisse pour 1000; dans la même
région du bœuf il n'existe que 233 de graisse, et dans la viande
de vaclie tout au plus 77 p. 1000. La cbairdu veau, lorsqu'il
a été sacrifié à l'agc de trois à quatre semaines, présente
une prédominance du tissu cellulaire qui, par la cuisson,
se transforme, quoique difficilement, en gélatine; on y trouve
peu de graisse, 171 à 210 parties d'albuminales, 700 à
750 d'eau; en un mot, moins de substances digestibles que
dans les viandes du bétail plus âgé.
Dans la cbair du jporc, les fibres musculaires sont tendres,
mais remplies et entourées de graisse, dont le total varie de
280 à 4G0 pour 1000. La volaille, quand elle est jeune et
grasse, fournit un aliment de facile digestion; elle contient.
3t CHAI». 2. — SUnSTANCKS USUELLKS.
(T.ipi'os Kùiii»;, OrWl(; ^n'aissc pour 1000, IcSi (r.'ilhiiiiiiii.ihîs cl
700 parties d'eau. — 11 laiil \ .ijoiilci- une (jii.iiilih' iii;ir(jiiéc
de {gélatine provenant de la décoction d(î la ])caii, surtout
des volatiles Ayés. — Le (jihier (perdivim) olï'r(; à peine
quelques traces de graisse, mais il renl'erme jusqu'à 250 par-
ties d'albuniinates pour 1000. La ( li;iii du gibier, en général,
a une consistance qui augmente avec l'âge de l'animal sau-
vage, et réclame l'intervention complète des sucs digestifs,
à moins qu'il ne s'y développe des substances odorantes,
qu'on considère alors comme très fortifiantes et excitantes.
Au résumé, la viande de ba^uf présente les meilleures
proportions d'eau, de principes azotés, de gélatine et de
graisse; la viande de mouton s'en rapprocbe, mais contient
trop de graisse ; les viandes dites blanches et légères sont
d'une digestion plus difficile en raison de la gélatinisation
incomplète du tissu cellulaire, dont une grande partie est
réfractaire à la digestion.
La cbair du poisson est d'autant moins hydratée qu'elle
est plus grasse; les corps gras y sont extrêmement variables
comme quantité, comme goût, et, chez certains poissons,
tels que le hareng, il y a, dans la saumure, un principe
appelé triméthylamine, qu'on avait vanté ou plutôt tenté
contre les rhumatismes. La difficulté de digérer certains
poissons tient peut-être à ce genre de substances, certaine-
ment à l'excès de graisses, et surtout à l'absence du suc
musculaire ou jus de viande; mais cette chair étant digérée
n'est pas moins nutritive que celle du bétail. Voici, en effet,
la composition des principaux poissons, et la comparaison
chimiquede leur chair avec celle des mammifères. Le saumon
contient sur 1000 parties, 150 de substances azotées, 60 de
graisse, 285 de principes non azotés et 13 grammes de sels;
le reste c'est de l'eau; — le brochet contient plus d'albumi-
nates et moins de graisse ; — le maquereau se rapproche du
DES VIANDES. 33
saiiiiioii, cl rani^uillL; cuiiliciil jiis(|ii'à ^80 p. 1000 de f^raisso.
Si on iiict en parallèle l(;s tissus du poisson et ceux des ani-
maux de bouchorio, on voit (juc la somin(; totale dans la
viande noire est de ^00 à il\l iralhuiiiine et de lihi'ine,
tandis que la chair du har est représentée par 1(S0 de prin-
cipes albumineux; donc moins de fibrine, plus d'albumine et
plus de gélatine que dans la viande de bœuf.
§ 3. — Viandes rùtiox, .saignantes c( crues
La viande qui sert de nourriture est toujours bouillie ou
rôtie ou saignante, c'est-à-dire presque crue chez l'homme
sain; elle est souvent utilisée à l'état cru dans les maladies.
Par la coction nous sommes sûrs de nous préserver des para-
sites, des trichines, du ténia, des bacilles, et des principes
contagieux. On connaît par expérience les migrations des
parasites ainsi que les transformations (ju'ils subissent en
passant d'un organisuKî au nôtre, et personne ne songe plus
à manger du porc cru depuis que les épidémies de trichinose
ont envahi certaines parties de l'Europe. L'usage du bœuf
cru provoque souvent le développement du ténia. La décou-
verte récente des bacilles de la tuberculose, qui atteint sur-
tout les vaches, peut-être le bœuf, et se localise d'ailleurs
plus dans les poumons et les glandes que dans la chair
musculaire, ne permet plus le moindre doute sur le danger
de la viande crue et sur la destruction des microbes par la
cuisson; la chair de la vache pommelière (tuberculeuse),
devient inoffensive à la température de 100 degrés.
Il y a souvent aussi dans les viandes des principes volatils
invisibles, insaisissables, d'une grande nocuité, qui peuvent
frapper les populations. Briicke raconte qu'il y a quarante ans,
il régna en Bohême la peste bovine qui décima des villages
entiers; néanmoiusles pauvres gens déterraient nuitamment
SÉE. V. — 3
•Si CHAI'. -J. — SinSTANCKS LSrKLLKS.
les cadavirs des aniiiiaiix iiioi'ls de la pcslc, on soiiincllai«'iiL
la rliair à une coclioii [uolon^re, i;L la consfuiinianl ainsi
n'en ('proiivèiMMU anciin donnnai^o. Ainsi la (jiK^siion est
jugre maintenant poni* les iricliines, poui' les bacilles (Voy.
notre Traité de la])Jitisie bacillaire) ; elle est jn^^îe ép^alcrnont
pour les viandes provenant d'animaux cliarbonneux, et
frappés de bactéries virulentes. Toutefois il est des circons-
tances graves qui nécessitent l'emploi de la viande crue, chez
les enfants (b'bilités, amaigris, chez les convalescents de
lièvre typhoïde, chez les phtisiques eux-mêmes; il faut alors
passer par-dessus les inconvénients, d'ailleurs peu graves,
peu fréquents et guérissables du ver solitaire; il importe
surtout de faire constater l'intégrité des viandes au point de
vue de la tuberculose, et, cela fait, prescrire la viande crue
dont on peut d'ailleurs atténuer encore les défauts en la
soumettant au feu pendant une minute; cela suffit, d'après
mon expérience, pour effacer le danger, sans nuire à l'utilité
de cet aliment; il faut savoir, en effet, qu'à l'aide de cette
chair crue ou à peu près crue, on fait digérer, on guérit de
nombreuses catégories de malades dont le système digestif
ou dont la nutrition sont en souffrance; ils résistent et se
rétablissent, après avoir vainement tenté l'usage des viandes
cuites, ou même rouges, ce qui veut dire que la partie cen-
trale seule est crue.
Comparaison de la viande cuite et de la viande crue. —
Il semble, d'après cela, que la viande cuite est plus dif-
ficile cà digérer, ou bien que la coction produise dans les
albuminates certaines modifications qui en diminuent la
valeur nutritive; or la question de la digestibilité est com-
plexe et se juge différemment selon qu'on considère les
diverses parties constituantes de la viande (Brûcke).
Les albuminates de la viande deviennent en général plus
l'éfractaircs à la digestion, par la raison qu'ils se coagulent,
DKS VIANHKS. 35
et qu'ils se dissolvent alors moins complètemeni dans cl par
le suc gastrique que dans l'état de ciiidilc. Mais voici le cor-
rectif; le tissu cellulaire soumis à la cuisson se transforme
plus aisément en gélatine. Dans la chair crue, (pii arrive
dans l'estomac sous forme de fragments peu divisés, les
alhuminates restent agglomérés par la trame cellulaire, et
par cela même inaccessibles dans leur partie profonde à
l'action du suc gastrique, lequel ne peut agir que sur les
portions superficielles. Quand, au contraire, la vi;mde cuite
se trouve dans la cavité gastrique, le tissu connectif qui
relie les albuminates se dissout rapidement et dès lors la
chair se dissocie en faisceaux ou en (ibres musculaires isolés,
que le suc gastrique atteint facilement.
La digestibilité de la viande ne permet d'ailleurs pas tou-
jours de préjuger de son utilisation; chez les malades et les
individus alfaiblis, la digestibilité est toutefois le seul crité-
rium de son adaptation. S'agit-il, au contraire, de bien
nourrir des hommes sains et forts avec la plus petite (juan-
tité d'albuminates, peut-être n'est il pas avantageux que
ces substances soient trop vite digérées? Voilà une singulière
question posée par Brûcke. Une partie de ces albuminates,
dit-il, est tellement transformée par la digestion, que les
produits, loin de s'annexer aux tissus corporels, subissent
une destruction complète et sont éliminés comme tels, tandis
que les corps albumineux moins altérés ou pcptonisés peuvent
après avoir été absorbés, mieux servir à la reconstitution de
l'organisme. 11 serait donc préférable que la dissolution, la
métamorphose et la désintégration, ([ui constituent l'acte
digestif, ne procédassent pas avec Irop de rapidité. — Mais
qu'est-ce qui prouve que, dans la digestion lente, l'albumine
transformée s'annexe plus facilement à l'organisme? Nous
savons seulement ce qui se passe dans l'aliment selon ([u'il
est préparé par tel ou tel procédé.
•Ji\ CIIAl'. :i. — sriJSTANCES L'SUKLLKS.
\'ni)iili' rnlic. — I.a vi;iii(l(' (lolifK't' à rhc lolic iic ddil
|i;is rire cmiilou'c .•i])rtjs ral);il;iL:<' ; il l'aiil, Tcxposcr (jiichjui;
lL'iii]>s à Taii' frais; clli', dcviciil alors, sous radioii du ll'ii,
moins coiisislaiilc, d plus tendre; dans les lufinicrs toinj)s
elle jtri'scnle enooro la l'ii^idilé fadav('ii(jii(', (jiii rend la
viande inaccessible au suc ^aslriciue ; plus laid il s'y d(';ve-
Ioi>|M,' un acide (jui rauH)Ilil et hoursoulle le lissu connectif
interposé, el le transforme en i^élatine faeilenicnt assimilable.
Cet acide ainsi formé a«iil sans doute aussi sur la chair dont
les fibres musculaires sedissocientsous Tinfluence des acides,
sans toutefois se transformer comme la gélatine; aussi
l'acide acétique ou le vinaujre aide singulièrement à cette
diminution de consistance des viandes provenant d'animaux
âgés. Pour les viandes d'animaux plus jeunes, le rôtissage a
l'avantage d'y retenir les parties solubles et de développer, à
la surface, des produits de désintégration qui agissent peut-
être sur le goût et l'odorat. Parmi les substances solubles
se trouve le sanfj qui est souvent au centre; c'est là aussi
qu'on rencontre des parties entièrement crues; c'est ce
qu'on appelle les viandes saignantes qui développent le
ténia, aussi bien que la viande crue.
§ 4. — Bouillon. — Extraits de viande
Que devient maintenant la viande pendant la coction, et
en quoi consiste le bouillon ? Lorsqu'on cuit la viande, on
sépare quoique incomplètement, les parties solubles dans
l'eau chaude, et celles qui y sont insolubles. L'albumine qui
se diffuse dans l'eau s'y coagule et se trouve éliminée lors-
qu'on écume l'eau ; les autres albuminates se coagulent dans
la masse alimentaire. Les parties dissoutes de la chair pas-
sent en grande partie dans le bouillon, il en est de même
des corps albumineux qui ont échappé à la coagulation ; il
DES VIANDES. 37
en est ainsi surloiit de ceux ({iii, j>ai' une coclion prolongée,
sont retlevenus solubles. Depuis Mulder on connaît cette
dissolution à l;i longue des albuminatf.'S coagulés; après
({uarante heures de coction, 100 parties d'albumine coagulée
fournissent 3iparties de solution albumineuse. — Pour avoir
le uiaximunn d'albuniinates par la coclion ordinaire, il faut
opérer en élevant graduellement la chaleur de Teau jusqu'à
70% on obtient aloi's 3 à 4 pour 100 d'albuminates, qu'on
a l'habitude fâcheuse d'enlever en écumanl le bouillon.
Outrecesproduitslebouilloncontientla{/e/a//?îe(0,6 j).i00)
qui est formée par la (^oction des substances gélatinifères. La
quantité de gélatine qui passe dans le bouillon dépend pre-
mièrement de l'âge de l'animal, en ce sens que chez les
jeunes animaux, le tissu connectif se gélatinise plus facile-
ment que chez les animaux âgés; en deuxième lieu de la
durée de la coction, et en troisième lieu delà nature de la
viande, le bouillon de veau contenant jusqu'à 6 ou 7 pour
iOO de gélatine.
On peut, d'après ces données, juger de la valeur nutritive
du bouillon :
1° La quantité d'albuminates y est toujours très faible et
d'autant moindre que la viande a été moins bouillie; le
bouilloii n'ap[)orte donc que très peu d'albuminates à l'or-
ganisme, attendu que la })lus grande i)arlie reste à l'état
coagulé dans la viande.
^^ La géhuine ne contribue que pour une part indirecte à
la réorganisation ; elle peut en se décomposant produire de
la chaleur ; elle sert surtout à protéger les albuminates
corporels qui se brûleraient davantage en son absence, mais
elle ne régénère pas les tissus corporels.
3" On y trouve une petite quantité d'hydrates de car-
bone ; la matière glycogène, l'inosite, le sucre et l'acide
lacti(pu^ qui se rencontrent dans In viande fraîche ne tar-
38 CIIAI'. t!. — SUIISTANCKS rsil.l.Ll.s.
(k'iil |»iis à sul)ir de proloiidcs allcralioiis. (jii pi'iil siip-
posiM* a priori, coiiiiiic le dit lîii'ick'j, (juc i<; ^lyco^Vjno
se. Iraiisl'oiiiic en sucre, cl (jiic 1(î sucre Iiii-iiieiiie subit la
translbniiatiuii en acide lacti(jiie ; mais on sait que Tacide
lactique provcnanl du muscle n'est pas identique avec l'acide
lactique de la l'ermentation du sucre; le premier tourne le
plan de i)olarisation à droite ; l'acide lactique n'a pas de
caractère optique.
4*' Parmi les substances organiques il faut citer encore
quelques produits quaternaires, lacréatine, la créatinine, et
la carnine, mais dont on ignore l'action physiologique.
5' Les matières salines y jouent un rôle bien plus con-
sidérable ; l'acide phospliorique qu'on y rencontre sert
dans l'organisme à la consolidation du système osseux;
le chlorure de sodium abonde dans les liquides et c'est
aux chlorures ainsi qu'aux phosphates qu'on a été tenté
de rapporter toute la valeur nutritive du bouillon, qui ne
serait, d'après cela, qu'une solution saline. Mais il n'en
est rien.
Tous les médecins, tous les individus sains ou malades,
sont d'accord pour reconnaître au bouillon un pouvoir ré-
confortant, et ne lui substitueraient certes pas avec bonheur
une solution chaude de phosphate de potasse et de sel de
cuisine. En quoi consiste sa vertu? Ce n'est pas un moyen
alimentaire, car si, chez un convalescent on remplace le lait
par le consommé le plus parfait, le résultat sera désastreux;
mais si, comme il arrive souvent, le lait chez l'enfant est mal
supporté, s'il provoque la diarrhée d'une manière infaillible,
on peut pendant un ou deux jours d'abstinence de lait, pres-
crire un bouillon concentré, puis le mêler avantageusement
au lait de vache; le lait seul est indigéré, le bouillon seul
mène à l'inanition, car il ne contient, abstraction faite des
sels, que très peu de matières organiques, trop peu d'albu-
DES VIANDES. 39
minâtes, trop peu d'Iiydrales de carbone, et la graisse qui
s'y trouve n'en est pas aussi facile à digérer que celle du lait.
Ces remarques s*ai)pli({U('nt aussi aux malades, par exemple
aux typliiques; en leur donnant des consommés que peut-on
obtenir et que fait-on pour leur nutrition ? Le bouillon
leur a|)porte des sels pour remplacer ceux qui se pordoni
par les urines et c'est tout; il amène bien encore dans le
sang' des produits de décomposition de l'albumine muscu-
laire, mais le sang de ces malades est déjà surcbargé des
matières de désassimilalion de l'organisme malade, fiévreux
etinanitié.IIippocrate recommandait aux fiévreux la ptisane,
qui est une orge cuite ; en Suède, on prescrit des décoctions
de diverses céréales, d'orge perlé, et môme de riz; à ces
décodés on ajoute du sucre, du beurre, c'est-à-dire les
hydrates de carbone. Ailleurs on prescrit le lait; s'il est
toléré, c'est le plus parfait et môme le plus complet des ali-
ments, car il contient abondamment les trois groupes de
principes alimentaires : la caséine, la graisse, le sucre ; mais
il ne faut pas exposer le malade à l'abus du lait ; il est bon
d'alterner avec les soupes amylacées ou avec le bouillon
concentré.
Extraits de viandes. — De même que les bouillons, les
extraits de viande sont incapables de nourrir qui que ce
soit; c'est un bouillon concentré, exempt de graisse, qui peut
soutenir, dit-on, les forces, mais qui ne contient rien d'ali-
bile; l'extrait peut même contribuer, lorsqu'il est dilué dans
l'eau chaude, et mêlé de légumes verts, à faire un bouillon
extemporané; mais, ici encore, il y a un défaut; l'extrait de
viande contient en effet une quantité excessive de sels de
potasse, si bien que Kemmerich leur a attribué des propriétés
toxiques en se basant sur les expériences faites sur les ani-
maux avec des quantités équivalentes de sels potassiques. 11
est à remarquer, en outre, que l'extrait de viande renferme
Il) CHAI'. ■-'. — SUBSTANCES USIJKLLKS.
Iiii'ii jiliis (](' composés aiiiiii))in:ii';iii\ (jnc !<; Ixiiiilloii iV:iis;
tous les iilliiiiiiiii.ilt's soiiinis à I.i coclioii se déc()in|)0sciil en
roiiriiissant une jx'lilc (jii.iiil ih' (r.imiiiDni.'KjiKi ; dans 1<; jno-
tluil de Lieltiji:, riiiiiiiiniii.ujiic (|iii s\ Iroiive en excès pro-
vient sans doute d'uiK! rrdiiclioii exaj^érée de la viande jus-
qu'à consislance d'cxliail |)ail('lail (Tuihî cuisson prolongée.
Le beeflea américain prépai(3 à sec avec la viande iiacliée,
qu'on introduit dans un(; licite en métal, et qu'on plonge
dans Teau chaude pendant quelques heures, ne contient
plus de viande ni d'alhuiniBc; ^.lais il renferme le principe
gélatineux (pii peut })résenter quelque utilité auxiliaire.
§ 5. — Viandes hoiiilIicK, viandes fumceN, salées, froides
Lorsqu'on fait bouillir la viande, il semble que les prin-
cipes albumineux passent dans le bouillon; c'est une grave
erreur, qui a singulièrement fait du tort au bouilli, au point
de le faire considérer comme une chair inerte, ayant perdu
toute propriété nutritive; c'est une deuxième erreur, qui
repose sur des expériences de coction excessive par l'inlen-
sité et la durée. La coction vulgaire n'épuise nullement le
pouvoir alimentaire du bouilli, il perd de sa saveur en pen-
dant partiellement des principes solubles qui passent dans
le bouillon; l'addition usuelle des herbes fraîches ou de
quelques condiments et de sels, la conservation de la graisse
suffisent pour lui restituer la sapidité et peut-être la diges-
tibilité qu'on lui conteste. Il est certain que l'usage de la
viande bouillie, plus que de la soupe, constitue la base d'une
alimentation efficace; l'ouvrier, le travailleur physique et
intellectuel, le soldat peuvent sans crainte de déchéance
continuer cette coutume traditionnelle à la condition de ne
pas en faire un usage invariable.
Viandes fumées, salées, conservées. — Outre la viande
SANG. - OEUFS. 41
fraîcli(3 ou rôtie, on pciil iililisci- la chair on la consorvant,
|)Oui' la consomniatioii iilh'riciiic, )»ai' la salaison on \r,\y le
lïiniagc qui s'opèrcnl. à Taidc (Tim pi'occdc idcntijjnc, c'c-l-
à-tlire l'imprégnation de la vi.inde de cci'lains pruduiLs de
distillation sùclic du bois. Ainsi préparées, les viandes étaient
souvent employées à l'état de crudité, surtout dans le nord
del'lMirope; mais en pi'ésence du dariLiei' d<; la tiirhinose
on y a généralement renoncé, et on n'em[)loie plus que celles
<jui ont passé au iVn ; sous cette forme, bien qu'elles soient
plus dures, plus résistantes el peut-elrc plus dillicilement
digestibles que la viande fraîche, elles rendent des services
réels. Les convalescents et les individus débilités supportent
mieux le jambon et la viande fumée que les viandes bouil-
lies ou rôties; l'allernance dans l'état de santé entre les
espèces sèches et les viandes fraîches est encore préférable,
et bien que la dessiccation enlève à ces préparations une cer-
taine quantité de sucs et d'albuminates, elles n'en conservent
pas moins le pouvoir réparateur; si une partie résiste à la
digestion et s'élimine inaltérée, le reste présente en raison
de sa concentration une utilité réelle.
Viandes froides. — Il en est de même des viandes frui(!es;
bien (jue leur qualité nutritive soit diminuée elles n'en con-
tiennent pas moins les principes essentiels de la viande, et
peuvent remplacer les viandes cuites ou rôties dont riinifor-
inité finit par diminuer l'appétit et la sécrétion du suc gas-
trique.
§ h. — l^nii^-. — Œufs. — Sitlistaiicc cérébrale
Le sang se consomme avec la viande, et souvent dans un
but thérapeutique il a été employé à l'état d'isolement ; ses
éléments nutritifs représentent un chillVe très élevé; on y
trouve en moyenne, d'a])rès l'analyse du sang de divers ani-
\1 rilAlv t'. — SUnSTANCES rSlKI.LES.
maux, NOd poiii' lOIIO (Tcaii, 1 17 pailifîs dt; ^lol)iil(;s roiij^cs
(jiii coiiliciiiK'iil iiii piiinij)!' alhiimiiioïdo lcrni^iiH3UX aj)|)olc
licmo«;lubiiic; il y acuu'.iln^ de ralhiiiiiino, 58, (i poiii- lOOO,
Ayll de lihriiic, c'esL donc un lolal de 17(1 poni- lOOO d'alhn-
niinc; il y a en outre i,l) de {graisse, diverses nialières ex-
Iraelives (0,22), enlin des sels variant de (jiianlihî selon la
nourriture, et dont les principaux sont le ehloruie de sodium
répandu surtout dans le sérum, et le phosphate de potasse
dans les globules. Le jus qui découle de la viande rôtie ex-
primée ou coupée en tranches contient, mêlée à une ^i^rande
partie d'eau, une très petite partie de sang- très recherchée
pour les malades ; et elle n'équivaut qu'à la plus faible por-
tion de viande crue ou cuite. Pour que le sang puisse être
utilisé, il faut le boire en nature et chaud, sans quoi il s'al-
tère et la fibrine-albumine se coagule facilement. Or ce pro-
cédé sauvage n'est pas du goût de tous les malades. Mêlé
avec le pain, le sang forme ce qu'on appelle le boudin, dont
la contexture entraîne une rapide décomposition.
Œufs. — Substance cérébrale. — L'œuf jouit d'une réputa-
tion nutritive qui n'est cependant pas absolument justifiée,
si on compare la quantité d'albuminates d'un œuf pesant
40 grammes avec celle de 40 grammes de viande. Le blanc
d'œuf contient en effet 8:37 parties d'eau, 126,7 d'albumine
et de vitellinequi renferment une notable quantité de soufre
d'où l'odeur sulfhydrique des œufs en voie de décomposition.
Dans le jaune il y a pour 510 parties d'eau, 160 parties
d'azote, et 310 d'une graisse facilement digestible. Ces pro-
portions comparatives de principes azotés ne dépassent donc
pas celles des viandes ; mais dans le jaune on trouve une
notable quantité d'une substance albuminoïde très répandue,
particulièrement dans l'organisme, dans le système cérébro-
spinal, c'est la lécithine ; est-ce la cause de la renommée
alimentaire de l'œuf, ou bien est-ce sa digestibilité? celle-ci
varie sini^iiliùrcmenl d'après son mode d'emploi; selon (pie
l'œuf inséré est liquide et cru, ou demi-consislant el cuit,
ou bien durci parla cuisson, il subit dans Festomac, et sous
rinfiuence du suc gastrique, des modiiications nombreuses
qui seront l'objet d'une élude spéciale à l'occasion de la
dii^estion gastri(pie et intestinale.
Cervelle. — La substance cérébrale présente une certaine
analogie de composition avec le jaune d'œuf. Elle contient,
outre un corps de la série grasse (?) la cbolestérine,280 par-
ties pour 1000 de matières albumineuses, dont l'une est
analogue à la caséine (lloppe-Seyler), l'autre appelée prota-
gon ; la troisième, qui est l;i plus considérable, est précisé-
ment la lécitbine, qui, sous rinlluence de l'eau, se dédouble
en acide gras, en acide glycéro-pliospborique et en neurine
(Goblcy).
DEUXIÈME SÉRIE
DES ALIMENTS APPELÉS COMPLETS
l \. — Du lait.
Composilion rjuantUallve du lait. — Le lait est un ali-
ment complet; outre l'eau, dont les variations entre 800 et
900 pour 1000 dépendent surtout du genre de nourriture,
outre les sels inorganiques, particulièrement les pliospbates
destinés à constituer le système osseux du nourrisson,
toutes les espèces de laits renferment les trois groupes ali-
mentaires, à savoir la caséine el l'albumine native, la graisse
ou beurre, et le sucre de lait; mais si on examine les pro-
portions de ces trois genres de principes nutritifs, on s'aper-
çoit facilement de l'insuflisance relative et de la composition
variée des albuminates ; on reconnaît surtout l'excès relalil
44 r.HAI». 2. — SUnSTANCKS rSUKLLKS.
(le j^raissc. On trouve (l.iiis IllllO |»;irlics de l.iil ;î() à 31 j». H
(le iiialièr»; caséeuso ; dans nt cliilïVe se Irouvc coiilurKliie
ralbiiminc nalivc, (jiron considci-ait autrcdbis coniuie un
produit j)alholo{;i(jiie, cl qui ccpendaiil ne mancpio jamais.
Le lait contient en outre 30, GG de beurre, 48,85 de sucre de
lait ; c'est, coninic le dit Soxiilei, une émulsion de graisse
pure; la graisse surtout dépasse de beaucoup lesquanlilés
nécessaires à l'alimcntalion journalière. Si en effet on admet
comme point de départ la ration normale de l'adulte, qui
doit être fixée à i^ &ii 130 grammes de principes azotés,
100 grammes de graisse et 250 grammes de carbone, on
voit qu'il faudrait A litres de lait pour parlaire la somme de
principes azotés, 5 litres de lait pour compléter l'bydrate de
carbone, et seulement 3 litres pour fournir les 100 grammes
nécessaires de graisse; le lait est donc un aliment mixte
gras.
Comment se fait-il qu'il puisse suffire pour constituer
temporairement le régime de l'adulte, et pendant un an ou
môme deux ans la ration nutritive de l'enfant? La réponse
est complexe ; elle procède de la physiologie, de la clini-
que et des lois du développement. Chez l'individu sain, sur-
tout chez l'ouvrier, une pareille nourriture serait incapable
de fournir les frais de réparation et de travail mécanique ;
s'agit-il d'un convalescent, d'un malade affaibli et au repos,
d'un hydropique, d'un phtisique, d'un gastrique, la cure
lactée est suffisante pendant des semaines et des mois, à la
dose de 3 litres par jour; enfin chez l'enfant on sait que le
lait de la mère ou de la nourrice suffit non seulement pour
l'entretien organique, mais encore pour le développement
du corps ; ce sont donc les conditions spéciales ou patho-
logiques de l'individu qui seules peuvent nous guider dans
l'emploi exclusif du lait.
a. Divers éléments du lait. — Albiuninates. — Caséine. —
1)1 I,.\1T. 45
Albuuiine nallvc. — Les analyses exacles IcikIl'HL à pioiiv-M-
anjourd'liui que le lait, (|iiellc que soit son orij^ine, contient
deux iM'incipes albuniineux,à savoii' la caséine et raihuininc
native.
La caséine a tous les caractères d'une albumine précipi-
tai3l(^ ; ell(3 ne se coa,L»ule pas parla chaleur, mais elle se
précipite du lait sous riniluence d(3 lous les acides, mcmiî
des acides végétaux dilués, et par l'acide pliospliorirpie
(ribasique. Aussi la question s'est posée depuis longtcmi)S de
savoir si la caséine (qui est d'ailleui's i)resque toujours
accompagnée d'albumine soluble) est identi({ue avec un
albuminate ordinaire, tel qu'on peut le préparer artificiel-
lenient en faisant agir une solution de soude sui' Talbumine
n )rm de au moment de sa foi'mation. — Voici une première
dilVérence.
Le lait se coagule lorsqu'on y ajoute un fragment de l'es-
tomac d'un animal et surtout du veau qu'on vient d'abattre ;
la muqueuse stomacale préparée et desséchée sert de levure
ou présure, qui Iransfoi'me loute la caséine en un caillot
lorsque le lait est chauiTé doucement. Le li({uide (jui reste
c'est le pctit-l(tit doux, les phosphates acides étant entrauiés
par la présui'c, tandis que si on agit sur le lait par un acide
végétal, le li([ui(le reste acide, c'est \e jyetil-lalt aujre. Or
cette propriété du lait de se cailler sous l'influence de la
levure constitue une différence importante entre la caséine
du lait et l'albuminate sodique commun, qui échappe com-
plètement à l'action du ferment. Le même phénomène peut
se produire dans le lait qui s'aigrit spontanément ; à un cer-
tain moment en effet le sucre de lait fermente ; il se produit
de l'acide lactique, le({uel sépare la caséine d'avec la soude
qu'elle contient.
Une autre dilTérence sépare la caséine et l'albuminate de
soude ; lorsf[ue celui-ci est pur, il n'est liquide qu'autant
46 (.11 Al». '2. — sniSTANCKS IISIIKI.I.KS.
(jifil csl alciiliii ; mais dôs (jii'on v ajoulc, un acide, en qiiaii-
liLc .siiriisanlc [K»iir acidifK.T l(! lifjiiidc, ralhiimiiiate se
précipite; le lait au eonli'aire jxmiL s'aeidifici' sans se coa-
^iilei'. Mais si on conlinui; à Taddilionncr d'acide, il peut,
étant soumis alors à la coclion, se ])rendre en masse, la-
quelle est l'orniée par la précipitalion de la caséine et aussi
de raihumine native (pic le lait renrermc. La véi'ité est que
ce n'est pas dans la caséine et Talhuminate que réside le
caractère différentiel, mais c'est la présence des phosphates
acides qui décide de tout; dans le lait naturel le phosphate
est arraché avec le ferment, et il n'y a pas de coagulation.
L'albuminale artificiel de soude se comporte comme le
lait, dès qu'on y ajoute le phosphate acide de soude. D'après
tout ceci il semble qu'il y ait une certaine différence entre
les deux principes, mais qui serait seulement due à l'absence
ou à la présence des phosphates de soude (Rollett).
Mais voici une autre distinction indiquée par Zahn : lors-
qu'on filtre le lait dans un cylindre argileux et poreux, il passe
de l'albumine et non de la caséine, plus tard au contraire
c'est l'inverse. Si, selon le conseil de Schwalbe, l'huile essen-
tielle de moutarde en petite quantité est ajoutée au lait, elle
l'empêche pendant des mois de se coaguler, dans le cylindre ;
puis tout passe, l'eau, le sucre, l'albumine et en dernier lieu
la caséine qui clôt la série. La diffusibilité n'étant pas la
même, la séparation entre les deux genres d'albuminates
semble devoir être maintenue. Ce n'est pas tout encore. Un
autre facteur peut intervenir; c'est la graisse.
Rapport de la caséine et de la graisse. — Enveloppe albu-
mineuse de la graisse. — Lorsqu'on prépare une émulsion
d'albuminates et de graisses, il se forme autour de chaque
gouttelette de graisse une couche périphérique, appelée mem-
brane haptogène (parce qu'elle résulte du contact de deux
corps); cette membrane des globules graisseux du lait a été
DU LAIT. 17
(li'jà in(]i(iU(';o par Honlo, qui soiiliont que la «^l'aisse n'est
pas libre dans le iail, car l'éllier ne l;i dissout i)as, excepté
toutefois si on y ajoute de la soude ou de la potasse. Soxldet
et Scliwalbe admettent en effet celle ineml)ran(; (ju'ils
attribuent à un(ï aclion spéciale de la graisse sur la easéine;
mais quel es! donc cet état de la caséine (jui ne se transforme
que partiellement en membrane liaptogène? Brùke fait celle
remarque importante que nous ne savons pas encore quelle
est cette forme singulière de la caséine , et que nous ne
connaissons pas davantage ses analogies avec Talbuminate
ou ses différences. Iloppe-Seyler indique pourtant un der-
nier caractère.
Des albuminates et de la caséine au point de vue du
soufre. — La caséine étant traitée parla soude ou la potasse
il se forme un sulfure alcalin ; si on précipite ensuite par
un acide faible le composé albumineux, celui-ci continuera
à présenter toutes les réactions communes à la caséine et à
l'albuminate, et cependant il a déjà perdu une partie de son
soufre.
De la caséine chauffée. — Il reste à signaler une circon-
stance importante au point de vue des différenciations, à
savoir que l'albumine native diminue et que la caséine aug-
mente, loi'sque le lait a séjourné dans un vase cliauffé à
38 degrés. Ce pbénomène, qu'on observe dans tous les laits
alcalins, indique bien que l'albumine native se transforme
en partie en albumine précipitable, mais est-ce en caséine
coagulablc? C'est donc toujours le môme problème tln-oiique.
Au point de vue pratique [\ parait l'ésolu.
Albumine native. — Onavait considéré l'albumine comme
un produit patliologique; Doyère, Millon et Gommaille et la
plu[)arl des cliimistes allemands admettent aujourd'luii
qu'elle existe dans le lait normal; sa composition molécu-
laire est la même dans le lait de femme et dans le lait de
i8 CIIAP. "2. — SlinsTANCKS l'SUKLM-S.
vaclh' (dalioui'.sj, iiiai.s la (jiiaiiLih' (ralhumiiic. native \.irio
siiiLiiilirronicnl ; ainsi le lai! de rciiiiiic (-(tiiliiMiL l.J d'alhii-
mi ne pour 1000, rt sciiIciiiciiL (> jKMir I OOOd'iinecasrinc'jiii a
la pntpriélé de pn'cipiterparlc >^\\r «^asIiicjiKi en un coaLiuliiiii
plus lin, en flocons plus petils (pie la caséine du lait de
vache. l']sL-ee là la eaiiscde la diL^eslibililé pins jj;rando du lail
(le femnic? Le lait de vache ^agne en caséine ce (pi'il perd
en albumine; la i)roportion est de 30 pour 1000 de l'une et
S(Mdcnienl de 7,5 pour 1000 (ralbuminc. Le lait de chèvre est
riche en caséine (38,7 p. 1000; (;t en albumine (M, 9 p. 1000).
Déiloublement <fn lait sous l'hi/lncnce du ferment. —
Fromage. — Par l'action du l'erment sur le Lait ou plutôt
sur la caséine, celle-ci se dédouble en deux nouveaux com-
posés. L'un de ces corps, c'est le fromage, qui prédomine;
insoluble dans le phosphate calcaire contenu dans le lait, il
se sépare du lait avec une quantité variable de phosphate
calcaire. Il contient, sous la forme la plus concentrée, les
albuminates et deux fois plus que la viande, si bien que dans
les pays d'élevage le fromage peut remplacer la viande. Le
deuxième produit de dédoublement n'y existe qu'en très
petite quantité; c'est la lactoprotéine, qui est soluble dans
l'eau, et diffère de tous les albuminates en ce qu'elle ne pré-
cipite ni par la cuisson, ni par les acides, ni par les sels
métalliques. Kirschner la considère, de même que l'albumi-
nose de Bouchardat et Quévenne, comme une peptonc, c'est-
à-dire comme un produit de la métamorphose des albumi-
nates en une substance absorbablc; c'est, d'après lui, cette
peptone qui détermine le degré de digestibilité des divers
laits, entre autres du lait de femme et du lait de vache, ces
diverses espèces contenant toujours la peptone,
b. Graisse. — Beurre. — Le beurre est un mélange gly-
céro-graisseux contenant, d'après Chevreul, 30 pour 100
d'oléine, C8de margarine et 2 pour 100 de butyrine; suivant
DU LAIT. 49
Ileintz, il fournil par la saponification tous les acides {,n*as,
acides hutyi-ique et caprique, suitout Facidc palrnili(]iic, et
des traces d'acide stéarique; le beurre se trouve divisé dans
le lait en petits <^lol)ules qui sont entourés pai* la iikih-
brane liaptogône et présentent un plus petit diamètre dans
Jelaitdevaclie que dans le lait de femme. Ces globules, dans
un lait refroidi, perdent leur forme arrondie et leur état
fluide; des lors le battage baie la formation du beurre bien
plus qu'à la température de 37°; le mouvement détermine
la confluence et l'adliérence des gouttes; tout à coup on voit
la graisse se figer sous forme de beurre, surtout dans le lait
de la fin de la traite ; à ce moment la graisse sort plus faci-
lement des ampoules lactiques.
Le beurre des diverses espèces de laits varie singulière-
ment de quantité; sur 1000 parties de lait de femme on
trouve 45 de graisse, et -40, 5 dans le lait de vacbe, tandis
que le lait d'anessen'en renferme que 15,5 pour 1000. Gbez
la vaidie en lactation la matière grasse est souvent supé-
rieure à celle que lui fournit Talimentation (Playfair, Gau-
tier).
c. Sucre de lait. — Le sucre de lait ou lactose prédo-
mine sur tous les autres éléments dans le lait de femme.
On dit 53 pour 1000, dans le lait de vacbe 55 et dans le lait
d'anesse 58 pour 1000. On le retrouve en grande quantité
après séparation de la graisse et de la caséine dans ce qu'on
appelle le lait écrémé. — Il fermente facilement sous Tin-
fluence du ferment parasitaire qui existe dans l'air; le lait
s'aigrit, et la fermentation s'accompagne de la formation
d'alcool et de mannitc; au-dessus de 25° la fermentation
devient butyrique.
d. Acide lactique. — Lorsque le lait est exposé à l'air il
aigrit parce que le sucre de lait se transforme en acide lac-
tique. Dès que cet acide augmente, il sépare la caséine de
SÉE. V. — 4
:,{) (.11 Al». -1. - iu.r\it:.MK si::niK di; sunsiANcKs ihUKLLKs.
SCS coiiihiii.iisoiis, (•(; (jni l'ail caillci' l(; lail ; mais la Innua-
liuii (!<' Tacido coiiiiiiciice hicn avaiil (jiKi lu iifjuidc so
coa^iili' un iiiùiiic s'aigrisse, vX elle s'accoiiLiicpliis ou moins
rapiiJciueiiL selon la lompéialun;. Une •joiitlc (l'iiiiil); de
moutarde versée dans 40 grammes de lait suffit pendant des
semaines et des mois jiour empêcher la coa^^nilalion, mais
aussi pour le rendre inlolérable; elle agit sans doute sur le
micropliyte ([iii détermine la décomposition du lait et la
lermentation lacli(|ue, laquelle d'ailleurs se produit cliaque
fois que le sucre fermente, quelle que soit son origine.
e. M a Itères salines. — D'après les recherches de Bunge
(CenlrbL, 1875, p. 519) les sels de potasse, de soude, les
chloruies du lait se modifient d'après la nourriture de l'ani-
mal; dans le lait des herbivores la proportion est de 1,12
de potasse contre 1 de soude ; mais avec un fourrage très
chargé de potasse la quantité de potasse peut sextupler;
dans le lait de femme le rapport est de 2,3 à 4,5 pour un
équivalent de soude ; par comparaison les végétaux con-
tiennent un taux très élevé dépotasse : 14 de potasse contre
une partie de soude; la pomme de terre renferme un excès
de potasse qui peut s'élever à 40 et môme 100 grammes
pour une grande ration journalière.
§ 2. — Da lait de femme
Le lait de femme contient 28,11 pour 1000 de caséine,
mais comme on ne savait pas autrefois que l'albumine entre
dans toutes les espèces de laits normaux, comme on ne le
signalait qu'au cas d'un excès, lequel était rapporté à l'état
pathologique, il est impossible d'utiliser les anciennes ana-
lyses, les procédés usités comprenant tantôt la caséine
seule, tantôt mêlée avec l'albumine. Les moyennes des autres
principes du lait sont tout aussi défectueuses; elles annon-
DU LAIT I)i; FEMME. 51
cent 35, GG de beurre, 48,7 de lactose, 2,42 de sels et
8(S5 parties d'eau (Moleschott). Or toutes ces propoi-tions
sont sans cesse bouleversées par les circonstances pliysiolo-
giques.
Coloslruin. — Pendant les pieniiers jours de raccouclie-
ment les mamelles ne sécrètent que le colostrum, qui ren-
ferme une quantité considérable d'albuminates et surtout
d'albumine native, laquelle en comparaison du lait véritable
est augmentée non seulement d'une manière absolue mais
aussi relativement à la caséine. On trouve alors en eflct
52, 7 pour 1000 de corps albumineux.
Variation selon Vâge du lait et de la nourrice. — Lorsque
le lait est formé, il subit des variations continuelles d'après
son âge et d'après l'âge des nourrices; aussi en général on
recherche les nourrices dont le lait est contemporain de
celui de la mère; on recherche aussi avec raison les nour-
rices qui ne sont pas vieilles. Doyère n'a trouvé en effet, chez
une femme de quarante-cinq ans, que 8 parties 1/2 de caséine
pour 1000, augmentée il est vrai de 4 i)arties d'albumine;
par contre la graisse et le sucre de lait étaient respective-
ment représentés par 73 et 7G pour lOOO, c'est-à-dire par
des chiffres excessifs, dans le lait d'une femme de trente-
six ans. Simon ne put cependant constater aucune différence
avec le lait d'une nourrice de vingt ans.
Variations selon le moment de la succion. — Le temps et
la duréede la succion influencent la composition du lait; au
commencement de la traite le lait est toujours plus pauvre
en graisse que plus tard. On peut supposer que dans les
cellules parenchymateuses des vésicules glandulaires il existe
une provision de gouttelettes graisseuses qui se mêlent au
lait lors des premières tétées.
tri CHAI'. -J. — i)i;r\if;.Mi; sr:i;ii: fh: shistancks usuklles.
^ 3. — De* MiiocédniirH «lu lait d<' rmiiiin
Lait de vache. — Ce lait, ({uaiid il csl de Ixjiirio (jiialilé,
contient comparativement au lait humain dt^iix l'ois plus de
caséine, 54 contre 28,11, et sensiblement plus dégraisse, 43
au lieu de 33,47. Le taux du sucre estun peu i)lus faible dans
le i)remier cas (42,03 au lieu de 44,50), tandis que les sub-
stances minérales y sont beaucoup plus marquées, 7,84
contre 4,74. L'enfant très jeune qui est élevé au biberon, en
prenant le lait pur, rend la caséine en partie sous forme de
caillots grumeleux; si alors on coupe le lait avec moitié
ou deux tiers d'eau, il est appauvri dans ses deux principes
graisseux et sucrés et se trouve en état d'infériorité vis-à-vis
du lait humain.
Pour remplacer le sucre qui est alors en notable délicit
on a l'habitude d'y ajouter du ancre de canne, et particuliè-
rement le sucre candi qui est bien cristallisé et pur. Ileintz
y substitue \q sucre de lait pour deux raisons : il se décom-
pose facilement, tandis que le sucre de canne se modifie peu
et ne devient sucre interverti que dans l'estomac où il se
transforme en sucre de raisin et de fruit pour subir finale-
ment de nouvelles métamorphoses. — La deuxième raison
favorable au sucre de lait du commerce est qu'il contient des
phosphates qui se détachent du petit-lait en se cristallisant,
et que ces phosphates sont utiles au nourrisson pour
la constitution du système osseux. Le sucre de lait est donc
préférable au sucre de canne à la condition qu'on le pres-
crive d'emblée et qu'on laisse ignorer à l'enfant le goût bien
plus sucré et plus agréable du sucre de canne.
Pour suppléer au beurre qui manque dans le lait délayé,
on a proposé d'y ajouter de la crème; mais en pratique il y
a des difficultés, parce que le ferment qui détermine la
DKS SUCCf.DANflS DU LAIT I)i; FK.MME. 53
r^i'iiiiilion iVuctdc lacl'iqac puni passoi' <lii lail à vj-A'^'tuu'.v au
lail à proscrire. Pour écrémer le lait on le laisse à l'air
peiidanl (jualre lieui^es; la fermentation commence alors à
peine; on peut utiliser la crème de ce lait pour l'ajouter au
lait //ïr/.s'; mais si on tarde à s'en servir la fermentation lac-
ticjue du mélange s'établil bien plus vite que sans l'addition
de la crème. — Il est donc difficile de réunir toutes les con-
ditions de succès, et c'est pour({uoi on on est revenu à l'an-
cienne coutume de délayerle lait au moins dans les premières
semaines; au bout de quelques mois l'addition d'eau et
surtout de crème est d'autant plus utile que dans les laits de
bonne qualité on trouve, d'après Konig, jusqu'à 60 pour 1 000
de graisse, et que chez les nourrissons une certaine quantité
de graisse est toujours éliminée par les intestins.
Dans les périodes avancées de la lactation, on a souvent
riiabitude d'ajouter au lait une fécule qui jouit de la répu-
tation d'une facile digestibilité, c'est V arrow-rooi^ qui jiro-
vient de la racine à\\ Marania arundinacea ; mais n'oublions
pas que le principe alimentaire le plus efficace du lait, c'est
l'albuminate, et que si on donne à l'enfant une trop grande
quantité d'hydrate de carbone, on diminue d'autant la masse
albumineuse qu'il doit s'assimiler; c'est donc un pi'océdé
dangereux s'il est poussé à l'excès.
Liebigutiliseun autre genred'hydrocarbure; c'est la /hr/»(î
de hic, qui a sur Varrow-root l'avantage de contenir jus(fu'à
157 pour 4000 de matières albumineuses (Horsford et Kro-
ker). Pour faciliter la digestion de la farine, le célèbre chi-
miste indique deux recettes qui ont pour effet de transfoi'mer
à Taiilo du malt la farine en achroo-dcxtrine et en sucre;
pour atteindre ce but, il prescrit pour 300 grammes de lait
tiédi à 70", 30 grammes do farine, 30 grammes de farine
mallée, 60 grammes d'eau, et quelques gouttes d'une
solution de bicarbonate de soude; cette formule compliquée,
ni CIIAI». _'. - TUOISIKMK Sf.RIK DK SUHSTANCKS USUELLKS.
(jiii ('\i[;(' encore di! iiomhn'usos iii.'iiii |tiilali()ns se noimiio :
sou|)(' (îc LiebiL;.
INiiiilosonranls trèsafVaihlis o( aniai'^ris on délaye souvent
le lait (le vaclni dans le bouillon dégraissé de veau ou de
bœuf; rexpéricncc démonire rexcellenc(i d(M;c mélange.
Lait de chèvre. — Le lait de elièvre remplace dans certains
pays entièrement le lait d(3 vacbe ; à Malle les enfants tètent
la (lièvre dont ils digèrent très bien le lait (Roiitli).
Lait d'ânesse. — Le lait d'anessc est bien moins utilisé que
les autres laits pour les enfants; il ne contient que !20,18 pour
1000 de caséine (au lieu de 28,11 de caséine du lait de
femme) ; la graisse y est en quantité minime, l!2,56, tandis
que le sucrcdelaitet les sels comptent jusqu'à 57 pour 1000.
TROISIEME SERIE
DES ALIMENTS A LA FOIS FÉCULENTS ET AZOTÉS
Parmi les aliments avec prédominance des fécules, mais
aussi avec une proportion notable d'azote, se trouvent le pain,
les pâtes alimentaires, et surtout les légumes secs. — Toute
substance usuelle qui contient au moins 100 parties pour
1000 de principe azoté doit rentrer dans la catégorie des ali-
ments mixtes, parmi lesquels le pain tient le premier rang.
Si on compare en effet la farine de blé avec la viande grasse,
on y trouve, outre 508 de fécule, encore 123 à 135 pour 1000
de principes azotés sous la forme de gluten; la farine de
lentilles complète sa fécule par 225 d'albuminates; il n'y a
là qu'une petite différence avec la viande qui, à l'état maigre,
compte 206 pour 1000, et à l'état gras, 171 de matière
azotée; ces aliments végétaux peuvent donc suppléer à la
viande ou en combler le déficit.
DU PAIN. r»5
Si, (TiiiKi anli'C pari, on iiicl. en parallch; lo pain avec
(raulres malièrcs amylacées, sa quanti! c de fécule n'est
dépassée que parcelle du riz ou du maïs; la i^raissc n'y est
d'ailleurs qu'en petite proportion, 18 pour 1000.
§ 1. — Du pain
De la panification. — Pain de farine de blé, — La pri'-
paration du pain exige l'addition de l'eau à la farine, et la
pâte qui en résulte est soumise à la fermentation; de là,
formation d'acide carbonique qui soulève la pâte, et la rend
poreuse; puis la cuisson transforme l'amidon en dextrine et
en sucre. La partie centrale ou mie de pain reste molle et
ne contient que la dextrine qui échappe à la décomposition
ultérieure en sucre, acide lactique, alcool et acide carbo-
nique, tandis que dans la croûte, tonte la fécule se trans-
forme parla température très élevée de la surface en un mé-
lange de fécules solublcs et d'érythrodexlriue, qui di'vii' la
lumière polarisée à droite; c'est ce qui rend la croûte plus
soluble dans l'eau, et peut-être plus facile à digérer. —
Pendant ce temps une petite partie de gluten se détruit;
pour y obvier, on a songé à remplacer l'acide carbonique,
qui dissocie la pâte, par du carbonate de soude et Tacide
chlorliydrique; c'est ainsi que se prépare le pain anglais;
mais c'est le sel commun, le chlorure de sodium, qui rem-
plit le mieux ce but. 11 est inutile de chercher un meilleur
correctif.
Paiii de seigle. — Le seigle contient un peu moins d'albu-
minates que le froment, 107,2 à 115,5 :ui lieu de 1"20 à 1:35
(Moleschott, Kônig), une plus petite quantité de fécule (555
sur 1000 en place de 508 pour 1000) et moins de sucre
(2! 3 4 contre 48 1/2 pour 1000); mais il y a dans le pain
de seigle une notable augmentation de dextrine, 8i 1/2,
m; ciiai'. -j. - Ti;()isif;.MK si';i;ii; dk suiistances usuklles.
tandis (jiic le blé n'oii rcnroniit; (jik; iO l/'2 pour 101)0. — Ce
(jui (1)11.^111110 le clélaul de ciî pain, c'est sa Iimumii" en tissu
cellulaire, ([ui est de iO l/'i poiii' 1(1(10, taudis (pie dans le
fronieul on n'en trouve cpie :yi l/il. La pâle du jiain noir
étant, moins vis(pieuse devient moins |)oreuse par l'acide
carbonique et fournit ainsi un pain plus lourd. Mal,L;ré tout,
ce pain présente des qualités nuliitives de premiei' ordre,
et les populations du nord de l'I^urope, qui sont générale-
ment vigoureuses, n'en consomment pas d'autre, il sul'fit,
pour lui constituer sa valeur nutritive, d'éviter les seigles
entachés d'un parasite appelé ergot qui, dans le siècle der-
nier, a fait tant de ravages dans les contrées de l'Est, et
constitué de véritables épidémies d'ergotisme convulsif ou
gangreneux; le triage se fait facilement, et les procédés
actuels de mouture permettent d'éviter ce danger.
§ 2. — DK'crs féculents azotés
Orge et avoine. — 11 est d'autres matières amylacées qui
se rapprochent du seigle par leur composition sans toutefois
pouvoir être utilisées sous forme de pain; l'orge est de ce
nombre; elle contient autant de principes albuminoïdes
que le seigle, mais elle lui est inférieure comme principes
féculents (485 i/2 p. 1000) et plus entachée encore de
substance cellulaire (97 1/2 p. iOOO), qui en rend la pa-
nification impossible; on ne s'en sert que sous forme de
farine destinée à faire des potages.
L'avoine contient un peu plus de fécule, mais sensible-
ment moins d'albuminates que l'orge et le seigle (90 i/û à
lOi tout au plus), sa surcharge de matière cellulaire qui va
jusqu'à 116 1/2 permet de l'ajouter aux autres céréales pour
la fabrication du pain; en général, elle ne sert après avoir
été réduite en farine et grillée, que pour faire une tisane
DKS KÉCU.MES SECS. o7
(jiruii a considérée commo niiti"itiv(3 et en niénie temps
comme diurétique.
Maïs. — Une substance ;iliiiicnlairc très usitée dans le
sud de l'Europe, c'est le maïs; il renferme à peine autant
d'albuminates que l'avoine (00? p. 1000); mais c'est manifes-
tement la substance la plus féculente, et en môme temps la
plus grasse de toutes celles qui sont en usage; sous ce double
iapi)oit il dépasse nos meilleures céréales; on y trouve jus-
qu'à 037 1/:îpour 1000 d'amidon, et d'une autre part en ma-
tières grasses 50 pour 1000 au moins, d'après Dumas ctllell-
rigcl, jusqu'à 87 1/2 à 91 pour 1000. Celte quantité notable de
graisse constitue au maïs les propriétés d'un moyen d'engrais-
sement et d'un aliment reconstituant, si bien (|u'en Italie
c'esl l'aliment populaire, connu sous le nom de poloita. On
lui a roprocbé de provoquer la grave maladie appelée pellagre,
mais il n'en est rien ; tant qu'il n'est pas attaqué par le pa-
rasite appelé verdarame, comme l'a démontré mon ami
Roussel, il justifie pleinement sa réputation alimentaire.
§ 3. — Des It'giinics secs
Los fruits des légumineux (haricots, pois, lentilles) pren-
nent la première place parmi les aliments à la fois féculents
et azotés; les légumes secs ne sont pas seulement utiles parla
quantité d'hydrates de carbone et surtout d'amidon qui s'élè-
vcnl jusqu'à la moitié du poids total, mais aussi et principa-
lement par leur contenu azoté; les albuminales, particuliè-
rement la légumine y dépassent notablement les corps albu-
mineux des céréales; ainsi les pois ont 2:2;] pour 1000, les
haricots 2-25 1/2etles lentilles jusqu'à 2r)5pour 1000; celles-
ci constituent par conséquent Taliment végétal le plus riche
en azot(3 et sont aptes à remplacer la nourriture animale.
L<' degré d'infériorité relative provient de l'état encore mal
r,s rini». ^i. — ni.vnuiMK sr.iui: dks si;nsT\Nr,i:s usukllks.
(l('hM'iiiiii(' (le CCS siihslancos ;ill)iiiiiin('iis('s ;i|i|n'I('cs Ir'^M-
iiiiiic, cMsriin' vé^cHalo, cnli'.iiil d.iiis l;i constiliilioii <!•' la
])lan(('; (jiiaiid ('(\<; principos sont. isol(''s, la Ic^niniinf^. en p;ii-
licnlioi', ils son! soliii)lf's, pai r-iilciiiciiL (liî:;('slil)Ins, cl <"()iii]»a-
rahlcs diî Ions points aux .illiniiiitialcs (l(3S cércalos, c'cst-à-
(lirc au î^liilon; Ions cos composés sont représentés par nn
tanx à peu près nniformc (razotc, qu'on peut ealciilcr en
moyenne à Kl j)Our lOOd'azole; 100 pailies de gluten, ou {\(^
légnmine, ou (ralhiiiiiinc i\i' j)rovenancc animale sont égales
sous ee rapport el se valent au |)oinl do vue de la niilrition.
QUATRIÈME SÉRIE
DES ALIMENTS EXCLIjSIVEMENT FÉCULENTS
§ 1*^'". — Riz. — Pommes de terre
La première classe d'aliments se compose des viandes,
des œufs, la deuxième du lait qui est un aliment mixte où
les trois éléments albumineux, graisseux et sucrés sont repré-
sentés par parties à peu près égales, avec prédominance de
la graisse.
La troisième classe comprend les aliments mixtes fécu-
lents et azotés, les céréales (blé, seigle, orge), les légnmi-
neux, le maïs.
La quatrième catégorie comprendra les féculents avec le
minimum d'azote; le riz, les pommes de terre sont de ce
nombre.
Riz. — De toutes les céréales, c'est le riz qui renferme le
moins d'albuminates; 51 à 78 maximum pour 1000, et le plus
de matière amylacée, qu'on calcule à 823 pour 1000. Aucun
autre aliment ne saurait lui être comparé comme richesse
IlIZ, POMMKS DE TKKIIK. W.)
en carbone liytlraté; c'est Texccs de matière amyloïde, cl la
pauvreté en principes azotés, cpii est la cause de la déchéance
physique des populations de l'fndi; dont c'est ['.ilinn'ni prin-
cipal ou niéme exclusif : à litre d'adjuvant des viandes, le
riz présente des avantages réels.
Pommes de terre. — En Europe, c'est, après le pain, la
pomme de terre qui constitue la nourriture de prédilection.
Il y a là cependant un tel déficit en substance azotée qu'au
premier abord on ne comprend pas ses usages si universel-
lement répandus; c'est à peine si on y rencontre, d'après
Kônig, 13 à 19 pour 1000 de substances albumineuscs ; la
fécule elle-même ne figure que pour 154- gr. par kilogramme.
La cause en est dans la grande ({uantité d'eau qui imprègne
la j)omme de terre et si peu les céréales et les légumincux.
En réalité, elle doit cire considérée comme une substance
alimentaire peu concentrée, ce qui peut être utile poui" la
digestion, et trop richement fournie de substance cellulaire,
ce qui est certainement nuisible. Ajoutez la pomme de terre
aux viandes, elle sera d'un grand secours; combinez-la avec
le poisson, selon la pratique des pécheurs du Nord, elle sera
encore d'un bon effet. L'abus dangereux de la pomme de
terre en Irlande ne pourra être corrigé que par le lait et le
beurre ; à défaut de ces correctifs, la famine en est la consé-
quence avec le typhus d'inanition qui décime les populations
de la verte Erin. L'usage excessif de cette fécule mène en
tous les cas à la distension de l'estomac et du ventre parla
masse nécessaire et usuelle de cet aliment.
no r.iiAi». ^2. — r.iNQnr^MK si-nir: df. si iimanck^ (;.^i klles.
CLXQUIKMK SKRir:
i)i:s vr:(;i':T.\r\ azoths i:t m'iciu-nts
Al MI.M.MLM
§ 1"'. — RncincM. — Tégétniix frais on vcr<N. — Frtiitn, etc.
Les racines do Loule espèce, les raves, les navels, le céleri,
sont remarquables par leur quantilé d'eau qui varie de
7G7 à 93.'] pour 1000, par Imir faible teneur en prineipes
azotés, qui se comptent par 10 à 29 pour 1000, des traces de
graisse, maissurtout parleur contenu sucré; dans certaines
de ces racines, on trouve depuis -4 jusqu'à 40 pour 1000 de
sucre de canne ou de fruits, puis des exlraits libres non
azotés, et depuis 7 jusqu'à 2-2 pour 1000 de cellulose; dans
toutes, c'est la potasse qui prédomine au point de représenter
dans les cendres jusqu'à 454 pour 1000 de parties salines à
base de potasse, tandis que la soude ne s'élève guère en
moyenne au delà de 31 à 98 pour 1000.
Les légumes verts ne contiennent que des quantités mi-
nimes de principes alibiles, l'eau y étant représentée par
900 à 9i0 parties sur 1000 ; c'est à peine si on trouve dans
les cboux de diverses espèces, dans les épinards, la cbi-
corée, l'asperge, de 18 à 48 de principes azotés parmi les-
quels on remarque l'asparagine; le sucre et la graisse y sont
à peine appréciables, tandis qu'on y trouve une trame
fibreuse (Chevreul) et que la cellulose y est au taux de 7 à
18 pour 1000 et offre une grande résistance à la digestion;
dans les cendres de presque toutes ces plantes, sauf les épi-
nards, c'est encore la potasse qui domine sur la soude et les
autres principes minéraux. — Les salades rentrent dans la
v£(;f:TArx m ai s, rnurrs. ci
calégorie des vé^cliiux verls, elles sont généi'ah^monl plus
aqueuses, moins azotées et moins chargées i\(t «fllulose.
Aucune de ces substances n'est alimentaire; toutes sont
utiles comme moyens additionnels aux viandes et aux bouil-
lons, pour en relever le goiit, stimuler rapjiélil et vaiiei-
ralimentation.
§ 2. — Fruits
La même réflexion s'ap])lique aux fruits qui passent géné-
ralement pour être sains et substantiels; leur seul principe
alimentaire consiste en sucre de fruit et en pectine, qui se
cliiiVre par 73 dans les pommes, 82 dans les poires, 100 dans
les cerises et 213 dans le raisin; leur principe aromatique
dépend d'huiles éthérées, et les acides végétaux citrique,
malique forment des sels qui se brûlent et se transforment
finalement en carbonates alcalins, si bien que les urines
peuvent alors présenter la réaction alcaline.
Fruits amyfjdaloides. — Outre les fruits charnus et
aqueux, on emploie souvent les fruits amygdaloïdes, comme
les amandes, les noix, qui contiennent une quantité consi-
dérable de graisse(53GàC6ipour 1000). Les amandes douces
renferment en outre 30 à 50 p. 1000 de glycose sans fécule ;
dans les amandes amères, il existe un corps fermentescihle,
l'amygdaline, ({ui, étant humecté et écrasé, fournit, sous l'in-
fluence d'un ferment spécial, Témulsine, laquelle se trans-
forme en huile d'amandes amères, acide prussique et sucre.
Les amandes douces ne présentent pas de traces ni d'émul-
sin(î, ni de fécule. Les châtaignes ne contiennent guère
qu'une masse de fécule.
62 CHAI». 3. — Mir.KSTION.
,S '>• — ll<»><'iis tklliii<^ii(<iir«vs (li«'<'i*H.
Champifjnons. — Truffer. — Les cliaiiipi^nons comestibles,
([u'oii iiiùle soiivciil ;iii\ autres préparations culinaires pour
en relever le «^oùt et le parruni, ont de véritables qualités ali-
mentaires par les principes azotés que, à Tétat fi'ais, ils i-en-
lerment tbins la proportion de 30 à (S9 pour 1000, et à l'état
sec de ^38 à :]G1 parties pour 1000; c'est dans la truiïe
qu'on constate ce dernier chiffre; il y a en outre de la inan-
nite, de la glycose mêlées avec des sels de potasse. Voilà leur
composition générale. Le lichen d'Islande se distingue des
champignons par la petite quantité d'azote, et par une quantité
considéi'able (701) de substances extractives non azotées,
dont 550 parties de lichénine. Dans nos pays, le lichen qui
n'est pas employé comme aliment sert à la composition des
tisanes.
Nota. — Leshoissons seront étudiées après la digestion et
la digestibilité des aliments.
CHAPITRE 3
NOTIONS GÉNÉRALES SUR LA DIGESTION
DES ALliMENTS
Les fonctions des organes digestifs sont de deux ordres :
la physiologie nous montre tout d'abord les analogies, les
rapports de la musculature de l'œsophage, de l'estomac, de
l'intestin grêle et du gros intestin, si bien que le fonctionne-
ment des muscles digestifs, que leurs divers mouvements ne
sauraient être ni scindés, ni même compris sans cette con-
ACTKS NKIlVOMOThlIlS !)K LA DIOKSMON. 03
(;(.'j)lion synlh(Ui({Uc (1(3 rappaicil niolciii' ; j»ai' le mmiI lait
de sa IVa'^meiilaLioii îinaloiiii(iii(', ()ii [xîidiail (l(j vik; 1(3 but
iinal do ladigcslion, ainsi qiu; les piopiicjtcs coinniiiiK^s aux
divei's segments du syst(;me digeslil".
Kn outre, les lois (^ui président soit à l'innervation molrice,
soiL auxfonctions sensitivesdeces oi'i;anes, soit à Tinlluence
n(."iv<Mise di3 leurs vaisseaux s'appliquent en grande partie
aux divers membres de la eoi'poration digestive ; on y cons-
lale souvent les mêmes nerfs, des plexus et des ganglions
nerveux identiques par leur texture ou par leurs usages.
Apr(js les actes nervomoteurs qui ne sont gén(jralement
que des préparations ou les auxiliaires de la digestion,
viennent les grands processus cliimiques qui s'opèrent dans
tous les réservoirs de l'assimilation suivant des règles uni-
iormes; ils obéissent à des Ferments qui se retrouvent dans
tous les sucs digestifs, avec des fonctions diverses, et des
actions tantôt communes tantôt spéciales sur les trois genres
d'aliments, albumineux, graisseux et liydrocaiburés. L'étude
des transformations des substances alimentaires en prin-
cipes assimilables constituera donc la deuxième partie de la
pliysiologie digestive générale dont les éléments nervo-
moteurs forment la préface. La troisième partie comprendra
la résorption des aliments et de leur utilisation.
§ 1. — il.c(c!4 niotourM ot nerveux de l'c«itoniac
Foactious au.^iliaires de lu digc»(iou
Quand les li({uides introduits par aspiration ou par
succion dans la cavité buccale, quand les solides divisés, in-
salivés, fragmentés par la mastication, passent à l'aide des
mouvements combinés de la déglutition dans le conduit
spécial des aliments et des li(iuides, la progression de la
masse alimenlaireplus ou moins consistante s'opère dans et
ni CIIAI». 3. — DIGESTION.
|i;ii' r(i'S()|)li;i<^o, (jiii s'ouvre (l;ms resloiii.-ic ;ni (•;ii(lia. Iles
lois racLc niccaiii(iiic de ladi^eslioii coiiiiucnce pailcscoii-
liaclious (l(.'s plans iimsciilaii'L's dt; rcstoriiai'; il so conlinuo
pai" celles de rinlcsliii iirêlc, jtiiis pai' les inouvcinenls du
<;rosiiitcslin, el se leiiniiic |)ai' rcxpid.sioli des résidus alimen-
taires.
L'estomac, clicz riiommc, foi-mc un sac avec une grande et
une petite couil)in'e; le l'enllement commence à rouveiliire
œsopliagicnne, au cardia cpii est formé par un anneau
membraneux; de là part la grande courbure qui va à gauche
jusqu'au bas-fond de l'estomac, se dirige par en bas et se
termine à droite oùla cavité stomacale s'ouvre dansTinlestin
duodénum par un autre oriiice appelé pylore. La petite
courbure a sa concavité dirigée en haut; mais au moment
de la réplétion de l'estomac, cet organe subit une sorte de
rotation sur son axe horizontal, et le bord qui était inférieur
regarde maintenant en avant, il devient antérieur.
C'est dans ce premier réceptacle de la masse alimentaire
que s'opère la digestion chimique pendant laquelle, loin de
rester inerte, l'estomac entre sans cesse en contraction pour
multiplier le contact des fragments d'aliments avec le suc
gastrique.
Toutes les contractions appelées péristaltiques s'opèrent
à l'aide de couches musculaires très épaisses au niveau du
pylore, plus minces sur les deux faces et les courbures. —
Ces couches se composent de fibres longitudinales qui font
suite à celles de l'œsophage, s'accusent nettement à gauche
sur la grosse tubérosité; au pylore elles se rapprochent, se
serrent et se continuent avec le plan longitudinal des
muscles de l'intestin. Outre ces fibres longitudinales on trouve
un })lan régulier de fibres circulaires, formant des sortes
d'anneaux depuis le cardia jusqu'au pylore. Il existe en outre
une couche imparfaite de fibres elliptiques ou obliques qui
MOUVEMENTS I)K I/KSTOMAC. 65
vont fortilicr le bas-fond de rcstoiniic cl de plus d(;s fdires
iiTL'I^uIicrcs qui s'attachent à la trame de la membrane mu-
(jucuse elle-même. — Au pylore la musculature est condensée
de manière à former un anneau dont les fdjrcs s'étendent
jusqu'à la valvule qui ferme cette ouverture, laquelle cesse
brusquement dans l'estomac et graduellement dans l'intestin,
de sorte que l'ouverture est plus facile à franchir de haut en
bas que de bas en haut. Au cardia l'anneau musculaire
paraît manquer.
Il est facile d'après cette contexture musculaire de com-
prendre l'intervention incessante de l'estomac pour retenir
les aliments, pour les mettre en contact avec la paroi
interne, c'est-à-dire avec le suc gastrique; les aliments se
déplacent sans cesse le long de la grande courbure et
reviennent le long de la petite courbure, par suite des mou-
vements de va-et-vient de droite à gauche et inversement; la
masse alimentaire est pour ainsi dire brassée ; en même
temps elle se ramollit sous l'influence du suc gastrique, ce qui
fait qu'une fois liquéfiée elle franchit le pylore qui s'ouvre
de temps en temps plus ou moins complètement, tandis que
le noyau solide des aliments reste dans l'estomac pour y subir
une nouvelle imbibition. Gomme l'irritation de la muqueuse
parles aliments cesse peu à peu, les contractions ne sont
plus excitées ; l'oblitération du pylore cède, et les fragments
solides passent à leur tour sans être dissous. Le passage
partiel des aliments dans l'intestin commence déjà après dix
minutes; toute la digestion stomacale n'est cependant ter-
minée qu'au bout de quelques heures. — C'est qu'en eflet les
contractions sont telles qu(3 la digestion chimique se fait
parfaitement sans elles, et qu'elle aurait lieu même si ou
supposait l'estomac paralysé dans ses mouvements. Ce (|ui le
prouve, c'est que ces contractions ne se font pas d'une
manière régulière, je dirai, intelligente, car au lieu de
SÉE. V. — 5
(IC. CHAI». 3. — DIGKSTION.
rester li(M'méti(iueiiicnt fcnii(''o, la (;a\ ilc slomacah; so vide par
intervalles dans l'intestin duodénum.
D'après des expériences récentes, Ilofmeister et Scliûlz
opérant sur ['(.'stoniac des chiens ont constaté ceci {Arch,
fur e.i'p. Palîi.y oct. 1885) : Les nnouvements se font en pro-
gressant partiellement, né<^li{^eaiit parl'ois 1 à 2 centi-
mètres; tout cela a lieu d'une manière automatique jusqu'à
ce qu'ils arrivent à près de 2 centimètres de l'entrée de
la cavité pylorique où ils se terminent en produisant une
sorte de rétrécissement profond, de manière à former au-
dessus un antre prépylorique; dès lors l'anneau musculaire
du pylore se resserre à son tour, et la partie pylorique sous-
jacentc semble séparée du reste de l'organe. La formation
de la première cavité exige trois à quatre fois plus de temps
que la deuxième opération. Il y a donc dans les mouvements
stomacaux deux phases, l'une qui commence dès le début des
contractions de la grande courbure jusqu'au resserrement
préantral, l'autre qui se développe avec la contraction du
muscle pylorique jusqu'à la fermeture de l'orifice pylorique.
Par exception il peut y avoir dans l'état de plénitude de
Teslomac une sorte de rentrée des aliments de la cavité
pylorique jusqu'à la cavité stomacale.
S 2. — Mouvements de 1 intestin g^rêle
La deuxième partie du tube digestif est formée par l'in-
lestin grêle qui comprend le duodénum, le jéjunum et l'iléon.
— Il existe deux genres d'organes agissant comme auxiliaires
de la digestion. Les uns sont destinés à la progression de la
masse alimentaire; ce sont les fibres musculaires longitudi-
nales et circulaires qui, en se contractant, font cheminer le
chyme qui provient de l'estomac; les autres sont des surfaces
de multiplications formées par des replis de la muqueuse,
MOUVEMENTS DE L'INTESTIN CRflLE. 67
des vdlvules appelées connlventes, où la nialiùrc cliyiiieuse
stationne pour être soumise à une nouvelle élaboration par
les sucs digestifs, et être livrée là aux voies d'absorption qui
sont considérables.
Les mouvements opérés par les muscles de Tintcstin sont
graduels, lents à commencer et à finir comme tous les mou-
vements produits par la contraction des fibres lisses dési-
gnées sous le nom de muscles involontaires ou inconscients.
Ces mouvements qui se dirigent généralement vers Textré-
mité terminale du tube digestif, et pour cela môme s'appellent
péristaltiques, ne sont pas constants comme ceux de l'esto-
mac; ils ne se manifestent que d'une manière périodique,
et cela seulement sous l'influence des aliments extraits ou
transformés provenant de la cavité gastrique.
L'estomac se vide par intervalles dans le duodénum, par-
fois au bout de dix minutes, mais l'expulsion n'est d'abord
que partielle; elle ne se complète qu'à la fin de la digestion
stomacale, sans que ces éliminations suivent aucune règle
ni aucune cause spéciale; elles portent, en effet, non seule-
ment sur les aliments non digérés, mais sur le suc gastrique
lui-même, tandis qu'elles ne devraient porter que sur les
aliments réduits en chyme, et déjà transformés en peptones.
L'excitation qui détermine les contractions cxpullrices ne
provient pas des acides, car ils existent dès le début de la
digestion; elle ne provient pas davantage de la quantité
excessive des aliments, ni du degré d'avancement de la di-
gestion; les faisceaux de chair passent souvent intacts, d'au-
tres fois ils ont subi un commencement de digestion plus ou
moins avancée; parfois ils sont peptonisés en partie, mais
c'est l'intestin qui achève toujours l'œuvre de la digestion,
et c'est pourquoi il est bon que la masse informe qui Ten-
vahil soit arrêtée par les replis ou valvules de l'intestin.
Les mouvements de l'intestin sont très remarquables. Élu-
08 CllAI». 3. — DIOKSTION.
(lies avec le plus grand soin \>;\i' llia.nii-llou^kccsl, Sandors-
Ezn et en dernier lieu par Notlina^el sui* des animaux dont
les intestins étaient plongés dans une solution de sel à la
température normale (37"), ces mouvements inteslinaux
présentent trois types; par l'un appelé périsialliquc , on voit
une dilatation unique suivie d'un resserrement unique du
tube digestif se diriger sous forme d'ondes vers l'extrémité
de l'organe; il en résulte une progression du contenu, sur-
tout dans le gros intestin. Dans un autre type, les mouve-
ments s'exécutent sur une étendue de plusieurs centimètres,
comme \q pendule, sans modification aucune dans le calibre
du tuyau; ici, le contenu reste stationnaire, mais se trouve
comme brassé sur place, et cet état dure quelquefois une
heure et plus. — Un troisième type consiste en mouvements
de rotation qui déplacent certaines portions de Torgane. —
Nothnagel les a observés surtout quand les intestins sont
distendus par des gaz; dans ces cas une portion de 0°',16 à
0'°,20 se meut tout à coup, et forme une péristaltique vio-
lente qui déplace bruyamment le liquide et les gaz de l'in-
testin. Il est à remarquer que si les mouvements sont
influencés par les ganglions nerveux de l'intestin (Nothna-
gel), ils le sont plus encore (L. Mayer et Bash) par le degré
de plénitude des vaisseaux intestinaux et par la composition
du sang de ces vaisseaux. — S'ils sont vides, l'intestin s'ar-
rête; ils deviennent vivaces lorsque le sang est stagnant sous
la forme de sang veineux. — D'une autre part, la température
chaude, d'après Fick, favorise également les mouvements.
S 3. - Innervation motrice et vasculaire de 1 estomac
et de 1 intestin
Veslomac est innervé par deux nerfs, les nerfs vagues et
le nerf sympathique; on admet en outre des ganglions in-
INNEIlVATIOiN DE L'KSTOMAC ET DE L'INTESTIN. 69
Irinsèqucs de l'estomac indépendamment des deux nerfs
allérents. Remak a décrit des amas nerveux, mais sont-ce
bien des ganglions automoteurs comme ceux que nous trou-
verons dans l'intestin? sur les ruminants ils existent d'après
les recherches d'EUenbergcr.
Les mouvements de l'estomac sont provoques nettement
par V excitation des nerfs vagues; l'estomac se contracte
énergiquement, de telle façon qu'il paraît scindé au milieu
et divisé en deux parties (Ketli et Thanhofer); toutefois la
pression intérieure mesurée par un manomètre ne se modi-
fie pas sensiblement, ce qui prouve que pendant la contrac-
tion les ouvertures du pylore et du cardia restent libres pour
le passage de l'air. — Mais de ce que les nerfs vagues ou
pneumogastriques sont les nerfs moteurs de l'estomac, on
n'est pas en droit d'en conclure que la section de ces nerfs
entraîne une véritable paralysie ; si, en effet, on coupe ces
nerfs sous le diaphragme, les animaux peuvent être conservés
indéfiniment sans présenter le moindre trouble ni dans les
mouvements partiels de l'estomac, ni dans sa force expul-
trice, ni dans son pouvoir digestif : Schitï l'a démontré. Il
ne s'agit môme pas d'un ralentissement des mouvements
digestifs, et, par conséquent, d'un séjour plus prolongé des
aliments, car le ventre ne se ballonne pas. Seulement l'or-
gane n'est plus capable d'exercer certains mouvements
d'ensemble commandés par le système nerveux central.
L'action des nerfs sympathiques sur l'estomac est à peine
connue; elle domine dans l'histoire de l'innervation de l'in-
testin.
Wintestin présente une innervation motrice et surtout
vasculaire bien plus curieuse. — Les mouvements sont indé-
pendants des nerfs vagues qui vont dans la partie supérieure
de l'abdomen se confondre avec le plexus de nerfs qu'on
appelle solaire à cause de sa forme et dont on a fait réccm-
70 CHAI». J. — IHGKSTIO.N.
nicnl II' siège ch; Vâme à ciiiisr i\i'< .'iccidciils nerveux (]iii
accoiîipagncnl parfois les mauvaises di^cslions.
Les véritables sourecs de Fiiinervaliuii inh.'stinale sont les
ganglions cl les plexus inlrinsè(]ues, placés sur la muqueuse
ou entre les couches musculaiics, cl connus sous le nom de
plexus dcMeisner, et de ganglions d'Auerbach; ce sont de véri-
tables organes d'initiative ou automoteurs, et la preuve en est,
que l'intestin séparé de ses attaches nerveuses continue à se
contracter grâce à ces amas nerveux autochtones. Puis ces
éléments nerveux sont dominés par des nerfs d'origine sym-
pathique, qu'on appelle grands splanchniques parce qu'ils
possèdent tout le domaine des viscères de l'abdomen non
seulement au point de vue des mouvements qu'ils modèrent
et régularisent, mais aussi au point de vue de la circulation
abdominale dont ils animent les artères et les veines. Ce
sont avant tout des nerfs d'arrêt ou modérateurs du mouve-
ment; par l'excitation la plus faible de ces nerfs, les mou-
vements de l'intestin s'arrêtent. Il est vrai que par cette
excitation on atteint en même temps les nerfs des vaisseaux,
lesquels se contractent et empêchent l'apport du sang dans
l'intestin; on produit donc une sorte d'anémie qui est suivie
de l'abolition des contractures de l'organe (Brown-Séquard,
Bram Hamgeest). Ces nerfs splanchniques dominent en effet
tout le territoire vasculaire de l'abdomen; leur irritation
excite et rétrécit les nerfs constricteurs de l'intestin avec une
telle énergie que le sang ne circule plus dans l'organe; par
ce fait les muscles lisses de l'intestin ne reçoivent plus
d'oxygène, et le sang veineux s'y accumule. Or, le déficit
d'oxygène augmente plutôt les mouvements d'après Schiff et
Vulpian; il en est de même de l'accumulation du sang vei-
neux contenant un excès d'acide carbonique (Sigmund-
Mayer et Basb). On ne saurait donc expliquer par ces procé-
dés chimiques Tarrêt des mouvements; l'anémie artérielle et
INNERVATION DE L'ESTOMAC ET DE L'INTESTIN. 71
surtout riiyperliémic veineuse étant des causes (riiyporpéris-
laltisme, il faut admettre une action directe de Texcitation
splancliniquc sur les fibres musculaires elle-memes de l'in-
testin. Sous ce rapport on peut comparer ces nerfs ot leur
effet modérateur sur l'intestin, au phénomène d'arrêt qu'on
produit sur le cœur en excitant les nerfs vagues cardiaques.
— Il s'agit dans les deux cas d'une suspension directe des
mouvements du cœui^ ou de l'intestin. — Dans les deux
organes il existe une chaîne de plexus et de ganglions
intrinsèques qui sont les véritables incitateurs des mouve-
ments. Il s'agit de modérer, de régulariser, de refréner ces
mouvements; pour l'intestin ce sont les nerfs grands splanch-
niques.
Au résumé ces nerfs sont des nerfs suspensifs du mouve-
ment; leur excitation arrête les contractions. Mais ce sont
aussi des excitants pour les nerfs vaso-constricteurs par la
suppression de l'oxygène, et des excitants pour les nerfs
vaso-dilatateurs des vaisseaux; ainsi ils règlent l'afflux du
sang, comme tout à l'heure ils modéraient le mouvement de
l'oraane.
o'
§ 3 bis. — Influence des centres nerveux
sur les vaisseaux de 1 estomac et des intestins
Les centres nerveux, le cerveau surtout, agissent sur les
vaisseaux de l'estomac et de l'intestin d'une manière incon-
testable. Les lésions du cerveau produisent des stases san-
guines, des ecchymoses, des hémorrhagies, du ramollisse-
ment, parfois môme des ulcérations de la muqueuse de
l'estomac (Kammerer, Schiff, Vulpian). Les elTels sur l'in-
testin sont moins marqués. On ne saurait expliquer ces faits
que par la transmission de l'excitation cérébrale aux nerfs
vasculaires du tube digestif, d'où il résulte des hyperhémies
72 Cil A P. :{. — I)I(;kstion.
\(Mii(Mis(3s ou (1rs aiiémirs ai tériollcs ((iii iJiodiiisonl les
iriAmcs pliéiionièncs que l'cxcilatiou dircchi des ncifs
s|)lauchni(|ucs de riulesliu.
^ i. — Iiiiicrva<i4»ii Koiisitlvo <Iii liilic di^cMtlf
SeiisadouM <Ic la faim et de l:t Moif
Des deux nerfs principaux, à sasoir les nerfs sympathiques
ei les nerfs vagues, les premiers ne servent qu'à percevoir
d'une manière inconsciente les impressions perçues; mais
celte sensibilité est suffisante pour déterminer, lorsque la
membrane muqueuse se trouve en contact avec les aliments,
une contraction réflexe des muscles du tube digestif, et pro-
duire les mouvements. Les véritables nerfs de la sensibilité
sont les nerfs vagues. A l'état normal, les sensations sont
assez obtuses; chez l'homme, la sensibilité paraît être mise
en jeu principalement par le contact des liquides froids;
mais quelle que soit la cause d'irritation, si elle se répète,
la sensibilité finit par s'émousser.
Sensations de la faim et de la soif. — On suppose que les
nerfs vagues, en leur qualité de nerfs de la sensibilité, sont
aussi le siège des sensations de la faim et de la soif; mais
chez les animaux auxquels on a coupé ces nerfs, la faim
reparaît. Elle n'est pas davantage l'indice du besoin réel de
réparation ressenti par le cerveau, et se reflétant vers l'es-
tomac (Schiff), car la sensation centrale ne pourrait pas, les
nerfs vagues étant sectionnés, se propager à la muqueuse
stomacale. Il y a inappétence dans la fièvre, et cependant
l'inanition est là. Il y a, au contraire, des fausses faims,
même après une réplétion complète. Donc la faim n'indique
que l'état local de l'estomac; elle produit là des tiraillements
nerveux qui peuvent être momentanément calmés par Tin-
gestion même de corps inertes.
OPÉRATIONS CIIIMIQCKS DE LA DIGESTION. 73
^5. — niuuvouicntM ci iiiucrvutiuu du groM iiitcMtiii
Les substances alimentaires transformées ou non dans l'in-
testin grêle ne progressent, en général, ([u'au bout de trois
heures vers le gros intestin où elles restent douze heures au
moins, en perdant leur eau, de manière à se condenser. Les
mouvements péristaltiques du gros intestin (ou côlon) dépla-
cent les résidus jusqu'à la partie du rectum qui est entourée
pai' 1(3S deux sphincters interne et externe; tant que la masse
excrémcntitielle est au-dessus du rectum, elle ne produit pas
la sensation expultrice; mais dès qu'elle franchit cet organe,
elle détermine l'excitation des nerfs sensibles, laquelle se
transmet à la moelle épinière dans sa région lombaire, et
se réOéchit sur les nerfs moteurs des sphincters.
CHAPITRE 4
OPÉRATIONS CIIIiMIQUES DE LA DIGESTION
§ 1. — Rôle de la «lialivo
Dès que les aliments sont introduits dans la bouche, ils
se trouvent en contact avec la salive provenant des diverses
glandes appelées parotides, sous-maxillaires, sublinguales;
celte salive mixte est le premier liquide digestif. D'une ac-
tion nulle sur les albuminates, douteuse sur la graisse chez
l'homme (Colin), la salive a le pouvoir, comme Ta démontré
Mialhe et comme l'a indiqué Leuch, de transformer immé-
diatement la fécule cuite ou crue en dexlrine, puis en sucre,
et cela par suite de l'intervention d'un forment salivaire
qu'on a dénommé plus tard ptyaline. Le sucre obtenu n'a
7i CIIAI». i. DK.KSTION.
htiilcfois les ([nalilôs du siici»' ordinairr; di' f('( iilf, c'est-
à-dire de la ^lycoso, que (]iiaiid ou le cuil avci: d(; l'aride
suirui'i(iue dilué (Nasse); ce serai! doue uii sucre spécial.
D'autres physiologistes (Mussculus et Merin^) ht considèrent
couiuie i(leuti({ue avec la maltose produite par l'action di' la
diastase; uiais, en réalité, c'est toujours d(i la glycose jiri-
inilive ou secondaire qui se développe rapidement à la tem-
pérature du corps humain aux dépens de la fécule cuite ou
grillée, ce qui constitue la forme culinaire habituelle.
C'est un ferment qui produit cette transformation de
l'amidon en sucre, et la quantité nécessaire de ce ferment
pour opérer sur une grande masse de fécule est si peu con-
sidérable qu'il ne s'use pour ainsi dire point. Voilà ce qu'on
croyait. Cependant Pascliutin, en 1871, démontra qu'après
avoir servi une seule fois, le ferment perd déjà de son pou-
voir; si on agit sur beaucoup de salive avec peu d'empois,
c'est à peine si on obtient des traces d'érythro-dextrine, c'est-
à-dire qui se colore en rouge vineux sous l'influence d'un
acide et de la teinture d'iode.
Le premier effet du ferment salivaire, c'est de produire
ce genre de dextrine, mais à la condition d'être en quantité
suffisante; puis, s'il reste encore de la salive disponible,
cette érythro-dextrine se transforme en achroodextrine (qui
ne se colore plus par l'iode), et finalement en sucre.
La question physiologique étant résolue, il s'agit de savoir
quelle est la valeur du liquide salivaire pour la digestion
des fécules? On a vu qu'elles ne peuvent être digérées que
par une longue mastication et une insalivation complète;
mais le rôle digestif de la salive ne tarde pas à s'amoindrir,
les matières amylacées ne séjournent pas assez dans la cavité
buccale pour subir l'influence du ferment; puis la salive, 1
une fois avalée, rencontre dans l'estomac le suc gastrique I
acide, lequel détruit son action qui ne peut s'exercer qu'en
OPÉRATIONS CHIMIQUES DE LA DIGESTION. 75
j)réscnco d'un li(|uidc alcalin. Kn clÏL't, quand incin<' la
fécule est ingerce en grande quantité, on ne trouve dans
rcstomac tout au i)lus que des traces de sucre, tandis qu'il
abonde dans l'intestin, si bien qu'on doit conclure de là,
que l'amidon, surtout la fécule ou la dextrine, ne subit sa
transformation saccharine que dans la cavité intestinale.
Ces divers arguments sont très plausibles, mais réclament
quelques explications. Il est parfaitement vrai quant au pre-
mier point, que si la transformation de la fécule n'exige pas
une réaction alcaline, du moins elle réclame une acidité très
faible; ainsi dans un liquide acidillé à un demi-millième,
c'est-à-dire un litre de liquide contenant un demi-gramme
d'acide chlorhydrique, qui est l'acide de l'estomac, la saccha-
rification est encore possible; avec 1 gramme sur 1000, elle
s'arrête. — Chez l'homme, au début du repas, quand l'acide
n'est pas encore considérable, la métamorphose de la sub-
stance féculente peut encore avoir lieu; mais il est probable
qu'elle s'arrête à la formation de Térythro-dextrine, et ne
va pas jusqu'à faire de l'achroodextrine et du sucre. Oi", il
est démontré que, à une période plus avancée de la diges-
tion, quand bien même la salive aJflue en quantité, le suc
gastrique devenu très acide empêche et neutralise l'aclion
du liquide buccal.
La deuxième question est aussi bien prouvée; on ne trouve
presque jamais de sucre dans l'estomac, mais on peut sup-
poser que le sucre qui s'y développe subit immédiatement la
fermentation lactique. Or, ce n'est là qu'une hypothèse, car
si on mêle à la nourriture du chien une certaine quantité de
sucre, on le retrouve intact.
En résumé, l'action de la salive sur la digestion est infini-
ment moindre qu'on ne pouvait le croire au premier abord;
son rôle buccal est l'imbibilion de la masse alimentaire pen-
dant la mastication ; son rôle digestif dans l'estomac est limité.
76 (IIAI'. l. — DIGESTION.
^ -. — Il<>l<* <lii Mlle ;;:iN<rI<|ii<*
Toiilo la (li^qcslion stomacale csl due à raction du suc
gaslri({ue, si bien que si on peut hi recueillir chez les ani-
maux par un procédé expérimenlal, ou sur Flioniine par un
moyen artificiel, on parvient à l'aide de ce suc, à opérer la
digestion dans un vase inerte aussi bien que dans la cavité
stomacale.
Historique du suc gastrique naturel. — Digestions artifi-
cielles, — Notre grand naturaliste Réaumur, fut le premier
qui démontï'a la dissolution chimique des aliments dans
l'estomac. Il introduisit dans l'estomac; des oiseaux de proie,
de la nourriture à l'aide de sondes qui étaient ordinairement
rejetées au bout de vingt-quatre heures, et il reconnut la
dissociation complète des aliments. Spallanzani, le célèbre
expérimentateur italien fut le premier qui retira le suc gas-
trique lui-même à l'aide d'épongés qui, introduites dans
l'estomac d'un oiseau, déterminèrent, par leur contact avec
la muqueuse stomacale, la sécrétion du liquide gastrique;
c'est ce liquide qui servit à faire des digestions artificielles.
Wassmann et Schwann imitant ce procédé, reproduisirent
l'acte digestif avec un constant succès. Ils démontrèrent
l'existence dans l'estomac d'une matière organique qui a
le pouvoir spécial de dissoudre les albuminates; c'est la
pepsine, qui n'exige d'autre condition pour agir, qu'un
milieu présentant un degré déterminé d'acidité. Il est facile
de prouver que ce n'est pas l'acide seul qui opère en pareille
circonstance. Qu'on compare en effet l'action des deux
liquides suivants : Préparez la couche glandulaire fermen»
tifère de la muqueuse de l'estomac d'un animal herbivore à
jeun ou en digestion ; faites macérer cette membrane dans une
solution faible d'acide chlorhydrique (1 gr. p. 1000 d'eau);
OPÉRxVTIONS CHIMIQUES DE LA DIGESTION GASTRIQUE. 77
elle produira sur les alhuiuinatcs les ineines transfor-
iiiations eliiiniqucs que le suc gastrique, extrait directe-
luent de rcstomac à l'aide des éponges; prenez ensuite le
même liquide chlorliydrique au millième, et mettez-le en
contact avec la fibrine musculaire ; vous verrez dans la pre-
mière préparation la fibrine se dissoudre en dix minutes ;
dans le deuxième liquide qui ne contient que de l'acide,
la fibrine ne fait que se boursoufler, mais sans se dissocier,
sans se dissoudre même à la longue si la température exté-
rieure est fraîcbe. — Au lieu de fibrine on peut employer
le blanc d'œuf cuit et durci; il restera parfaitement intact
dans l'acide, tandis qu'il se liquéfie et se dissout complète-
ment, quoi({ue plus lentement que la fibrine, dans le suc de
la membrane stomacale. Une exception paraît devoir être
établie pour la viande crue, qui se dissout dans l'un et l'autre
liquide ; mais cette anomalie s'explique facilement; le muscle
lui-même, c'est-à-dire la chair crue contient de la pepsine,
ou du moins un corps qui se comporte comme elle.
Suc gastrique de Vhomme. — Chez l'homme on a pu re-
cueillir le suc gastrique par des fistules résultant de bles-
sures ; on l'obtient facilement en introduisant par une sonde
des petites éponges à diverses heures de la digestion, ou à
l'aide de la pompe stomacale munie d'une sonde molle.
Au commencement du siècle, un médecin viennois, Ilelm,
retira le suc gastrique chez une femme portant une plaie
fistuleuse qu'on put dilater impunément, de manière à per-
mettre l'introduction des aliments et de petites éponges
destinées à extraire le suc gastrique. En 1828, un chasseur
canadien, blessé par un coup de fusil, conserva longtemps
une fistule stomacale; le docteur Beaumont lit sur cet homme
les expériences les plus intéressantes; il en retira le suc
gastrique, et les alimeuls aux diverses périodes de la diges-
tion; il parvint même à constater la durée du séjour de
78 CHAI», l. — lnr.ESTION.
clia([ii(' aliiiHMit dans la cavih' sloiiiacalo, et riiil jxiuvoir
ainsi (Haldir inu} séi'ic de di^vslihililés ; il étudia enfin les
nionvenients de l'estomac et leurs rappoils avec la masse
aliiiiiMilairc.
Bien des exemples de ces listules traumatiques ont été
observées depuis ce temps par les pliysiolof,nstes, elles chi-
rurgiens sont souvent obligés d'établir ces listules, quand
le conduit alimentaire, c'est-à-dire l'œsophage, se trouve
rétréci par une tumeur, par une cicatrice, par le cancer. —
Dans toutes ces conditions on a pu, avec le suc gastrique,
pratiquer les digestions artificielles (Kretschy).
Le meilleur procédé pour obtenir le suc de l'estomac,
c'est de pratiquer une fistule artificielle chez le chien; un
médecin russe appelé Bassow, d'après les indications biblio-
graphiques de notre célèbre et regretté physiologiste II. Milne
Edwards, est le premJer qui soit parvenu à établir ce trajet
fistuieux; plus tard les physiologistes, et surtout Blondlot
(de Nancy) ont pu faire vivre pendant de longues années les
chiens fistuieux, et observer sur eux les phénomènes de la
digestion.
Suc gastrique artificiel. — Un progrès important fut
marqué lorsqu'on prépara un suc gastrique artificiel, en
l'extrayant des fragments de muqueuse stomacale du porc,
en les traitant par un mélange d'environ un gramme d'acide
chlorhydrique concentré et un litre d'eau; Brucke perfec-
tionna ce procédé et obtint une solution pure de pepsine.
Le même but peut être atteint si on racle la couche super-
ficielle de la muqueuse pour en soumettre les parcelles, pen-
dant quelques heures, à l'action de l'acide chlorhydrique.
La glycérine est plus apte encore à extraire la pepsine de la
muqueuse de l'estomac (Wittich) et à produire un suc artificiel
qui, dans certaines conditions déterminées de température,
reproduit toutes les phases de la digestion pendant la vie.
OPÉRATIONS CHIMIQUES DE LA DIGESTION GASTIIIQUE. TJ
^ J. — De la pc|iMiiio
La pepsine, ferment, — La pepsine, depuis l'cpo({uc de
sa découverte, a été considérée comme un ferment, c'est-
à-dire comme un corps susceptible de produire une décom-
position toujours croissante, de se renouveler sans cesse, et
en dernier lieu, d'agir sous le plus petit volume sur les
quantités indéfinies d'autres substances, sans subir lui-même
la moindre altération cbimique. La pepsine a-t-elle ces pro-
priétés?
Tout d'abord, contrairement à la croyance ancienne, elle
ne se multiplie ni ne se refait à nouveau. Il est facile de le
prouver, d'après Brucke. On introduit de la fibrine du sang
dans un liquide digestif artificiel; ({uand elle est digérée, on
môle une petite quantité de solution chlorliydrique au mil-
lième avec une petite portion du premier liquide, la fibrine
s'y digère encore; on peut répéter cette opération trois fois
avec les mêmes liquides, et obtenir le même effet; mais si
on continue, la fibrine ne se digère plus que lentement, et
exige maintenant autant d'iieures pour se dissoudre, qu'il
fallait de minutes dans les premiers essais. Finalement le
liquide digestif ne se comporte plus que comme une dilution
chlorliydrique, et ne parvient plus qu'à boursoufler la fibrine.
Un pareil fait est incompatible avec l'idée que la pepsine se
multiplie pendant et par l'acte digestif. Dans le cours des
premières divisions, la pepsine est restée la môme, jusqu'à
ce (ju'à la longue la dilution extrême la rendît impuissante.
Dans cette circonstance ne peut-on pas invoquer, au lieu
de la dilution excessive, l'usure de la pej)sine pendant et par
la digestion? La réponse est facile : Briïcke a prouvé (|ue les
plus petites quantités de pepsine dissolvent aussi bien et
aussi vite de gros fragments ({ue les plus minimes parcelles
80 Cil Al». 1. — DIGKSTION.
(Ir liluiiic. Si l;i popsinc ctail amoiiKlric, la digoslioii (h; la
lihiinc massive aurait du, ou l)if ii cnliaîiier un délai plus
loii|;, ou une di^^eslion plus iin])arfaile.
On peut conclure : 1° la pepsine n'est pas usée par l'acte
digestif; 2° elle ne s'accroît pas i)endant la dij>estion ; 3° une
très faible quantité de pepsine suflit poui* faire évoluer toute
la fonction digeslive; mais, pour la faciliter, la pepsine doit
dépasser le minimum; sinon toute l'opération se ralentit
d'une manière très marquée.
La pepsine albuminate (?). — Au point de vue fonctionnel,
la pepsine se rapproche des ferments ; au point de vue clii-
mique elle ressemble, dit-on, à un albuminate. On la consi-
dérait comme une substance lâche, prête à se dissocier, et
qui entraîne dans sa décomposition tous les autres albumi-
nates en les dissolvant. Mais elle ne ressemble en rien à ces
corps azotés qu'elle transforme, elle reste lon£>temps intacte,
à l'état sec ou en solution; elle résiste même sous les moisis-
sures.
La cause de la confusion est celle-ci : la pepsine se préci-
pite avec les matières albumineuses en voie de digestion dans
le suc gastrique artificiel ; de là l'identification de la pep-
sine avec les composés albumineux qu'elle entraîne. Elle
peut même s'attacher à des corps étrangers solides, et le suc
digestif le plus efficace traité par la poudre de charbon
devient absolument inefficace par la filtration, par suite
de la séparation de la pepsine; c'est une des belles expé-
riences de Brûcke, qui démontre même qu'on peut ainsi déta-
cher la pepsine des albuminates qui sont moins adhérents
au charbon ; le phosphate de chaux peut également servir
à l'isolement de la pepsine; il en est de même de la choles-
térine, qui constitue, comme le phosphate calcaire, une
sorte d'épongé à laquelle la pepsine s'attache solidement.
Ainsi obtenue, la solution pepsique est d'une grande effica-
01»f:UATlONS CHIMIQUES DE LA DIGESTION STOMACALE. 81
cité; qucl({ues {gouttes rriôlées à 5 centimètres cubes d'eau
acidiil('e suifisent pour digérer les IVagmcnts de libiine en
une heure. iMais il est à noter précisément que ce liquide, à
peu près aussi puissant qu'aucun autre, ne présente plus les
réactions ordinaires des albuminates; c'est tout au plus si
on peut le précipiter comme les matières albumineuses par
l'acétate de plomb; on ne peut môme plus en troubler la
solution par le chlorure de platine (KrassilnikofT).
Au résumé, la pepsine n'a pas les propriétés des albumi-
nates ; elle n'est pas non plus un ferment, car elle ne se mul-
tiplie pas et ne s'use pas par l'acte digestif; il est donc à sup-
poser que celle qui n'a pas servi se trouve résorbée ; mais
comme le sang et les liquides intestinaux qui la reçoivent
présentent une réaction alcaline, la pepsine perd ses qua-
lités acides, qui sont absolument indispensables, comme
nous allons le démontrer; la nécessité de l'acidité pour la
digestion est telle, que sans la présence du sang qui est alca-
lin dans les vaisseaux de la muqueuse stomacale, l'estomac
finirait par se digérer lui-même; la pepsine acidifiée est
protégée par le sang qui y circule sans cesse; si, comme
dans les ulcères de l'estomac, les parois des vaisseaux sont
détruites, ou si les vaisseaux sont oblitérés par une embo-
lie, si, en un mot, la circulalion est enrayée en un point
déterminé, c'est là que se fera l'autodigestion et la des-
truction de la muqueuse. (Toute celte discussion appartient à
Briicke.)
§ 4. — Dos acides de l'cstouiac
La pepsine sans acide est impuissante, et l'acide sans la
pepsine est encore plus inefficace pour accomplir une diges-
tion véritable; il ne se produit, dans le premier cas, qu'une
décomposition, dans le deuxième cas, qu'un sim[)le bour-
SÉE. V. — 6
X-2 r.llAI». 1. - DICKSTION.
soiiflcimenl des substances all)iiiiiinciis(îs. il r.inl, ponicjuc
celles-ci se dissolvent el se niétaniorpliosenl en j)i'oduits
assimilables, une pepsine acidifiée par une qnantilc suffi-
sante et une quai i le déterminée d'acides.
On trouve dans le suc gastrique fourni par une lislule
artificiellement établie cliez le chien, de même dans le
liquide stomacal retiré de l'estomac de l'homme à l'aide
d'une sonde, divers acides, toujours l'acide chlorhydiique,
presque toujours l'acide lactique; mais ce dernier n'est,
disait-on, que le produit des fécules ou des sucres ingérés
en proportion suffisante.
Acide chlorhydrique. — Le seul acide qui soit constant
et en môme temps libre dans l'estomac, c'est l'acide chlorhy-
drique. Bidder et Schmidt ont démontré que si dans le suc
gastrique du chien on suppose toutes les bases combinées
avec l'acide chlorhydrique, il reste toujours encore une
quantité notable de cet acide qui échappe à la neutralisa-
tion; dans le suc gastrique humain cet acide est moins
abondant, mais on le retrouve toujours sous cette forme.
On peut le constater facilement chez l'homme par divers
réactifs, par le réactif de Mohr (acétate de fer et sulfocya-
nure de potassium), par l'extrait amylalcooliqueduvin rouge
(Uffclman), mais surtout par la tropéoline et parle méthyla-
niline violet, (indiqué par Maly, Laborde, Yan der Yelden, Rie-
gel) qui décèle une solution ne contenant que 0,22 pour 1 000,
en produisant une coloration violette qu'on ne retrouve pas
par la présence des acides organiques. La méthode la plus
ingénieuse pour les séparer repose sur l'action de l'éther qui
se charge toujours d'acide, mais surtout d'acide organique;
c'est la méthode de Berthelot et de Charles Richet; sur un
malade portant une fistule stomacale on a pu même préciser
ainsi la quantité d'acide chlorhydrique qui oscillait entre 1,8
à 1,7 sur 1000. Cet acide est non seulement constant mais il
I
OPÉRATIONS CHIMIQUES DE LA DIGESTION STOMACALE. Ki
est le plus efficace pour la di{^cstion. il existe bien encore
dans le suc gastrique un autre acide minéral, c'est ïacide
pliosphoriquCy mais sa valeur digestive est d'autant moindre
qu'il est sous forme de phosphates.
Combinaison de V acide chlorhydrique avec la pepsine. —
L'acide chlorhydrique libre ne l'est cependant pas assez
pour échapper à la combinaison avec la pepsine; d'après
Laborde il serait fusionné avec la pepsine; d'après Richet
avec la leucine qui est un dérivé des albuminates.
Acide lactique. — L'acide chlorhydrique ne constitue pas
le seul acide de l'estomac. Outre les acides butyrique, valé-
rianique, qui sont des produits de décomposition des ali-
ments, on trouve presque toujours dans le suc gastrique de
l'acide lactique, qui provient en partie des matières amylacées
ou sucrées en fermentation lactique. Toutefois Richet, en trai-
tant par l'éther un suc gastrique entièrement exempt d'ali-
ments hydrocarbonés, y a trouvé encore 43 centigrammes
d'acide lactique pour 1000. Il semble donc qu'il s'en forme
dans l'estomac : s'il en est ainsi il doit pouvoir servir à la
digestion artificielle ; du moins il fait gonfler les albumi-
nates. Lorsque l'acide lactique est en présence des chlorures
il les décompose en partie, de sorte que si les deux acides se
trouvent ensemble, le premier sert toujours à dégager l'acide
chlorhydrique, lequel est plus diffusible et se trouve surtout
à la surface supérieure de la solution; il se forme aussi du
lactate de soude qui est au fond, et de l'acide chlorhydrique
qui est superficiel (Maly).
^ O. — Des orgauci4 ïtécrctciirs de la pepsine et des acides
de 1 estoiuae
L'étude de la pepsine et des acides de l'estomac, c'est-à-
dire des principes véritables de la digestion, serait imparfaite
81 (IIAP. 1. — nir.ESTION.
sans la nolion exacte de leur (ni^iiic, de Inir modo de pro-
dnclion, sans la connaissance précise des élénienls analo-
miipics de la iini(|iieuse sloniaralc (pii président à la forma-
tion des agents dif^cslifs.
L'estomac a deux Jonctions; Tune d'ordre nervo-moteur,
l'autre essentiellement chimique; l'une s'accomplit à l'aide
des plans musculaires qui opèrent des contractions lentes
automatiques, des mouvements de rotation totale, de pro-
pulsion partielle, tous destinés à mettre la masse alimentaire
en contact incessant avec la paroi interne de l'estomac où
le suc gastrique prend naissance; nous avons étudié ces
muscles et ces mouvements (Yoy. cli. 3). L'autre fonction
réside dans la muqueuse stomacale et dans ses éléments
constituants, c'est-à-dire dans les glandes de l'estomac;
c'est là que se forment la pepsine et l'acide chlorhydrique,
qui sont la base essentielle du suc gastrique. — Le sang qui
anime ces glandes prend naturellement part à la sécrétion
du liquide stomacal; il circule sous la membrane muqueuse
vasculaire appelée aussi nerveuse parce qu'elle contient les
vaisseaux et les nerfs de l'organe.
Glandes à pepsine. — Muqueuse de V estomac. — Dès son
entrée dans l'estomac la muqueuse de l'œsophage change de
nature; dans le conduit alimentaire, elle était revêtue par
des cellules d'épithélium stratifié (pavimenteux); elle est
recouverte maintenant par une couche d'épithélium cylin-
drique qui se continue telle dans toute la longueur du tube
digestif; il y a donc dans l'intestin et l'estomac une mu-
queuse semblable à ce point de vue, c'est-à-dire un élément
commun de protection.
Glandes à pepsine. — Mais la véritable fonction digestive
appartient aux glandes secrétoires qui existent en nombre
dans la membrane muqueuse depuis le cardia jusqu'au py-
lore, dont les plus importantes sécrètent le suc gastrique
OPÉUATIONS CHIMIQUES DE LA DIGESTION STOMACALE. s:,
pcpsinifèrc, (.'t qui, par conséquent, contiennent et forment
la pepsine.
Ce sont (les glandes disposées en tube qui, chez riiommc
comme chez les animaux sont souvent, les unes simples, les
autres divisées à leur extrémité en plusieurs branches; les
tubes simples s'ouvrent verticalement à la surface de la mu-
queuse; les glandes branchues s'ouvrent préalablement dans
une sorte de crypte.
Puis si on examine les tubes qui sont tous enveloppés par
une membrane amorphe, c'est-à-dire sans structure spé-
ciale, on y reconnaît trois espèces de cellules qui leur ser-
vent de revêtement interne. A leur entrée les tubes comme
les cryptes sont tapissés par un épithélium cylindrique
analogue à celui de la muqueuse; dans les deux tiers infé-
rieurs il existe deux espèces de cellules, les unes que lïci-
denhain appelle capitales n'ont pas de forme précise et sont
difficilement visibles sur les préparations fraîches; c'est
pourquoi Rollett les a appelées adclomorphes (cT^c?, forme) ^
les autres connues de longue date sous le nom de cellules à
pepsine, parfaitement reconnaissables par leur volume, par
leur forme arrondie ou polygonale, par leur aspect foncé et
granuleux, tapissent sous le nom de cellules à revêlement,
la paroi interne de la membrane au point de la soulever, et
de la faire saillir; c'est là dans ces parties profondes des
tubes, et surtout dans ces couches de cellules à revêtement
que s'opère la formation de la pepsine, mais elles n'ont pas
le monopole de cette sécrétion.
Les anciens histologues les considéraient à tort comme
les seules cellules pepsiques et leur erreur était plus grande
encore lorsqu'ils prenaient les nucléoles foncés, nombreux,
de ces cellules pour des grains de pepsine. Dès qu'on connut
les deux formes de cellules on rechercha tout d'abord si
elles avaient des fonctions identiques ou diverses. Voici ce
8ft (.MAP. l. — ï)IGi:STION.
ce (iiK' les beaux liavaiix de Ihndciiliaiii oui déinontiv :
Les rclluhîs ( apitalcs se gonlleiil Ibilemcnt pciidaiil. la
sécrétion cl s'allaisscnt ensuite (Ileideiiliaiii, Ehshrm). — Kn
efTcl, la i»cpsin(i se forme dans ces ceIliil(3S, «'I (juand elles
soni ratatinées et troubles, elles n'en contiennent plus
({u'une fraction. Or, cet afl'aissement des cellules après leur
évacuation ne veut ])as dire qu'elles soient détruites, ni
môme transformées; cela signifie seulement qu'elles se dé-
barrassent des produits qu'elles renfermaient. La pepsine a
donc son siège de prédilection dans les cellules profondes
de la muqueuse, et c'est là que se trouve le pouvoir digestif
ou du moins pepsinogèno le plus considérable.
La partie superficielle des glandes n'agit pas de la même
façon que la partie profonde; on sait que des deux éléments
du suc gastrique, l'acide, paraît formé, ou plutôt existe sur-
tout à la surface libre de la muqueuse et à T orifice des con-
duits des glandes stomacales (Claude Bernard), l'autre élé-
ment plus profond contient principalement la pepsine. D'une
autre part, Ileidenhain a précisé, en le démontrant, que
l'acide se forme de préférence dans les cellules à revêtement
plutôt que dans les cellules capitales.
Glandes pyloriques. — Les glandes pyloriques qui ont
été considérées comme des glandes sécrétoires du mucus
sont infiniment plus simples que les glandes de la grande
tubérosité; elles sont, jusqu'au fond, tapissées par un épi-
tbélium cylindrique régulier, lequel diffère de répitbélium
des ouvertures glandulaires, par ses cylindres plus courts,
leur noyau plus visible, et se distingue aussi de l'épithé-
lium cylindrique de la surface muqueuse, par les change-
ments qu'il éprouve pendant les digestions, ce qui n'aurait
pas lieu si c'étaient de simples glandes mucipares; elles se
gonflent, se troublent, deviennent granuleuses et se colorent
alors facilement par le carmin et l'aniline.
OPÉRATIONS CHIMIQUES DE LA DIOESTION STOMACALE. 87
Los glandes pyloriqucs sont encore remarquables par des
polilos cellules à revêtement qui seraient impuissantes,
d'après Fick et Friedini>er, à former la pepsine; mais Eb-
stein, Grûtzner ont démontré le contraire; les glandes pylo-
riqucs peuvent parfaitement servii* à la peptonisalion.
Witticb admet bien qu'elles forment de la mucine et que
néanmoins elles agissent quoique faiblement dans la produc-
tion de la pepsine. La preuve la plus convaincante est four-
nie par une expérience de Klemensicwicz qui est parvenu à
isoler le pylore chez un chien qui a encore vécu six jours, et
à recueillir le liquide de sécrétion pylorique.
Ordinairement visqueux et contenante pour 1000 de prin-
cipes solides, ce liquide quoique de réaction alcaline es;
parfaitement apte à peptoniscr les aliments azotés; légère-
ment acidulé, il dissout la fibrine et l'albumine cuite. On ne
saurait donc nier la coopération des glandes pyloriqucs h la
formation de la pepsine; la conséquence de ce fait est d'un
grand intérêt au point de vue des fonctions du pylore, et
surtout de la gravité de ses lésions.
^ 0. — Origine do l'acido ga.s(ric|iic. — Son usage dan»
la dig;eM(lon
Nous savons où se préparent les acides; nous ne savons
pas encore quand et comment ils se forment. On a dit que
le suc gastrique ne sort pas des glandes à Tétat acide, et que
la substance glandulaire chez l'animal vivant ne présente
pas de réaction acide; celle-ci ne se retrouve (jue dans la
muqueuse tout entière, du moins chez les mammifères. Il
semble donc que le produit sécrétoire des glandes n'est pas
acide, et qu'il ne le devient (pTà la surfjice interne de Tes-
tomac. Mais comment l'acide chlorhydrique peul-il devenir
libre? Le sang qui parcourt les glandes et qui est lui-même
88 CIIAP. i. Dir.r.STION.
alcalin peut nculraliseï* raciiic; mais une minime fraction
d'acide contenue dans le suc glandulaire peut écliapper à la
neutralisation, et paraître facilement comme tel à la surface;
or, ce qui petit exister sous forme de trace chez les mammi-
fères, existe d'une manière évidente chez les oiseaux dont
les glandes sont parfaitement acides dans leur totalité.
Usages de l'acide dans la digestion. — La pepsine ne peut
pas agir sans acide, et lorsque dans les digestions artificielles
on veut apprécier le pouvoir digestif de la pepsine, il ne
suflit pas de calculer combien il y a de pepsine, ni combien
elle digère d'albuminatcs dans un espace de temps déter-
miné; il faut savoir avec quel degré d'acidification de la
pepsine, et en outre à quelle température on opérera le
mieux. Il arrive, dans les essais, un moment où l'acidifica-
tion produit le maximum de la digestion; c'est cette dilu-
tion acide qui doit servir d'étalon entre les digestions des
divers aliments.
Des diverses acidifications selon les aliments. — L'expé-
rience nous apprend que le taux de l'acide n'est pas entière-
ment le même pour la fibrine crue du sang, et pour le blanc
d'œuf coagulé au feu. A la température ordinaire de 18% la
meilleure teneur pour la fibrine est entre O^^S et 1 gramme
d'acide chlorhydrique par litre, tandis que le liquide le plus
digestif du blanc d'œuf durci est de i^'",^ à 1^%6 d'acide par
litre. L'albumine exige donc plus d'acide que la fibrine crue.
La température exerce une influence bien plus marquée;
si la couveuse destinée à faire la digestion artificielle est
à 37 ou 38% qui représente la température du corps humain,
la digestion se fait facilement; c'est pourquoi les animaux
à sang chaud digèrent mieux et plus rapidement que les ani-
maux à sang froid; la pepsine provenant de ces derniers
étant elle-même chauffée à 37% produit exactement le même
résultat que celle des mammifères, et elle continue, d'après
OPÉKATIONS cniMiniES DK LA DIGESTION STOMACALE. 89
les recherches de Moiiner, à conserver son efficacilé nnôme
à degré, tandis que la pepsine du chien ne produit alors
presque plus rien. — Dans certaines plantes, dans les dro-
seras, on trouve égalenaent une véritahle i)epsine; la papaïne
digère comme la pepsine d'origine animale.
La digestion n'est pas seulement facilitée par la tempé-
rature élevée (37"), mais elle peut se faire avec une acidi-
fication moindre; un liquide qui ne présente plus que
l^*",? pour 1000 peut digérer l'alhumine durcie; il va donc,
dans notre organisme, une certaine latitude qui permet
aux sucs plus ou moins acides d'agir sur les aliments albu-
mineux. Ces variations se montrent même spontanément
dans les diverses périodes des digestions naturelles; sur
un malade portant une fistule gastrique, Kretschy a déter-
miné Tacidité d'une solution de carbonate de soude dont
100 grammes neutralisent 1 gramme d'acide oxalique, et il
a pu constater que dans la troisième ou quatrième phase
delà digestion, la quantité d'acide chlorhydrique nécessaire
pour neutraliser un litre de la solution titrée, doit s'élever
à 3 grammes. Ileidenhain, il est vrai, a vu, sur le chien,
l'acide chlorhydrique rester toujours dans les glandes à
pepsine du fonda 0»'",53pour 100 pendant tout le temps delà
digestion; mais cela ne veut pas dire combien de liquide
acide se répand dans l'estomac aux diverses périodes diges-
tives.
§ i. — Transformations fliiiniciuos «les nlinicuts ilan;*
1 estomac. — Prodtiils iniliau:«:
La pepsine et les acides libres ont le pouvoir, à la tempé-
rature du corps, de transformer les composés albumineux
qui sont tous et presque toujours incapables d'être résorbés
à leur état naturel, en une série de produits dont le dernier
IM» CIlAl». i. — Dir.KSTION.
icriiK* l'sl la pcplono; cN'st un corps soliihic, (lilliisiblc, (-L le
seul (|iii suit siisccplii)!^ de, pénélrcr clans le sang cL de se
lixcr dans Toi^^anisiiie.
S(/iito))i)ic. — L'action iiiilialc du suc gaslriiinc, pailicii-
lièrenient de ses acides sur les idbuiiiinates se tnuluil par la
rornialion d'une substance appelée synlonine, (pii, d'après
r)riicke, (in il, au contrai lo, i)ar être assimilable. On trouvo
aussi, à côté de la syntonine, une autre substance réfractaire
à l'absorption, c'est la nucléine, décrite par Lubavin.
Mais, pour bien apprécier ce qui se passe dans la pre-
mière phase de la digestion, c'est-à-dire lors du déve-
loppement de ces métapeptones ou de ces dyspeptones de
Meisner, il importe de distinguer la nature des divers ali-
ments albumineux qui sont soumis à la digestion.
S'agit-il de Yalhumine crue de Vœuf, ou de l'albumine
native, elle devient rapidement précipitable, et cela par le
seul fait de l'intervention de l'acide; car, si on traite l'albu-
mine de l'œuf par une solution acide, on obtient les mêmes
etïets que par un suc gastrique ou peptique ayant le même
degré d'acidité; la précipitation n'est ni plus lente ni plus
difficile dans le premier que dans le deuxième cas.
Si on fait digérer la fibrine crue du sang, et si, aussitôt
après la dissolution, on neutralise le liquide filtré à l'aide de
l'ammoniaque, il se forme un dépôt qui se redissout dans un
excès d'ammoniaque, et aussi dans un excès d'acide; il se
comporte donc comme la syntonine, c'est-à-dire comme une
albumine traitée parles acides. Le liquide surnageant séparé
du dépôt, donne, quand on le chauffe de nouveau, un coa-
gulum, et se comporte, par conséquent, comme l'albumine
naissante, ce qu'on a souvent méconnu (Briicke). La viande
crue comme la fibrine crue, donne tout d'abord une albu-
mine précipitable et une albumine soluble.
Mais il en est autrement de tous les albuminates cuits;
DES PEI'TONES NATURELI.ES. 91
ralhiiiiiiiio cuilo, la lihiiiio ainsi (jik; la viando soiiiiiisos
à ia coclion, puis à la ncuLraiisaliori, doivent, il est vrai,
précipiter une certaine quantité d'un coips albuminoïde;
mais \{\ liquide surnageant fiUré ne donne plus lieu à la
coagulation, par conséquent, plus iïalbumine native. Cet
étrange phénomène rend très complexe le problème de la
nutrition ; c'est par l'albumine native que nous devons répa-
rer nos tissus; c'est elle que nous utilisons et (pi'il Faut
reconquérir, et elle manque dans toutes nos décoctions albu-
mineuses. Briicke ne fait que reculer la question en disant
([ue l'albumine native n'est pas vérilabbmrient dissoute, et
qu'elle se présente plutôt sous la forme de molécules rata-
tinées que de solution véritable.
§ 8. — Des (icptoncs naturelles
Les produits délinitifs de la transformation des albunii-
nates par le suc gastrique sont constitués par les pcptones;
mais où commencent et quand finissent ces peptones?
Différence des peptones et des alhuminates. — Lorsque
dans lamarmitc à digestion artificielle, on suit attentivement
les effets des réactifs sur les albuminates, on voit ces réactifs
perdre tous, l'un après l'autre, leur pouvoir de précipiter les
corps albumineux; les derniers survivants sont l'acide lan-
nique, l'acide phosphomolybdique et l'iodure mercuriquede
potasse. Les produits qui ne sont plus susceptibles de se
déposer ne présentent plus les caractères des albuminates,
ce sont les peptones.
Tant qu'une partie du mélange digestif acidifié peut en-
core précii)iter par le sulfocyanure de potassium, on dit (ju'il
s'agit encore d'un albuminate; dès que le liquide digestif a
perdu cette propriété, tout en conservant celle de précipiter
parles trois réactifs ultimes, ce sont les peptones.
'J'I cil A p. l. — DIGESTION.
Les cliimislos ronsidùicnt l(^s pcptoncs, soil. (.'Ommc résul-
lanl des produits de liansfoniialion, soilcoinmc h; iw-sultat
de décomposition des albumiuatcs ; on païail, d'accord sur
doux points : riiii est relalif à ridcnliié d(; composition,
l'autre, c'est que les premières modifications cliiiiii(|ucs con-
sistent dans l'hydratation, dans l'absorption d'eau.
Ilofmeister est parvenu, en eilct, à restituer aux alhumi-
natcs dépouillés d'eau leurs réactions primitives; Dani-
lewski est arrivé ainsi à la constitution des albuminales, et
Kuhne considère les albuminatcs comme se dédoublant en
deux parties qui sont soumises l'une après l'autre à la diges-
tion, donnant ainsi des produits différents, dont le dernier
serait la pcptone.
Or la véritable réaction caractéristique de cette peptone
serait celle-ci : lorsqu'on traite les produits de la digestion
d'albuminates par la potasse et un sel d'oxyde de cuivre,
comme si on voulait simplement en constater la présence, on
est frappé de l'apparition d'une couleur rouge pourpre.
Comme le biurct (produit ammoniacal voisin de l'urée) donne
une couleur analogue, cette réaction s'appelle de biuret ou de
peptone; le produit obtenu ne précipite plus par les procédés
ordinaires des corps albumineux; il y a donc là un moyen
de reconnaître les peptones, mais à une condition, c'est que
la quantité de ces substances à biuret soit assez marquée.
Différences de jjeptones selon leur provenance, et difficulté
de leur formation. — Nous nous sommes servi alternative-
ment du mot peptone ou peptones; c'est qu'il est bien dé-
montré qu'il n'y a pas une peptone unique; la fibrine-pep-
tone diffère de l'albumine- peptone. De plus tous les corps
albumineux ne se transforment même pas en peptone dans
l'estomac; sur des malades fistuleux on a souvent constaté
dans l'intestin des quantités plus ou moins considérables
d'albuminates, entièrement intacts. A l'état normal on trouve
DKS PEPTONES NATURELLES. 'J3
souvent, au iriicruscopo, dans révacuation intcslinalr, mi
^rand noiid)rc de laisceaiix musculaires cl leurs débris.
Gela s'explique; dans resloinac le tissu conncclif se dissout,
les faisceaux de muscles se dissocient, mais n'ont \ms le
temps suffisant pour se dissoudre entièrement dans cet
organe.
Des rjélatinîsalmis. — Le tissu connectif n'est pas direc-
tement dissous, mais il est transformé en une substance
gélatineuse, qui se comporte comme la gélatine en présence
des réactifs, et semble se former déjà par la seule interven-
tion de l'acide sans pepsine; on sait en effet que le tissu
connectif se gélatinise plus vite dans l'eau acidulée par
l'acide sulfureux (Rutliay) ou l'acide sulfurique (Rolletl) que
dans l'eau pure. Lorsque la dissolution est opérée, le suc
gastrique métamorpliose la gélatine en une peptone-gélatine,
qui perd sa coaguabililé. Ainsi les peptones diffèrent toutes
selon leur origine.
Peptones cVorigine végétale. — Ces peptones diffèrent
également selon leur origine; il existe en eifet dans les sucs
des végétaux une albumine qui ressemble de tous points à
l'albumine de l'œuf; on trouve dans les légumes secs la
légumine ou caséine végétale qui se précipite par la présure
et par l'acide acétique comme la caséine du lait, mais sa
solution ne se coagule pas par la clialeur. On doit aussi
tenir compte du gluten (des céréales) qui, traité par Talcool
se dédouble en fibrine végétale, et en gélatine végétale
appelée gliadine.
^ 0. — De l'adaptation des ficptoucs it 1 org^aiiiMiuc
Comment les peptones s'annexent-elles à Forganisme? et
quelle est leur utilité réelle? On a cru pendant longtemps
que les substances albumineuses ne peuvent être résorbées
'Jl CIIAP. 1. — DIGKSTION.
sans avdii" pasx'' par la iM'|il(>Misatioii, cl (|iriiiit' l'ois j'/'sor-
bces elles se Iraiislonneiil di! nouveau dans Tor^aiii^uie en
alhnniiiiah; cuaj'iilalile par la elialeiii'. .Mais celte coiieeplioii
cliimico-pliysiolo^i({iic lut viveiueiil. alhnpn'e. pai- lin'ieke,
Diaconow, Voit, Baiicr, Eicliliorsl, Czeiny et Lalseli^nberî^^er.
On sail en ellV't luainlenaiil (|uo les alhuminates peuvent
pénétrer dans le sang- connne tels, et que par conséquent les
peptones ne servent pas nécessairement à la régénération
des tissus. On sait encore que les peptones comme les alhu-
minates contribuent, en se désagrégeant, à former l'urée et
à l'éliminer en plus grande quantité; mais s'agit-il dans ce
cas d'une destruction rapide des peptones, comme le croit
Fick, ou bien d'une usure plus marquée des tissus, désor-
mais remplacés par les peptones? Ces questions ne peuvent
être résolues que par l'expérimentation.
Peptones mêlées aux aliments non azotés. — Voï't nourrit
un jeune cliien avec du sucre, de la graisse et de la fibrine-
peptone, dont il avait écarté toute l'albumine native et toute
la syntonine ; l'animal s'accrut et augmenta de 101 grammes
de poids en dix-huit jours. Maly administra aune tourterelle,
outre les hydrates de carbone, la graisse et les cendres
d'avoine, un produit peptonique ; seize expériences furent
instituées durant quatre à trente jours; or dans tous les cas
le poids augmenta par l'addition de la peptone-fibrine, tandis
que la nourriture exclusive par les céréales diminua le poids
corporel.
D'autres expérimentateurs, Gyergez et Plôez prétendirent
même retrouver les peptones injectées dans le sang, et les
constater jusque dans les veines hépatiques, jusque dans les
artères carotides. Ces conclusions furent vivement critiquées
(Adamkiewicz).
Peptones et aliments azotés. — Après avoir établi chez le
chien un bilan exact des dépenses et des recettes d'azote,
OPÉRATIONS CHIMIQUES DE LA DIGESTION INTESTINALE. 'J.'
Adamkicwicz commença par diminuer la ration azotée.
L'usure corporelle persista; il ajouta ensuite au régime
albumineux, absolument insuffisant, des pcptones, et dès
lors les annexions albumineuses recommencèrent.
Les peplones paraissent favoriser sinf'ulièrement la con-
servation des tissus, c'est-à-dire en empèclier l'usure. Mais
voici où est le défaut de l'expérience. Est-ce la peptone ou
l'albumine normale qui s'annexe? Voit résout, par ses expé-
riences, la question en faveur de l'albumine, et Brïicke fait
observer que ce ne sont pas toujours les substances alimen-
taires les plus faciles à digérer qui sont les plus utilisées.
Unalbuminatc qui serait, pendant son séjour dans l'estomac
ou l'intestin, peu modifié dans sa texture, et cependant ab-
sorbable sous cette forme primitive, constituerait précisé-
ment l'aliment le plus apte à soutenir l'organisme.
Des peplones artificielles. — (Voy. cbap. 10.)
CHAPITRE 4 BIS
OPÉRATIONS CHIMIQUES DANS L'INTESTIN
L'intestin a son suc digestif spécial; il est en outre Tabou-
tissant de la bile et du suc pancréatique; tous les trois
liquides ont une importance capitale dans la digestion des
divers aliments albumineux, graisseux et bydrocarburés.
L'albumine et la fibrine échappent toujours partiellement à
l'action digestive de l'estomac, et pénètrent intactes dans
l'intestin qui les élabore et les rend absorbables, et en
achève la digestion soit par le suc intestinal (?) soit par le
liquide pancréatique. L'intestin est donc plus que la succur-
sale de l'estomac, c'est le laboratoire où tous les fragments
alimentaires albumineux vont être peptonisés. L'intestin
«JG CHAI». 1 lîIS. - DiC.rsTloN.
possède, on oiilic, un oiilill.i^c ('(iiniilri poiii- l;i dinostion
des j^raisscs (pii sont l(>iij(niis ri-liacLaircs à resloiiiac; 1(3S
trois Ii(iui(les rassemblas dans le luhc inh^stinal conliihnent
à la pénéli-alion des ^laisses dans les tissus vivants. C'est
encore là (jne les léculents sont Iranslormés endextrine et en
sucre, s'ils ont échappé à l'action de la salive buccale, le pan-
créas et l'intestin «•rùlc fonnent un forment qui opérera
cette indispensable mélamorpliosc. Enlin l'intestin seul se
charge d'intervertir les sucres, (picls qu'ils soient, on gly-
cose facilement assimilable.
Ainsi tous les aliments peuvent trouver dans l'intestin
leur dissolvant ou leur ferment, qui les rend aptes à s'an-
nexer cà l'organisme. Il s'agit donc de faire la part de chacun
de ces liquides digestifs et de connaître leurs fonctions,
leur origine, leur mode do production.
§ 1. — Origine du suc intestinal
Des g;lan<les qui le sécrètent
Le suc intestinal provient des innombrables glandes qui
couvrent et occupent la muqueuse intestinale; la plus grande
partie de la sécrétion est fournie par les glandes qui ont
été découvertes par Lieberkuhn au siècle dernier; dans le
duodénum, il s'ajoute à cette sécrétion une certaine quan-
tité de suc fournie par les glandes qui portent le nom de
Brunner.
Glandes de Lieberkuhn. — Sur la muqueuse, il s'élève
des petites saillies appelées villosités intestinales qui jouent
un grand rôle dans l'absorption. Entre ces villosités se
trouvent des dépressions en forme de doigt de gant, des
espèces de cryptes dans lesquelles pénètre l'épithélium cy-
lindrique qu'on trouve dans le tube digestif; sous cet épithé-
lium il existe une membrane propre qui sert de soutène-
OIUGLNE DU SUC INTESTINAL. 'J7
ment; ce sont les cryptes ou glandes de Liebeikulin (iiii
présentent une cerlaine analogie avec les glandes à pepsine
de Testomac. Les gla^ides de Brunner sont de petites grandes
en forme de grappes ; les grains qui, par leur agglomération,
constituent ces glandes, sont allongés et ont également
pour revêtement les cellules cylindriques comme les glandes
à mucus et à pepsine du pylore chez l'homme; ces glan-
dules, qui sont rares et isolées, contiennent un suc gra-
nuleux, formé par des substances albumineuses, de la
miicine, et un ferment indéterminé, qu'on suppose être
analogue à l'un des ferments du suc pancréatique. Mais
la principale partie du suc intestinal est fournie par les
glandes de Lieberkuhn ; on peut l'obtenir à l'aide de fis-
tules que Thierry a pu établir sur les chiens, et qui peuvent
donner en une heure de 15 à 18 grammes de ce suc par
centimètre cube de liquide extrait de ces trajets artificiels.
Le suc, qui est d'un jaune clair, opalescent, peu consis-
tant, fortement alcalin, contient de l'albumine sans mucus,
et un ferment qu'on peut extraire à l'aide de la glycérine.
Son pouvoir digestif s'exerce : 1° principalement sur la
fibrine crue (Thiry a noté cet important fait qui explique
l'intervention de fintestin dans la digestion de la viande
crue); ^^ les autres albuminates et les albuminoses sont
moins digérées, d'après \Venz(Ze^7sc/^. fHrBiolo(jie^ t. XXXll,
1886); 3° la gélatine se transforme, dit-on, en une solution
non gélatinisable; 4" les graisses ne s'émulsionnent pas,
mais sont facilement absorbées ; 5"^ le sucre de canne s'in-
tervertit en sucre de raisin (Paschutin); G*" la .fécule donne
naissance à la dcxtrine et au sucre. La sécrétion n'est guère
influencée parle système nerveux; les nerfs vagues n'y sont
pour rien. Mais l'extirpation des ganglions des nerfs sym-
pathiques de l'abdomen détermine, d'après Budge,un énorme
afflux de liquide sécrétoire dans l'intestin avec diarrhée;
SÉE. V. — 7
«)S CHAI», l lus. — F)K LA IMCKSTION.
celle séerélioii exa'iéiée j)ruvieiiL sans duuLe de la paialysie
{]c9. noiTs vaseiilaircs de; riritcslin; lo san^^ rostcrait sta^^nant
dans les vaisseaux et lavoiiscrait ainsi la Iranssudation du
sérum sanj^uin.
§ 2. — Li(|iiltlo |»nii«*réa(i(|iic. — Son origine. —
SeM fouvtiouH
Le pancréas est une glande très complicjuée, en forme de
tubes et de gland ules, qui déverse son liquide de sécrétion
par deux et même trois canaux dans la cavité intestinale;
ces canaux excréteurs se subdivisent en tuyaux de deuxième
et de troisième ordre, et ceux-ci en petites brancbes qui se
terminent dans les lobules glandulaires en formant ordinai-
rement des cylindres, des manchons (Lalschenberger).
La partie sécrétoire de ces cylindies contient des cellules
nues et des grains appelés protoplasma, disposés en deux
couu sysiènie sanguin et ti*averse tout le lubub; (ll(3ring). De ce
réseau de canaliculaires biliaires extrêmement serré, il sort
un canal biliaire volumineux qui est tapissé à l'intérieur par
un épilliélium plat, et se couvre à l'extérieur sur les conlins
du lobule, d'une paroi solide de tissu connectif, doublée d'une
couclie musculaire qui fait contracter ces conduits, facilitant
ainsi l'écoulement de la bile dans l'intestin, de môme dans
la vésicule biliaire.
Glandes à mucus. — Enfin dans ce tissu connectif qui
délimite les grands canaux biliaires, on rencontre des
glandes à mucus qui déversent le liquide dans les conduits
collecteurs de la bile. Ces glandes, qui avaient été consi-
dérées à tort comme les premiers linéaments des canalicules
biliaires, ont pour fonction de sécréter le mucus ou plutôt
la mucine dont la connaissance et Futilité sont de date
récente.
Nous savons par les recherches de Landwehr que cette
mucine est un composé d'un corps albuminoïde, et d'une
sorte de gomme animale destinée à se transformer dans
l'organisme. Lorsqu'en effet on délaye la bile dans l'eau et
qu'on y ajoute de l'alcool, il se forme un dépôt considérable
de mucus; ce qui reste dissous dans l'alcool, c'est la bile
proprement dite, telle qu'elle est sécrétée aux racines des
canaux biliaires.
§ 3 bis. — Composition et usages de la bile
La bile est formée : V par des sels sodiques et potassiques
de deux acides appelés choliques; ce sont le glycocholate et le
COMPOSITION DK LA I5ILK. 105
taiirocholatc de soude ; 2° par une ou plusieurs matières colo-
rantes qui ne semblent pas constituer des matières ijiliaiies,
c'est-à-dire essentielles de la bile, mais qui lui communi-
quent la couleur spéciale; 3" par la cholestérine, qui n'est
pas un corps gras vci'itable, et se retrouve aussi dans le cer-
veau. On y a signalé enfin une substance étudiée sous le nom
de neurine, de cbolinc, dont on ne connait pas encore les
origines.
a. Acides biliaires. — Acide glycocholique. — L'un de
ces acides décrit par Stricker est appelé glycocbolique, parce
que, sous l'influence d'un alcali bouillant comme la baryte,
il se transforme en une substance gélatineuse sucrée, appe-
lée glycocoll, et en un acide appelé clioli(|ue. Lorsqu'on
soumet l'acide glycocholique à l'action d'un acide minéral
dilué, on obtient, outre le giycocoU, une masse résineuse
non cristallisable appelée acide clioloïdique, ou un acide
cristallisable désigné sous le nom de cholalique; finalement
il se forme une substance non acide connue sous le nom de
dyslysine; c'est sous cette forme que la bile est éliminée
définitivement.
Le deuxième acide ou taurocliolique, qui cristallise en
prismes, est un composé d'acide cholalique et de taurine con-
tenant du soufre; cet acide, qui a été constaté dans la bile de
bœuf, est difficile à retrouver dans la bile humaine; on Ta
cherché vainement dans le liquide biliaire frais })rovenanl
d'une fistule; mais, récemment, Trifanowsky est parvenu à
faire cristalliser la bile cadavérique en petits cristaux mi-
croscopiques de taurine.
Les deux acides glycocholique et taurocliolique se recon-
naissent facilement à l'aide de quelques traces de sucre et
d'acide sulfiirique qu'on verse dans la solution alcoolisée de
ces acides, laquelle prend à chaud une belle coloration pur-
purine (Pettenkofer, Neukomm). Comme la même couleur
lOf) r.HAi'. i ms. i)K i.A nir.ESTiON.
peut se prodiiiic en pirsiincc; t\i'^ ;ill)iiiiiiM;il('s, il faut nvoir
le soin (l(^ les écarter au picalahle.
1). Malicves colorantes. — liHiruhine. — La pi'ineipalc
maliôre colorante, li; principii essenl'nîl (1(î la coulrin- de
la bile s'oblient par le chlorol'orine, et la sohilion cliloro-
Ibrmiqiie laisser un déj^ot conleriaiit {h'<^ cristaux ronj^e
orange rhomboïdes, c'est la bilirubine qu'on appelai!
autrefois cliolépyrrhine; elle se raj)procbe de Fliématine (du
sang) et ne s'en distingue que par l'absence de fer et la pré-
sence de deux atonies d'eau en plus (Nencki); elle s'éloigne
complètement de la substance cristallisable qui existe sous
le nom d'hématoïdine dans les foyers apoplectiques, mais
qui n'est autre que la lutéine, matière jaune du réséda
lutéola. On com})rend ainsi les affinités de la bile avec la
matière colorante du sang, et les diiférences qui la séparent
du sang extravasé.
Biliverdine. — Lorsqu'on expose la biliverdine en solu-
tion alcaline, ta l'air atmosphérique, elle attire l'oxygène et se
colore en vert. Difficilement soluble dans le chloroforme, très
facile à cristalliser dans l'alcool, tandis que c'est l'inverse
pour la bilirubine, la substance verte se trouve souvent dans
les selles (surtout chez l'enfant) qui ont subi l'action de l'air.
Ces deux substances, surtout la bilirubine, donnent une
réaction bien singulière et très caractéristique, par l'acide
nitrique concentré; il se forme alors, quand on ajoute à la
solution ainsi traitée, quelques gouttes d'acide sulfurique
pur, un premier anneau vert, pendant qu'au-dessous on
constate un anneau bleu, puis violet, et rouge, et au-dessous
de ces anneaux, un liquide exempt de toute matière colo-
rante (réaction de Gmelin, Ileintz, etc.).
Bilifiiscine. — Outre ces deux substances colorantes, on
en a signalé une troisième incristallisable, et qui ne donne
pas les couleurs annulaires de Gmelin (Brûcke).
FONCTIONS DE LA IJILE. l07
Au résume, c'est la bilii'ubine qui colore la bile noimalo
en jaune pur; c'est elle qui se trouve dans le liquide des
fistules biliaires, ainsi que dans les matières vomies, lorsque
l'estomac a été débarrassé des aliments et du suc gastrique
acide. Tant que cet acide est rejeté par le vomissement, la
bile qui s'élimine en même temps reste verte, c'est la biliver-
dine formée sous l'influence de l'acide gastrique. Dans l'urine
de la jaunisse on trouve aussi, lorsqu'on y trempe un linge,
une tacbe brune provenant de la bilifuscine.
CJiolestérine. — La cbolestérine, qu'on a rapprochée à
tort des graisses, se trouve dans le résidu poisseux résultant
de l'évaporation de la solution chloroformique des matières
colorantes; c'est une substance cristallisable qui se dissocie
en gouttelettes jaunes sous l'influence de l'acide sulfurique;
très répandue dans les divers organes, dans le cerveau, dans
la bile, elle existe surtout dans les pierres biliaires dont
l'étude fournira l'occasion naturelle d'une description plus
complète.
Maintenant que nous connaissons les éléments constitutifs
de la bile et ses origines, il s'agit d'établir ses fonctions et
son rôle dans la digestion.
§ 4. — Fouctions «le la Iiilc
Lorsque la bile arrive dans l'intestin et se mêle avec la
Triasse alimentaire, il se forme immédiatement un dépôt
abondant qui prend parfois une consistance caséeuse et
s'accole aux villosités du duodénum. Ce dépôt indiqué par
Claude Bernard résulte de ce que la bile précipite les albumi-
nates du bol alimentaire, et de ce qu'elle-même se décom-
pose en partie sous l'influence du suc gastrique; il s'ensuit
que le dépôt est formé par l'albumine ])récipitée et par les
acides biliaires. Cette influence de la bile sur le produit
1U8 Cil M'. 1 r.IS. — |)i; l.\ Dir.KSIIO.N.
♦:aslri(|ii(' se Iraduil par un aiirl Ihiiscjikî de la digestion
I)('|)li(|U('; la (li'»eslioii avec rcaclioii acid»; est, aimul('c à
rinsiaiU inùiiic ; les solulions alhuiniiicuses tombent pour
ainsi dire.
11 ne s'agit j)as, dans ce cas, d'une simple spolialion des sels
contenus dans les solutions acides des alhiiiniiiates; c'est
une action spéciale d'un des acides biliaires (Maly) particu-
lièiement de Tacide laurocliolicpie. — D'une autre part le
dépôt entraîne mécaniquement la ]>cpsine; de là un nouvel
impcdimentum à la digestion stomacale. — Enfm, et ceci
n'est plus du domaine de la bile, les sécrétions alcalines de
l'intestin contribuent à désacidilier le mélange alimentaire,
et cela seul sufiirait pour arrêter la digestion peplique.
La bile n'a pas pour fonction unique de troubler la diges-
tion gastrique; elle joue sans doute un autre rôle dans la
nutrition générale, et ne constitue pas un liquide simple-
ment excrémentitiel. Pour résoudre ces questions, on a établi
cbez les cbiens des fistules biliaires et on s'est aperçu que la
ration alimentaire normale ne suffit plus pour les nourrir;
ils meurent d'inanition; il leur faut une ration énorme pour
vivre. Ceci prouve que la bile qui se perd par la fistule était
destinée à rentrer dans la circulation, à être utilisée dans
le corps, et qu'elle ne peut être remplacée que par un sur-
croît d'aliments. Cette expérience tend à prouver que les ani-
maux privés de bile ne profitent pas complètement de leur
nourriture.
La quantité considérable, quoique mal déterminée, de
bile sécrétée en un jour, et, d'une autre part, la petite por-
tion qui s'élimine avec les selles, doivent faire supposer
qu'après avoir été résorbée dans l'intestin, sous forme de
cbolates, elle se décompose et se brûle dans le corps. Les ma-
tières colorantes passent dans les excréments et en partie
modifiées dans les urines ; par conséquent la bile est résorbée
FONCTIONS DE LA IlILi:. lO'j
et détruite. Ce qui le démontre mieux encore, c'est que dans
rictère, c'est-à-dire quand la hilc est accumulée dans le
sang, les acides biliaires ne se retrouvent pas dans les urines
en quantité aussi marquée ffue les princi[)es colorants, tandis
que dans d'autres états morbides, comme la pneumonie, ce
sont les acides biliaires ou des déiivés des matières colo-
rantes, l'urobiline qui passent dans les urines sans qu'il y
ait de l'ictère.
Une certaine partie de la bile se perd dans les selles, sous
la forme de dyslysine, mêlée ou non avec les acides biliaires.
Une troisième partie de la bile Ibnctionne comme moyen
d'émulsionnement et d'absorption des graisses. Chez les
chiens fistuleux la quantité de graisse éliminée par les selles
augmente naturellement avec la graisse introduite. La bile
en facilite l'entrée dans les villosités, et agit aussi comme
alcalin, pour aider soit à l'émulsionnemcnt, soit à la pénétra-
tion des graisses dans les vaisseaux de l'intestin.
Il reste à signaler sa fonction antiseptique et son pouvoir
excitomoteur sur les muscles intestinaux, qui se contractent
plus facilement sous l'influence de la bile.
§ 5. — Opérations ckiiniqucM «laus lo gros iiitcsliu
Dans les parties supérieures du gros intestin, il exisle
encore, surtout après les repas copieux, un certain degré de
digestion ; dans les parties inférieures, la digestion est nulle ;
mais la résorption se fait partout. Le suc digestif du gros
intestin, provient, comme dans l'intestin grôle, des glandes
de Lieberkuhn et en possède les mêmes propriétés diges-
tives; il transforme l'amidon en sucre, et l'albumine enpep-
tone.
Mais comme la masse alimentaire a, pour la plus grande
partie, subi ces transformations dans l'intestin grêle, le
110 CHAP. 1 mS. — I>K LA lUCrSTlON.
cniiicMii (In ^i"os intcslin o.sl siiiiplrinciil soumis à la résorp-
tion (le Tcaii, cl (IcviciiL coiiiiiact.
Ou peut (liic (pic dans ccAUt pallie du luhe dii^eslil", il
s'élahlit alors plulôl uik; sorte de pulréi'action qu'une ier-
nientalion véritable ou une dij^estiou.
'n'
§ G. — lie 1 ncdoii coiiibliiéo cIcn miicn di^i^eMlIfii
Chacun des trois aliments vrais, l'albumine, la graisse, la
recule ou sucre, est pourvu de plusieurs moyens digestifs;
si l'estomac lui fait défaut, il trouve dans l'intestin les res-
sources pour se transformer et devenir absorbable. C'est
qu'en effet il est dévolu à chacun des sucs digestifs la faculté
spéciale d'agir sur l'un ou l'autre de ces aliments; si le suc
gastrique, le liquide intestinal, la sécrétion pancréatique,
la bile possèdent un pouvoir digestif manifeste, aucun d'eux
ne jouit d'un monopole avéré, d'une propriété exclusive.
Il y a une sorte de connivence de ces divers agents diges-
tifs, et une concordance fonctionnelle dans leur but fmal. —
C'est ce qu'il s'agit de démontrer pour les aliments purs.
^ 7. — Où et comment se digèrent les albuminates?
Les album inates, quelles que soient leur forme et leur com-
position, qu'il s'agisse de la fibrine du sang ou des muscles,
de la musculine, de l'albumine de l'œuf ou de la caséine du
lait, des albuminates des légumes secs, du gluten ou du pain,
sont tous indistinctement digérés dans et par l'estomac, mais
la plupart du temps très incomplètement, et une partie plus
ou moins considérable est expulsée de la cavité stomacale,
sans être réduite en peptones absorbables. Ils passent dans
l'intestin.
Là, la transformation en peptones se complète parle suc
FONCTIONS l)t LA HILK. 111
intestinal et surtout [);ii' 1(3 suc |)an(:réati(iiio, (1(î sorl<' (jii'(,'n
l'éalité l(3s all)uiuinat<;s ont tiois li(|uides (Jij^^cstil's à Icui- <li.s-
[)Osition. Sans doute les liquides n'aj^issent |)as d'une manière
i(lenti({ue ; le sue intestinal parait digérer mieux la fibrine et
particulièrement la viande crue; le suc paneréaticpie a^git
sui' tous; mais en procédant [)ar un de ses ferments, par
la trypsine, il détermine une véiitahle décomposition, une
lermentation, avecles nombreux produits qui en dériventsous
les noms de leucine, tyrosine, skatol, etc.
Ici ou là, la transformation des albuminates s'opère com-
plètement en laissant à peine quelques résidus. Les carni-
vores et riiomme diluèrent la presque totalité des viandes, à
l'exception des fibres élasti(jues, et encore celles-ci ne sont-
elles pas entièrement indigestibles. Etzinger, en soumettant
ce tissu élastique à une digestion artilicielle pendant dix
jours, le vit se dissoudre en proportions notables. Abstrac-
tion faite de ces décliets, la viande môme épurée exige
im[)éneusement l'intervention des sucs digestifs; elle ne se
décompose pas spontanément, de manière à devenir soluble,
quelle qu'en soit la préparation culinaire. Toutes les viandes
contiennent, en effel, une certaine quantité de tissu cellu-
laire destiné à réunir les fibres musculaires; c'est lui qui
étant exposé tout d'abord à l'action du feu, soit par la coc-
lion, soit par le rôtissage, se trouve soumis naturellement à
l'action des sucs digestifs avant les fibres musculaires elles-
mêmes; il va là pour la cliair proprement dite un obstacle
pliysique à la digestion. Il en est un autre analogue pour les
albuminates durcis et coagulés, qui ('(anl ordinairement
ingérés en fragments volumineux passent pour être indi-
gestes, parce que l'action du suc gastrique ne les dissout (jue
peu à peu en commençant par la surface des morceaux in-
gérés. iMalgré toutes ces difficultés, on i>eut dire que la vraie
besogne de la digestion appartient à l'estomac, et c'est pour-
ili CHAI'. 4 lus. — 1)K LA IU(;i;sil()N.
(pioi l(^s viniidcs à do.^c ni.'issivc, on à ri'l.il coiiip.'ict ne sont
pas siippoilct.'s, laiidis (juc i'^-sloinac <li;;cic cncuic les alltw-
niinaLcs linrnicnl divisés, coiimio ralhiiiniiic liquide de l'œuf
ou la caséine du lait.
L'intestin itciumUo tous les IVa^iuculs d'alJHiuiinatcs ou
de chair (jui uuL écliappiî à la IrausToruiation di^^estive eu
poptones; là se trouvent deux dissolvants, le suc intestinal et
suitout le li(piide i)ancréati(iue, qui complètent la nriétannor-
pliose de ces aliments, et les rendent susceptibles d'entrer
dans les vaisseaux cliylifères, par conséquent dans le san;^
et les or^i'anes.
O'
^ 8. — Commcut les albuuiiuatcs sont absorbés
Les substances azotées sont toutes absorbées après la pep-
tonisation ; la gélatine seule échappe à cette transformation,
elle perd sa coagulabilité et se résorbe sous cette forme pour
se décomposer ensuite.
Lespeptones, dontnousavons donné la définition, doivent
être considérés comme telles, lorsque les albuminates en so-
lution acide ne précipitent plus par le cyanure de potassium ;
mais, d'après Brûcke, les albuminates proprement dits peu-
vent dans certaines conditions passer par les membranes.
Lorsqu'on examine le chyle des mammifères quarante-huit
heures après la mort, quand leurs muscles sont ramollis et
devenus acides, on trouve le chyle transformé en une masse
caséeuse acide dans laquelle il existe manifestement une
albumine précipitable; celle-ci ne peut provenir que de la
caséine du lait qui est précipitée par les acides, et se trouve
dans le lait aigre. Mais il estànoter (Voy.chap. 2) que l'albu-
mine native du lait passe plus facilement que la caséine, qui
fdtre plus lentement. On ne retrouve pas seulement dans le
chyle cette albumine soluble du lait et la caséine ; il contient
COMMENT LES ALBUMINATES SONT ABSORKÉS. 118
également une albumine soluhle et une albumine précipi-
tablo, qui, lorsque le suc intestinal est acidifié, se coagule
même spontanément et en aussi grande (juantité que la
caséine du lait. Donc les deux espèces d'albumines se trou-
vant dans l'intestin sont résorbées. — La dirficulté que les
albumines éprouvent à fdtrer, les avait fait considérer comme
incapables de résorption, mais cette conception ne s'applique
pas à tous les corps albumineux. Le blanc d'œuf qui est tra-
versé par des masses gélatineuses, et le sérum du sang sont
sans doute d'un faiblepouvoir dediffusion, tandis que Talbu-
mine sohible du lait passe aisément. Il en est de même de
l'albumine soluble qui reste pendant et après la digestion.
Ainsi soumettez à la digestion artificielle de la viande crue,
filtrez et neutralisez le liquide immédiatement après la dis-
solution delà viande; puis cbauffez le liquide décanté et aci-
difié, vous obtenez un riclie dépôt d'albumine; ce produit
passe aussi facilement par le filtre que l'albuminate pur de
Wurtz.
Ainsi les corps albumineux, tant qu'ils sont dans l'intestin,
peuvent fournir à la résorption, d'abord une albumine pré-
cipitable, puis, après une acidification, une albumine coagu-
lablc qui se redissout dans l'intestin à l'aide des alcalins, et
enfin une albumine soluble.
Organes cVabsorpllon, — L'absorption des albuminatcs
peptonisés se fait à peine dans l'estomac; on ne sait même
pas si elle y a lieu. La résorption principale a lieu dans l'in-
testin ; c'est là qu'elle s'exerce sur les albuminates, sur les
graisses et les liydrocarbures. — Nous verrons, à propos des
graisses, quels sont les procédés et les organes d'absorption.
Les peptones pénètrent plus facilement que les corps gras,
et passent par les canaux cliylifères. Autrefois on supposait
aussi que le même pouvoir d'absorption appartenait aux
vaisseaux sanguins. Il est certain qu'une substance dissoute
SÉE. V. — 8
Ili CIIAP. i I;IS. I)i; \.\ KIC.KSTION.
se rrpiind plus vile |);n' les vi.'iiics (|ii(3 |)ai' les cliylilèi'os ; iiik;
malièro colorante comme le sullocyamire apparaît rapidc;-
ment dans la veine jn<^ulaire, tandis (ju'(dlf; ne se trouve que
Irôs laidivemcnl (hnis le canal lli(jra(i(pie, (pii est Tabon-
lissant des vaisseanv cliylo-lympliatiques. Les vaisseaux
sanguins cependant sont incapables d'assumer de grandes
(piaiilités de matières alimentaires, ils attirent par diiïusion
les sels contenus dans l'intestin, qui n'existent pas sous la
même l'orme dans le sang; mais loisque le sang renferme les
albuminales, ce n'est nullement par le procédé de la diiïu-
sion ({u'ils y arrivent.
Destinée uUérieure des albuminales absorbés. — Une fois
arrivées dans le sang, les peptones comme les albuminates
solubles y subissent des destinées diverses. — Parmi les
dérivés albumineux, ce sont les peptones se rapprochant le
plus des albuminates, qui sont les plus aptes à s'annexer et à
remplacer les tissus usés; on ignore sans doute comment se
fait cette adaptation; on croit qu'il s'agit d'une simple nutri-
tion des tissus par les peptones. On sait sûrement qu'une
partie d'albumine est résorbée comme telle, une autre sans
être profondément modifiée. On sait aussi qu'on ne peut
pas obtenir l'équilibre nutritif chez un animal, si on ne
lui donne que la quantité de matière azotée suffisante pour
remplacer l'azote perdu par la sécrétion rénale; dans ces
cas l'animal perd plus de son azote qu'il n'en reçoit; Petten-
kôfer et Voit ont dû, dans leurs expériences, élever le taux des
albuminates à deux fois et demie la quantité représentant
le minimum de l'inanition? Ce n'est qu'à cette condition
qu'ils réussirent à empêcher la mort par l'inanition, en
établissant auparavant le bilan exact d'entretien. Un animal
qui absorbe 40 pour 100 des albuminates ingérés sans les al-
térer sensiblement peut naturellement s'en servir pour
reconstituer l'économie. — Dans ces cas il reste encore
COMMKNT LES (HIAISSKS SONT AUSOimÉKS. Î15
00 pour 100 de nourriUirc,qui scdccoiuposc de plus en plus,
dans l'intestin de manière à l'oniier d'abord la créatine, la
leucine, la tyrocine, la sareine, puis finalement l'indol, le
j)h('nol, le skatol, derniers termes de la désaj^ré^alion des
albuminates. Il ne s'agit plus, comme on le voit, de matériaux
de reconstruction: ce sont des produits au contraire à peu
près ultimes, qui finissent, étant résorbés, par s'éliminer par
les urines sous forme d'acide uricjue, de créatinine, d'urée et
même d'ammoniaque qui est le produit azoté le plus avancé
(Latschenberger).
§ 9. — Moyens cli^cMtir«t et organes d'absorption
des g;raisMc.s
Les graisses restent intactes dans l'estomac; réfractaires à
l'action du suc gastrique, elles s'y rassemblent en goutte-
lettes, et se transforment exceptionnellement en acides gras
dont la plupart sont volatils et nuisibles à la digestion (acides
butyrique, valérianique, etc.).
Après un séjour plus ou moins prolongé dans la cavité
stomacale elles passent sous leur l'orme primitive dans l'in-
testin grêle, sans s'être transformées. C'est cette résistance
des graisses à l'action du suc gastrique (pii les font passer
pour indigestes; si en effet elles sont en excès dans festomac,
la digestion stomacale peut devenir mauvaise, et déter-
miner du malaise; il peut se développer alors dans festo-
mac des acides gras qui sont plus faciles à absorber, mais qui
provoquent en définitive des gaz acides, indice certain de la
digestion imparlaite. — Mais là n'est plus la question; les
graisses en quantités modérées ne sont plus indigestibles,
mais elles sont dilTicilement résorbables parce que certains
mélanges dégraisses en contiennent dont le point de fusion
est à une température trop élevée. — Ce n'est donc pas par
ne. ciiAP. i BIS. — in: la digestion.
restoinac qu'il laiiL ju^oi' rindiycstiliililr ; leur 0I•^^'lnc di-
geslir ('('Si riiilcsiiii.
Une l'ois sorties de l'estomac et aiiiv(''(!s dans le (hiodénuin
elles y trouvent le suc intestinal, l;i hihi, le suc pancréatique
([ui lous li'ois contribuent à réinulsionneinent des ^Taisses,
c'est-à-dire à leur division mécani(iue infinie. Cette érnulsion
est absorbable, si bien qu'on retrouve les molécules iiiliiii-
ment petites de graisse dans le cliyle, c'est-à-dire dans le
liquide délinilif de la diL;estion qui, à l'aide des vaisseaux
cbylirères amène tout ce qui en est utilisable dans le san^.
La résorption de ces matières graisseuses émiilsionnées se
fait dans l'intestin grêle, parfois déjà si complètement dans
la deuxième partie ou jéjunum, que les vaisseaux lympbati-
ques qui sortent de la dernière partie de l'intestin grêle ne
contiennent plus un atome de graisse. C'est assez pour con-
damner les préjugés qui considèrent la graisse comme un
aliment indigestible ou même inassimilable; il suffit d'invo-
quer l'usage de l'iiuile de foie de morue à haute dose pour se
souvenir de son utilité et pour oublier les inconvénients du
transit dans Testomac. — Une fois arrivée dans l'intestin,
que devient la graisse, quels sont ses organes de digestion
et d'absorption.
Organes d'absorption des graisses. — Des villosités intes-
tinales. — L'intestin présente à sa surface comme une cou-
che veloutée qui dépend de la présence d'une foule de petites
proéminences appelées villosités. La partie fondamentale
consiste en un réseau de corpuscules de tissu cellulaire
contenant dans ses mailles de nombreuses cellules lympha-
tiques comme les glandes de ce nom; de là le nom de réseau
adénoïde ou lymphoïde. Le milieu de la villositéest parcouru
par un canal (revêtu, dit-on, de cellules d'épithélium) qui
s'élargit par en haut, et s'ouvre vers la surface intestinale,
c'est la zone centrale de la villosité. C'est parla que la vil-
MOYENS DIGESTIFS ET ORGANES D'AIJSOKPTION DES GRAISSES. 117
lositc s'imprègne de graisse, d'aulant qu'aucune membrane
ne Tenveloppe, qu'elle est seulement délimitée par un ourlet
composé de libres perpendiculaires brillantes, qui est appli-
qué sur la substance môme de la villosité; ces sti'ies ne sont
que des prolongements qui émergent du parencliyme môme
de la villosité (Brucke, Brettauer, et Steinacber); c'est entre
ces bâtonnets que se trouvent des canalicules qui mènent la
graisse dans les cellules de l'épitbélium intestinal. La progres-
sion de la graisse et son entrée dans les vaisseaux cbylifères
sont singulièrement favorisées par des fibres musculaires,
découvertes par Tbanliôfer, et qui mettent en mouvement les
l)rolongements indiqués. Cet ingénieux physiologiste a même
pu, en piquant la région supérieure de la moelle épinière,
taire contracter ces fibres, et déterminer ainsi la pénétration
des molécules graisseuses dans les cellules de la villosité;
l'innervation de ces faisceaux musculaires provient surtout
des ganglions nerveux de Meisner et d'Auerbacb, qui occu-
pent la paroi de l'intestin. — Quand la villosité se contracte
elle tend à déverser la graisse dans les vaisseaux cbylifères,
mais on ignore encore si elle possède une ouverture pro-
fonde.
La graisse peut aussi imprégner la muqueuse elle-même;
les glandes isolées deBrunner et celles qui sont agglomérées
sous le nom de glandes de Peyer se remplissent à leur tour,
lorsque la graisse a été introduite en grande quantité dans
les voies digestives.
De ces divers points elle passe dans les vaisseaux cby-
lifères, puis dans le sang, et dans les organes où elle se
dépose en nature; mais lorsque les matériaux combustibles
viennent à manquer, au lieu de se déposer dans les tissus,
elle se décompose et produit ainsi de la cbaleur.
118 CHAI», i lus. — I)K I.A DK.r.STloN.
^ 10. — .MoyoïiM «liu'ON<irN o< «kr^xincM d aliNorptlon
tlvH MiiliMiaïK't'H rr<>iil(*ii(«'M ^-^ Nii<>rcoN
La IVmmiIc a Irois sucs difioslifs, (jiii la IransformonI on
dexli'inc et en sucre, cl hx rendent ainsi di«;esLihle; c'(;.st la
salive, le suc pancréalique et le suc inleslinal. Kn oulie,
abstraction faite des sucs digestifs, la ieiuientation lactifjue
qui a lieu dans l'intestin peut, par elle-même, transformer la
fécule en dextrinc, puis en sucre, et finalement en acide
lactique (Briicke). Il résulte de là que la fécule cuite, à moins
d'être introduite en masse dans l'estomac, ne pourrait jamais
rester indigérée dans une partie quelconque de l'intestin.
Quand même la salive manquerait, quand le suc pancréalique
serait absent, la fécule trouverait encore à se digérer, rien que
par son simple contact avec la paroi intestinale et par suite de
la fermentation lactique intestinale. — C'est pourquoi dans
les états morbides qui sont incompatibles avec la digestion
de la graisse et des albuminates, les bydrates de carbones ont
encore supportés et digérés sans dommage aucun.
Toutefois la fécule crue passe intacte; étant cuite elle ne
se digère pas entièrement; Voit a remarqué sur le cliien que
la fécule cuite ou grillée, le pain lui-même augmentent sin-
gulièrement la quantité de matières excrémentitielles. Chez
riiomme le pain produit plus de masses excrétées que la
viande. Chez les individus qui se privent de fécule, chez les
obèses traités par la méthode de Banting, il ne se forme de
résidus que si, à la viande, on ajoute des légumes verts; dans
la fécule elle-même nous savons que la granulose qui y est
contenue se digère tout d'abord, puis l'érythrogranulose,
dans l'intestin; ce qui reste indigéré, c'est sans doute la
cellulose qui se retrouve dans la trame des céréales.
Les sucres se transforment et s'absorbent entièrement,
MOYKNS DIGESTIFS ET OIIGANES D'ABSORPTION DES FÉCIILES. ll'J
sans laisser de traces comme les fécules. Toulelois nous ne
pouvons pas remplacer celles-ci par ceux-là, car ils ne peuvent
pas être usités en (juantité sulfisante sans déleiminer des
accidents digestifs, et ils ont l'inconvénient de provoquer la
fermentation laclirpie. — Aussi dans l'estomac ils augmentent
rapidement les acides, tandis que les fécules ne les produisent
que lentement, en se transformant graduellement en dextrine
puis en sucre, et finalement en acide lactique. — Aussi
n'est-il pas rationnel de vouloir i)roduire l'engraissement
par les aliments sucrés ni de réduire le corps par leur sup-
pression; on ne saurait, en effet, prescrire en permanence
une quantité de sucre équivalente à celle des fécules.
La transformation et l'absorption des fécules modifiées
onl lieu surtout dans l'intestin; là elles se convertissent en
sucre et finalement en acide lactique; delà des lactates qui,
étant résorbés facilement dans Tintestin, passent dans le
sang où ils se transforment en carbonates et sont brûlés
comme tels. Le sucre est absorbé directement et il se combure
entièrement en formant de l'acide carbonique et de l'eau ;
peut-être aussi se transforme-l-il en matière giycogène qui
se dépose dans le foie et les muscles ; dans tous les cas cette
matière à son tour se combure complètement. H est moins
probable, comme le dit Pavy, que le sucre contribue à la
constitution de l'organisme.
CIIA.PITRE 5
DIGESTIIJILITÉ DES ALIMENTS
L^ digestib m té des aVimenis doit être distinguée de leur
utilisation, de leur annexion à l'organisme. Elle ne doit pas
se confondre non i)lus avec les sensations gastriques que
150 CIIAI». r.. — DIGESIlHILITf: DKS ALIMENTS.
l«'s aliniciils produisent. Tous les jiiincijtcs Jill)iiiiiiiii;ii\,
ou i^ras ou iV'cuhmls ou sucrés liuisscnl Ions, dès (ju'ils sont
accessibles aux sucs dij^eslifs, pai" être dip^érés dans Tcs-
tomac ou l'inlcslin. Il en esl oïdinairenicnl de même des
substances alimentaires usuelles cjui contiennent des ju'in-
cipes nulritils, sous une l'orme compliquée. Mais ces sub-
stances ne sont pas toujours inj'érées sans produire des
troubles digestifs; on dit alors qu'elles sont indigestes, ce
qui n'est pas exact.
Un autre point plus important est relatif à leurs usages
dans l'économie; souvent elles ne sont pas entièrement
nutritives et ne le sont môme pas en proportion de leurs
principes constituants; en un mot, ces substances ne pro-
filent pas à rbomme parce qu'elles sont éliminées par
diverses voies; elles ne s'adaptent pas à l'organisme qui les
repousse. La partie profitable de l'aliment usuel n'est
nullement la partie digérée, c'est pourquoi j'ai établi cette
importante distinction de la digestibilité des aliments, de
l'impression qu'ils produisent, et de leurs effets définitifs
sur l'organisme. La digestibilité repose sur deux condi-
tions : i*' les états physiques, la quantité et le volume, la
consistance, la configuration, l'hydratation et surtout la
contcxture qui exercent sur la digestibilité une influence
certaine qui, toutefois, n'est jamais que passagère et rela-
tive; le mode de préparation a aussi une importance mar-
quée sur l'état physique; 2" la digestibilité a été jugée
surtout par le séjour plus ou moins prolongé des aliments
dans l'estomac pour qu'ils puissent y subir les transforma-
tions nécessaires à leur absorption. Comme il n'y a que les
matières albumineuses qui soient soumises à l'action du suc
gastrique, leur métamorphose en peptone exige un station-
nement dans la cavité gastrique.
INDIGESTlBlLlTf: RELATIVE. lil
§ 1. — Iii(ligcstil>ili(é rclalUo
In/luence des états physiques des substances umelles sur
la digestion. — Tous les aliments, vrais ou com[)li(|ués,
même les moins grossiers, les mieux préparés, peuvent
devenir indigestes s'ils sont en excès; mais cette indigestion
n'est pas due, comme on pourrait le croire, à la distension
mécanique, à la réplétion exagérée de l'estomac; elle est due
à l'accumulation des /^t'p^onc's, c'est-à-dire des produits de
transformation eux-mêmes qui entravent singulièrement
l'action ultérieure de la pepsine. La distension de l'estomac
amène le vomissement ; mais le surcroît de peptones
entraîne une indigestion vraie, une apcpsie temporaire.
Les aliments qui ne sont pas broyés, mâchés, insalivés,
ou bien encore ceux qui sont très compacts, ou qui arri-
vent sous un gros volume dans l'estomac, ne sauraient
s'imprégner profondément de suc gastrique; ils ne sont atta-
qués qu'à la surface. Le pylore Unit par en laisser passer
de gros fragments, qui sont repris et dissous par les sucs
intestino-pancréatiques; ainsi la viande non divisée et trop
fraîche, le blanc d'œuf coagulé écliappent souvent à l'action
du liquide stomacal, et ne sont digérés que plus tard et plus
loin; c'est donc encore une digestibilité, mais tardive.
Le dc^vù dliijdratation naturelle constitue une des causes
les plus marquées de la digestibilité; tandis que la viande
maigre qui contient 750 à 800 parties d'eau pour 1000 est
facile à digérer, la chair compacte des crustacés qui contient
peu d'eau, passe intacte comme l'albumine durcie.
Il est cependant des aliments à peine aqueux, comme la
viande salée, le jambon, dont la digestibilité est très pro-
noncée; la cause en est simple; l'opération de la fumure
et delà salaison tend à détruire les tissus cellulo-graisseux
Vl-1 CIIAP. :.. - IMl.KSTIlMLITf: F)KS AI.IMKNTS.
(|ui (Mivi'IopjK'iiL la iiiiis('iiliii('. Il y a (r.iiilrj's alinionts pres-
(juc secs (|Mi so dip:èroiit rapidoriK^nl, cl (-(îla par iiric, aiilic
raison, c'csl-à-dii'c pai- la lacilih' de la poplonisation. Ainsi
le frommjc (pii, i)i()|)()rli()iin('lhMii(Mi( à sofi poids, ne ron-
tiont que ,S00 parties d'eau sur 1000 se iiaiisfonuf; l'arilc-
iiitMil, allendu (pic la caséine (pii y piV-doiiiiui' est 1res
accessible à Taelion de la j)epsine, el (jue h\ IVouia;;!' lui-
iiiTMiie eonlient des microbes l'avurables à la digestion.
La conlexiure des alinncnls a une influence considérable
sui' leur digcstibilitc. Supposez une viande entremêlée de
firaisse, entourée de membranes tendineuses, la digestion
en est presque impossible; il faut ((ue le suc gastrique aille
pour ainsi dire clierclier à tiavers ces graisses et ces ten-
dons la parlie fdjrineuse, assimilal)le de la viande. Si au
contraire on prend la viande baclu'e ou lâpéc et tamisée
après l'avoir préalablement dépouillée de la graisse, des
nerfs, après en avoir fait de la cliair musculaire pure, celle-
ci se trouvera en contact par tous les côtés avec le suc gas-
trique ; c'est là un des motifs de digestibilité de la viande
crue et de résistance de la viande grossièrement coupée
à l'influence du suc gastrique; mais ici encore, si l'ali-
ment complexe écliappe à l'estomac, il retrouve une véri-
lable succursale dans l'intestin pour y subir une modifica-
tion qui lui permette d'entrer dans le chyle et dans le sang.
^ 2. — Digestibilité ini|>arfaitc des aliments mixtes
Jusqu'ici nous n'avons parlé que des aliments albumineux
(viandes, œufs), car ce sont les seuls qui peuvent se digérer
complètement dans l'estomac. A côté d'eux doivent figurer
les aliments complets, comme le lait, dont la partie essen-
tielle, la caséine, est également soumise à l'action de l'es-
tomac, tandis que le beurre du lait se digère dans l'intestin.
DIGESTlIULITf: I.MPAIJFAITK DKS ALIMKNTS MIXTES. \i'i
Puis vieniKMit les alimeiils niixlcs avec 10 à 1.") pour 100 de
matière azotée, c'est ce qui u lieu pour le pain qui eontient
le jj;lulen, pour les léî^nimes secs qui renfermenL au moins la
proportion indiquée d'albumine végétale ; or ces matières glu-
lineuscs et albuminoïdes ressortissent encore de l'cislomac,
tandis que la fécule que ces aliments contiennent en i)i o-
portions excessives, attend pour ainsi diie l'intervention du
suc pancréatique, qui a<^it comme la salive buccale pour les
transformer en dexlrine et en sucre. Les aliments graisseux
sont encore plus étrangers à l'estomac; ils s'émulsionnenl
dans l'intestin sous l'influence de la bile et du suc pan-
créatique et pénètrent ainsi dans les vaisseaux lymplia-
tiques.
An résume, tous les aliments non azotés ne se digèrent
(pK' par la deuxième digestion; tous les aliments albumi-
neux ou azotés sont attaqués par la première digestion ou
gastrique; mais si celle-ci fait défaut, ils retrouvent dans
les deuxièmes voies tous les moyens de transformation, de
peptonisalion. Il ii'sullc de là qu'il n'y a pas iVimUgesli-
bil'dé absolue, définit ire; elle n'existe que pour et dans l'es-
tomac; dans ce cas, l'intestin redresse pour ainsi dire toutes
les imperfections du premier organe.
§ 3. — Di^cstilillitc selon lo mode do iiri'parntioii
dcM aliineiitïi
La viande, débarrassée des substances grasses et fibreuses,
qu'elle soit cuite ou crue, est ordinairement facile à sup-
porter.
L'addition du jus qui découle de la viande ou du bouillon
peut faciliter la digestibilité; il en est de môme de la macé-
ration prolongée pendant deux à trois jours dans l'eau
vinaigrée, ou de (juelques lieures dans l'eau salée, ainsi
IJi CHAI». T). — DIC.KSTiniMTl^: IU;S AI.IMK.MS.
(jiic relu se piiil i(|U('. d'aiiivs 1rs lilrs orientaux ; dans ces
cas, la viamlc se laiiioUiL par i'aclioii dr ces liquides.
Les sauces crasses, les sauces jirrparécs avo(* la crème cl
Tccuf, somblenl au conlraii(! lelardiM' la dif^eslion. i)n
compte beaucouj) sur le sel, sur l(\s épiées, sur l'alcool,
pour liAter la dij^estiou; ou admet (pi'en pareil cas la sécré-
tion du suc gastrique est activée surtout par les condinunls
poivrés, or, lien n'est moins démontié; ce qui est vrai, c'est
que ces substances font sécréter la salive.
Pour ce qui est de l'alcool, tel qu'il se trouve dans les
liqueurs fortes, il agit en précipitant les peptones et débar-
rassant ainsi l'estomac de l'excès des peptones imparfaites
qui gênaient l'action ultérieure de la pepsine, comme nous
l'avons dit, à propos de Tindigcstion par excès.
§ 4. — Dig^e<^tibilité des aliments jugée par leur séjour
(laus 1 estomac
L'indigestibilité, qu'on peut appeler physico-mécanique,
n'étant due qu'à l'accession difficile du suc gastrique aux
aliments ne saurait être absolue; l'obstacle finit par céder,
ou sinon la digestion se complète dans l'intestin. Il existe un
autre genre d'indigestibilité qui paraît plus grave, plus dé-
cisive; elle serait basée sur le séjour plus ou moins prolongé
des aliments dans l'estomac. — On a dit qu'un aliment qui
reste longtemps, trop longtemps dans l'estomac, est un ali-
ment indigeste. Mais quelle est la limite normale de la diges-
tion? à quel moment de ce stationnement commence l'indi-
gestion?
Lorsqu'on nourrit un chien avec un mélange d'albumi-
nates, de graisses et de matière amylacée, on trouve, dans
son estomac, des peptones et du sucre; la graisse reste in-
digérée. Les albuminates séjournent au moins trois à six
DIGESTIBILITÉ JUGÉE PAR LK SÉJOUR DES ALIMENTS. 12".
Iieiires cl plus, d'après Ihiicko. D'une autre part, Scliniidl-
Mulillicim a précisé le tcm[)S que rostomac emploie à son
travail; après six heures, la quantil(i d'albuniinatcs qui res-
tent intacts constitue environ un tiers de la masse alimen-
taire; après neuf heures, il reste la huitième partie inaltérée;
l'opération ne finit qu'au bout de douze heures.
Les produits de la digestion ont été examinés dans leur
texture, et soumis à l'analyse chimique. Entre la première cl
la neuvième heure, une heure après l'ingestion des aliments,
cet habile expérimentateur trouva 5,34 pour 100 d'albu-
mine dissoute, deux heures après 5,44, et à la neuvième
heure seulement 5. Dans ces albuminates dissous, la pep-
tone est presque invariable entre 3 et 3,0. Il résulte de là
que les produits de la digestion se Ibrment sans cesse dans
l'estomac, et en sont éliminés sans pouvoir s'y accumuler;
puis, si on continue les recherches, on voit qu'une partie
de ces produits pénètre dans l'intestin où ils sont résorbés.
La résorption des peptones dans l'estomac est douteuse.
Celle des graisses commence à être admise partiellement,
depuis qu'on a démontré, dans l'épi thélium de l'estomac,
l'existence de cils vibratilcs qui l'ont progresser les goutte-
lettes de graisse dans la muqueuse stomacale comme elles
se trouvent surtout dans l'intestin (Klein, Biedermann, Nagy,
Matrai, ThanhofTer).
A en juger par ces curieuses expériences, on voit ({u'un
aliment albuminoïde peut séjourner longtemps dans l'esto-
mac sans être indigeste; au contraire, un fragment d'albu-
mine concrète ou de viande, par cela même qu'il est retenu
dans l'estomac, a chance d'être digéré entièrement par le suc
gastrique, et peut être même(?) résorbé par les vaisseaux de
l'estomac. — La lenteur de la digestion peut être pénible,
mais elle n'est pas le signe de l'indigestibililé des aliments.
11 y a plus, certains aliments quittent l'estomac sans être
\iÙ CHAI». 5. — DIGESTIlULHf: DKS AI.IMKNTS.
ri'duils ni dissous par le. suc ^^•lst^i(jlIc; c'est à ceux-là (luil
l'audrail a|)|)li(jU('i- la (|ualilicalioii d'indi^cstcs, s'ils ne nii-
ronlraicnt pas d'autres iiKivcns de se dij,^érer dans Tintestin.
— Or il S(! Irouve ([ue e'est tout simplciiieiit la (juantih' de
licpiide in<;éi'('' qui les fait soiMii' de Testoniac avant la di;^es-
lion ; c'est ce (pii jxMit arriver poui' les repus accoinpa^^nés
d'une grande (juanlili' dfi boissons, et c'est là un avantage
mar([ué chez les dysi)cpti({ues gastriques. Pareille avenluie
arrive aussi au lait, au l)lanc d'œuf liquide, qui sont souvoni
chassés avant de recevoir le baptême du suc gastrique.
Au contraire, c'est le même aliment durci qui jouit de la
mauvaise réputation; il n'est attaqué q\ut peu à peu parle
suc gastrique, et cette imprégnation est si lente que les
fragments s'échappent absolument intacts par le pylore. Oi',
l'indigestion n'existe pas en réalité dans ce cas; c'est une
absence de digestion ; le suc pancréatique recueille la succes-
sion du suc gastrique, et parachève la peptonisation. Quant
aux fragments qui sont restés dans l'estomac, ceux-là seuls
ont été digérés par le procédé gastrique. On a donc consi-
déré ces albuminatcs résistants comme indigérés et comme
indigestes; c'est une erreur que de calculer la digestibilité
sur la durée de l'arrôt des aliments dans la cavité gastrique.
Le tort le plus grave a été de scinder les deux opérations,
gastrique et intestinale, qui convergent vers le môme but,
c'est-à-dire la peptonisation.
Des expériences ont pu être pratiquées par Beaumont, par
Charles Richet et d'autres observateurs, sur des malades por-
teurs de fistules gastriques à la suite de blessures; ils ont pu
fixer la durée du séjour des aliments dans l'estomac, et ces
expériences semblaient devoir être le critérium de la diges-
tibilité.
En étudiant les aliments au moment de leur expulsion
par la fistule, on les voyait sortir après un temps variable,
DIGESTIlULlTf: JlJ(;f:K l»All LA l'KPTONISATION. 1-J7
en purée plus ou moins lionio^iMic, et dès lors, la masse ali-
mentaire passait pour être digérée. Mais n'oublions pas (jue
le ramollissement n'est pas synonyme de digestion; ks ali-
ments peuvent être transformés pai* l'action seule de l'acide
en une propeptone ou synlonine qui n'est rien moins que la
peptonc vraie. — De plus, l'apparilion de ce ramollissement
est elle-même tellement variable qu'il est impossible d'en
tirer une conclusion quelconque pour ou contie la digcsti-
bililé; les moyennes des tableaux annexés à ces travaux n'in-
diquent rien. — Du bœuf bouilli disparaît de l'estomac en
deux lieures trois quarts, du bœuf grillé en trois lieures; le
porc grillé ne sort qu'après six beures vingt et une minutes,
tandis que le porc rôti abandonne l'organe après trois heures
quarante et une minutes (Beaumont, Richet). On ne peut
donc accuser ni la qualité ni le genre de viandes; il ne faut
tenir compte que des influences diverses qui déterminent les
contractions de la membrane musculaire destinée à chasser
le contenu.
§ O. — De la «liç;;cM(il>ilitô olicz 1 lioiiiiiio jugôc par la <|iiaii-
tlté cl alltuiuiiiatcs «liu^créss de quart d licuro eu «|uart
d heure.
Voici enfin des observations très curieuses relevées sur la
digestion et la digestibilité sur des hommes à l'état sain ou
à l'état pathologique. Jaworski et Gluzinski {Zeilschr. far
clinische Med., 188G) retirent de Testomac par des aspi-
rations répétées le blanc d'œuf durci ou la viande qu'ils
avaient introduite. Or, il résulte de leurs recheerches que
tout l'acte digestif consiste en deux phases dont l'une ascen-
dante avec formation d'acide, de pepsine et de produits
digestifs; ce maximum fonctionnel est atteint en deux ou
trois quarts d'heure; il cesse au bout de quatre à six quarts
1-JH ciiAp. r,. — nir.KSTHULiTf: f)KS ali.mknts.
(riieiiiv. h.iiis ccllo second»; jx'-iiodc, il ne si; l'ail |)lii.s de
synloiiiiK! ni de. peplono, de soiMc (jnOii peut diii; (pi'à r«'lal
norniid il n'y a pas d'accumulalioii de pr(jdiiil.s dii^eslils. —
Au conlraire, dès (pic racidih; cl la p<'|)lonisalion ont atteint
leur point (;nlnnnant, ralhnmine in^rrée est expulsée en
Lii'aiide partie de l'esloniac d'iine niMiiirrc iin'caiiiqiic ; tonl
est h'iininé en une heure à une heure et demie (en moyenne
en cinq quarts d'iieure). — Ainsi il y a uu(; l'onction ciii-
niique et un acte moteur intimement unis; l'une est inliiii-
ment moins longue et moins pai'l'aite qu'on ne l'admet géné-
ralement; l'autre, la fonction motrice, y met (in. Dans l'état
de maladie, on retrouve les mômes durées, quelquefois plus
prolongées.
Rien dans les expériences sur les fistuleux ni sur les ani-
maux ne faisait prévoir un pareil résultat; on peut en tirer
une conclusion que j'ai formulée il y a cinq ans (Voy. Traité
des dyspepsies), c'est que la durée du séjour des aliments
dans l'estomac n'est pas le vrai critérium de la digeslibilité;
une digestion lente n'est pas une dyspepsie.
Pour juger d'une manière précise l'assimilabilité des ali-
ments, on pourrait, comme le propose Riegel, rechercher si
Facide chlorhydrique est en quantité voulue; on retire
par le pompage de l'estomac le suc gastrique avant et pen-
dant la digestion. Pour juger la digestibilité, le procédé in-
diqué ci-dessus est plus exact ; on sait ainsi combien de blanc
d'œuf est resté intact, et combien il y a de peptones pro-
duites; si le liquide aspiré ne montre plus de blanc d'œuf,
c'est qu'il a échappé à l'action de l'estomac; il est indigéré
par l'estomac parce qu'il ne trouve pas d'acide suffisant; il
en est chassé mécaniquement. Les mêmes études devront
être faites sur le même individu dans les diverses condi-
tions de santé; elles devront aussi s'étendre à d'autres
substances que l'albumine durcie. — C'est ainsi seule-
DE LA DIGtSTlBILITÉ. l'2'J
iiicnl ([ii'on pouiia jii}^ei" de riiidi^tîsliljililé gasli'iciuo en
j^énéral des divers aliiiieiils cl en particulier par Ici r'?to-
iiiac; ce n'esl sans doute pas là uu moyen laeile en piali(iue,
et bien des malades rel'useront de s'y soumettrii; juais c'est
le seul critérium du dei^ré de perfection ou d'avancement de
la digestion.
'o
^ 6. — Digcstibilité propre à chaque e.spcco de Yiaude
Les intéressantes observations (jui ont été faites récemment
sur la digestibilité des diverses sortes de viandes trouvent
déjà leurs applications pratiques. La rapidité plus ou moins
«grande de la transformation d'un albuminate en peptone,
ou bien en d'autres termes la quantité plus ou moins consi-
dérable de peptone provenant de l'albuminate dans les
conditions identiques, peuvent être considérées comme la
meilleure mesure de la digestibilité. Les incitations du tra-
vail sécrétoire de l'estomac varient selon que l'aliment, toutes
clioses égales, passe plus facilement ou plus diflicilement à
l'état de peptone.
Ainsi la viande de bœuf ou de mouton et la cliair du veau
ne présentent pas de diiférence appréciable quant à leur
teneur en azote; il n'y a (|ue la chair du poisson (|ui, en
raison de sa grande quantité d'eau, contient moins de sub-
stance azotée. — Ces analyses, qui ont été établies il y a plu-
sieurs années })ar Kouig, n'indiquent pas la digestibilité de
ces diverses viandes; celle-ci vient d'être étudiée dans le
laboratoire de Ludwig, })ar le procédé nouveau, c'est-à-diie
au moyen de la capacité de transformation des diverses sub-
stances en peptones. — Or il résulte de ces recherches que
la viande cuite de bœuf ou de mouton se peptonise bien [dus
diflicilement (juc la viande crue, et ausii bien plus -lente-
ment que la chair du poisson ou du veau. — A coté de la
SÉE. V. — 9
i.io ciiA!'. :.. — iMc.KSTiniLiTr: i»i:s ai.imknts.
\i;m(lt' ciMic <''rsL h; ])()iss()ii (|iii Ininnil les cliillVos les plus
r;i\()r;il)l(.'s. L;i viande (Tuc. loiiriiil /!•."), 5 jioiii' IDO, la viande
inlic (lomic \)vr^ du douhhi (c'csl à-dire <S0 p. KiO) de pcp-
loues (pie la viande euitc — Couinie en outre Tintensité de
la digestion esl })roporlionnée à l.a disj)ariliou de l'acide
lacliipie dans rcstouiar, ou couipnMul, ainsi (pie le prouve
Kwald, (pie la viande crue ou cuite se comporte de la ni(''me
IcKjoU; (piant à la persistance de l'acide lactique dans l'esto-
mac. — Avec le r(ji>ime de poisson l'acide lactique a d(jjà
(lisj)aru après 60 minutes ; avec un repas de viande l'acide
lactique existe au même moment en quantité considérable
(Rosenthal). — Cette inlluence de l'acide lactique se trouve
expliquée par les recherches récentes d'Ellenberger et
llol'meister {Forlschritte der Medicin, 1" juin i88G). Ils
reconnaissent en effet dans la digestion diverses périodes,
l'une qui est marquée par la trajisformation des fécules en
acide lactique, l'autre phase qui se passe surtout dans le
fond de l'estomac est marquée par l'apparition de l'acide
chlorhydrique ; dans une troisième période l'acide chlorhy-
drique se fait, se répand partout, tandis que l'acide lactique
disparaît.
^ 7. — Disrcstibilité des aliments
jugée par les sensations qu ils provoquent
On dit que les aliments sont lourds ou légers, ce qui in-
diquerait qu'ils sont d'une digestion difficile ou facile ; mais
ces expressions légendaires n'ont pas de signification absolue ;
elles se rapportent uniquement aux sensations qu'on éprouve
et non aux résultats de la digestion. Les aliments les plus
lourds, les plus communs sont souvent mieux digérés que les
viandes dites blanches, et que les légumes verts dits rafraî-
chissants. La forme, la consistance, le goût, l'odeur même
DlGtSTiniLITÉ JUGÉE PAR LES SENSATIONS. 1:51
des aliments ont souvent plus (riiilluence sur les impressions
stomacales que les aliments eux-mêmes; l'intensité des sen-
sations qui sont perçues par les nerl's vagues ou pneumo-
gastriques dépend surtout de Texcilahilité primordiale de
ces nerfs, de l'activité contractile des muscles stomacaux.
Chez les individus nerveux et sédentaires, Talonie des plans
musculaires de l'estomac prédomine toujours au point qur
les fibres contractiles perdent leur ressort ; la masse alimen-
taire réside longtemps dans l'estomac, et 'pèse, comme on
dit, sur la digestion ; mais après avoir stationné plus ou
moins longtemps elle finit par se digérer dans la cavité gas-
liique, ou par passer dans l'intestin, où elle subit les méta-
morphoses nécessaires pour l'absorption.
11 est un autre genre de sensations, qui semble devoir nous
guider dans l'appréciation des qualités digestives des ali-
ments; je veux parler de la satiété qui se manifeste quand
l'estomac est rempli par la masse alimentaire. La faim étant
satisfaite, nous devons nous déclarer partisans de la nature
assimilable de l'aliment. Or il n'en est rien. Lorsque l'homme
fait de gros repas il ne se contente pas d'ingérer les aliments
les plus nutritifs : il réclame des masses alimentaires fussent-
elles grossières, et il prétend ne digérer qu'à ce comple.
Mulder parle déjeunes paysans qui prenaient habituellement
des quantités considérables de pommes de terre, se plai-
gnaient de Vinsuffisance du régime militaire parfaitement
composé. — Les troupes russes devant Sébastopol (G. Meyer)
préféraient le gros pain noir qui les soutenait mieux, au
pain blanc de même ration, et ils se trouvaient moins bien
du régime qui les nourrissait le mieux ; l'impression perçue
n'indiquait pas la valeur de l'aliment, ni sa digestibilité. —
L'habitude émoussc pour ainsi dire l'excitabilité de l'estomac.
Un garçon du laboratoire de Flùgge, habitué à un régime
féculent et abondant, ne put supporter un régime très sub-
Ui rilAP. r» HIS. — DE L'INCOUPOUATION DES AUMKNTS.
slanliol, plus azoh'; cl plus din^osliblo que sa ration ordinaire.
Il y a plus, riiiappélcncc et le dé^^oùl, nn inodificnt pas la
difj:ostil)ilit(3; on peut sans appétit inan{:^or, (li<,nM'cr et nnême
profiter. Donc, les lois de la dij^^estion ne sont pas soumises à
Texcilation on à la dépression nerveuse de l'estomac; toutes
ces sensations sont trompeuses au point de vue de l'appié-
ciation de la digestihilité.
CHAPITRE 5 DIS
DE L'IiNGORI^ORATION DES ALIMENTS
PROFITS ET PERTES
L'incorporation des aliments, c'est-à-dire leur annexion
à l'organisme ou leur élimination constitue une fonction
très distincte de leurs divers degrés de digestihilité; nous
savons qu'il n'y a pas d'aliments vrais, absolument indi-
gestes; la plupart de ceux qui ne se digèrent pas dans l'es-
tomac trouvent dans les sucs intestinaux leurs moyens de
transformation. Nous savons aussi que leur temps d'arrêt
prolongé dans la cavité gastrique ne constitue pas la moindre
présomption sur leur digestion définitive. Il est avéré aussi
que les sensations plus ou moins pénibles que provoque la
présence des substances alimentaires dans l'estomac ne
peuvent pas servir de mesure à leurs qualités digestives ou
assimilables. Il est même certain qu'on ne peut pas juger
les aliments d'après leur degré d'avancement vers la pepto-
nisation dans l'estomac, c'est-à-dire vers la métamorphose
qui seule leur permet de faire partie de l'organisme. Donc
la question de Findigestibilité reste tout entière, et ne pré-
sente d'ailleurs qu'une importance secondaire, si on la
INCORPORATION DES ALIMENTS SELON LEl'R CONSTITUTION. 133
compare au problème de rincorpoialion ou (I<î ranncxion
des aliments à réconomie.
Qu'est-ce qui se perd, qu'est-ce (|ui reste? voilà ce qu'il
s'agit de savoir pour la solution du [)roblùme de la ration
alimentaire. 11 se peut que l'ellet utile des moyens alimen-
taires ne soit pas proportionné à la quantité d'albuminates,
de ^a^aisse et d'bydrates de carbone. Pour obtenir un bon
régime, dit Yoït, il ne suffit pas de calculer la quantité
d'azote et de carbone contenue dans les composés alimen-
taires, ni dans les substances qui les renferment; les faits
ne se passent pas dans l'organisme comme dans le labora-
toire ; une bonne partie de l'azote et du carbone peut passer
par l'intestin sans apporter aucun profit réel à l'organisme.
Deux espèces de causes influencent ce résultai ; les unes
sont inliérentes aux aliments, à leur constitution, à leur
composition; les autres dépendent de la disposition indivi-
duelle et surtout de l'état de l'intestin.
§ i*'^ — Infliieiico (le la coiistKiilioii dos aliiucuts
sur leur ineorporatiuu
Les aliments albumineux surtout (viandes, œufs, lait, etc.),
quelle que soit leur préparation, qu'ils soient cuits ou crus,
sont utilisés en prescpie totalité, et ne laissent que peu de
résidus (Woroschilof, Strumpel, Rubner). Il en est de même
jusqu'à un certain point des farineux et des légumes secs,
à la condition qu'ils soient décortiqués, soumis à une cuis-
son suffisante, et réduits ainsi en purée; dans ces condi-
tions, ces substances albumino-azotées sont utilisées pour
une grande partie de l'azote, et pour une plus grande partie
de la fécule qu'ils renferment. Mais si ces végétaux secs sont
intacts ou imparfaitement ramollis par la cuisson, ils
passent inaltérés par Tintestin, même cliez des adultes
131 CllAl». T) niS. — DE L'INCORPOnATION DES ALIMENTS.
Iiabiturs à re rt'^ime. F. Ilonniiiiiii trouva, dans les rna-
lirics exciMîlécs i»ai' un lionniic nom ri d<; l(*nlillcs, jK)mmcs
(le Icrr»', et pain, près de la inoilii' (razotr. cl de carbone
(pic conlenaienL natiirellenienl res substances alimen-
taires, tandis (puî le nninic individu n'rliiiiinail, (pie
1(S pour 100 des principes azot(îs el j^raisseux iors(ju'il se
nourrissait de viandes et de graisses. D'autres vég(Haux se
comportent de la mènn^ ra(;on ; ainsi, G. Mcyer vit (pie
le pain bis et le biscuit laissaient infiniment plus de njsidus
dans l'intestin que les mets composiîs de farine de clioix.
Par le m(3me motif, la mastication et l'insalivation des v('g(>
taux farineux ont une inlluence marqucîe sur l'utilisation
de ces substances.
11 y a pour les végétaux une autre circonstance qui
influence notablement leur valeur nutritive; tandis que la
viande contient à peine des éléments inabsorbables, un
grand nombre de végétaux contiennent des fibres, de la
cellulose, une matière colorante verte (clilorophylle) et
souvent une fécule indigestible, qui empêchent ces sub-
stances végétales d'être adaptées. L'action nuisible de la cel-
lulose se retrouve même quand elle est associée avec la
chair musculaire; elle entraîne alors au dehors des fibres
musculaires entièrement intactes. La présence de la cellu-
lose dans le pain mêlé de son en empêche aussi l'utilisa-
tion, et il se perd alors 20 pour 100 de la substance ingérée,
tandis que le pain fin de froment ne laisse que 6 pour 100
de résidu; c'est pourquoi Poggiale a soutenu avec raison
que l'emploi du son ou des parties riches en azote pour la
préparation du pain ne présente aucune utilité. Les légumes
frais et les racines riches en fibres dures s'éliminent quatre
à cinq fois plus que le riz ou les farines fines.
La composition chimique des aliments et leur décompo-
sition dans l'intestin exercent également une influence
INCOKPOnATION DKS ALIMENTS SELON LEUR CONSTITUTION. 130
TTiarqiK'c sur leur absor|)lion. Ainsi, la paitic f,a'asse du
lait échappe souvent à l'action des villosités intestinales.
Forster a observé, à Amsterdam, que le lait pauvre on
graisse est utilisé prescjue entièrement, tandis (jue le lail
ordinaire perd 10 à 12 poui' 100 de ses prin('i[)cs alibilcs,
ainsi que Gerber et Rubner l'ont constaté à Munich ; — il
s'agit ici de l'adulte. — Chez Tenfant tout est absorbé,
excepté les acides gras et les sels calcaires insolubles. Voici,
du reste, le résumé des observations de Rubner. Il chercha,
[)ar des expériences personnelles, à fixer ce qui, dans les
principaux aliments, est éliminé ; mais je me hâte d'ajoutei*
que ces expérimentations ont un défaut capital : c'est
qu'elles portent sur des quantités exagérées incompatibles
avec la vie régulière. Ainsi il prend pendant trois jours
3510 grammes de viande contenant 119,5 d'azote, dont
2,8 passent dans les matières intestinales, et permirent d'y
reconnaître au microscope des débris de libres musculaires,
qui ne se retrouvent pas ordinairement par l'usage modéré
de la viande. Il eut ensuite l'idée de prendre 1800 grammes
d'œufs contenant 41 grammes d'azote; ici encore il se
perdit 2,9 d'azote ; très peu de déchets, comme on voit.
Du pain blanc (d'après Rubner et Meyer), il s'élimine jusqu'à
25 pour 100, calculés d'après les parties sèches; le pain
noir, 32 pour 100. Le macaroni perd 17 parties d'azote et
5,7 de graisse; le riz, 20 pour 100, et la polenta (de maïs),
17 pour 100. Les lentilles sont évacuées dans la proi)or-
tion totale de 17 à 27,8 pour 100; les pommes de terre,
34 pour 100. Les graisses restent en quantité assez marquée
si on ne consomme pas au delà de 200 grammes de lard ;
toutefois, le lard s'élimine plus que le beurre.
La décomposition chimique, c'est-à-dire la fermentation
des aliments dans le tube digestif, a une importance encore
plus marquée; plus les conditions sont favorables à la fer-
13G niAP. r. lus. — DK I/INCOnPOnATlON dks amments.
iiiciil.itioii, |this l;i (li<icsti()ii cl l;i i('-(M-|ili(iii iiih'slinalc sonl
Iroiihh'os. IliscliolV et Moyor oui vu (pic l'usage du pain do
scii^le ou (le son est suivi sonvcnl (!<• la l'oi'niation d'acides
la(li(|U(^ ou l)ut\!i(|uc (av<'(' développement de gaz), qui
impriment aux matières oxcrémcntitielles une acidité exa-
gérée, délavorable î\ l'absorption.
Xotlmagel a trouvé dans les déjections diverses sortes
de bactéries et une foule d'aulres or^^anismes parasitaires,
qui contribuent peut-être à enrayer les digestions ainsi que
le mécanisme de l'absorption, et qui se multij)lient singu-
liciement dans certains états morbides; l'usage de l'alcool
aux repas semble, au contraire, susceptible d'enrayer ces
décompositions, d'après l.angeveld.
S ^. — Des difTércneciit de 1 adaptation des aliments
selon l'état de l'organisme et surtout de 1 intestin
On est souvent étonné de trouver chez les individus placés
dans les mêmes conditions d'hygiène alimentaire, le main-
tien de l'équilibre normal chez l'un, l'engraissement chez
l'autre, l'amaigrissement chez le troisième. — Celui-ci ne
profite pas, comme on dit vulgairement; d'où vient cette
éventualité? Elle peut tenir à l'organisme lui-même dont
l'impressionnabilité générale réagit sur l'organe le plus actif
de l'assimilation, sur l'intestin. Très souvent et par les cir-
constances les plus variées il survient une suractivité des
muscles, une surexcitabilité des nerfs sensitivo-moteurs de
l'intestin, qui se traduit en Tune et l'autre par des évacuations
plus nombreuses, de sorte que le contenu intestinal passe
plus rapidement sans subir ni la digestion, ni l'absorption.
Il arrive parfois que, sans être atteint de maladie, l'estomac
se vide dans l'intestin pendant le repas, et qu'immédia-
tement après, l'intestin subit des contractions expultrices ou
DIFFÉUtNCES D'ADAPTATION SELON L'ORGANISME. 137
périslaltiquos (Voy. ch. 3); dans ces conditions on n'nlilise
pas, on n'adapte pas les alimcnls, et la déperdition porte non
seulement sur la masse alimentaiie, mais aussi sur les sucs
digestifs eux-mêmes, sur la bile qui devait rentrer dans
l'économie et servir de moyen de combustion dans le sang*.
— Il survient alors un amaigrissement d'origine intestinale,
bien plus marqué encore que la déchéance d'origine stoma-
cale. — Le remède au mal, c'est de modérer l'innervation.
L'état opposé de l'intestin, la paresse des contractions, pro-
(luil des effets moins graves ; mais il en résulte une accumu-
lation de matières qui fermentent, et de gaz qui distendent
l'intestin, de façon ta empêcher ou à enrayer l'absorption
des principes alimentaires. Je citerai comme preuve de
l'influence des contractions, une curieuse expérience de
riiigge. Flûgge en se soumettant ({uatorze jours à un régime
composé de 1000 grammes de lait, 500 grammes de viande,
^00 grammes de pain blanc, GO grammes de beurre et
quelques fruits laxalifs, observa pendant les ([uatre premiers
jours, que sur un total de 903',7 d'azote ingéré, l'absorption
ne porta que sur 85 grammes ; donc ^^%1 d'azote ne furent
pas assimilés. — Pendant les quatre jours suivants la résor-
ption de l'azote fut au maximum; on avait remplacé les
ruits laxatifs par du vin de Bordeaux ; cela suffit pour favo-
riser l'adaptation de l'azote aux tissus; de plus l'assimi-
ation diminua pendant les derniers jours de l'expérience. —
L'absorption de la graisse suivit les mêmes phases ; pendant
les quatre premiers jours, sur 303 grammes, 282 furent assi-
milés; le reste échappa à la nutrition. Pendant ce temps le
poids corporel perdit 14-90 grammes chez un homme de
75 kilogrammes. — Donc les principes les plus nutritifs
peuvent abandonner l'organisme en quantité variable, et
sans lui être utiles en quoi que ce soit. (Le chapitre 11 com-
plétera l'étude de Tincorporation des aliments.)
ins cil AI», c. — f)i:s noissoNs.
CIIAPITIIK
DES BOISSONS
Il y a des aliments liquides complets, comme le lail qui
contient les trois principes nul lil ifs (Tiilhuminate-caséine, la
f^H'aisse, le sucre de lait); il existe des matières alimentaires
qu'on prend ordinairement à l'état demi-liquide, comme le
chocolat, qui renferme beaucoup de sucre et de graisse, et
un principe azoté non nutritif, appelé théobromine, analogue
à la caféine. — Les liquides proprement dits comprennent
avant tout l'eau ordinaire, avec un contingent de matières
salines et d'air. — Puis, parmi les boissons usuelles, se
classent tous les liquides alcooliques et fermentes (vin,
bière, cidre), et distillés comme les liqueurs; toutes doivent
leurs propriétés à un principe hydrocarboné, non alimen-
taire, c'est-à-dire à l'alcool, qui est un moyen d'épargne. L'ii
autre groupe non moins important se compose des liquides
caféiques (café, thé), dont le principe actif, la caféine, qui
tout en étant azotée ne constitue pas un aliment, mais qui
agit sur les forces d'une manière remarquable, plus et mieux
que l'alcool. — Les eaux minérales, alcalines et gazeuses,
tant usitées aujourd'hui comme eaux de table, méritent une
mention spéciale.
§ 1. — De 1 eau. — Son action physiologique
L'eau joue un rôle des plus actifs dans notre organisme
dont le fonctionnement n'est possible qu'en sa présence et
par son incessante intervention. Nos organes renferment une
DE L'EAU. J3'.)
quantité constante, presque invariable d'eau, chez riiominii
comme chez les animaux ; le sang-, abstraction laite de
quelques conditions passagères ou patholoî^i([ues, contient
en moyenne 780 i)ai'ties pour 1000; le cerveau 750 pour 1000;
la chair musculaire (sans giaisse) de 700 à 780 pour 1000.
— Il s'ai'it de maintenir ce laux presque invariable par l'ap-
port de l'eau des aliments, ce qui ne suffit pas, surtout par
de l'eau ingérée sous forme liquide. — Dès que les organes
sont privés de l'eau qui en fait partie intégrante, leur com-
position chimique, leurs propriétés fonctionnelles se trouvent
compromises ; la dénutrition en est la conséquence inéluc-
table. — Vous pouvez bien, pour les obèses qui veulent
guérir quand même, en se soumettant à toute la rigueur de
la soif, diminuer pendant quelques jours, pendant quelques
semaines la ration des boissons ; vous verrez pendant ce temps
l'amaigrissement le plus prononcé, môme le i)lus violent; je
dirai même le dépérissement s'ensuivre. Jurgemsen, qui a
expérimenté sur plusieurs individus obèses ou maigres, a vu
se développer une lièvre qui montait à 40" de chaleur. Cet
avertissement doit suffire pour entraîner la conviction. Les
boissons aqueuses exercent outre leur action sur la nutrition
intime des tissus, une influence évidente sur la digestion des
aliments; l'eau entre dans la composition des sucs digestifs
de l'estomac, de l'intestin, du pancréas et du foie ; dans le
suc gastrique et dans la bile on trouve des quantités consi-
dérables d'eau. A l'aide des sucs digestifs très aqueux, et par
elle-même, l'eau favorise singulièrement la dissolution des
aliments solides et en prépare la transformation qui les rend
assimilables. — Lorsqu'elle arrive dans l'estomac, loin d'y
être absorbée en partie ou en totalité, comme on le croyait,
elle abandonne rapidement, ainsi que Béclard Ta démontré
sur un homme atteint d'une lislule intestinale, la cavité
stomacale; elle a passé déjà dans l'intestin entraînant avec
140 CIIAP. 0. - I)i:s IJOISSONS.
elle les aliiiKMits iiiassimilahlos dans l'osloinac comnir' I;t
graisse et les lëcules; enipoil.iiil iiirinc di'> siilislaiiccs alhii-
niineiises (jui liouveni, coiiiiiic Ions les aliments iii(listinf;tc-
iiKMil à se digérer lacilemeiit dans l'intestin ; c'est donc dans
le tube intestinal (jiic l'eau est absorbée poiii" entrer ensiiile
directement dans le sanj,^ des veines ; mais elle ne séjourne
pas dans le san^-, et n'y forme jamais ce qu'on appelle une
plélboi'c séreuse. Gbe/ un individu qui avait inL:iii-^iLé sept
litres d'eau on un jour Lci(lit(mstern n'a pu observer la
moindre diminution de la quantité ni de la qualité de l'bé-
mogiobine, qui constitue le principal élément des globules
du sang.
Après avoir pénétré dans le sang et par son intermédiaire
dans les divers tissus de l'économie, elle s'élimine par les
reins; dès qu'il y a un apport d'eau plus marqué que dans
l'état normal l'excès de cette eau est expulsé par l'urine qui
se trouve ainsi délayée. Mais, considérés d'une manière
absolue, les éléments essentiels résultant des mutations
organiques sont loin de subir une diminution. Ainsi, l'urée
qui constitue le principal déchet de la vie des tissus se
trouve à la fois formée et éliminée en plus. Voici l'explication
de ce fait important. — Tandis que la privation d'eau, comme
nous l'avons dit, compromet l'existence et enraye le fonction-
nement des éléments cellulaires des organes, l'eau prise en
quantité suffisante et surtout abondante active au contraire
les oxydations, et le produit de ces combustions, c'est-à-dire
l'urée doit se trouver en excédent dans le liquide sécrété par
les reins. C'est ce qui a lieu. Genth, en expérimentant sur
lui-même et prenant 1485 grammes d'eau, puis 2 litres et
finalement 4 litres d'eau, vit la proportion d'urée éliminée
s'élever de 40 grammes à48^'",9, puis à 54^',3 d'urée par litre
d'urine. L'expérience récente de Debove sur une femme
hypnotisée et suggérée n'y saurait contredire ; il en est de
DK L'KAU. 111
m cm e de Fessai praliqucsui" \(t clicrde laboiatoirtî FlainaiiL;
quand il ne buvait plus un litre d'eau, l'urée des urines se
modiliail. Aussi Albert Robin conelut à la nécessité de pro-
portionner la quantité de l)oissons à la quantité d'urée éli-
minée et de réduire au régime sec celui qui rend trop d'urée.
Il est facile de prouver, comme l'ont fait Ris('bof et Voit,
Ilermann, Sclimiedeberg-, que les boissons abondantes con-
stituent une sorte de lavage des divers tissus de l'organisme,
et entraînent au deliors les déchets provenant de l'usure
moléculaire ; il y a donc une suractivité des transformations
intimes, et un départ rapide des déchets. Les matières miné-
rales sont également entraînées en plus grande quantité par
cette sorte d'irrigation; le chlorure de sodium, les phos-
phates et les sulfates sont augmentées par l'usage des bois-
sons abondantes, etcefaita été mis en relief depuis longtemps
par Becquerel, Cliossat, Lehman, Genth, Mosler, Falk. On
peut donc dire qu'il y a une surproduction générale et une
hypersécrétion marquée des principes de combustion.
Toutefois il importe de noter que l'influence de l'eau sur
les mutations organiques et sur l'appropriation des tissus
élémentaires est tout à fait passagère; l'augmentation de
l'urée éliminée par la sécrétion rénale cesse au bout de peu
de temps, môme si les libations aqueuses sont continuées
(J. Mayer, Oppenheim). La péréquation entre les pertes et
les acquisitions d'azote ne tarde pas à se rétablir, et le con-
tenu des tissus en principes azotés doit même être plus faible
qu'il ne l'était lors de l'usage modéré de Teau. — Voilà la
série d'actions physiologiques de l'eau. Reste à déterminer
la quantité de boissons nécessaire.
14Î CIIA!». C. — DKS MOISSONS.
v!^ I hlS. — ^iiaiidlcN (I onii >i<><*4>NMaliM>M <>f qiinlIfcM de iVnu
INhii- (l(''tormiiH'i' l.i (|ii;iiilit(' d'ciii ii(îc(issaii*c, il iiii|)Oi'tc
do savoir au pii'alahlc (jik; rt3aii usl, (Miiiiint'C non sculcnienl
par les ruins, mais par rintcslin, pai* le poimion, cl suilout
parla peau; dans Tétat normal, les deux picmieis o^{^^'lnes
produisent approximativeiiuMit une séciétion égale, mais
Texhalation pulmonaii'e, et la lianspiralion peuventdoubler
parie travail (1730 «grammes au lieu de !);]0). Il Faut tenir un
compte exact de ce résultat du travail; la soif indique natu-
rellement le déficit, mais elle est loin d'en être la mesure
rigoureuse; elle peut rester intacte au-dessous de ce besoin,
ou le dépasser; elle peut d'ailleurs tenir aux sensations
trompeuses de sécheresse de la gorge ou de la bouche; elle
peut enfin dépendre de la nature et de la préparation des
aliments, particulièrement des aliments salés ou épicés,
frais ou conservés. En général, dit Forster, l'adulte qui
travaille modérément prend avec ses aliments et surtout
avec ses boissons, 2^00 à 3500 grammes d'eau. Chez les
animaux aftaiblis par un régime peu azoté, par exemple par
l'usage du pain seul, l'eau paraît se fixer plus facilement
dans les tissus; bien qu'ils perdent de leur chair muscu-
laire il en résulte, d'après les expériences de Voit et de
Forster, que le poids corporel augmente, mais d'une
manière fallacieuse; ces animaux sont comme boursouflés
par l'eau; les pesées en général peuvent, par ce fait, induire
singulièrement en erreur.
Pour ce qui est des qualités de l'eau, je n'aurais qu'à
retracer les caractères de l'eau potable. D'après Gautier,
elle diffère de l'eau chimiquement pure ou distillée, parce
qu'elle tient en dissolution des gaz, l'oxygène, l'azote
et l'acide- carbonique qui provient des sels carboniques.
nrAMlTtS DtAU NfXKSSAlIlKS VA UTALIIKS DK L'KAi:. I i:{
Une bonne eau renrei'nie pai' lilic iM) ccnliinèlrcs ciihcs (r.iii
Iles oxyi^i'né. Pour la (lij^cîstion, la riaîclicnr cl la liiripidilt;
sont indispensables. Pour la inili-ilioii ^('iH'^iab', vont èl.i-e
uLilisées des subslanciîs niinéi'ales, dont la j)i()[)oilion sera
modérée, 0*''%50 au i)lus par lilie. Parmi ees sels prédomine
le bicarbonate de cbaux, qui lournit le principal continrent
de la cbaux nécessaire à l'entretien de roi'^anisme. On y
trouve aussi du cblorurc de sodium (sel marin) dont l'utilité
n'est pas contestable pour la constitution des liquides de
l'économie.
Les eaux appelées crues ou dures contiennent une quan-
tité exagérée de carbonate calcaire, jusqu'à O^'^GO j)ar litre,
et sont d'une difficile digestion, en même temps que leur
usage domestique est restreint. Enfin, les eaux sont appelées
séléniteuses quand elles sont fortement cliargées de sulfate
de cbaux. Toutes les eaux seront suspectes quand elles
[)résenteront des traces évidentes d'ammonia((ue, de nitrates
et de nilrites; ce sont des produits de la décomposition des
substances organiques, (pii se rencontrent si souvent dans
les eaux et en altèriMit })rofondément l;i pureté. Outre ces
matières organiques en voie de fermentation, l'eau ren-
ferme des quantités innombrables de parasites qui fourmil-
lent dans les eaux les plus pures. Marié-Davy et G. Micpiel
ont trouvé jusqu'à 1200 microbes dans un centimètre cube
d'eau de Seine, et 62 dans l'eau de la Vanne, ({iii est pure;
niais ces germes ne présentent que rarement le caractère
nuisible; on ne saurait sans doute nier Texistence des
microbes morbigcnes, surtout ceux qui produisent la fièvre
typlioïde, la malaria, le cboléra; mais il est acquis à la
science que la cuisson de l'eau détruit presque tous ces êtres,
plus diflicilement leurs spores.
lii CHAT. 0. - i)i:s Koi.^.so.Ns.
^ "2. — 1I«»Imh4»iin xil<-4»olli|iieM et fcrmculéew
Sous celte dénoniinalion se Iroiivenl coinpriscs les li-
queurs alcooliques proprement dites, dont l'eau-de-vie est
le type, et les boissons fernienlées, parmi lesquelles If vin
tient le |)remiei' ran<;-; les unes et les autres doivent leur
action principale à l'alcool plus ou moins dilué, et à ses
diirérentes variétés. Avant de se prononcer entre les parti-
sans traditionnels et les détracteurs systémalirpies de
l'alcool, avant de préconiser l'usage de l'alcool ou d'en
condamner l'abus, ou de proscrire l'un et l'autre au nom
de la tempérance érigée en dogme, il s'agit de bien con-
naître l'aclion de l'alcool sur l'organisme, et de préciser ses
propriétés physiologiques chez l'homme sain, chez le tra-
vailleur intellectuel ou physique. Sans tenir aucun compte
des déclamations philosophiques ou de la phraséologie phi-
lanthropique, nous n'aurons d'autre guide pour résoudre
cet important problème que l'analyse rigoureuse des effets
que l'alcool produit sur les animaux par voie expérimentale,
et sur l'organisme humain par voie d'observation.
^3. — Actions physiologiques de l'alcool
L'alcool détermine des effets physiologiques très accusés,
qui ont été très diversement interprétés. On a voulu lui
reconnaître tout d'abord des propriétés nutritives; elles sont
plus que modérées. Il possède le pouvoir d'enrayer l'usure
des tissus vivants; c'est une sorte de moyen d'épargne pour
l'organisme. Ensuite, l'alcool agit sur le système nerveux et
moteur, cela n'est pas douteux. Enfin, à une certaine dose,
il mène à un résultat des plus inattendus, il abaisse la
chaleur corporelle.
BOISSONS ALCOOLIQUES ET FERMKNTÉES. ii5
a. Propriétés nutritives. — L'alcool, dit-on, est un aliment
qui se brûle dans l'économie, agissant ainsi comme les
aliments graisseux ou féculents ou sucrés qui se comburent
avec une si grande facilité; c'est l'opinion de Liebig, sou-
tenue autrefois par Bouchardat, et appuyée récemment par
les expériences de Zuntz et de ses élèves. Si l'on parvient en
efletà démontrer que l'alcool ne passe qu'en petite quantité
parles organes ou par les liquides de sécrétion, il semble
qu'on soit forcé d'admettre qu'il est oxydé dans nos organes.
Or, les produits primitifs de sa combustion, tels que l'al-
déhyde et l'acide acétique, n'ont pas été constatés par l'ana-
lyse chimique; il y a plus, le produit définitif de sa décom-
position, c'est-à-dire l'acide carbonique éliminé par le
poumon, loin d'augmenter dans l'air expiré, comme il
devrait en être si l'alcool se comburait, se trouve au con-
traire en forte diminution; tous les expérimentateurs,
depuis Perrin, Lallemand et Duroy, jusqu'à Wolfers, Sima-
nowsky et Schoumof sont d'accord sur ce point, qui reste
définitivement acquis à la science. Comment! s'il reste sans
se brûler dans le sang, il doit donc y être intact. On l'y
retrouve en effet, mais en quantité minime; il passe aussi
en nature dans les urines et par le poumon; mais c'est à
peine si, chez l'homme, il s'en élimine ainsi 8 pour 100, les
autres 97 parties pour 100 n'abandonnent pas l'organisme
(Bollânder). De ces 97 pour 100, une fraction seulement se
fixe sur le foie, sur les muscles, le poumon et particulière-
ment sur le cerveau (Perrin). Or, en additionnant la quan-
tité d'alcool qui envahit les organes et celle qui est expulsée,
on est encore loin du compte total de l'alcool absorbé dans
et par les organes digestifs. Que devient cette masse d'alcool,
puisqu'elle n'est pas oxydée, puisqu'elle n'est éliminée que
partiellement, et qu'elle n'est annexée que d'une manière
incomplète? Un seul mot suffit pour caractériser le sort et
SÉE. V. — 10
lin ciiAP. n. — i)p:s boissons.
raclion de ralcool dans ^o^f3^'lnis^lC ; il y joue le rôle (Tiin
moyen d'cpar^nc, d'un véritable modérateur de la dénu-
trition.
1). L'alcool modéntteur de la dénutritum. — On pourrait
croire que s'il n'est pas consumé lui-même, l'alcool brûle
les tissus corporels, et rend ainsi les oxydations plus in-
tenses; c'est encore une fois le contraire (jui a lieu.
L'alcool enraye les oxydations; pour le prouver, il suffit
déconsidérer la somme de déchets, c'est-à-dire d'urée (\\ii
est éliminée par les reins. Zulzer, Stabing insistent sur ce
point, et Riess a constaté jusqu'à 22 grammes d'urée (sur 35)
de moins par jour chez un malade traité par l'alcool. Sous
ce rapport, l'alcool ressemble à la graisse, qui elle aussi
exerce sur les albuminates corporels une véritable économie
(Fokker).
A l'aide de l'alcool comme des graisses, l'urée diminue,
et comme conséquence le poids corporel augmente; on con-
naît la tendance des buveurs, même modérés, à l'obésité. —
Ce n'est que quand la dose est considérable que l'élimination
de l'urée reste stationnaire ou se trouve même augmentée
(Munk, Wolfers). Ainsi on peut dire que l'alcool, comme la
graisse est un moyen d'épargne pour l'organisme; c'est la
vérification de la doctrine de Voit sur l'action conservatrice
de certaines substances usuelles.
Une nouvelle preuve très ingénieuse en faveur de cette
remarquable conception, c'est que si on fait prendre à un
animal sain du benzol, et en même temps de l'alcool, le
phénol qui est le produit d'oxydation de la benzine, di-
minue sensiblement dans les urines (Nencki, Simanowsky)
et au lieu de rendre 0,24 de phénol, l'animal n'en expulse
plus que 0,07. Ainsi l'alcool amoindrit dans des proportions
considérables la quantité d'oxygène disponible pour la com-
bustion des albuminates corporels ; il réduit les déperditions
ACTIONS PHYSIOLOGIQUES DE L'AIXOOL. 117
normales et rép^ulières au minimum; c'est un moyen présci-
vateur de l'inté^n-ité de nos tissus. J'avais raison de dire au
début ({ue l'alcool est peut-être un aliment vrai, sûremeiil
un auxiliaire indirect de la nutrition générale.
S'il en est ainsi, les conséquences s'imposent; à titre de
moyen d'épargne, il soutient aussi les forces, à la condition
formelle que la dose soit restreinte.
c. Propriétés dynamiques et nerveuses de Valcool. — L'ob-
servation empirique et la tradition populaire avaient de tout
temps fait pressentir que l'alcool maintient et augmente les
forces; cela est vrai seulement pour un temps limité et par
un usage modéré; la décbéance ne tarde pas d'arriver par
l'abus.
L'alcool porte dans ce dernier cas sur le système mus-
culaire qui ne manque pas plus que le cœur et les artères
de subir la transformation graisseuse. C'est surtout le sys-
tème nerveux qui s'imprègne d'alcool (Perrin) et par consé-
quent bénélicieleplus de cet excitant temporaire; le cerveau
et la moelle, lorscju'ils contiennent de l'alcool, ne s'oxydent
plus que d'une manière relative, et, en effet, les pliospbates
qui indiquent le travail de désintégration de la substance
nerveuse, diminuent dans la sécrétion urinaire (Stabing).
Ainsi le véritable mode d'action de l'alcool consiste à mé-
nager les tissus corporels, à maintenir les organes dans un
état d'équilibre nutritif, à enrayer l'usure de l'organisme.
d. Modérateur de la chaleur corporelle. — Outre les avan-
tages indiqués, l'alcool présente encore un effet des plus
inattendus. On devait supposer, a priori, puisqu'il augmente
au moins passagèrement les forces, qu'il produirait plus de
clialcur, laquelle se transformerait en énergie physique ;
mais cette conjecture si plausible ne se vérifie pas ; c'est la
réfrigération et non réchauffement qui domine.
Quelle que soit la dose employée, le thermomètre baisse
148 CHAI». ('). — DKS r.OISSONS.
dans les organes profonds elioz riiomine (Ciiny, Douvier,
151 nz). Grehe en donnant à un cheval à Tel at sain lOO^n-ammes
de rhum toutes les deux heures, constata au bout de vin;,4-
quatre heures, une réfri^^ération de 1%7 à 3%5; dans Télal
de fièvre, le résultat est encore plus marqué. Dans mon labo-
ratoire de riIotel-Dieu, un de mes élèves (Demouly) a cons-
taté, chez le chien, la nécessité d'administrer de très fortes
doses pour obtenir ce résultat; AO à 00 grammes chez un
animal de 10 kilogrammes, ce (jui représenterait 250 à
350 grammes de liqueur pour un homme sain, et plus pour
un fiévreux. Avant de chercher la cause de cette réfrigération,
il importe d'indiquer l'effet de l'alcool sur la circulation.
e. Excitant passager de la circulation. — L'alcool, après
avoir produit dans l'estomac une sensation de chaleur qui
pourrait faire croire à un réchauffement, augmente peut-
être l'action du cœur, sûrement le nombre des battements
du cœur, et en même temps il dilate les vaisseaux; il en
résulte que le sang y circule plus facilement, plus vite sur-
tout dans les artères supérieures, ce qui, soit dit en passant,
fait paraître la face congestionnée ou injectée.
f. Causes de la réfrigération, — Si maintenant on met en
regard le trouble circulatoire et l'abaissement de la chaleur,
on est tenté naturellement d'expliquer l'un par l'autre.
Le sang passant rapidement dans les vaisseaux dilatés, se
met en contact plus souvent avec l'air extérieur qui est rela-
tivement froid; la chaleur du sang s'irradie ainsi à l'exté-
rieur; la réfrigération serait donc due à la perte directe du
calorique. Mais cette cause n'est pas admissible, attendu que
la dilatation des vaisseaux n'est ni durable, ni constante, ni
étendue à tous les vaisseaux.
Si le rafraîchissement du sang n'est pas dû à l'irradiation
de la chaleur au dehors, il ne peut être attribué qu'à une
production moindre du calorique. Or comme les muscles
ACTIONS PHYSIOLOGIQUES DE L'ALCOOL. 110
sont les organes les plus calorigènes, on a supposé (pic
l'alcool les cnipeclie de fonctionner ou les altère (Zuntz et
Rolii'ig) ; mais la véritable cause, c'est la dinriinution générale
des oxydations; les actes tliermi(pies sont paitout amoin-
dris, ainsi (pie le prouve la formation moindre et la faible
élimination de l'acide carboni(]ue.
Résumé. — Si je résume cette longue et impartiale his-
toire des effets de l'alcool sur notre organisme, nous arrive-
rons à détruire de graves préjugés, et à formuler les données
certaines de ce problème qui intéresse tous les peuples
civilisés, et doit forcer l'attention de tous les gouvernants.
L'alcool n'est pas, comme on le croyait, un aliment véritable,
il ne constitue ni un mode de caléfaction, ni un excitant
durable de la circulation, ni un producteur certain des forces;
son rôle consiste à modérer la dénutrition, à enrayer tempo-
rairement l'usure incessante et physiologique de nos tissus
corporels; par cela même il aide indirectement au maintien
intégral de l'équilibre entre les recettes alimentaires et les
dépenses organiques. De plus il facilite, dans une certaine
mesure, les fonctions digestives, et sert enfin parées divers
procédés, à la stimulation utile des forces nervo-muscu-
laires.
Par la dose forte répétée, abusive, tous les avantages sont
perdus; tous les dangers de l'alcoolisme apparaissent;
l'alcool produit la dégénérescence graisseuse et fibreuse des
artères et du cœur, l'anéantissement de la texture du foie et
des reins, l'imprégnation graisseuse des muscles et Tinflam-
mation irrémédiable du cerveau.
§ 4. — Des liqueurs alcooliques distillées
Parmi les liquides fermentes, ce sont surtout les liquides
alcooliques et distillés, les liqueurs proprement dites, qui
ir,() cil Al», lî. — DKS noissoNS.
oui t'l(' iiK riinin(;es le plus vivomciil au point de vue de l'al-
coolisuie. — Voyons d'abord ce ({u'elles sont, nous verrons
ensuite ce qu'elles font.
Eaux -de-vie. — La boisson la plus alcoolique est Teau-de-
vie, qu'on ne peut obtenir que par la fennentation des sub-
stances sucrées aidée par la distillation de ces liquides une
fois fermentes. Toutes sortes de matières sucrées peuvent
fournir des liqueurs. Les meilleures liqueurs, les cognacs,
ont pouroriL;ine le vin ou sont le produit de la distillation des
raisins fermentes; le sucre de canne fournit le rbum; les
cerises, le kirscli; les eaux-de-vie inférieures proviennent
de la pomme de terre, du riz, du maïs, et ne peuvent être
utilisées qu'après avoir été soumises à une rectification.
Dans toutes les eaux-de-vie, la teneur ordinaire en alcool
est de 45 à 60 volumes pour 100, et s'élève dans le cognac
jusqu'à 60 volumes pour 4 00; la plupart contiennent en outre
une quantité marquée de sucre de canne et des matières
appelées extractives.
Du danger des divers alcools contenus dans les liqueurs. —
Dans les eaux-de-vie on doit trouver surtout l'alcool de vin
ou éthylique, qui est le moins dangereux de tous, auquel
Dujardin-Beaumetz et Audigé ont néanmoins accordé des
propriétés toxiques; il est vrai qu'ils l'injectaient directe-
ment dans le sang des chiens; puis vient une série de pro-
duits homologues, à savoir : les alcools butyriques, et sur-
tout amyliques dont le pouvoir toxique se prononce de plus
en plus, à mesure que parleur composition, leur poids molé-
culaire s'élève et s'éloigne de la composition de l'alcool de
vin. Ce sont ces mauvais alcools qu'on retrouve particulière-
ment dans les eaux-de-vie de grains et de pommes de terre;
ils existent aussi dans les produits des fruits, tandis que les
vrais cognacs, les vins naturels et la bière ne renferment
guère que l'éthylalcool ou l'alcool proprement dit. Or, ce
DES MQUKUUS ALCOOLIQL'KS DISTILI.fiKS. l'I
genre d'alcool ne présenlc dv, dangers que ceux qu'il Tant
rapporter à l'abus, tandis que toutes les liqueurs fabriquées
ou frelatées qui constituent la boisson favorite de l'ouvrier,
ne sont que des combinaisons informes d'alcools butyrique
et amylique mêlées à des étliers et des aldéhydes de diverses
espèces pour masquer le goût de ces dangereuses boissons.
Des avantages supposés des liqueurs. — Après cette
lamentable énumération, que resle-t-il en faveur des bois-
sons fortes? On a cherché à les innocenter, du moins pour la
consommation des pauvres, en disant: Les pauvres gens qui
ont faim et soif, n'ont pas assez de ressources pour acheter
des aliments, mais assez pour se procurer de l'eau-de-vie,
afin de se réchauffer. Ceci serait parfaitement vrai, si la cha-
leur de combustion de l'alcool dépassait celle des céréales
ou des pommes de terre, qui fournissent précisément cet
alcool? Mais une pareille supposition n'est pas admissible.
Lorsque, comme le dit Brûcke, la fécule est transformée en
sucre, et que le sucre fermente il se forme de la chaleur; le
corps s'échauffe d'une manière appréciable, le calorique de-
vient libre et il se développe aux dépens des forces chi-
miques latentes de la force vive qu'il faut soustraire du coef-
ficient primitif de combustion. En outre il se produit et
s'élimine un produit gazeux, l'acide carbonique; ceci aussi
use la force vive. — Il est donc impossible que l'équivalent
d'alcool ait une puissance calorigène aussi marquée que la
fécule qui le produit.
Chez l'ouvrier, l'usage des liqueurs a une certaine raison
d'être, lorsqu'il se livre à un travail intense; la qualité des
aliments, ainsi que leur quantité sont souvent insuffisantes
pour faire les frais de la musculation; il prend alors du vin
ou de l'eau-de-vie pour se mettre dans une sorte d'excitation
qui le rend plus actif, plus apte nu travail, surtout ])his
résistant contre les influences du temps et du surmenage.
IM CliAl>. 0. — DES llOISSONS.
Dans ces conditions el. dans une certaine mesure, il peut en
tirer un véritable avantaj'e; mais l'accoutumance ne s'établit
point, il lie tarde pas à l'orcer les doses, et celles-ci viendront
s'ajouter à l'impré^aiation j^naduelle des orj^^anes; l'alcoo-
lisme avec toutes ses consécpiences épuisera les forces vi-
tales.
§ 5. — DoH Yln«
L'étude des effets de l'alcool se trouve de tous points
applicable à l'action du vin qui forme le type des liqueurs
fermentées, et doit une grande partie de ses propriétés à sa
teneur en alcool.
Le vin étant le produit de la fermentation du jus de raisin
on y retrouve tous les éléments du moût, à l'exception de la
majeure partie de la glycose, qui s'est déjà transformée en
alcool et acide carbonique.
On y constate :
4° Les restes de sucre inaltéré qui comprend souvent jus-
qu'à 3 et 4 pour 100 dans les vins sucrés d'Espagne et du
Midi;
2° L'alcool qui forme l'élément actif de tous les vins, c'est
surtout l'alcool éthylique qui doit dominer;
3° Un alcool triatomique, la glycérine, 7 pour 100 en
moyenne (Pasteur);
4° L'acide tartrique et des tartrates acides à base de chaux
ou de potasse mêlés avec des vestiges d'autres acides végé-
taux (acides malique, acétique); ces sels se dissolvent d'au-
tant moins que le vin est plus alcoolique, c'est ce qui fait
que les vins alcoolisés sont moins âpres, moins acides;
5* Les vins rouges (vins de Bordeaux et de la côte du
Rhône) et ceux-là seulement, renferment avec des matières
colorantes spéciales, une quantité de tannin qui présente
une grande utilité dans certains cas;
DES VINS. 103
G° Tous les vins renferment 2 à G grammes de matières
minérales dont les 2/3 sont formés par la potasse combinée
principalement avec l'acide pliospliorique;
7" Des matières albuniinoïdes existent en petite quantité;
8" De l'acide carbonique se développe pendant la fermen-
tation du sucre naturel ou du sucre introduit après coup
(vins mousseux de Cbampagne);
9" Enfin ce qu'on appelle le bouquet serait dû à une liuilc
essentielle et, d'après Bcrtbelot, à un principe neutre, une
aldéhyde très oxygénée qu'on peut enlever en agitant le vin
avec l'étlier dans une atmosphère d'acide carbonique qui
détermine la transformation de l'alcool.
Après la première fermenlalion, les ferments et les sels se
déposent, le vin devient clair et se conserve par divers pro-
cédés dont le plus sûr et aussi le moins inoffensif est l'acide
salicylique; le plus employé est le plâtrage qui transforme le
bitartrate de potasse en sulfate potassique, tandis que le tar-
trate calcaire se précipite; jusqu'à quel point cette pratique
est-elle nuisible? Le moyen le plus sûr, c'est réchauiïement
du vin en vase clos, d'après la méthode de Pasteur, pour
détruire les germes.
Tous les principes du vin varient suivant leur provenance,
les années, les terrains de culture; les moyennes chimiques
ne sont guère applicables, elles le sont d'autant moins que
les vins naturels tendent à disparaître et à faire place aux
vins de raisins secs ou à des vins fabriqués de toutes pièces
avec les éléments constituants du vin. — On peut dire
toutefois que les vins d'Espagne et du Roussillon sont les
plus chargés en alcool, 20 à 12 pour 100 d'alcool en volume,
que les bons vins de Bourgogne ont une teneur de 10 à
11 pour 100 et les vins fins de Bordeaux moins encore; on peut
ajouter encore que les vins de Bordeaux sont riches en tan-
nin qui favorise leur conservation, et pauvres en tartrates
ir.l CHAI». C. — DKS MOISSONS.
.draliiis; ((iir los vins du Midi (•onli(3nn(mt l'un et Taiilro
ol (jiK) ceux de Bour^ojj^no sont inlci iiK'dJaires entre ces deux
cxlrcnies (Gautier).
K/fcts dti vin. — Le vin a^it comme un alcool ; il contient
l)icn quelques matières suciées et alhuniinoïdes, surtout des
sels qui sont utilisés dans l'économie et le tannin des vins
rou<>es qui présente de véritables avantaj'es dans l'état sain,
et de graves inconvénients chez les dyspej)ti(|ues; mais en
réalité, c'est l'alcool qui domine, et l'abus du vin peut
mener à l'alcoolisme (Lancereaux cite surtout la cirrhose du
foie), d'autant plus facilement qu'on exige maintenant un
titra«ie à iO volumes pour 100 d'alcool par litre de vin, c'est-
à-dire au moins 100 parties en volume pour 4 litre de liquide.
On prétend que dans les pays vinicoles, l'usage du vin est
moins pernicieux que dans les contrées où il est rare et
importé; l'immunité tiendrait à l'habitude contractée dès
l'enfance et à \a pureté des produits; or, c'est précisément
quand le vin est pur qu'il contient le plus d'alcool et
d'éther; pour ce qui est de l'accoutumance datant du plus
jeune âge, elle constitue pour l'enfant une détestable pra-
tique, et pour l'adulte une imprégnation alcoolique lente,
insidieuse, perfide des tissus de l'organisme, principalement
du cœur, des vaisseaux du foie; il ne s'enivre pas mais il s'al-
coolise.
Tout ce qu'il y a à dire en faveur du vin, c'est que, des
trois liquides fermentes (vins, liqueurs, bières), il est le
moins dangeureux des trois, c'est qu'il n'alcoolise pas comme
les liqueurs et qu'il n'alourdit pas comme la bière.
§ 6. — De la bière et du cidre, etc.
La bière est une liqueur alcoolique résultant de l'action
du ferment (levure de bière) sur la décoction d'orge germée
DES VINS. l.V.
et îulditionnée do lioublon ; celle fermenlation Iransforme
lîi iiialière amylacée de l'orge en dexlrine, sucre el alcool;
le lioublon y esl représenté par une résine aromatique el une
huile essentielle (lupuline) ([ui communiquent à la bière leur
arôme et leur amertume. Klant envisagée au point de vue
physiologique la bière aurait trois genres d'actions :
l** Un eftet nutritif réel qui serait dû au sucre, à la
dexlrine et de plus à une petite quantité d'albumine végé-
tale provenant de l'orge non décomposée ; or c'est à peine
si la recule d'orge reste intacte ; le sucre lui-môme esl trans-
formé en alcool et acide carbonique, el quant à Talbu-
mine végétale, elle est représentée par 5 à 8 parties sur
1000 grammes de bière et que tous les principes alimen-
taires réunis ne font pas plus de 50 à GO pour 1000; donc les
qualités alimentaires de la bière sont très douteuses.
2° L'alcool, nous le savons, n'a pas de propriétés nutri-
tives; il n'agit que d'une manière indirecte pour maintenir
l'équilibre, et ses proportions dans la bière allemande
n'atteignent pas 4-0 p. 1000, au lieu de MO à 200 contenus
dans le vin. Par contre l'acide carbonique provenant de la
fermentation y est toujours représenté par 21 à 25 volumes
pour 1000 et ne contribue pas peu à la narcotisation du sys-
tème cérébral.
3" La lupuline et surtout la hopèine (?) récemment décrite
constituent de véritables poisons narcotiques et qui même h
petites doses produisent un certain alourdissement, bien
plus prononcé que par les autres boissons fermenlées.
Comparaison avec le v'ni. — Dans ces derniers temps
après avoir dénigré systématiquement le vin, qui inalJKui-
reusemenl prèle à la calomnie par ses falsilicalions ina-
vouables, on lui substitua la bière sous le prétexte que la
bière est un aliment, ce (|ui est, comme nous le savons
très douteux, qu'elle favorise l'annexion de la viande el de
156 Cil AI'. 0. -- DKS P.OISSONS.
la graisse, ce (|iii csl rAciKiusciiicnl vrai poiii' la ^n'aisso, et
qu'elle relève les l'orees là où le vIfi a rclioiié. Mais colle,
dernière^ qualité est altrihuahle à une fausse interpréta-
lion ; la bière n'auj^nientc pas les forces; en raison de son
principe amer qui est souvent falsifié par le buis et renn-
placé par le plus dangereux poison, la strycbnine, elle favo-
rise parfois Tappétit et la dij^^estion; elle agit comme les
médicaments appelés amers; par cela même cbez les indi-
vidus sains elle peut exagérer la dose nécessaire de l'alimen-
lation.En tous les cas, l'abus de cette boisson ne tarde pas à
produire Teffet inverse, à déprimer les forces, et à enrayer
les besoins nutritifs, de sorte que les buveurs de bière, môme
ceux qui paraissent forts, opposent aux maladies le minimum
de résistance.
Cidre et poiré. — Dans les pays riches en fruits on utilise
à la place du jus de raisin, des sucs de fruits, particulière-
ment des pommes ou des poires. — Le cidre est un produit de
la fermentation de ces sucs végétaux ; la matière sucrée s'est
transformée en alcool, tandis que la cellulose et Jes con-
crétions ligneuses du fruit sont restées dans le marc, et que
les substances albuminoïdes se sont déposées en partie à
l'état insoluble. La quantité d'alcool ainsi développée est
sensiblement moindre que dans le vin; 50 à 70 volumes
pour 1000; de plus l'alcool ne présente plus la qualité de
l'alcool du vin. On y trouve aussi de l'acide malique,
des matières salines, enfm une notable proportion d'acide
carbonique (cidre mousseux). Il résulte de tout ceci que
les propriétés nutritives du cidre sont nulles, et qu'il doit
être considéré comme une boisson faiblement alcoolisée,
fortement gazeuse, dont la nature alcoolique est bien infé-
rieure à celle du vin.
DE LA CAFKINE. 157
CHAPITRE G bis
DES BOISSONS GAFÉIQUES; CAFÉ, THÉ. CHOCOLAT
§ l*^ — De lu caféine
Le café, le thé et le chocolat contiennent, comme principe
essentiel, comme alcaloïde, le premier la caféine, le deuxième
la théine, le troisième la théohromine, qui ne diffèrent ni
ciiimiquement, ni physiologiquemcnt, car c'est à peine si
on peut les distinguer par l'analyse atomique, et c'est avec
facilité qu'on peut transformer la caféine en théobrominc
(recherches récentes de Schmidt) ; l'analogie et même l'iden-
tité physiologique ne sont pas moins com[)lètes. La caféine
est donc le type commun des boissons que nous appellerons
caféiqucs, comme l'alcool est le type des boissons que nous
avons appelées fermentées. La caféine qui, par sa formule
C^IP^Vz'O, se rapproche singulièrement des substances azo-
tées, existe dans les feuilles, les tiges et le fruit du caféier,
où elle est combinée avec le tannin.
Teneur du café en caféine. — Lors({ue les grains de café
sont soumis à la torréfaction, il se développe des produits
volatils empyreumatiques, qui donnent au café son arôme,
et ne sont pas sans influence sur les effets physiologiques de
l'infusion usuelle de café; mais le rôle principal appartient
à la caféine qui se rencontre dans les fruits torréfiés, aussi
bien que dans les grains verts. Lorsqu'on analyse une
ration ordinaire de café torréfié, qui est de IG^'^S pour
la préparation d'une tasse d'infusion, on y trouve, d'après
Schniiedebcrg, 0°'",10 à O^'S-iO de caféine; la même quan-
158 CHAI», r. Ins.— DKS BOISSONS.
litt' (le calV'iiK; on lln'ino cxislo dans mit; infusion de 5 à
() j^raniincs de rouilles de. llir, tandis (|nc les {grains de
cacao décortiqués ne contiennent (jiie 0,80 pour 10 pai-
ties de substances sèches.
Diverses plantes caféifères. — La caféine et le café en-
rayent, dit-on, la destruction de nos tissus. Or, fait remar-
quable, elle se trouve aussi dans certaines plantes exotiques
que la tradition populaire considère connmc des nnoyens
d'épargne; ainsi, sans parler de la pauUinia, tant vantée
contre les migraines, il y a, au Brésil, une plante appelée
maté, qu'on emploie journellement pour ménager les forces.
Il y a, sur les côtes d'Afrique, une plante appelée kola, que
les indigènes utilisent dans le même but; la caféine est si-
gnalée dans le maté; la caféine et la Ihéobromine dans la
kola. L'observation empirique a devancé encore une fois
les notions cbimiques et physiologiques qui expliquent ces
merveilles.
Propriétés physiologiques de la caféine. — Trois points
principaux sont à considérer dans l'appréciation des pro-
priétés physiologiques de la caféine : son action sur le sys-
tème musculaire et sur le système nerveux, son effet sur le
cœur, le pouls et la température. Enfm, et c'est là la ques-
tion ardue mais dominante, son pouvoir modérateur de la
dénutrition.
a. Effets musculaires. — La valeur de la caféine doit être
ramenée surtout aux modifications qu'elle imprime au sys-
tème musculo-nerveux. — Lorsque, par suite de fatigue cor-
porelle et d'épuisement, l'impulsion nerveuse de la volonté
ne se transmet que difficilement aux muscles, et quand ceux-
ci ne peuvent plus utiliser le reste de leur énergie poten-
tielle pour la production du travail, la caféine relève l'exci-
tabilité du système ne veux central, en amoindrissant les
obstacles qui s'y rencontrent pour la transmission de l'influx
DE LA CAFÉINE. 159
nerveux; d'une autre pari, elle dispose les muscles à passer
plus fiicilement de la flaccidité à l'état de tension et de
rétraction (Schmiedeberg); si Taction de l'alcaloïde est
intense, le raccourcissement devient durable et tétaniforme.
Elle agit donc à pelite dose sans exagérer l'excitabilité du
muscle normal; à forte dose, elle excite directement le
muscle jusqu'à produire des contractions continues, qui
rappellent le tétanos.
Dans ces derniers temps, Kobert, et avant lui Lebmann,
ont pu constater l'analogie d'action de la caféine et de la
tbéine avec celle de la créatine qui est aussi un principe
azoté, et se trouve naturellement dans le muscle : or, la créa-
tine élève sensiblement le pouvoir fonctionnel du muscle ;
il en est de môme des substances caféiqucs. Il est utile de
remarquer encore avec Diett, Wintchggu et avec Lebon, que
le temps qui s'écoule entre l'excitalion nerveuse et l'entrée
en jeu du muscle est sensiblement diminué.
On conçoit, d'après toutes ces données, pourquoi les bois-
sons caféiques sont si utiles aux individus fatigués, sur-
menés, comment elles facilitent le travail, comment enfin
elles favorisent l'incessant déploiement des forces pbysiques
chez le soldat pour et pendant des marches forcées ou pro-
longées, chez l'ouvrier, pour les ouvrages manuels de la plus
grande intensité.
b. E/fels sur le cœur, la circulation et le cerveau. — Chez
les animaux supérieurs et chez l'homme, la caféine produit
sur le cœur, à la dose de plus de 2 centigrammes une aug-
mentation marquée des battements dépendant peut-être de
l'excitation des nerfs accélérateurs de l'organe situés dans la
moelle épinière, plus peut-être aussi de l'action de la caféine
sur le muscle lui-même. A dose forte, l'alcaloïde produit
exactement l'inverse; il ralentit les pulsations. Dans l'un et
l'autre cas, la force du cœur s'élève, et la pression du sang
ICO CHAP. n bis. — I)KS noissoNs.
dans les vaisseaux s'accentue d'uin! nianic'Te marquée. La
caféine est done un vérilal)le Ionique du cœur, comparable
î\ la s[)arléine (du «^enél) (jue nous avons étudiée récemment.
II y a pourlani une, dilVérence capilalc entre ces deux alca-
loïdes, c'est que la sparléine est (;t reste inoiïensive, tandis
que la caféine peut, au delà de 30 centigrammes, trou])ler
profondément le rythme du cœur, exciter le cerveau et la
moelle jusqu'à produire une agitation marquée et même
des convulsions.
L'activité cérébrale est toujours augmentée par la caféine;
c'est elle qui, avec les principes volatils, agit dans le café
pour produire une sorte d'ébriété chez ceux qui, sans y être
accoutumés, prennent un excès de café; c'est encore la ca-
féine qui détermine l'insomnie, laquelle finit non seule-
ment par céder à la longue, mais reparaît, au contraire, par
la suppression du café. Il semble donc que l'amateur de café
ne peut plus l'éluder impunément ; il ressemble, sous ce rap-
port, au buveur d'alcool qui ne saurait en être privé brus-
quement sans voir éclater le délire alcoolique, et au rnor-
phiomane, qui ne peut plus s'en passer sans s'exposer à une
agitation délirante.
c. Effets de la caféine s?tr la nutrition. — La troisième
question, qui n'est pas la moins importante, a trait à l'ac-
tion de la caféine (et du café) sur la nutrition. Le café ne
saurait être considéré comme un aliment véritable. Mais est-
il un moyen d'enrayer la décomposition de nos tissus? c'était
là l'opinion générale. Elle ne manqua pas d'être battue en
brèche, et on tend à admettre, aujourd'hui, que la caféine
est sans effet aucun sur les mutations moléculaires qui se
passent sans cesse dans notre organisme?
En 1850, de Gasparin, dans un Mémoire présenté à l'Aca-
démie des sciences, et relatif à la nourriture des mineurs de
Charleroi, chercha à démontrer que tout en se nourrissant
DK LA CAFÉINE. 101
j)liis mal (|iie les trappislcs, ils doivent au café de pouvoir
roiiiiiir une soninii; ({uotidicnnc de travail bien supérieure
à celle des relij»ieux. C'était une simple hypothèse. Kn elïet,
le café, tout en étant azoté, ne constitue pas un aliment
effectif; les quelques centigrammes de caféine que contient
une tasse de café ne sauraient servir, en quoi (jue ce soit, à
la nourriture.
Une opinion diamétralement opposée s'établit dans la
science, et fut soutenue par les hygiénistes, les médecins
(Beale, Bôker, Ilammond, Bouchardat, Trousseau).
Les physiologistes et les chimistes, Rabuteau, Eustratiades,
Schulze(de Breslau), Lehman et Froelich, en expérimentant
sur l'homme sain à l'aide de la caféine ou du café vinrent à
prouver le fait de l'arrêt de dénutrition, en mesurant les
déchets des matières albumino-fibrineuses de nos organes,
c'est-à-dire en pesant la quantité d'urée qui s'élimine par
les urines avant et après l'usage du café; ils constatèrent
une diminution notable de l'urée (15 à 18 p. 100). — Cet in-
dice serait significatif s'il était absolu, constant. Mais il n'en
est rien. Depuis vingt ans, Voit, Roux, Binz,Giraud, Francotte
(de Liège), Lebon nièrent résolument toute action de la
caféine et du café sur les mutations organiques, parce qu'ils
ne trouvèrent pas de modification appréciable dans l'élimi-
nation de l'urée, de l'acide urique et des matières salines
qui est le résultat de la désintégration de nos tissus corpo-
rels.
Il y a plus, un certain nombre d'expérimentateurs (Gui-
maraes et Raposo, Fubini etOttolenghini), loin de considérer
le café comme un modérateur de la dénutrition, soutiennent
qu'il est susceptible de favoriser la dénutrition, ou plutôt d'ac-
tiver les échanges entre le dedans et le dehors. — La vérité
est que, à dose modérée, le café et la caféine ne modifient
en rien l'excrétion de l'urée et laissent la nutrition dans le
SÉE. \. _ 11
ir,-2 Cil A P. n bis. — DKS nOISSONS.
stittiiquo, tandis (juo pris en (luaiitil»' immodérée ils au^-
nicnlonl au contiaini la désassiinilalion, cl dans ce cas la
Icnipératurc du corps s'abaisse; tout est donc dans la dose; en
mesurant la quantité d'urée par litre d'uiine, on la trouve
généralement diminuée, tandis que la quantité totale de
l'urée pour un jour surpasse souvent Ir < liifîre norm.'il. En
supposant mcine que la dénutrition soil activée, on ne
doit pas oublier qu'elle appelle la reconstitution des tissus,
et que c'est ce mouvement énergique de la vie qui influence
Tactivilé du cerveau, et le fonctionnement du système mus-
culaire. Ainsi lesdeux opinions les plus opposées se trouvent
conciliées par l'expérimentation.
^2. — Comparaison de la caféiue et de 1 alcool
Si on établit la comparaison de la caféine avec Talcool on
s'aperçoit bien de quelques analogies apparentes, mais
surtout des différences radicales qui les séparent.
L'alcool est un véritable moyen d'épargne ainsi qu'en
témoigne la diminution de l'urée et surtout l'abaissement
du taux de l'acide carbonique éliminé par les poumons ; ceci
veut dire que les albuminates comme les parties graisseuses
et les éléments saccbarins du corps sont ménagés et s'usent
moins. Le café ne produit rien de semblable ; il maintient le
statu quo ou il accélère le mouvement de dénutrition, par
conséquent la réfection consécutive et obligée des tissus
corporels.
L'alcool active d'une manière fugitive la circulation péri-
phérique ; le café communique au cœur et aux vaisseaux une
nom'elle énero^ie.
Le café augmente la température, l'alcool la diminue,
mais cela seulement à des doses élevées qui n'intéressent
pas l'hygiéniste.
COMPARAISON DE LA CAFfilNE ET DE L'ALCOOL. 1G3
La musculature et le travail sont merveilleusement mis
en action par le café, et l'homme fatigué, surmené ne trouve
pas de moyen plus salutaire, tandis que l'alcool produit
sur le muscle une excitation douteuse, passagère, et à la
longue une dégénération de tous les organes de l'activité
liumaine. Ce qui est certain, c'est qu'au point de vue du
système nerveux la caféine et même le café sont les antidotes
de l'alcool.
§ 3. — Conipo!«Ition da café en infusion ou en décoction
Café. — L'infusion de café ne contient pas de principes
alimentaires proprement dits; pour en dissiper l'amertume
on ajoute du sucre; pour le rendre nourrissant il faut y ajou-
ter du lait; ce n'est qu'à ce titre qu'il agit comme aliment;
h café att lait, tant décrié parce qu'il n'est pas toujours facile-
ment digéré, constitue dans certaines contrées pour ainsi dire
l'unique nourriture des femmes âgées ; les jeunes femmes
le répudient depuis qu'on leur a dit plaisamment qu'il donne
des flueurs blanches; le préjugé persistera longtemps encore.
D'après les recherches de Kônig, la quantité de substances
qui passent des grains dansTinfusion se monte environ à un
tiers du poids du café torréfié. — En moyenne on y trouve
pour lOOparties de liquide 55,5 de substances solubles dans
l'eau ou dans l'éther, — 1,74 de caféine mêlée au tannin,
— 14,5 de matières non azotées (ligneux, sucre, dextrine),
des traces d'albumine qui se décomposent parla torréfaction
et par l'infusion, 5 parties d'huile et 4 d'éléments minéraux.
Dans une tasse de café préparée avec 15 grammes de grains
torréfiés il existe 3,82 de principes solubles, — 0,20 de
caféine, — 0,78 de graisse, — 2,17 de matière extractive non
azotée et 0,G1 d'éléments minéraux parmi lesquels figure
surtout la potasse.
ICI CIIAIV his. — DKS BOISSONS.
Par la lorri'Taclion, cii niriiin Icinjt^ (|iril so (l('îvoloppoun
arôme suave, avec une saveur ainèic, les parlics lif^neuses
cl la i;lyeosc se décomposent et donnent divers produits
analogues au caramel; il se l'orme aussi un principe aroma-
tique que Boutron et Frémy ont nommé caféonc.
Quels sont les principes actifs du café? la caféine, sans
aucun doute, mais ce n'est pas le seul. Lorsqu'on expéri-
mente sur les animaux en leur injectant dans le sang une
infusion de café, on observe des effets toxiques bien plus
marqués que par une quantité équivalente de caféine; donc
le marc de café a un autre mode d'action qu'on attribue à
l'essence aromatique; c'est à elle qu'on rapporte générale-
ment l'excitation cérébrale. L'action du café sur le cœur a
été interprétée autrement. Comme le café torréfié contient
1,50 pour 100 de potasse, Aubertl'a accusé, au point de vue
des accidents toxiques du cœur; mais pour réduire cette hy-
potbèse à néant il suffît de savoir que la minime quantité de
potasse introduite par la voie stomacale est incapable de
troubler en quoi que ce soit le fonctionnement du cœur ni
de l'orcfanisme. — Le tannin dont on trouve des traces
combinées avec la caféine n'agit pas plus que la potasse; il
est tout au plus suffisant pour expliquer les troubles diges-
tifs que le café peut produire en précipitant le suc gastrique.
— Il ne reste donc, comme moyen d'interprétation des phé-
nomènes cérébraux et cardiaques, que l'huile éthérée déve-
loppée par la torréfaction. — Avec la caféine elle explique
tous les effets de l'infusion de café.
Quant à l'action nutritive elle est nulle; la minime quan-
tité d'azote qui se trouve dans le café et dans la caféine, la
petite quantité de glycose et de dextrine qui accompagnent
le ligneux et la cellulose entièrement inassimilables se dé-
truisent en partie. Il ne reste donc rien d'alimentaire dans
le café, qui n'agit en définitive que sur le fonctionnement du
COMPOSITION DU CAFÉ KN INFUSION OU EN DÉCOCTION. 105
système nci'vo-musculaiie, de sorte que sa suppression subite
])eul entraîner des inconvénients et une certaine dépression
des fonctions nervo-musculaires. — L'usage habituel du café
se perpétue] usqu'à la fin de la vie dans certaines populations,
et je ne sache pas qu'elles soient déchues comme par l'al-
cool. Des troubles digestifs peuvent néanmoins en résulter.
§ 4. — Thé
Le thé a les mêmes effets que le café : le seul alcaloïde de
ces deux substances est la caféine. Il y a pourtant entre les
deux infusions des différences appréciables :
1° A poids égal il y a plus de caféine dans les feuilles des-
séchées de thé que dans les grains de café ;
2° Le thé contient 15 pour 100 de tannin combiné avec la
théine et identique avec le tan de l'écorce de chêne; ce
chiffre dépasse de beaucoup le taux du tannin du café ;
3° L'huile éthérée du thé paraît également différer dans les
deux infusions.
Au résumé sur 100 parties, on trouve dans le thé desséché
1,8 de caféine (au lieu de 1,74 p. 100 du café) — 15, 7 d'acide
tannique (au lieu de 11) — 2,7 d'albuminates (au lieu de
traces) — 9,8 de dextrine — 20,8 de matières extractives
mal définies, non azotées, et 8,5 de cendres, dont 3 de po-
tasse. 11 en résulte qu'une ration de thé de 5 grammes ren-
ferme 0,07 à 0,10 de caféine — 0,47 de principes azotés —
0,96 de matières non azotées et 0,18 de sels (Stenhouse,
Rochleder, Mulder, Kônig, etc.).
Il existe dans le commerce deux sortes de thés, le thé noir
et le thé vert, qui proviennent tous deux du même arbrisseau,
la différence de couleur et d'effets physiologiques ne résul-
tant que des traitements qu'on leur fait subir en les dessé-
chant; comme le thé noir est séché à une plus haute tem-
iCr. CIIAP. (; bis. — I>KS BOISSONS.
pt'nihiit', il renfcnne inoins d'huile t'ilicroe; il excite moins;
pour le reslo, leur composition e>t i<lenli([uc; l.i nièiuo
proportion de caleine existe dans les doux thés.
L'action i)hysiolo<;ique résultant surtout d»; la caféine et
de riiuile élliéréc peut être considérée coninie idcntiriue; si
le café est plus enivrant, c'est que lelativement une tasse de
celle infusion renferme trois fois plus de café qu'une tasse
de thé ne comprend de feuilles desséchées. Mêmes avantaj^es
par l'usage modéré du thé comme du café; mêmes inconvé-
nients i)ar l'abus prolongé du thé et même plus prononcés
que par l'excès de café ; on parle maintenant de théisme.
§ 5. — Chocolat
Le chocolat, contrairement au thé et au café, constitue un
véritable aliment, qui n'est que légèrement excitant, bien
qu'il contienne la théobromine, identique à la caféine. L'al-
caloïde du chocolat ne se trouve en effet dans les fèves de
cacao que dans la proportion de 0^',50 à 1 gramme pour iOO,
au lieu de 1,74 à 1,80 du café ou du thé. La partie alimen-
taire est d'une utile complexité ; il s'y trouve 30 grammes de
beurre de cacao, assez difficile à digérer, si bien qu'on se
sert du cacao dégraissé ou aromatisé. Il s'y trouve 1 1 grammes
de fécule, 63 de sucre, et 5 d'albuminatcs, qui semblent en
faire un aliment complet.
Dans les pays chauds (en Espagne et aux anciennes colo-
nies espagnoles) c'est en effet la base de l'alimentation; mais
il ne faut pas oublier l'indigestibilité de ses corps gras ; le
mieux est de les fusionner avec le beurre du lait; le chocolat
au lait est préférable, sous ce rapport, au chocolat à l'eau.
CHOCOLAT. 167
§ 0. — Des oaux de (aille
Les eaux de Lubie, dont on abuse sous prétexte de tuer les
microbes des eaux parfaitement potables, sont de deux espèces;
les unes sont gazeuses, cbargécs d'acide carbonifiue et n'ont
souvent que des traces de minéralisation ; les autres sont des
eaux alcalines contenant comme Vicby, 4 à 5 grammes de
bicarbonate de soude, comme Vais 1 à 4, comme Soulzmatt
2 grammes; elles constituent un véritable moyen de traite-
ment avec tous ses avantages dans les dyspepsies, avec tous
ses inconvénients dans l'état normal. Les eaux gazeuses
n'agissent guère qu'en raison de l'acide carbonique qu'elles
renferment dans des proportions variant depuis 50 jusqu'à
200 volumes de gaz par litre d'eau; dès qu'elles contiennent
moins de 1 pour 1000 de matières salines, que ce soit du
bicarbonate de soude oh de cliaux avec ou sans traces de
fer, elles n'agissent qu'à titre d'eaux gazeuses, et n'ont d'autre
vertu ou d'autre inconvénient que l'acide carbonique.
Le gaz carbonique produit dans l'estomac une légère exci-
tation de la muqueuse et une stimulation momentanée de
l'appétit; mais si l'estomac est déjà le siège de production
gazeuse, l'addition de gaz carbonique ne contribuera pas peu
à frapper l'estomac d'une véritable inertie; du moins lorsque
les eaux sont à base de soude présentent-elles l'avantage de
stimuler la sécrétion du suc gastrique (Claude Bernard) ; pour
les eaux acidulées rien de semblable, leur action est surtout
mécanique, et par conséquent désavantageuse; elle peut
aussi devenir motrice, dit-on, en excitant les mouvements à
l'aide de l'acide carbonique qui favorise les contractions des
muscles lisses de l'organe, de manière à multiplier les con-
tacts de la masse alimentaire avec les sucs digestifs. Brown-
Séquard a attribué aussi au gaz acide carbonique le pouvoir
ir.S CMAP. 7. — DE L'l^QUILIImE DK LA NTriniTION.
d'cxcitor les iiKHiviMiienIs de riiilrsliii, cl celte j)roi)riété a
été utilisée dans les obstructiuns intestinales, à l'aide de
lavements d'eau jj:azcusc artificielle.
Toujours est-il que la plus {^M'ande partie de l'acide carbo-
nique s'élimine de l'estomac, que la quantité absorbée \n\v le
sang- ne saurait jamais dépasser 2 grammes par litre, lesquels
s'éliminent eux-mêmes par les poumons en quelques mi-
nutes. L'efTet le plus incontesté c'est l'action diurétique,
mais elles excitent la sécrétion des urines par les reins, bien
plus que la sortie du liquide par la vessie; or l'irritation
rénale n'a aucun avantage, et si ces organes présentent une
lésion préalable, l'usage des eaux gazeuses devient décidé-
ment dangereux. En général les eaux gazeuses offrent plus
d'agrément que d'utilité.
CHAPITRE 7
DE L'ÉQUILIBRE DE LA NUTRITION
Pour savoir quelle est la quantité de nourriture néces-
saire pour couvrir le déficit et maintenir l'organisme dans
son état d'intégrité, le meilleur guide paraît être la faim
comme incitation nécessaire, la satiété comme une fonction
accomplie. Mais, en fait, l'appétit peut être satisfait momen-
tanément par des substances inassimilables, et la satura-
tion peut s'exercer sur une alimentation qui semble être
luxueuse et se trouve réellement pauvre en principes ali-
mentaires. Le problème est bien autrement complexe et ne
saurait être résolu que par la méthode expérimentale ; elle
s'impose pour les masses et pour tous les individus qui n'ont
pas la liberté du choix des aliments. Pour connaître le
besoin réel de l'organisme, on a tantôt calculé empirique-
PÉRÉQUATION DES RECETTES ALIMENTAIRES. 1C9
mont la (juantitc moyenne de nourriture consommée par
des hommes placés dans les mêmes conditions, comme par
exemple les soldats; or, cette détermination ne nous dit
pas si cette nourriture contient le nécessaiie pour couvrir
les déperditions; même, si on mesure la quantité de prin-
cipes nutritifs contenus dans ces substances, la question
ne sera pas plus avancée; il est seulement permis d'en con-
clure qu'avec ce régime l'individu ne compromet pas sa
constitution, ni ses forces, ni ses fonctions. On a tenté aussi
de prendre en considération le poids corporel obtenu pour
juger la valeur du régime. Mais les organes varient sans
cesse au point de vue de leur richesse en eau ; d'une autre
part, la graisse est souvent absorbée et assimilée, et tous
ces éléments augmentent le poids total, pendant que l'al-
bumine du corps se perd. Jusqu'ici, on ne peut donc pas
se fier à la quantité des aliments ingérés, ni mesurer même
approximativement ce que le corps a gagné. Le bilan de la
nutrition n'est pas celui de la digestion, ni même de l'assi-
milation ; il ne peut être établi que si on connaît exactement
la nature et la qualité des recettes et des déperditions.
^ 1. — Péréquation tics recettes nlinieiitniroM
et des dépenses corporelles
Lorsque l'organisme abandonne autant qu'il reçoit,
réquation s'établit; le corps reste intact, et le poids cor-
porel immutable. Si la dépense prédomine, riiomme perd
de ses propres tissus, c'est la perte de son capital. Si, au
contraire, l'homme acquiert plus, et s'il élimine moins de
déchets, il y aura dans l'organisme un excès (pii sera
employé à la formation des muscles, des os, des glandes,
ou bien au développement de la graisse; dans ce cas, le
corps pèse plus; c'est un bénéfice, mais relatif.
170 ClIAP. 7. — DE I/P.QUILIUnE I>F: I.A NUTHITION.
\y l)ilan vrritablo (1(3 nutrition se démontre par la com-
paraison de l'azote rontcnu dans l'oij^anisme avec celui
contenu dans la sécrétion niinaii'c; pour alteindre la pcré-
(piation, on précise la (juantité d'azote, d'hydrates de car-
bone, de graisse de la nourriture, el le poids du corps; en
même temps, on cherche quelle est la quantité d'azote qui
est expulsée par l'intestin et les reins, puis l'on augmente
ou l'on diminue l'alimentation jusqu'à ce que l'équilibre soit
obtenu : en un mot, il faut retrouver dans les déjections
autant d'azote qu'on en introduit par les aliments, et on aura
ainsi la ration d'entretien, ou plutôt de maintien intégral de
l'économie.
Si riiomme ou l'animal a éliminé moins d'azote que
l'azote contenu dans la nourriture, si donc les substances
alimentaires azotées prévalent de manière à augmenter le
poids du corps, le sujet en expérience devra recevoir moins
d'éléments azotés jusqu'à ce que l'équilibre soit établi et se
maintienne plusieurs jours. Dès lors, et alors seulement, on
peut instituer les essais d'alimentation, pour en déduire les
lois du régime véritable, soit pendant le travail, soit pen-
dant le repos. C'est dans cet ordre d'idées que sont conçues
les belles recherches de Voit et Pettenkofer sur l'homme et
le chien; elles nous apprennent comment et par quel genre
d'aliments on peut obtenir dans l'espèce humaine ou le statu
quo, ou l'augmentation de la chair, ou l'engraissement,
t Je ne fais à ces expériences qu'un seul reproche; elles né-
gligent l'origine des éléments de l'azote en particulier, elles
énoncent le fait sans tenir compte de ce que l'aliment pro-
duit dans l'organisme. Est-il donc indifférent de prendre un
aliment albumineux vrai qui peut s'annexer, ou un aliment
albuminoïde comme la gélatine qui n'agit pas comme ali-
mentaire? Cette objection d'ordre physiologique se retrou-
vera naturellement à l'occasion des régimes rationnels.
RÉGIME EXCLUSIF D'ALBUMINATES. ITl
§ i2. — Ité^iuie exclusif d'alliiiiuiiiate.M. — (VIuudcM,
nlbiiiulucs, avec on «aus {^éliitino, etc.)
II existe trois genres d'aliments, les albumines, les
graisses, et les matières féculentes ou sucrées; tous ces
principes alimentaires contribuent à la formation des élé-
ments corporels et à leur élimination, à leur augmentation
comme à leur amoindrissement; c'est qu'en effet, dans ces
amas de molécules en apparence inertes, se trouvent accu-
mulées des forces latentes, chimiques ou dynamiques, qui
vont former la chaleur, source de tout mouvement et de
toute fonction, c'est-à-dire de la vie tout entière. Suppo-
sons, maintenant, qu'il s'agisse de relever ou d'élever
l'énergie fonctionnelle de l'homme à l'état sain; il semble
que le plus sûr moyen c'est de forcer la dose de l'aliment
le plus vivifiant, de l'albuminate. Gomme ce principe ali-
mentaire par excellence se décompose en proportion de son
apport, on obtiendra sans doute une exagération marquée
des actes de transformation, des mouvements intimes des
albuminates qui constituent notre organisme, mais combien
en reste-t-il de bon, d'utile pour la trame organique?
L'effet utile sera bien moins réglé par la quantité excessive
d'albuminates introduits du dehors, que par les aliments
connexes qui serviront d'auxiliaire direct ou indirect; le
résultat final dépendra plus encore des conditions de Tor-
ganisme lui-même, en un mot, le régime animalisé qu'on
appelle fortifiant ne l'est pas dans le sens absolu du mot,
et il n'est pas plus excitant. En voici le motif principal :
tous les observateurs anciens ont été surpris (^uand Voit
leur apprit que l'albumine qu'on considérait comme un
corps très stable et difficilement décomposable, est précisé-
ment celui de tous les principes alimentaires le plus mobile.
\r2 CIIAP. 7. — DE L'ÉQUILIIinK Di: LA NCTRITION.
Une grande partie des albiiiiiiiiales se brùlc dans le san^ç et
dans les (issus aiissilùt (fii'ils ont été résorbés, c'est Talhii-
niinc do circulation; une Traction plus juiuinie se fixe sur
les or;j;anes et s'oxyde ensuite lent(Mnent, c'est Talbuniine
organique; il en résulte (juc, |)ar une alimentation riche en
viande, on peut augmenter à Tinlini et inunédiatement la
réserve première des albuminates, tandis qu'on n'arrive que
lentement, graduellement et médiocrement à développer
l'albumine qui doit faire partie de la charpente humaine.
11 n'y a donc pas, dans les circonstances normales et dans
lin bon état de nutrition, à compter sur une incorporation
efVective des albuminates; on ne doit s'attendre qu'à une
prompte et active désintégration. 11 peut sans doute résulter
de cette métamorphose si complète, de cette combustion si
énergique des albuminates, un développement de force et
d'énergie, et l'homme, en pareil cas, voit ses fonctions
s'exagérer temporairement, tandis que celui qui n'a point
d'albuminates en réserve n'éprouve aucun bienfait de ce
genre.
Cela justifie ce que nous disions de l'influence de l'état
individuel. L'explication est plus facile pour l'action adju-
vante des aliments non azotés. Souvent il nous arrive un
questionnaire stéréotypé relatif aux individus débilités ou
faibles, aux enfants surtout : Doivent-ils manger plus de
viande que la ration normale pour se fortifier? Un pareil
régime sera utile à une seule condition, c'est que la situa-
tion qu'on pourrait appeler albumineuse du corps soit au-
dessous de la moyenne et que l'apport albumineux est trop
faible. L'annexion d'albumine peut alors se faire, et elle
sera d'autant plus sûre que l'alimentation azotée sera aidée
par l'addition des graisses ou des hydrates de carbone.
Ces substances ont l'immense avantage de circonscrire ou
d'enrayer l'usure des albuminates qui sont si précieux.
RflClMi: EXCLUSIF D'ALBUMINATES. 173
Ajoutons au réj^ime carné les hydrates de car])one, c'est-
à-dire les substances féculimtes et sucrées; nous verrons se
produire une véritable économie d'albuminates ; plus on
prescrit d'ali)umine en proportion des fécules, plus s'établit
rapidement l'équilibre nutritif, mais la fixation de l'albu-
mine cesse aussitôt; si, au contraire, avec un régime moyen-
nement azoté on augmente la quantité de matière amylacée
ou sucrée, l'adaptation de l'albumine se fait et se continue
longtemps. C'est pourquoi on le prescrira aux individus
faibles ou aux phtisiques qui perdent sans cesse leur trame
albumineuse; une nourriture féculente sera de rigueur et
servira de moyen d'épargne à la viande, aux œufs, au lait,
et à toute substance animalisée qui s'impose au patient.
Par la graisse surajoutée les résultats sont encore plus
saisissants. Elle diminue plus encore que les fécules l'usure
des albuminates corporels ou ingérés; dans les maladies
consomptives, si les organes digestifs sont en bon état, elle
doit avoir la préférence. La prati(iue a consacré l'utilité des
doses moyennes de viande et de graisse ; les expériences de
Voit ont sanctionné celte donnée empirique. Il est d'ailleurs
à remarquer que la graisse préexistant dans le corps sert
au même but, c'est-à-dire à modérer la combustion des
albumines; ainsi, un animal jeune ci maigre décompose
plus d'albumine qu'un animal âgé et gras. Dans ces condi-
tions, l'avantage reste aux hydrates de carbone, en ce sens
surtout qu'ils sont toujours plus faciles ta digérer que les
graisses et qu'ils ménagent la conlexture du corps.
Nous pouvons donc, en résumé, activer la destruction de
nos albuminates en forçant la dose des aliments de ce
genre, et enrayer la décomposition de nos tissus en forçant
la dose additionnelle de graisses cl d'hydrates de carbone.
Mais si, par malheur, on laisse tomber la nourriture albumi-
neuse au-dessous d'un certain minimum, le corps s'épuise
171 r.iiAi». 7. — OK i.'f:Qi:ii,ii;nF': dk \.\ NTîniTioN.
|»ar l(>s d('|KM'(liti()ns d'alhiiniini', (jii'oii proscrive on non à
I il ic auxiliaire la i^raissc et les fécules; le minimum nui<il»le
(In i('^iine azoté est toujours plus marqué chez les individu^
jeunes et maigres que chez ceux qui sont Agés et gros.
.!(» résume la question : une dose moyenne de viandes ou
(raulres all)uminates(tels queTalbumine de l'œuf, la caséine
du lait, l'albumine des légumes secs); une dose additionnelle
de graisses ou de matières amylosucrées; voilà le principe
de l'alimentation dite fortifiante; nous verrons bientôt les
chiffres corrélalifs.
Effets de V usage exclusif des albuminates de la viande. —
L'usage exclusif d'un aliment quelconque, môme des albu-
minates, mène infailliblement à l'inanition. Bischoff et Voït
ont vu sur un chien nourri exclusivement avec de la chair
musculaire pure, que la décomposition des albuminates
devient d'autant plus intense que la quantité d'albuminates
delà nourriture est plus marquée; l'urée, qui est l'indice de
cette altération incessante de nos organes, s'élimine par les
urines dans la proportion de 27 grammes par jour pour une
ration de 176 grammes de chair musculaire; lorsque le
taux s'élève à 2500 grammes de viandes, l'urée monte à
48 î- grammes; la désintégration de l'organisme est donc
quinze fois plus forte qu'à l'état normal; l'inanition et la
mort en seront la suite inéluctable. Toutefois, la déchéance
de l'animal n'est pas proportionnée à l'excès de viande; elle
varie selon sa taille; ainsi, 500 grammesde viande pour un
gros chien suffisent pour accélérer le mouvement de dénu-
trition; chez un petit chien la même dose, loin de le dénour-
rir, lui permet, jusqu'à un certain point, de s'annexer de
l'albumine.
Les albuminates provenant des légumes secs ou le gluten
provenant du pain produisent le même effet (Panum et
Heiberg).
USAGE EXCLUSIF DE LA GRAISSE ET DES MATIERES AMYLACÉES. 175
La nourriture riche en gélaline ne suffit pas plus que les
albuminates vrais pour entretenir la vie ; mais elle aide
singulièrement à Tcpargne de nos tissus, comme le fait la
graisse, comme le font les matières féculentes, el chez le
malade qui ne digère pas la viande, elle est d'un grand
secours.
Ainsi les aliments les plus riches en azole, les albumi-
nates ne sauraient servir de régime univoque; il faudrait
des doses énormes et indigestibles pour couvrir le déhcit
non en matière azotée, mais en carbone. La viande de bœuf
contient 1 partie d'azote contre 1,7 de carbone. Or, à l'état
sain nous perdons parla respiration sous forme d'acide car-
bonique, par les sécrétions intestinales et urinaires environ
280 grammes de carbone par jour. L'homme qui voudrait
retirer de la viande pure et dégraissée les 280 grammes de
carbone à remplacer, serait tenu de prendre et d'assimiler
plus de 2 kilos de viande ; c'est une hypothèse irréalisable, le
chien dont parle Voit périt; l'homme serait dégoûté, déchu,
inanitié, peu de jours après une pareille nourriture.
§ 3. — Usag^o exclusif de la graisse et cIcm matières
amylacées
L'emploi exclusif de la graisse ne permettrait pas davantage
la continuation de la vie. Sans doute la graisse restreindrait
l'usure des tissus albumineux, parce qu'elle bride plus faci-
lement que les corps azotés; mais pour peu que la graisse
soit consommée en excès (Debove et Flamant), elle finirait par
entamer la fonte des tissus eux-mêmes, et on verrait ce sin-
gulier spectacle d'un individu compromis parle défaut d'al-
buminates, conservant, en même temps, les apparences de
l'embonpoint.
Usage exclusif des matières amylacées et féculentes. —
170 CIIAP. 7. — I)K l/i;QL'lLlin;K DK LA MmilIlON.
Les iiiconviMiiciils de la graisse comme iiioycn iiiiiv()(|uc
(i'alimonlalioii no soiil pas moins mai"(|iiés poiu' li^i^ liydialcs
de carbone, (jui lous finisseiil pai* se transformer en snere.
Il est seulement à notci- que, dans réconomie, le sucre se
bi'ule encore plus facile mcnl (jiie la j^iaisse; (|ue, d'une autre
paît, 2cî0 parties d'hydrocarbures é(|uivalent au plus à
100 grammes de graisse; qu'enfin le régime hydrocarbure
restreint rapidement la formation de l'urée, de sorte que les
animaux s'appauvrissent en albuminates et en graisse cor-
porelle, plus encore que par la nourriture grasse.
Il résulte de toutes ces observations quel'inanitiation, (pie
le dépérissement résultent infailliblement de toute alimenta-
tion exclusive, quelle qu'elle soit. Les expériences nous ont
convaincu de l'indispensable nécessité d'un régime mixte.
La nourriture pour être efficace exige la multiplicité des
éléments nutritifs, c'est-à-dire des trois principaux aliments,
les albuminates, les graisses et les hydrates de carbone
(fécule et sucre); Taliment le plus nourrissant, le plus for-
tifiant ne suffit pas à la tâche ; le mélange avec la graisse ou
les hydrocarbures est d'absolue nécessité. Mais quelle est
la proportion utile des trois principes alimentaires, et
comment les combiner?
^ 4. — Ration expcriiiicntalc
Toutes les expériences pratiquées sur les animaux et les
recherches faites sur la ration alimentaire de l'homme lui-
même, aboutissent à un calcul à peu près uniforme. A l'état
sain et au repos l'homme de moyenne taille doit consom-
mer 118 parties de substances azotées (albumines), d'après
Rubner, 120 d'après l'expérimentation de Yoït et Petten-
kofer; les graisses doivent figurer dans le mélange pour
72, et les hvdrates de carbone pour 372 parties. En calculant
RATION KXI'ÉKIMKNTALfc:. 177
cette ration expérimentale, d'après sa composition élémen-
taire, ccfpii n'est pas rigoureusement exact, il nous faudiait
lO'^'sr) d'azote et ^83 de carbone contenus dans les trois
«genres d'aliments. L'homme qui se livre au travail ])liysi({ue,
l'ouvrier, a besoin d'une quantité plus marquée d'alhumi-
nates et de graisses, afin de conserver l'équilibre coiporel.
Ranke a pu pendant une semaine entière maintenir intégra-
lement son état de santé en prenant 100 grammes d'albu-
minates, iOO grammes de graisse, et 240 grammes de subs-
tance carbonée, c'est la ration tliéorique ; avec des chiflVes
môme moins élevés Beneke a pu arriver au même but.
Ptîuger et Bohland sont arrivés au chiffre 89,50 et tout
récemment Bleichtreu, avec son maître Bohland, a encore
réduit la proportion nécessaire d'albuminates : 88^'",64 suf-
fisent pour le maintien de l'organisme ; mais notons que
c'est là un chiffre inférieur^ qui ne s'applique k personne.
Comparaison de la ration expérimentale et de la ration
effective. — Lorsqu'au lieu d'expérimenter, on analyse les
substances alimentaire en usage chez les individus placés
dans les conditions les plus diverses, lorsqu'on calcule les
principes alimentaires contenus dans le régime empirique,
on arrive à des résultats qui diffèrent peu des prévisions
physiologiques. Edm. Smith et Playfair, après s'être livrés à
de nombreuses recherches, sont arrivés à conclure que l'en-
tretien de la vie, que le besoin journalier le plus rigoureux
pendant Tétat de repos exige 60 grammes d'albumine,
24 grammes de graisse et 330 d'hydrate de carbone ; c'est
aussi le chiffre le moins élevé que Bôhm a indiqué après des
recherches sur la consommation joiu-nalièrc dans des lamilles
pauvres. Mais s'il s'agit d'un travail même modéré, la ration
doit être portée à 120 grammes d'albumine, 40 de graisse et
530 d'hydrocarbures; c'est la moyenne obtenue dans diverses
armées européennes en temps de paix. Pour un labeur très
SÉE. V. _ \t
178 CIIAl». 7. - DE L'ÉQUILIBHK I)K LA MTKITION.
intense tout ceci ne suflit plus; il faut 100 ^n\iinmes d'aibu-
niinates, GO de graisses cl 580 d'hydrates carbures ; c'est
ce que Playfair exige ])our le régime des armées en cam-
pagne, plus encore d'aibuminates pour les marins anglais,
les travailleurs de la terre, les forgerons, etc., et ces données
sont confirmées par Liebig qui analysait la ration d'un
ouvrier brasseur, et i)ar Rankc (pii examina celle d'un tuilier
en Italie.
A ces notions si concordantes il importe d'ajouter ceci :
c'est l'habitude des ouvriers de certains pays de consommer
outre les 130 à 140 grammes d'aibuminates strictemenl
nécessaires, des quantités considérables d'hydrates de car-
bone destinées sans doute à remplacer le déficit de la graisse ;
un ouvrier irlandais consomme 1330 grammes de pommes
de terre (Smith); un cultivateur lombard 1000 grammes
(d'hydrates carbures) de riz, d'après Payen ; un travailleur
allemand 800 à 1200 grammes de ces mêmes substances d'a-
près les recherches de IL Ranke et du comte Lippe. Dans
toutes ces conditions de travail il ne s'agit que de substances
presque dépourvues d'azote (pommes de terre, riz) et pour y
trouver la quantité nécessaire d'aibuminates le travailleur est
obligé de se surcharger d'aliments féculents, qu'on sait être
à peine utilisables, car ils se perdent, comme nous l'avons
indiqué, en partie notable par les intestins sans être assi-
milés.
Toutes ces rations sont considérées comme des moyennes;
mais que de différences pour le travail fort ou même exagéré,
pour l'âge, la constitution, le sexe de l'individu, toutes
circonstances qui ont été négligées dans le calcul, et cette
remarque s'applique surtout aux rassemblements d'hommes
dans les prisons, dans les casernes, etc. ; en général on ne
tient compte dans ces diverses situations, que du prix vénal
des aliments végétaux, les albuminates proprement dits, les
RATION EXPÉIUMLNTALt. 17'J
vrais aliincnls du travail sont né}^ligés. La seule atlénualioii
dans ce calcul défectueux est dans la nécessité du temps et
des circonstances. Lorsque le soldat en marche, qui devrait
être plus fortement nourii en principes albumineuxse trouve
être livré au hasard des événements, il peut surmonter le
déficit pendant quelques jours, mais à une condition, c'est
qu'en temps ordinaire il reçoive une provision d'albuiriinates
suffisante pour lui permettre la lutte contre cette passagère
misère; à ce prix il peut résister plus longtemps; mais si
l'état nutritif préalable est mauvais, les forces déclinent
rapidement et le danger s'accuse sans rémission. Il en est de
même chez le paysan mal nourri ; son repas albumineux du
dimanche ne le dispensera pas de se restaurer une semaine
entière (llofmann, Forster).
CHAPITRE 8
RÉGIME USUEL APPROPRIÉ AUX PROFESSIONS
OUVRIERS, SOLDATS, TRAVAILLEURS INTELLECTUELS
Il s'agit maintenant d'appliquer les données de la physio-
logie à la pratique et de constituer avec les substances
alimentaires, qui sont toujours complexes, le régime le plus
utile, la nourriture la plus approi)riée aux diverses classes
de la société, aux diverses professions, aux âges et aux cons-
titutions individuelles, tout en tenant un compte rigoureux
des habitudes préalablement contractées, de la nervosité
générale ou digcstive, de la vie au grand air ou dans les
cités populeuses, de l'habitation des climats froids ou des
contrées chaudes. La complexité des substances usuelles,
loin d'exclure leur utilité, en favorise, en consacre l'usage;
il me suffit, pour le prouver, que de rappeler le classement
IKi) CIIAP. 8. — Rf:r.IMK APPnOPIUr, AUX l'HOIESSIONS.
que nous avons (.liciclic à londci' .^iir Imir cuiii])OsiLioii
iiiliiiK^
La division classiciue des aliiiiciils, d'après leui" origine
animale ou végétale, n'a plus de raison d'être, depuis que
l'analyse chimique a démontré, dans un grand nombre de
végétaux, l'existence de princi])cs albnmineux, absolument
identiques aux albuminates de la viande ou de l'œuf ou du
lait; c'est pourquoi il me paraît plus pratique et plus en rap-
port avec la physiologie actuelle, de rappeler les séries
suivantes :
1° Les albuminates purs, tels que les viandes, avec des
quantités variables de graisse, peu importe la prove-
nance;
5" Les aliments réunissant en réalité les trois principes
nutritifs; le type, c'est le lait qui contient de la caséine
(30 p. 1000), du sucre de lait (33 p. 1000), et du beurre
(44p. 1000); il peut suffire pour l'alimentation des individus
faibles, malades, au repos, et suffit toujours pendant les
premières années de la vie ;
3° Voici maintenant une série qui serait bien autrement
avantageuse que la précédente, si elle contenait de la graisse ;
il s'agit du pain qui renferme 100 à 120 pour 1000 de prin-
cipes azotés, c'est-à-dire du gluten, et en outre 500 à
600 parties de fécules ; il s'agit surtout des légumes secs, dont
la teneur, en matière azotée, s'exprime au moins par 150 pour
1000, et en fécule par 600 pour 1000. On peut dire que cha-
cun de ces aliments représente la viande maigre mêlée avec
une quantité peut-être excessive de fécule, mais qui peut,
par cela même, suppléer à la graisse.
Une quatrième classe, dont le type est la pomme de terre,
ne contient que de la fécule.
Le cinquième groupe, c'est-à-dire les végétaux frais, les
légumes verts, les racines, est composé de cellulose dont
RÉGIME MOYEN. 181
il n'y a rien à lirer, et de fibres indigcstibles, qui n'ont de
valeur que par leurs sels et par leur (^^oùt.
§ 1. — lt^'g;iiiic iii<»ycii
Si riiommc livré à l'étude consomme jouinellement
385 grammes de viande, 200 grammes de pain, il retirera
de la viande 77 grammes d'albuminates, et du pain 20 gram-
mes, total 97 grammes qui se rapproclient à peine de
la dose nécessaire qui est au moins de 125 grammes de
principes albumineux; dans ce cas, la dose de pain est
insuffisante. S'il s'agit d'un ouvrier qui prend 185 grammes
de viande et 400 grammes de pain, la ration est encore plus
défectueuse sans doute par suite des exigences du travail
musculaire ; comme nous le verrons, le fonctionnement du
muscle s'accomplit bien moins par le tissu albumineux du
muscle qui s'use peu, que par les graisses qui sont les véri-
tables agents de calorification, ou par les fécules qui sont
les substances les plus complètement combustibles, mais
tout est incomplet dans de pareilles rations; le travailleur
de la pensée et le travailleur pliysique en soutTriront d'une
manière inéluctable.
Que serait-ce donc s'il s'agissait d'arriver à 120 grammes
de substance albumineuse, en prenant l'aliment le plus
albumineux, comme le fromage dont il faudrait 272 grammes
par jour ; commela viande maigre à la dose de 5.38 grammes,
ou des œufs, dont une douzaine et demie serait néces-
saire pour combler le déficit azoté; une alimentation ainsi
comprise ne répondrait qu'à un seul desideratum, c'est-
à-dire au besoin d'albuminates. Il s'agit en même temps
de satisfaire à la déperdition de carbone; or, pour attein-
dre les 328 grammes de carbone ([ui se consument, la
viande maigre devrait être portée à 2020 grammes, les
18-i CIIAP. S. — RfT.IMK APl^nOPHir. Al'X mOFESSlONS.
(nifs à i.i pièces. De pareils oxciiipli's ju^^cnl l;i qiic^lioii
poui' les mets all)iiniincnx . Le lail liii-inrmc, (pii paraît
un aliiiuMil complet, ne prodiiii'ail son conlin'^^cnt en azote
et eai'hone (pi'à Taide de 405^ grammes j)ar jour. F/'s ali-
ments de la troisième série, hicn (pie contenant les deux
éléments, comme les lentilles, le pain, nous imjjoseraient
l'obligation d'ingérer 919 grammes de lentilles sans ean, ou
de 1430 grammes de pain noii-. La quatrième catégorie, qui
se rapporte aux principes féculents d'une manière presque
exclusive, exigeraitune masse de 4575 grammes de pommes
déterre, .l'ai cité, avec Voit, les exemples de régime invo-
qués pour en démontrer l'absurdité, des essais combinés
de viande et de pain pour en prouver l'insuffisance; j'ajou-
terai à ces calculs in\raisemblables l'apport nécessaire de
34-6 grammes de graisse; jamais l'organisme ne se prêtera
à une pareille surcharge.
Procédons en sens inverse, en comparant, d'après le
critérium chimique, une nourriture mélangée, variée et
riche pour un homme ta l'état de repos. Supposons qu'il
prenne 139^%7 de chair, 41 grammes d'œufs, 450 grammes
de pain, 500 grammes de lait, 190 parties de graisse ou
de beurre, 70 parties de fécule, 17 de sucre, du sel et
de l'eau : il usera en réalité 137 grammes d'albuminates,
plus 352 grammes d'hydrates de carbone, qui sont entière-
ment détruits, tandis qu'il reste 65 grammes de graisse
dans les tissus. Par un régime un peu plus albumineux (con-
tenant plus de viande et d'œufs), destiné à un ouvrier,
Voit retrouve la même élimination d'albuminates et d'hydro-
carbures qu'au repos, mais une consommation considérable
de graisse, qui se combure par et pend<int le travail muscu-
laire; nous trouverons encore d'autres différences, et sur-
tout d'autres exigences par le fonctionnement musculaire.
Avec ces données, les combinaisons pourront être infinies
liÈGIME DU Tr.AVAILLKUIl IMIYSIQLE. 183
au point de vue de la composition des repas; chez tous, la
variété s'impose pour chacun des trois groupes nutritifs;
la monotonie, c'est l'indigeslihilité à courte échéance; les
alhuminates se trouveront dans les viandes, dans les œufs,
dans les plantes légumineuses azotées. Les graisses ne man-
quent jamais, même dans les viandes maigres; l'addition
des préparations grasses, des sauces, complétera la dose
nécessaire des corps gras. Les fécules azotées (le pain, les
légumes secs, les pâtes) seront indispensables pour com-
pléter le déficit de la viande; les fécules pures (pommes de
terre, maïs, riz) pour tempérer l'excès de viande; les
légumes verts pour satisfaire les appétits exagérés, et lester
l'estomac chez les gros mangeurs; les fruits seront là en
leur qualité d'aliments sucrés ou d'acides végétaux destinés
à se comburer rapidement. Chez tous, les condiments, le
sel, le poivre sont de rigueur pour stimuler la sécrétion
du suc gastrique; il en est de même des boissons aqueuses ou
légèrement alcooliques et surtout caféiques dont les usages
réciproques devront faciliter la digestion et préparerladiges-
tibililé des aliments quels qu'ils soient. Ce sont spécialement
les liquides caféiques qui soutiendront les forces cérébrales
et cardiaques nécessaires pour les travaux intellectuels.
Mais toutes ces précautions, toutes ces prescriptions sont
vaines, si une certaine quantité de travail musculaire e//6'<?///
ne vient au secours de la digestion, et surtout des combus-
tions organiques; la déchéance s'en suivrait.
§ 2. — Rég;inio du travailleur physique
Les effets du travail musculaire sur l'organisme ont été
diversement expliqués et les interprétations ont conduit à
des conséquences erronées. Voici un premier point à établir.
Le muscle ne s'use pas par le travail, donc le régime carné
tsi cnAP. s. — nr.c.iMK Ai'iT.oi'r.if; w \ it.oikssions.
excessif est ;iii moins inutile, rcndiinl loiiLilciiijis on ;i cimi et
on croil |)('iil-rtrc en( oie (juc les ninscles s'nsciil, j);ir It-urs
fonli.Klions it'pi'tées, el sniloul ji.ir un rxcicice cxa{^r^ré ;
puis (iiiand on a mesuré, caliul*' !•' inoduil ulliino de cette
décomposition, c'est-à-dii'e Tuiée qui s'i'liniinc pai* les reins
ou Vun'^r (pii devait se former dans les nuis( les, il a été facile
de leconnaître l'erreur ])i"iniilive ; eu eifet les muscles ne
contiennent soit au repos, soit pendant l'activité que des
traces (1(^ ce déchet; les urines n'en renferment pas plus
que dans Tétat normal, la dose et la nature des aliments
restant la même. Il n'y a d'exception que quand le travail est
excessif; Wolf l'a constaté chez les chevaux. Tant que dura
la croyance à la combustion ou à la destruction des muscles
par leur fonctionnement, ce régime devait reproduire ce qui
se perdait; la fibre musculaire amoindrie devait être rem-
placée par la chair musculaire, c'est-à-dire par les albumi-
nates pris sous forme de viandes ou d'œufs. — A l'appui de
cette donnée, il a été beaucoup question des ouvriers
anglais, qui travaillant à la réfection des voies ferrées, dans
les mêmes conditions que les terrassiers français, fournis-
saient une somme de travail beaucoup plus marquée ; mais
cette assertion reposait sur une méprise, et l'avantage d'ail-
leurs très douteux de l'emploi des manouvriers étrangers
devait s'expliquer par d'autres causes fort obscures.
Voici maintenant un autre point de vue.
Le muscle ne fonctionne que par le combustible. Quand
la physiologie chimique démontra péremptoirement que la
substance du muscle n'est pas sensiblement amoindrie par le
travail, le régime carné cessa de s'imposer. Les faits négatifs,
et d'une autre part les recherches nouvelles donnèrent nais-
sance aune autre doctrine. On apprit par l'expérimentation
que le muscle en activité consomme une quantité d'oxygène
plus marquée qu'au repos, et qu'il s'en dégage un excès
nÉC.I.VE DU THAVAILLKUR IMIYSIQUE. 185
d'acide carbonique, ce qui veut dire que le muscle respir(,*;
aux dcpens de quoi? des substances combustibles qu'il con-
tient, c'est-à-dire de la giaisse, de la matière glycogène ou
du sucre qui font partie intcgrante de la texture du muscle ;
il s'ai^it de remplacer ces matières éminemment oxydables.
Il y a plus encore ; quand l'action musculaire devient générale
et intense, la respiration pulmonaire partielle elle-même
acquiert une plus t^rande intensité; l'oxygène introduit par
les voies respiratoires, et l'acide carbonique qui en sort
augmentent d'une manière évidente; les combustions géné-
rales et musculaires s'accentuent et s'exercent sur toutes les
matières inflammables qui sont en nous ; les instruments
de ces oxydations restent intacts, mais le combustible se
détruit. — Pour couvrir ces pertes notre organisme devra
j'ecevoir une plus forte ration de corps graisseux, féculents
et sucrés, qui se brûlent avec le plus de facilité ; le régime
semble devoir comprendre un excès de ces diverses sub-
stances, et se composer de corps ternaires, c'est-à-dire
contenant le carbone, l'hydrogène et l'oxygène, sans qu'il
soit nécessaire d'y ajouter l'azote, tel qu'on le trouve dans
les principes nutritifs de la viande. — Gomme d'après la
grande loi de la transmutation des forces, c'est la chaleur
qui se transforme en travail mécanique, l'ouvrier devra au
premier abord faire prédominer dans son alimentation tout
ce qui tombe sous le coup de la combustibilité, tout ce qui
est le plus vite, le plus facilement inflammable; la graisse,
les pommes de terre, le maïs, le riz qui contiennent à peine
des traces d'azote seraient donc plus utiles que la viande, le
lait, les œufs, qui sont des principes éminemment azotés.
Mais c'est encore là une erreur d'appréciation. Le véri-
table procédé de l'action musculaire et son mécanisme vrai
reposent sur des données expérimentales plus larges; l'école
de Munich représentée par Peltenkofer et Voit, par Ranke et
180 niAP. 8. — UfX.IMK APPROIMUf: AUX PHOFESSIONS.
Uiibiirr, nous ;i})j)i('ii(l loiil d'ahoid (jiic N; li'avail n'use ni
les lissiis niusculaircs ni les ;illMiiiiiii;il('s .iliiiicnlaires, (jiril
ne pioduil. donc sur Tor^anisinc! aiiciiiic (h'iM'rdition jtci"-
sislaiilc, aucun elVel nuisihh;; il se Ibrunî seulement dans
rinliniilé de la trame du muscle des changements molécu-
laires tels, que la inusculine se Iransfonue en une série de
produits secondaires appelés créatine, créatinine, xanlliine,
acide uri(iue qui dérivent bien de cette musculine, et en
mar({uent Tinstabilité, mais sans jamais en marqu(;i' la des-
truction compléle qui se traduirait par l'urée de la sécrétion
urinaire. Ce (jui se détruit, ce qui se désorganise, c'est la
matière combustible. La restitution de celle-ci doit être
complète, Tentretien normal suffira pour les albuminates.
L'organisme ne peut travailler qu'à Vaide d'un régime
mixte. Ce régime est le seul qui couvre les dépenses et main-
tient l'équilibre organique. Si la nourriture ne renferme pas
assez de carbone pour combler le déficit, le résultat est tout
aussi fâcheux que si elle ne contenait pas toute la quantité
nécessaire de principes albumineux ; dans le premier cas,
l'albumine ingérée s'use dans les combustions exagérées ;
elle ne se fixe pas dans l'organisme ; elle circule sans profit
dans le sang, s'y brûle et se perd sous la forme d'urée; si, au
contraire, le contingent de carbone est suffisant, toute l'albu-
mine est utilisée, et c'est ce qui a lieu par le régime mixte
composé de viandes mêlées avec une certaine quantité ou de
graisse ou de fécule ou de sucre. L'ouvrier ne doit donc pas
se. nourrir seulement de chair musculaire comme on l'a
conseillé dans le but de développer les forces ; un régime
trop substantiel épuiserait ses forces, quoique moins vite
qu'un régime qui ne contiendrait pas suffisamment de viande
ou d'albumine. Après avoir été soumis autrefois à une
alimentation presque exclusivement carburée, il tend au-
jourd'hui à suivre un excès contraire ; Li vérité est que le
IlÉCIME DU TRAVAILLEUR MIYSIQUK. 187
maximum (rénerj;ic musculaire correspond à la coniMnaison
(les trois piincipes nuliilifs, dans des i)io[)Ortions déler-
minécs, (jui doivent maintenir l'équilibi-e, c'est-à-diie le
bilan exact des recettes et des dépenses; c'est là l'idéal de
riiyi'iène de l'ouvrier.
Ratioiis i)hysiolo(jiqxies nécessaires. — Quels sont les
procédés les plus utiles et les plus utilisables? Il y a vingt
ans Edward Smilli et Jolin Simons, puis Playfair ont établi
les données suivantes : pour un travail modéré l'ouvrier doit
pren(Jre 120 grammes d'albuminates contenues principale-
ment dans les viandes, 40 grammes de graisse, 530 grammes
de matières bydrocarburées ; pour un travail intense,
160 grammes d'albuminates, 68 de graisse, 580 d'aliments
féculents. Mais ces cbifTres sont souvent dépassés dans un
sens ou amoindris dans l'autre; ainsi l'ouvrier irlandais ne
consomme jamais 130 grammes d'albuminates, ni 25 gram-
mes de graisse, tandis qu'il use jusqu'à 1330 grammes
d'hydrates de carbone (Smitli), surtout de pommes de terre.
Comment fournit-il la somme de travail? Dans cette masse
de fécules, qui contient à peine 10 à 12 parties d'albuminates
par kilogramme, il ne saurait trouver la dose nécessaire
d'albuminates qui est de 130 grammes au minimum ; il faut
qu'il couvre le déficit d'albuminates par un autre moyen
sous peine de déchéance ; s'il n'a pas de viande, il a recours
au lait, aux œufs, au fromage, qui sont formés en grande
partie par les albuminates ; s'il n'atteint pas le chiffre physio-
logique, ses forces se perdent infailliblement malgré les
combustions des fécules, parce que l'organisme qui travaille
ne reçoit plus les éléments nécessaires au main lien intégral
de sa substance. Nous verrons (chap. Il) (juels sont les
aliments ({ui fournissent le plus de chaleur et d'énergie
physique.
1S8 CHAI». 8. — UÉGIMK AI»1M10PK1(^ Al'X l'UoKEbSIONS.
^ >). — IKniion «lu Moldiit vn (4>iiii»m do paix
Le soldat eu temps de paix doit aiijoiircriiui être comparé
au Iravailleiir; cinq liciires d'exercices ou de niaiclH.' pai-
jour, et dans ce dernier cas un poids de:28 àSîJkilo'-rammes
sur le corps, ce sont là l(^s conditions physiques qui justi-
fient notre comparaison. Il s'aj^it donc de mettre les rations
alimentaires du troupier, c'est-à-dire de toute la jeunesse,
en rapport avec le régime de l'ouvrier.
Voici la note textuelle qui m'a été fournie par un de nos
médecins militaires les plus distingués et les plus compé-
tents.
« En temps de paix le soldat reçoit 750 grammes de pain
de munition par jour; en outre, sur les 48 centimes qui sont
verséspour chaque homme à l'ordinaire, on prélève la somme
nécessaire pour acheter 250 grammes de pain blanc (dit de
soupe) dose excessive qui ne pourrait entrer dans la soupière.
Matières Graisse. Principes
albumiiieuscs. hydrocarbures.
Gr. Gr. Gr.
Viande crue (300 grammes) ou viande
désossée (240 grammes) 42 ."i à 17
Pain, 1 kilogramme 89.86 10 450
Légumes frais environ 100 grammes.. |
Légumes secs environ 60 grammes.. ) °
Plus Tassaisonnement assez riche en
graisse 3 à 13 50
139.86 18 à 30 500
» Ce sont là les chiffres théoriques de prestation; le prix
élevé de la viande ne permet pas avec la faible somme
allouée, d'acheter 300 grammes de viande par homme; la
quantité et la qualité ne laissent pas moins à désirer que le
mode de préparation. Tous les jours du bouilli et du bouil-
RATION DU SOLDAT KN TEMPS DE PAIX. 18'J
Ion, où la iiialiùre alljiiwjinoïi^j osL liaii s 1011110(3 par la dé-
coction prolongée en matière coUaj^'ène, en colle forte inas-
similahle, d'après lloUmanii. »
Si d'après cet énoncé si véiidique, nous examinons les
formules hebdomadaires publiées récomment par les méde-
cins militaires, par Scliwimmer, Kern, Viry, nous trouvons
la confirmation complète des données ci-dessus énumérées,
avec une tendance à varier les menus journaliers. Les
réformes récentes diminuent l'uniformité de la ration et au
lieu du monotone bouilli, le soldat reçoit deux fois par
semaine le ragoût de mouton (le rata); voilà le seul perfec-
tionnement. Or, il y a dans la composition de tous ces ré-
gimes variés ou non des défauts de qualité et de quantité
réglementaires, quant aux viandes; pour les autres aliments
des excédants, ou bien des insuffisances de rationnement.
Dans l'appréciation générale il y a une erreur physiolo-
gique facile à démontrer.
Comparaison des divers régimes de troupe de V Europe. —
Tous les défauts du régime de notre armée se trouvent
signalés depuis longtemps par les médecins éclairés, par les
intendants expérimentés, et par les meilleurs généraux;
mais les uns et les autres sont venus se heurter à des diffi-
cultés sans nombre, ta des questions budgétaires, et même à
certaines béatitudes patriotiques résultant de la supériorité
comparative de notre hygiène. Voyons en quoi consiste ce
régime, et comparons.
Dans Tarmée austro-hongroise le régime se compose :
1"* De 190 grammes de viande non désossée, représentant
34 d'azote;
2° De 875 grammes de pain, 190 de farine de blé ou de
maïs, ou 140 grammes de légumes secs, ou 115 grammes de
sarrasin; ce sont là des matières légèrement azotées, forte-
ment carbonées;
I&O ClIAP. 8. — ur.C.IMK AI'Pnoi'Hir; AIX PFIOFKSSIONS.
f\" A la place de li)() ^l'ainiiics di' l'aiiiic, on (luiiiic, au choix
560 (le poiiiiiies (le teiic (jni im coiiLionncnt pas de [iiiiicipe
azulé;
4° 1-49 ^raiiiiiies de «,n*aiss(;.
Le soldat allemand a en temps de paix el dans les garni-
sons la petite ration qui ne comprend que 150 grammes de
viande, pendant les manieuvres 250 grammes de viande.
Pour les aliments hydrocarbures et azotés il y a une ration
de G08 de pain, ce qui est sulTisant, et de 5 il à 290 gram-
mes de légumes secs, ce qui constitue une modilication des
plus avantageuses qu'on ne retrouve pas en France ni en
Autriche. Ajoutez à cela du riz, 98 à 112 grammes, ou de
l'orge perlée, ou i litre à 1 litre 1/2 de pommes de terre
selon le temps de garnison ou de manœuvres.
En Angleterre, le soldat reçoit par jour 3/4 de livre de
viande, 339 grammes; c'est là la dose vraiment nécessaire,
et 453 grammes de pain. Il touche en outre une allocation
de 37 centimes destinés à compléter sa ration.
Toutes ces variations portent sur le repas de midi, car
pour le premier déjeuner c'est toujours le café au lait qui est
très utile, et pour le souper une soupe qui est insuffisante.
Quelle différence avec notre ration de viande; nous
n'avons sous ce rapport que l'infériorité des régimes belge
et italien qui comportent 259 et 200 grammes de viande
non désossée.
Après cette revue comparative, il s'agit de montrer les
défauts de qualité et de quantité du principe alimentaire, de
la viande; en deuxième lieu, les excédants ou au contraire
Finsuffisance des divers aliments officiels, et en dernier lieu
les erreurs du calcul physiologique qui préside encore aux
règlements alimentaires.
I. Défauts de qualité et de quantité des viandes. — Les
300 grammes de viande allouée à chaque soldat, comme le
RATION DU SOLDAT EN TKMPS DE PAIX. 191
dit mon distingue collègue militaire, sont d'oidre tout à lait
théorique. La viande de bœuf ou de vaclie sont classés en
boucherie en deux et même en trois qualités; celles de pre-
mière sont exigées pour les hôpitauux militaires; « ce sont
les viandes de seconde qualité qu'on recevra le plus souvent
pour l'alimentation delà troupe; elles proviennent de bœufs
ayant travaillé jusqu'à l'âge de huit ou dix ans, de vaches
plus ou moins vieilles » (Viry), et sont prises dans les ré-
gions de l'animal les moins estimées, le boucher étant géné-
ralement autorisé à prélever à son profit non seulement le
fdet, l'aloyau, la longe de bœuf, mais les gigots de mouton.
Pour qu'une viande soit acceptable, son rendement en
viande bouillie et désossée doit être de 46 pour 100 au
moins du poids à l'état cru, de sorte que le soldat reçoit sur
300 grammes environ 138 grammes de chair musculaire;
or, c'est là un chilîre manifestement insuffisant, car après
défalcation des tendons, des nerfs, des aponévroses, des
vaisseaux, en un mot de tout ce qui ne constituera que la
gélatine, que la matière collagène indiquée par mon collègue,
on y trouvera à peine GO grammes de musculinc, tandis que
la proportion physiologique doit être 130 grammes d'albu-
minales, c'est-à-dire de fibrine musculaire pour l'homme
qui travaille.
Les viandes utilisées pour la troupe sont toujours de bœuf,
ou de la vache, et deux fois par semaine du mouton ou du
porc préparés en rata. — Tous les autres jours c'est de la
soupe comprenant des légumes frais, surtout des choux ;
c'est le bouilli (jui a perdu une partie de son albumine so-
luble, l'autre partie d'albumine étant fortement coagulée
par la cuisson, et d'une digestion d'autant plus difficile que
la monotonie finit par émousser la sensibilité de l'estomac,
ce qui fait que le défaut d'impression retarde la formation
du suc gastrique et lui enlève sa qualité franchement acido-
i[)'l CIIAP. S. — KÉGlMi: AlM'IKil'IilK AI \ IM'.Ol'KSSIONS.
j)('j)li(Hi('. P()iir(|uoi donc p.is une seule fois p;ir semaine, la
viande rùlie, la viande saignanle, <|iii conl'u^nl à sa sui-faco
tous les L'iénicnls constituants de la viande légèrement coa-
gulée et au centre tous 1(!S principes du sang et de la chair
fraîche; le soldat se passera volonliers ce jour-là de ce bouil-
lon qui ne contient (pie des légumes, des traces de graisse,
des vestiges d'alhumine, de la gélatine qui n'est pas directe-
ment alimentaire, et une lessive saline qu'il est facile de
remplacer.
A côté des viandes, il est bon de signaler le poisson, si
abondant dans certaines contrées, la morue conservée, qui
sont de véritables viandes grasses. Il n'en est pas question
dans le programme.
II. Excès ou déficit. — Voici maintenant un excédant à
signaler; il s'agit du pain. On alloue à chaque soldat
750 grammes de pain de munition, dont la qualité, malgré
les critiques, ne saurait être suspectée; ce chiffre déjà exces-
sif est augmenté encore de 250 grammes de pain blanc, de
pain de soupe. Qui a jamais pu faire tremper un quart de
livre de pain ou de biscuit dans une assiette de bouillon; ce
ne serait plus une soupe au pain, mais une panade épaisse
à peine humectée et liquide. Aussi qu'en résulte-t-il? Le
troupier consomme le p'kin blanc en nature, et donne la
quantité équivalente de pain de munition aux pauvres ou
aux chevaux. — Si par hasard le kilogramme de pain était
consommé, une grande partie serait éliminée par l'intes-
tin. Nous savons en effet que les fécules en excès passent
indic-érées dans les résidus.
La ration officielle ne mentionne pas la graisse (ni le lard)
qui est pourtant une des espèces chimiques les plus utiles
pour la production de la chaleur, laquelle se transforme en
travail mécanique.
Le règlement indique 60 à 100 grammes de légumes secs,
IIATION nu SOLDAT KN TEMPS DK l'AI\. 193
qui conslitiKJiit un aliuienl bien supéiieui* au pain, car on y
hoiiv(i IîjO à ^00 parties pour 1000 de [uincipo alhuuiiuiMix,
identique à l'alhuniinc de l'œuf ou à la inuseuline diî la
chair, ou à la caséine du lait, qui sont les véritables albuuii-
nates destinés à la réi^énération de nos tissus corporels,
dette albumine est bien plus digestible et plus assimilable
(pie le gluten du pain. On trouve de plus dans les lentilles,
les haricots, les pois, une quantité de lecule représentée par
500 parties sur 1000; donc les légumes secs forment un
aliment de premier ordre, fortement azoté, riche en car-
bone, qui peut, dans une certaine mesure, remplacer le
pain, et venir au secours de la ration insulïisante de viande.
Restent les légumes frais pris isolément ou ajoutés à la
soupe, i)our eu relever le goût. Ici nous nous trouvons en
face d'amas de cellulose qui n'est digestible que par les
quatre estouuu;s de l'herbivore, et de ligneux cpii [)asse
inaltéré dans les matières. Les choux semblent faire excep-
tion à cette règle; ils renferment en effet une certaine quan-
tité d'azote mais qui ne s'annexe point à l'organisme et ne
saurait entrer en ligne de compte.
Ainsi viandes insuflisantes et piéparées d'une manière
uniforme et défectueuse, et non variées dans leur natuie;
pain en quautité excessive; trop de légumes verts; pas assez
de légumes secs, et pas de graisses, voilà les défauts de la
réglementation alimentaire. La conclusion s'impose et la
réforme est facile.
Quant aux boissons, nous connaissons les merveilleux
effets du calV; sur le travail musculaire; sou usage devra
être généial, cl, non liiuilé aux conirées chaudes ou au l('ni|>s
de guerre; le cale au lail, j)ai'lout en usage, excoplé eu
France, es! à la fois un sliinulaiit doublé dUn aliiuenl de
preuiier ordie. Le viii se piéseiile comme un luoyu (ri''p;ii'-
guer notie dénutrition lors(pi'il est luiturel, comme une
SKK. V. — 13
lui ciiAiv S. nr.ciMK Ai'pnopp.ii^: aux professions.
boisson niiiciiiic de rcsloin.ic huxiinl csl. r.ilirifjiK' cl ;i(liil-
loré, coiiiiiic 1111 li(|iii<l(' ruiicslr lorscju'il est [)i'i.s on excès.
iMiMiics rcllcxioiis |)oiir rijiiii-dc-vio. — On dil (prcllt;
rcchaunc ; c'est une eiTCiir; il n'y a là (ni'iiiic sensation de
clial(Mii', et la température du corps tend plutôt à s'abaisser;
on dit (jue Talcool nounit comme les aliments carbonisés;
c'est un l'aiix calcul; il ne se ])i'iile pas; c'est le contraire
qui a lieu, et la preuve c'est que le produit de combustion,
c'est-à-dire l'acide carbonique est en grande diminution sous
l'induence de l'alcool. Donc du calé comme ordinaire, le
vin d'une utilité douteuse; la liqueur distillée comme con-
traire à l'organisme du soldat, môme dans les contrées
froides.
III. Erreurs pJiijsiologiques sur la valeur nulrilive de la
ration réglementaire. — Après avoir démontré les défauts de
quantité et de qualité des viandes, les proportions exces-
sives ou au contraire déficientes ou même la complète
absence des autres principes alimentaires, nous avons à
indiquer une cause importante d'erreur dans l'appréciation
de la valeur nutritive de la ration ordinaire; il s'agit d'une
interprétation vicieuse d'ordre physiologique.
En analysant le régime qui depuis l'ordonnance du 1" juil-
let 1873, continue à être prescrit régulièrement, on trouve
au point de vue purement chimique, 18,67 d'azote, 338 de
carbone, et 19,32 de graisse. Ce dernier chiffre peut être
considéré comme nul, car la moindre dose quotidienne de
graisse doit être de 50à GO grammes. La quantité de carbone
contenu dans le kilogramme de pain seul, et se chiffrant
par 300 sur 338 est au contraire manifestement exagérée.
Il reste surtout à examiner l'origine des 18,67 d'azote; d'où
vient ce nombre qui est d'ailleurs insuffisant? 240 grammes
de viande donnent b^^A ; 30 grammes de légumes secs four-
nissent 1,02 d'azote, et le reste, c'est-à-dire 12 grammes au
DATION DU SOLDAT KN TEMPS DK l'AIX. 195
moins sont puisés dans le i)ain, (h; sorte ({iie i)Our avoii" le
conlingenl d'azole, il faut le chercher dans un kilogramme
de [)ain, au [)rix d'un travail énorme de digestion. Puis
quand les 12 grammes d'azote sont obtenus, on se trouve en
présence du gluten, qui ne saurait équivaloir, sous aucun
rapport, à la musculine ou à l'albumine. C'est donc une
addition hétérogène, et de plus une faute de physiologie, qui
date de loin.
Equivalent nutritif. — On a soutenu que l'aliment qui
contient les éléments quaternaires sert à réparer plus spé-
cialement les tissus (ce qui n'est pas rigoureusement exact),
et que ce pouvoir est à peu près proportionnel à la teneur
de l'aliment en azote; c'est une hypothèse. Nous savons, en
effet, par les travaux modernes, que les aliments azotés ne
servent pas seuls à la reconstitution des tissus, lesquels
renferment toujours aussi des élémenls ternaires comme la
graisse. Nous savons surtout (pie la valeur nutritive d'im
aliment qui serait uniquement destiné à s'annexer à l'orga-
nisme n'est nullement proportionné à tout son azote, mais à
celui-là seulement qui existe dans les cspè(;es quaternaires
assimilables; il ne suffit [)as (pTuii aliment contienne beau-
coup d'azote pour qu'il soit utilisable et utilisé; ainsi la
gélatine qui est fortement azotée ne sert en rien à la recons-
titution de notre corps; il en est de même des tendons, de
l'osséine, du tissu connectif qui entoure et pénètre tous les
tissus; ces substances se rap[)rochent de la gélatine; elles
n'ont rien d'assimilable; leur rôle consiste à euq)ècher jus-
qu'à un certain point, à enrayer l'usure du corps; ce sont
des moyens d'épargne pour nos organismes et ils ne sont que
cela. — La preuve qu'il en est ainsi, c'est que la gélatine se
consume complètement dans les organes, et augmente sen-
siblement la (juantité de déchets éliminés par les urines,
c'est-à-dire l'urée. Il ne reste rien en nous de cette matière
lin; cil M», s. — r.î.ciMi: \ii'I',(H'i;ik .\i;\ I'Iioiissions.
niissi InrlciiK'iil .•r/oh'c (|iit' r.'illiiiiniiii' ou (|ii(' l;i iiniscnlinc
(]iii coiisl iliK'iil i;i h.isc dr Iniijc noire oiL:;iiiis;ilioii. Si doiic
on ;i(Milio!iii(' la (|ii;iiilil(' (|\'i/o|(', ('('sl-A-Hiic les l(S-''',()7 jour-
iK'llciiiciil nécessaires, e| si ^ni" ce iionihre uni' eerlaiiie
l^roporlioM d'azole es| ronrnie parla «^élaliiii' (|iii eiilre Ion-
jours dans la eo ni] )()siLi on de lii viande el se il jiour .'liiisi dire
d(i cimeiiL ou d'enveloppe aux faisceaux de la cliair niuscii-
laiie, on aii'ivera par ce calcul, (îxclusivenieiiL cliiiiii(jii(î, à
des conséquences désastreuses. On croil avoir consommé
18 lirammes de principe azoté niile; ou n'a lait ((u'inlrodiiire
(les. matières azotées inertes; l'azote figure au total des
recettes; el il est réduit singulièrement dans les adaptations.
Il est des composés azotés qui sont usés et déjà brûlés
avant d'entrer dans l'économie vivante; tels sont la créatine,
la créatininc, la sarcosine, qui ne sont plus que la réduction
des alhuminates ; le type du genre est l'urée, qui contient
encore 50 p. 100 d'azote; or l'urée est précisément le type
des déchets.
Ce que j'ai dit de l'azote de la gélatine et de la créatine est
applicable à celui des choux qui figurent régulièrement dans
la soupe du soldat; qui est-ce qui a démontré que cet azote
soit susceptible de s'annexer à nos organes, et qu'on puisse
se nourrir de la dynastie des choux?
Conclusions. — Tout ce qui est azoté n'est pas toujours ali-
mentaire, ni (ou jours assimilable ; le calcul basé sur le con-
tenu azoté des aliments est donc entaché d'erreur. Ce n'est
pas dans les éléments simples des substances usuelles, mais
dans les espèces chimiques qu'elles renferment, que se
trouve la véritable solution du problème ; un régime ration-
nel doit reposer sur la quantité et la nature des espèces
chimiques définies, tels que les alhuminates, la fibrine, la
musculine qui constituent le groupe alimentaire de premier
ordre. Donc je ne calculerai pas la ration d'après sa teneur
RÉ(;iME EN TKMPS DE GUEKKE. VM
en azolv, mais d'après sa richesse en alhmiiinales, et je
dirai : il laiil au soldai 140 à iGO j^rainines d'all)uiiiinat,es,
p(!ii iii4)()rle leur oi'iginc, (ju'ils se trouvent dans la viande,
dans le lait et dans l'œuf ou même dans les légumes secs, dont
Talbuminate ou caséine végétale est d'une facile digestion
comme la chair musculaire. 11 faut au soldat 250 grammes
de carbone provenant de 400 grammes environ de substances
féculentes, que ce soit du pain ou des légumes secs, de
l'orge, (lu riz, ou des pommes de terre. Il faut enlin 40 à
60 grammes au moins de graisse.
Voilà la base physiologique, la valeur expérimentale de la
nourriture de l'armée ; les détails d'application a})|)artien-
nent de droit aux chefs, aux administrateurs, aux médecins
militaires ; mon rôle finit, et le leur commence.
§ 3 bia. — Ré^iuic en tciu|>*!i de guerre
Ici pas de règle fixe ; les conserves alimentaires doivent
jouer un rôle considérable dans l'alimentation du soldat en
campagne, et, à défaut de conserves, le tioupier trouve
souvent à se pourvoir chez l'habitant ou peut-être même
chez l'ennemi. La physiologie n'a rien à voir dans ces événe-
ments graves ni dans ces conditions troublées de la vie
régulière.
§ 4. — Kégiiiie (lu jeuue Moldaf
Dans la réglementation du régime de l'armée il importe
de faii(^ entrer en ligne de compte h^ développement phy-
sique de nos jeunes soldats. Q^i'on ne croie pas qu'à l'âge
moyen delanouvelle armée la croissance soit terminée ; c'est
une légende; la (aille, le péiimcli(* {]o l;i poitrine, (H surtout
le développcnaent du cœur conliiiu(MU de s'accentuer instprà
l'.is CHAI», s. - ui^;r.iMK ai'I'i;(ii'|;ik \ii\ im;ofkssions.
r.-'l^v (le \ illL;l cl, Mil, villl4l.-(I"'ll\ ri liiriiic \ i IlLl l-<| iKj iins.
TtfiUi'. — l/li(nimi(' (le vinj^l ;iiis a iiin' lailh' inoyeniKi do
l'",0(>î); à viiij^t-cinq ans, il mcsiin' l"',0(S:i, cl à IicfiIc ans
r",()8(l ; (Miclolcl (|iii s'csl livn'' m llcl^icjiK; à de iiom-
hrciiscs mcnsuialioiis csl arriva; à cclh; (•ondiisioii : (jiic la
croissance ne cesse qu'à liciih' ans. L'Iionimc (|iii csl appelé
ausorvice à vinj^l ou vini^LoI un ans en moyenne n'arrive à sa
laill(^ maxima (ju'à un aj^e plus avancé, c'est le résultai, des
recherches de Larrey qui fixe le maximum à vingt-lniil ans;
Cliampouillon admet le même chilFre pour la race celtique,
tandis que notre race cimhrique ne se développe plus après
vingt-cinij ans. Arthrop Gould, pour les Irlandais des Etats-
Unis, arrive au même chiffre que pour les Belges, tandis que
chez les Allemands, les Scandinaves, les Autrichiens la taille
maxima serait atteinte entre vingt et un et vingt-cinq ans.
Dans tous les pays, dans toutes les armées, l'accroissement
individuel continue donc pendant le service militaire, un cer-
tain nomhre d'années entre vingt-cinq et trente ans. Le
soldat français doit être considéré comme un adolescent, et
non comme un adulte, et son régime devra fournir aux frais
de l'augmentation corporelle.
Le pourtour de la poitrine s'accroît au delà de la vingtième
année; de vingt à vingt-quai re ans, la circonférence tho-
raciquc qui est fixée en France à 78 centimètres pour 5e
service militaire s'accroît de manière à atteindre 83,5 de
seize à vingt etun ans, près de 90 de vingt-deux à vingt-cinq
ans (Allaire, Bernard). Vallin dit formellement : la circonfé-
rence augmente môme plus constamment, plus rapidement
et surtout plus longtemps que la taille.
Voici maintenant un effet bien autrement important de
la croissance; il s'agit du développement du cœur, qu'on
n'avait jamais pris en considération. Dans un mémoire
présenté à l'Institut en 1885, j'ai admis avec Beneke et
RÉGIME DU .lECNK SOLDAT. 199
Di/ol (juc les dimensions du cœur subissent un accroisse-
ment iaj)id(^ entre quinze; à vingt ans; à (|uiMZ(î ans le
poids du cceur est représenté par 2, il le sera pai- :\ à l'âge
de vingt ans, surtout dans le sexe masculin ; à vingt ans la
croissance du cœur continue encore quoique l'aihlement et
lentement. Or, deux éventualités peuvent se pioduire pen-
dant ce temps :
4" La croissance corporelle suit son cours régulier, mais
le muscle cardiaque s'est accru outre mesure ; il devance le
corps;
2° Le deuxième cas suppose le contraire ; on voit des ado-
lescents qui grandissent tout à coup dans des proportions
gigantesques ; la croissance est générale et porte sur les os
ainsi que sur les muscles ; le cœur est obligé de suivre cette
hypernutrition ; il subira la loi qui proportionne le travail
du cœur à l'obstacle qu'il rencontre ; ici l'obstacle, c'est
l'extension de la capacité du système vasculaire; dès lors
l'énergie nécessitée par les conditions nouvelles entraîne la
formation d'une véritable hyperiropbie. Qu'on n'aille pas
toutefois croire que cette hypertropliie exige un rationne-
ment moindre ; c'est le contraire qui a lieu; si le corps est
allongé outre mesure et amaigri comme cela a lieu d'ordi-
naire il faut aider ce développement numérique des élé-
ments des os et des muscles par une nourriture non
stîulement reconstituante, mais formative de ces tissus mus-
culo-osseux; si au contraire le corps relarde sur le cœur, c'est
une raison de plus pour venir à la rescousse. Au point de
vue nutritif, les jeunes soldats doivent donc être classés dans
la période de croissance, el la ralion sera à la fois d'entre-
tien et de progrès. Mêmes remarques pour les jeunes ma-
rins; c'est ce qui ressortira de l'étude des croissances depuis
la première enfance jusqu'à Tailolescence.
200 C.IIAP. H. - Ill'C.IMK SKI,()N (,KS l'noiT.SSIONS.
i:; i. — ItruiiiM' <lii matelot
Tif's romarqiios <|ui pi-ncrdcnl siii' le n'aime du conscril
ol (lu soldai Mî^iiorri s';i[)j)li(jU('iil ;'i pins loi le raison à la
ration de la maiiiKî où les jeunes nialiîlols se liouvenl sou-
veiil en niajoiilé. L'adiuinistralion a inlolli^(Muuiont a|)pliqué
le inème réprime aux soldats et mousses, anx troupes d'inlan-
tcrie on d'artillerie et aux enfants de troupe; ils reroivent
tons à terre en France : 1" 750 ^ranimes de pain (provenant
de farine épurée à 20 p. 100); 2" trois fois par semaine
300 grammes de viande fraîche avec allocation de 3 p. 100;
3" les autres jours, la viande fraîche est remplacée tantôt par
du fromage et des fayols, tantôt par la morue et les pommes
de terre; pour l'artillerie et l'infanterie par 225 grammes
de lard salé ou 200 grammes de conserves de bœuf; 4-" la
ration comprend également 120 grammes de légumes secs,
du beurre ou des huiles d'olives ou des graisses de Nor-
mandie; ces corps gras qui ne sont pas prodigués pour l'armée
de terre présentent une grande utilité au point de vue de la
calorigénie, et sont d'une indispensable nécessité dans les
campagnes ouïes stations septentrionales ; 5Vhaque homme
reçoit du café, du thé, et des spiritueux en Islande comme
en Cochinchine ; 6" quelques légumes frais ou du jus de citron
sont toujours distribués pour prévenir ou guérir le scorbut.
Toutes ces prescriptions sont plus d'accord avec la physio-
logie, et valent mieux que le kilogramme de pain du soldat
et la fameuse soupe dite nationale, du soldat de terre.
s 5. — Ré^iuie approprié au travail intellectuel
On a peu disserté sur le régime de l'ouvrier, parce que
étant libre il n'est que rarement disposé à changer ses habi-
Rf;r.i>iK nu TiJAv.\ii,Lij:rn inti:llfj:ti:fj>. 201
tildes Ir.idilionnolles, ou à ocontorles consoils do la scionce,
v»'ril;d)l(', posilivo, m;ili»i'('; r.iiilorilf' qnV'llo n aoqiiisf on
doh'rminanl lo môcanismo de pioduclioii du Iravail [div-
siqnc, les oonsôqucnoos immédiates do raction iiiuscidaiio
sur la sanh'', onfin los indications |)i'ôcisos du r/'^imc do
l'ouvrier. — On a beaucoup discuté au contiaiic sui- Tliv-
£»ièn(; du travailleur intollccluol ; les conseils ne lui man-
quent pas; ils sont morne tellement vaî^uos et prolixes, (pic
rintelligenco la plus solide s'y perdrait, que la meilleure
volonté se heurterait à un }ionpossnmns. 11 y a dans ces exhor-
tations des clichés qui se transmettent invariablement, des
consultations philosophiques comme celles-ci : N'usez pas
votre pensée en pensant, et ne fatiguez pas votre cerveau;
faites taire vos passions^ soyez modéré en tout, ayez surtout
le soin d'éviter les préoccupations, les colères, les chagrins,
les craintes et même los espérances.
Après ces banalités viennent dos consoils plus sensés mais
non plus pratiques; on dit à l'étudiant studieux, au profes-
seur absorbé dans ses méditations, de marcher jusqu'à la
fatigue, de s'efforcer à la gymnastique, à l'escrime, on un mol
do surmenersos muscles pour que l'excitation motrice calme
la surexcitation cérébrale; pour que ceci lue cela.
Toute cette hygiène laisse tous indifférents ; mes préten-
tions sont plus modestes, et mon unique but est d*approndro
à l'ouvrier de la pensée ce qu'il doit manger et boire pour
soutenir ses forces intellectuelles, sans rien perdre de ses
forces physiques. Pour cela il iiuporlo do savoir ce (pii com-
pose la masse nerveuse et ce qui s'y passe lors de son fonc-
tionnement.
Compofiilinn chimiq^ic dti rcrrcioi. — Loeoi'voaii coiiiicnl
ouli'o la lu'vroglie qui sonlieul et n'iinil les diverses parlios
des contres nerveux, plusieurs subslanci^s albuminoïdes ana-
logues à la caséine qui forment la partie éminemment active
20-2 CIIAP. S. — IlfT.IMK SF',r,()N f,KS l'P.OFFlSSIONS.
(Iii lissii n(3iv(Mi\, (le la cellule neiveuse el du «yliiulrc axis
ou ceiilr.il ((l.iiilici').
On Irouve :
1" Surloul, (lanslasubslance hianclie, des matières grasses
pliospliorées h'ès iniporlaïilcs a|»|)eléos lècilliines, décou-
vertes par (loblcy; elle est riche en pliospliore et pauvre en
azole ;
2" Une autre matière grasse blanche que Vauqiielin puis
Couerbe ont désignée sous le nom de cérébrote et Liebreich
sous le nom de protagon, qui ne paraît être qu'une lécithine
impure, mêlée à une substance albumineuse riche en azote;
.') Frémy a décrit en outre l'acide cérébrique, et Wurtz la
névrine analogue à la choline contenue dans la bile; cette
névrine et l'acide cérébrique ne paraissent pas exister nor-
malement dans le tissu nerveux, mais provenir de la décom-
position des deux matières grasses ;
4?" Le produit le plus constant et le plus abondant c'est la
cholestérine reconnue pour la première fois en 1814 par
Chevreul, qui en détermina la nature, les caractères et la
la composition. La cholestérine, qu'on trouve aussi dans le
sang, le foie, la rate, les nerfs, est une substance blanche
soluble dans l'alcool bouillant, d'où elle se sépare en lamelles
fusibles à 137°. C'est un produit de dénutrition du cerveau
comme l'urée est le produit de décomposition des albumi-
nates en général ;
5° Outre la cholestérine il faut signaler diverses matières
extractives (créatinine, acide urique, etc.), qui ont beaucoup
d'analogie avec celles des muscles ;
6° Enfm les substances minérales y forment un contingent
important; il y a d'abord 64 à 70 pour 100 d'eau dans la sub-
stance blanche, 84 à 80 pour 100 dans la substance grise du
cerveau ; il y a surtout du phosphate de potasse et de soude,
comme dans les globules du sang.
r.fir.IME DU TlUVULLEim INTELLECTUKL. 203
Vax comparanl hîs él(';ments minéralisalcuis du cerveau à
ceux (If la viande, du lail et du sang, on est ri'a|)pc d»; la
pri'dominaiicedu potassium']^, 4 pour 100 des cendi'es,exac-
teuiciil (oiiiiiic dans la viande; 48 pour lOll d'acide plios-
pliorique, même chinVe que dans la cliaii' musculaire; seu-
lement dans celle-ci une parlie noiahhi du phosphate de
soude est remplacée par du cldorure de sodium (Gautier).
Modifications chimiques de Vaclivitè du cerveau. — Le
cerveau, comme tous les autres organes, est soumis pendant
son activité à un mouvement marqué de dénutrition et de
réparation; \\ se produit alors, aux dépens de la substance
nerveuse, la cholestérinequi est au cerveau ce que l'urée est
aux autres tissus ; la preuve qu'il en est ainsi, c'est ce que
le sang qui arrive au cerveau par l'artère carotide contient,
d'après les recherches de Flint, Car, 774 de cholestérine pour
1000 grammes de sang afférent, tandis que le sang qui sort
de l'encéphale après l'avoir nourri contient 0^',801 de cho-
lestérine.
D'une autre part, l'acide phosphorique augmente égale-
ment avec le travail cérébral, si l'on en croit llammond,
Mosler, Byasson ; on retrouve alors dans les urines une
quantité plus marquée d'acide phosphorique, ou du moins
sa répartition est différente; les phosphates alcalins augmen-
tent et les phosphates terreux diminuent par la mise enjeu
de l'action cérébrale (Ilodges, Wood). Ce sont là les seuls pro-
duits de l'exercice nerveux. Gonirairement au fonctionne-
ment des autres organes la fatigue cérébrale ne provoque
nullemiMit la destruction de la trame nerveuse; et il ne se
forme pas d'urée en excès, comme l'a soutenu Byasson; en
un mot la substance des centres nerveux n'est ni atteinte, ni
usée; tout au plus si elle est transformée en conqiosés nou-
veaux.
A la suite d'un exercice modéré, et pendant le repos, le
201 r.llAI». s. - KflCIMI-: SKLON l,KS <;|JMATS.
syslrmo (•('r(''hral ((HiliiiiH^ à se iniiiirir des malrriaiix du
San»;, cl la prciivo en (îsI, ([uo si on lie les vaissoaiix nourri-
ciers (|iii lui aniriKMil Icsan»;-, r/ost-à-dii»' les (''l('*in(inls d(; sa
n'Miovalioii, le ('('iv(;aii [lord loiilc ('\(ilal)ilih''.
Consè(iucnces hugién'ujnrs. — Ln saiip; allrrcnl au cerveau
doit être maintenu dans les liinih^s de sa ((nuposilion nor-
male; le ré<:>ime rappellera eeliii {\i' l'homme sain (pii ne so
livre pas à un (l'avail physique c'xaji^éré; la |)roportion des
alhuminates, des j^raisses et des IVciihis ne devra suhir ni
réduclion, ni auf»nientation : 130 i^rammes d'albuminates,
100 prammes de «graisses et 500 grammes de fécules ou de
sucre; voilà le régime le plus rationnel. Il est sous-entendu
que, pour parfaire cette ration, on devra choisir les aliments
les plus faciles à digérer, la masse alimentaire la plus mi-
nime; la surcharge de l'estomac et des intestins est un véri-
table impédimentum pour le fonctionnement cérébral.
J'ajoute que l'usage de l'alcool et môme du vin constitue un
moyen d'entraver le travail intellectuel, tandis que les bois-
sons caféiques le facilitent singulièrement.
§ 6. — - Du régime .selon les climats et la température
Dans les climats, c'est la température qui seule exerce
une notable influence sur la nutrition; les changements de
pression atmosphérique ne modifient en rien le mouvement
organique; elle ne fait que favoriser l'expiration de l'acide
carbonique. La constitution albumineuse des tissus de l'or-
ganisme humain est sans doute indépendante de la tempé-
rature extérieure dans de vastes limites; ce n'est que quand,
sous l'influence thermique du dehors, la chaleur corporelle
se trouve surélevée, que les alhuminates se détruisent en
plus grande quantité dans le corps, que par une tempéra-
RfXIiMK SELON LKS TKMpr;i'. ATUP.ES. 550ô
tiire normale on nièiiK; par un ccrlaiii doj^ré do rcfi'oidis-
sfMiK'nl (Scldcicli).
L'effet de l'air ambiant d(Hermine, au contraire, d'après
les reelierclies de IMli'igei', de Voit el, du comte Charles-
Théodore de Ilavière, une notable iniluenee sur la décom-
position des graisses de l'homme ou de l'animal comme le
prouve l'exhalation plus marquée d'acide carbonicpie. En
général, par une température basse environnante, il se
détruit plus de graisse, et sensiljlement moins par une tem-
pérature moyenne ou élevée. Quand la chaleur extérieure vient
à se rapprocher de la nôtre, quand nos déperditions de calo-
rique sont si ralenties, qu'il puisse s'ensuivre une rétention de
la chaleur animale, l'usure de la graisse corporelle augmen-
tera alors à nouveau. Il semble que, dans le premier cas, le
froid excite les contractions des muscles, et nécessite ainsi
une consommation plus marquée de substances calorifiques.
L'oxydation des graisses par le froid dépend donc du pou-
voir régulateur de l'organisme, tandis que, dans les condi-
tions ordinaires, ce genre de régulation n'existe qu'à un
degré moindre. L'homme se protège contre ces inlluences
extérieures par les vêtements et par l'habitation, de façon
à conserver à la surface de la peau un climat uniforme et
constant (Fors ter).
L'influence des climats hyperthermiques (Tropiques) ne se
traduit pas par une diminution physiologiciue des oxydations
ni de la production de chaleur. — Le besoin d'albuminates
est le même que dans les climats tempérés, et l'usure des
substances non azotées (graisses, fécules) ne s'amoindrit pas
sensiblement. Les décompositions moléculaires de l'homme
produisent, malgré l'excès de température environnante,
un degré constant de chaleur, contre lequel l'homme par-
vient également à se |)rémunir; il possède une sorte de ré-
gulation, tant ({ue la nourriture comprend des moyens
iiOr. CIIAP. H. ^- afXIMK SKLON I.KS CLIMATS.
luiliilirs Ici'iiaircs, (|ni lournisstîiil, cm s'oxydani, des coef-
liciL'iils vaiii's de clialciir. -Il esl Iticii riilcridii (|im' 1%'xei'-
cicc iiHiscidaiie, (jui aii<;iii(;iit(' les owdalioiis cL la (•lialeiir,
doit se rédiiiii; au niiniinuiii.
Celle eondilioii ('lant donnée, les subslanccs oxydables
dans le corps humain no se rèjj^lcnt pas plus sur l'oxy^^éna-
lion de l'air (pic sur la température; ce n'est pas la cjuantité
d'oxyi^^ène de l'atmosphère qui fait varier les mouvements
de dénutrition du corps; c'est le contraire qui a lieu; la
consommation d'oxygène n'est proportionnée qu'aux proces-
sus chimiques de l'ori^anisme. Ainsi, un animal à l'inanition,
qui use peu de sa substance corporelle, absorbe, })ar jour,
SSO grammes d'oxygène; si, au contraire, il prend 2 kilos
de viande, il introduit 517 grammes d'oxygène, bien que les
poumons de l'animal et que le contenu de l'air inspiré restent
identiquement les mêmes dans les deux cas.
D'après ces données on peut dire que l'usage de la graisse
doit prédominer dans les pays froids; dans les pays chauds,
les hydrates de carbone doivent être préférés, attendu que
leur propriété calorigène est bien moindre que celle des corps
gras, qui sont d'ailleurs mal supportés. Quant auxalbumi-
nates, comme l'élimination de l'azote qui en provient reste
toujours la même, il est inutile d'en modifier la dose, dans
les climats les plus opposés. Au résumé dans les pays chauds,
la meilleure ration se composera de viandes maigres, de
volaille, de lait écrémé, de riz, qui est pauvre en graisse, de
farine, de légumes secs, de fruits bien mûrs. — Pas de bois-
sons froides, thé et café à une température tiède. — Dans les
contrées froides, viandes et aliments gras.
RÉGIME DE LA [>FU:Mlf:RE ENFANCE. 207
CHAPITRE
DU RÉGIME SELON LES AGES ET LE SEXE
^ 1''''. — l*ci*iocle (lu premier dévcloi)|ieiiieiit e<»iii|iaréo
avec 1 a^e adulte
Calcul cVa'près le 'poids corporel. — Chez rcnfant ((ui se
développe, il ne s'agil pas seulement, comme chez radultc,
de maintenii" le ^latu qxio^ en équilibrant rigoureusement
les recettes alimentaires et les déperditions nécessaires,
mais de fournir à rori;anisme les principes nutritifs qui s'y
(ixeni, de manière à faire les frais de l'incessante augmenta-
tion des éléments corporels. Pendant la croissance, on voit
le nombre des cellules des divers tissus de la peau, ou des mu-
queuses, elle nombre des globules du sang, tendre sans cesse
à se nudtiplier; on voit surtout s'accentuer le contenu élé-
mentaii'c des tissus déjà existants, tels que les faisceaux
musculaires, et les (ibies nerveuses. Il se passe naturelle-
ment dans un organisme jeune une perturbation dans la tex-
ture, et des mutations organiques de nature spéciale; ainsi les
muscles, le cerveau, le foie, sont i)lus riches en eau et plus
pauvres en matériaux solides; avec la croissance, l'eau des
organes diminue d'abord rapidement, i)uis i)lus lentement.
Par contre, l'usure des albuminates est favorisée dans les
premiers temps de la vie, parce que Teiifant n'a pas de
dépôts de graisse, qu'on sait être le moyen (Fenrayer la des-
truction des albuminates. Avec de pareilles conditions, si
dans sa nourriture l'enfant ne Irouve que le strict néces-
saire pour couvrir les pertes, la croissance est arrêtée, ou
bien certains organes s'accroissent aux déj)ens des autres,
•Jos CHAI'. "J. — iu':(;iiMr. ski. on ij:.s acks kt leskxk.
('('(|iii, liiiiilciiiriil, liiiiili' l:i \ii-. iriiiii' iiiilit- |);ii'l,si poiii'
(tlilt'iiii iiiic :i(l:i]il:ili()ii \t''iiliil»l(', rllicK c (les piMiicipcs ali-
iii''iiliiii <•>, il j)r('ii;iil |ir(»[)(»ili(»ii[i('li('iiiriil ;iii j)()i(|s di; son
corps, .iiilaiil (raliiiiL'iils on excès (jiic Tadiillc en voie d'en-
i;raiss('niciil, il >ciail obligé de (onsoniiuer des (juantilés
colossales. Voici un résultat eiirieux des expériences de
Soxidel. Tandis (jue le Ijojnl' à l'engiais n'an{^niente par
kilo^ianiine (pie de 0^'' ,0;J par jour, le veau nourii de lait
i4a<;ne journeilenient 1^'',<S5. Les petits oi'ganisnies ont, en
ellel, le pouvoir d'assimilation plus marqué. Un enfant
ài;é de (piatre mois eonsomme, par chaque unité de kiio-
Liramme, (J»',(] d'azote et 1^2 t>raimncs de carbone, pendant
que, chez l'adulte, chaque unité de kilogramme ne retient
que 0°',31 d'azote et 3^'', 4 de carbone. D'une manière rela-
tive, renfant qui croît consume donc 80 pour 100 d'albumi-
nates de plus que l'adulte qui s'engraisse; la quantité de
graisse annexée n'est que de 15 pour 100 en plus.
Une autre preuve de cette l'acile annexion est tirée de la
quantité de déchets éliminés par les urines; nous prouve-
rons que l'urée qui représente ces déchets est d'une manière
relative infiniment moindre chez le jeune enfant que chez
l'homme. — En voici une explication fournie par Vierordt.
Dans les petits ou jeunes organismes, la circulation du sang
est, en apparence, plus lente, étant calculée par minute,
mais pendant ce temps, il passe une plus grande (piantité
de sang; chez le nouveau-né, chaque kilogramme de poids
corporel reçoit 379 grammes de sang ; à trois ans, la quan-
tité est moindre; chez l'adulte, elle n'est plus que de
206 grammes. On peut supposer que les organes en voie de
développement enlèvent rapidement au sang son albumine
pour se l'annexer et la préservent ainsi de la destruction.
Mais peu à peu les cellules venant à augmenter dénombre,
elles ne soustraient plus au courant sanguin qu'une quantité
Hfi(;iMI': l)K LA IT.r.MII'RK KNl'ANCK. ^2()'J
inoindro (rall)imiin(;, (M en (liUruisoiil, de plus on plus, do
sorte que, liiialcincnt, il laudi-ji plus d'all)umin(i |)Oiir dé-
frayer la pruduelion de la substance corporelle.
L'alimentation du nourrisson (;st (généralement uniforme
pendant la première année. Camerer a calculé qu'un cnl'ant
sain, du troisième au douzième jour, prend, j)ar kilo-
gramme de poids corporel, de ^l^\h à /i-^'^TO d'albuminate,
2fe'',8 à 5!î'',5 de graisse et de 2^'',8 à 5&',7 de sucre de lait. Du
dix-huitième au cent soixante-troisième jour, la caséine par
kilogramme de poids est plus uniformément consommée,
(de 4 gr. à 48^'\8). Avant le sixième mois, le lait maternel est
calculé approximativement à 1300 grammes; il faut plus de
lait de vache. Il y a alors, par kilogramme, consommation de
T^''',^ de caséine, de j»'",! de graisse et de 8"'", 5 de sucre de
lait. Un kilogramme de poids corporel de l'adulte ne con-
somme que l«ï'',8 d'albumine, 0»'',8 de graisse et 7*''', 5 de
sucre. Pendant les premiers jours, l'enfant augmente plus
rapidement qu'au deuxième mois.
A six mois et au delà, l'accroissement n'est plus que le
quart ou le cinquième des premières semaines; la compo-
sition, c'est-à-dire le fonctionnement des cellules vitales
tend alors peu à peu à rentrer dans les lois régulières.
Désassimilatio7i chez le nourrisson, calculée par V élimi-
nation d'urée dans les urines. — Pendant les premiers mois
de la vie, les albuminates s'annexent, comme nous l'avons
dit, bien plus facilement (jue plus tard; par contre, les
graisses introduites se détruisent [)lus ('onq)lètement ; voici
les preuves.
En analysant les urines, on n'a trouvé par kilogramme de
poids au dixième jour, (|ueO"', 05 d'urée dans les uriuos, tandis
que l'adulte en élimine au moins 0'"",r)0 (Marliii et Uuge).
Donc, la quantité d'urée excrétée pendant les ])r(Miiiers jours
est sensiblement moindre que chez l'adulte, bien que l'enfant
SÉE. V. — u
210 CHAI». 'J. — HI-.r.l.MK SKLON LKs ACKS KT LK SEXK.
absorIxMiiic (|u;mlil(' hicii plus iiiar(jii<''<; (r.ilhuminatcs; c'est
(\\n' rciil'iml s(Miil)l(' rciciiii' les alhiiiiiiiiah's poiii- Taccroisse-
IIR'Ill.
Aussi poul-on dire avor Korslor que dans raliinonlation
arliliciellc il y a toujours, relativoMiciil aux alhuniinalos,
une proportion Irop niai'qu(''o do l'écuhî vA de sucre, il va
trop peu d'albuminates et même de graisses. Voici un
enfant de quatre à cinq mois, pesant 5"^, 53 qui ne prend
que 21 grammes d'albuminates, 18 {grammes de graisses,
mais par contre 98 grammes d'hydrates de carbone, c'est-
à-dire de fécule et de sucre; la fécule surtout ne peut que
nuire à la digestion et à l'assimilation.
Les conséquences qui découlent de ces faits, et les
avantages du lait de femme sur le lait de vache (Voy. ch. 2)
sont des indices suffisants pour nous guider dans les allai-
tements artificiels et les correctifs du lait de vache; les
additions qu'on lui inflige sont jugées; les farines lactées,
les farines d'avoine, etc., qui se font une si rude concur-
rence ne sont que des pis-aller.
Sevrage, — Les règles du sevrage, si diversement posées,
méritent une discussion minutieuse qui trouvera sa place
dans le traité des maladies des enfants. On peut d'ores et
déjà admettre que les périodes intercalaires de la dentition
n'exercent pas d'influence sérieuse sur le choix de l'époque
du sevrage, que la suppression subite du lait maternel est
une mauvaise condition de succès, que le régime addition-
nel doit être institué à partir du sixième au septième mois;
il doit consister surtout en albuminates, œufs, viandes, etc.
Le régime carné au point de vue physiologique est préfé-
rable à la nourriture hydrocarbonée (fécules et sucres) dont
on charge l'estomac de l'enfant.
RÉOIMK DKS ENFANTS DK DKIIX A DIX ANS. 211
§ 2. — Iti'^tmo ilcH (;nfaii(s de «Icux ù dix niiw
Après la lactation et le sevrage, rinfliience que la crois-
sance exerce sur la nutrition diminue rapidement; à partir
de ce moment, les diverses conditions qui modilient la
nutrition de l'adulte se font de plus en plus senlir aussi
chez l'enfant.
Besoins niitrilifs. — Camerer, en étudiant la nourriture
de l'enfant de deux à dix ans et demi, a vu : i° que la quan-
tité d'urée éliminée par les urines augmente graduellement
depuis 1^ grammes par jour, jusqu'à 15 grammes en chif-
fres ronds, 2" que les albuminates nécessaires pour un enfant
de trois ans d'un poids corporel de \%fi sont de 44^''', 8
tandis qu'une fillette de dix ans et demi qui pèse près de
2^ kilos, ne consomme que (j7»'",5, c'est-à-dire un tieis de
plus, le poids ayant augmenté de près du double. Si on
calcule par l'unité de kilogramme, on trouve pour l'enfant
de trois ans S»'",^ d'albumine, puis 2&'',9 pour l'âge de dix
ans; la graisse, représentée d'abord par 3°'',l descend à
2 grammes; les matières amylacées diverses montent au
contraire de 7°'',7 à 1 1^',").
Pour les enfants de six à dix ans la meilleure combinaison
alimentaire devra être : G9 grammes d'albumine, 21 gram-
mes de graisse, 210 grammes d'hydrates de carbone (llil-
desheim). A l'orphelinat de Munich, les enfants de six à
quinze ans reçoivent chaque jour 79 grammes d'albumi-
nates, 35 grammes de graisse et 251 giammes d'hydrates de
carbone, et tous se trouvent en bon état (Voit) c'est la meil-
leure ration alimentaire pour la croissance des enfants;
elle est la même que celle des vieilles prisonnières qui ont
cependant une masse corporelle plus considérable.
Aciiuilé respiratoire. — Dans toutes les conditions de
•i\-i r.iiAi'. '.' iif:(:i.MK skko.n lks A(;ks kt i.k skxk.
rcnraiicL' sa vilalilc paraîl aii^niciil/'c, loiil (Taltoid Tah-
sorptioii (le roxy<;èii(î (!Sl plus active; Ile^iiaiilL cl IJcizcl ont
iiioiilrç que chez les animaux de mùiric espèce, el à poids
éfj^al, les jeunes consomnicnt ])liis d'oxygène que lorsque la
croissance est terminée. D'une aiilrc pail, la production
el rélimination de l'acide carbonique sont également plus
ïuarquées; les expériences de Scliarliiig et surtout d'Andral
et Gavarret démontrent clairement (pi'à égale distance des
repas, la quantilé d'acide carbonique expirée pendant liuit
à tieize minutes dépasse sensiblement celle de l'adulte.
Conmie l'acide carbonique provient surtout des combustions
des graisses et des matières amylacées, on est en droit de
supposer que les substances non azotées se fixent moins
dans l'organisme de l'enfant que les albuminates; celles-ci
ne s'éliminent qu'en proportion moindre que chez l'adulte;
ce qui le prouve, c'est que l'urée, qui représente les déchets
des principes azotés, est toujours représentée par un chiffre
moindre qu'après la période d'augincnt corporel. Les
espèces chimiques ternaires (graisse, fécule et sucre) se
brûlent, les albuminates se fixent; les unes servent à la
production de la chaleur, les autres à la formation des
tissus.
Activité calorigène. — Il existe chez l'enfant une autre
preuve de sa vitalité, c'est l'intensité de son pouvoir calo-
rigène. On sait que la chaleur produite dans le corps humain
se perd, soit par son irradiation dans l'atmosphère environ-
nante, soit par l'évaporation de l'eau dans le poumon ou à
la surface de la peau. On sait aussi que les déperditions et
les variations de la température corporelle sont réglées
principalement par l'activité, c'est-à-dire par les contrac-
tions musculaires; elles sont soumises surtout à la contrac-
tion ou la dilatation des vaisseaux artériels, qui retiennent
la chaleur, lorsqu'ils se resserrent, et l'abandonnent au
i;f:(;iMK dk i.a i»Hi;Mif;i{K knfance. -iwi
dehors lorsqu'ils sonl dilatés de l'aron à mettre le sang sur
une lai'ge suiface en contact avec l'air extérieur; tout cet
appareil et surtout la calorigcnie s(î trouvent réglés par un
centre nerveux nettement délimité par (^li. Ricliet.
La taille de l'animal et de l'homme exerce une influence
très marquée sur la réglementation de la chaleur; plus le
corps est grand, plus est considérable le rapport de son
volume avec sa surface : comme la production de la chaleur
doit être proportionnée à la masse de l'animal, comme la
perte de chaleur est en accord avec la surface du corps, il
en résulte que de deux animaux de même espèce, le plus
grand perd relativement moins de chaleur. On peut en con-
clure que si les deux animaux sont placés dans la même
température atmosphérique, la formation de la chaleur chez
le plus petit doit être plus énergique.
L'expérience démontre, en effet, que les oscil'ations
caloriques sont plus intenses chez les individus jeunes que
chez les êtres plus âgés qui ont une chaleur interne plus
fixe et plus indépendante des variations atmosphériques.
Or, sans combustible, pas de calorique; le combustible c'est
l'aliment ternaire, et quel est celui qui développe le plus
de chaleur, c'est la graisse qui se combure lentement en
nous; c'est encore la matière amylacée ou sucrée qui se
brûle immédiatement en formant Tacide carbonique en
excès, tel qu'il se produit chez Tenfant. Quant à l'aliment
quaternaire ou azoté, c'est le régénérateur principal des
tissus à tous les âges, et le générateur chez l'enfant.
Ainsi, toujours même conclusion au point de vue du
régime, prédominance forcée de l'espèce chimique albumi-
neuse; utilisation modérée des graisses et combustion
immédiate des hydrocarbures.
tili CHAI». U. — Rfir.lMK SELON KKS ACES ET LK SEXE.
s^ ',\. — llii iM'^;liiic du Ijrérn (ilc 10 n 18 nn«)
Lo régime des lyrécs, o])lif(atoirc comme celui de Tarmée,
constitue un problème, avec des factJiurs multiples, qui peut
se résumer ainsi : 1° la croissance; 2" la croissance iné^^ale
et excessive; 3' la calorii'énie plus marquée chez l'enfant que
ciicz l'adulte; A° l'activité; physique et intellectuelle; 5" le
dévelo])pcment iné<»al des or^^anes; 6" rinsulïisance d'air (;t
l'encombrement.
En analysant physioloi^iquement les termes de la qiiestion
nous devons tout d'abord tenir compte de la croissance qui
domine la situation; la disproportion qui existe entre le
poids corporel et la ration nécessaire d'aliments doit dis-
paraître. En effet, il ne s'agit pas seulement de la néces-
sité de pourvoir comme chez l'adulte au maintien intégral
de l'organisme, à l'équivalence des recettes alimentaires et
des déperditions incessantes, résultante inéluctable et en
même temps condition formelle du mouvement de la vie, de
la production de la chaleur et de sa transformation en tra-
vail utile; il s'agit surtout de fournir au développement du
corps tous les éléments nécessaires, tous les principes nu-
tritifs destinés comme les albuminates à constituer les tissus
corporels, comme les corps gras et les féculents à provoquer
la calorigénie, comme les substances minérales, surtout les
phosphates calcaires à la construction, à la consolidation du
système osseux.
Les procédés alimentaires des lycées sont-ils suffisants
pour remplir ces conditions? Voici ce que je trouve dans
le règlement que le proviseur d'un des principaux lycées
de Paris a bien voulu me soumettre.
« Poids de viande cuite, parée, dégraissée et désossée :
» Pour les élèves (extra-grands) de mathématiques spé-
UÉOIME DU LYCKtN. 21.')
ciales, de philosophie et de rhétorique: 100 grammes par
repas.
» Pour les grands élèves de la seconde et de la troisième
classe : 85 grammes.
» La série des élèves moyens reçoit 70 grammes.
» La quatrième série ou des petits (sixième classe) prend
50 grammes par repas.
» Trois fois par semaine, le dimanche, le mardi et le jeudi
le repas de midi comporte deux plats de viande, ce qui fait
134 grammes pour les extra-grands, 112 pour les grands,
94 pour les moyens et 84 pour les petits. »
Voici les remarques au sujet de cette distribution.
Pourquoi pendant trois jours privilégiés la ration de
134 grammes à midi, et de 100 grammes le soir pour les
adolescents de la première classe? elle est peut-être suffisante,
certainement nécessaire; mais les enfants qui reçoivent pen-
dant ces trois jours 84 grammes d'une part et 50 de l'autre
sont imparfaitement nourris au point de vue des albumi-
nates. Les 134 grammes de viande ne représentent pas le
chitîre exigible de 14 à 15 ans, c'est-à-dire 69 à 75 grammes
de chair musculaire pure débarrassée de tous les nerfs, ten-
dons, aponévroses, vaisseaux, tissu cellulaire; la quantité
d'albuminates prescrite ne vise pas assez la croissance. La
différence de 100 grammes de viande entre les petits et les
très grands est calculée sur le poids corporel de l'enfant.
Or nous savons que l'unité kilogrammatique de l'enfant exige
plus de principes albumineux que le kilogramme d'un grand
lycéen et surtout d'un adulte.
Que dire maintenant des trois jours vulgaires; ici les
200 grammes quotidiens de viande des plus grands confinent
à l'insuftisanre, et les 100 grammes du petit à l'inanition.
— Je ne parle pas du vendredi qui est bourré d'œufs au
point de rendre peut-être albuminurique ; bis repeiila non
-2it) CHAI'. '.). - i!f;<;iMK sklon li;s acks kt lk skxk.
phtifitl, le [)oisson, le. lailcl les l('';4iim»'s s(m'.s complrlcr.'iij'ril
hicii mieux la (Hiidili'' (ralhiiiiiiiialo (pic irrlaiii'' Toi'^^a-
uisiiKï.
Je viens de cilci' le |ye(''(; iiiodèji' ; en voici nu .inlic où
les Ihèiiics les plus variés el les piéparations les j)lus in-
l^éiiiousos porleul loujoiiis sui' uu ehillVe ou hion indétei-
miné ou hieu iusullisaul de viandes; les choux, les poiunries
de leire li<;ui'enl souvenl. à la lahie l(3S uns avec un azol(3
inassiniilable, les autres sans azote avec une piédoininance
marquée de fécule ; il n'y a pas là (hujuoi remplacer la viande.
Dans presque tous les lycées je vois apparaître heureusement
pour le preiniei" déjeuner le cliocolal, la soupe au lait,
le café au lait, excellent aliment à un double point de
vue; le lait présente les trois espèces chimiques: albumine,
caséine, graisse et sucre de lait, et le café contient une sub-
stance éminemment utile pour le maintien des fonctions mus-
culaires et cérébrales (Voy. chap. 6). Dans un de ces lycées,
ce déjeuner est remplacé deux fois par semaine parla soupe
à l'oignon; cette variante n'est pas heureuse. Dans un autre
lycée les repas principaux sont marqués par la confusion
et le déficit. Les grands et les petits ne sont plus séparés;
pour tous la quantité de viande atteint à peine les limites du
régime cellulaire ; ici ce sont les dimanches, mardis et jeudis
qui sont réduits à la portion congrue de 45 grammes, 104
et 141 grammes par élève et par jour; les jours pairs sont des-
servis par 1^3 grammes! ! ! quant au vendredi : choux marines
aiuv œufs, ceufs Béchamel pour le repas de midi; pommes
de terres sautées et lentilles bretonnes pour le souper; le
poisson, qui est une chair de premier choix, manque totale-
ment; c'est en un mot le jeûne ofticiel. Si maintenant on
analyse le genre de viandes usitées et leur mode de prépa-
ration, on est frappé de l'absence presque constante du
bœuf l'ôli; le bœuf est en vinaigrette, ou à la mode, ou en
RÉGIME DU LYCÉEN. 217
sauce piquante, ou aux cornichons; il n'est presque jamais
rôti et saii^nant; c'est pourtant là le procédé qui concentre
le plus et le mieux, les éléments de la fibrine musculaire.
— Le mouton reçoit au contraire souvent les lionneuis du
rôtissage; tant mieux, car c'est un écjuivalent du bœuf. —
Quant au veau rôti ou non c'est une cliaii' miicilagineuse, ne
contenant pas dcsano, mais rcnfciinant par contre beaucoup
de gélatine, qui n'est pas alimentaire, mais qui contribue à
maintenir l'annexion de la chair à notre orL>anisme ; c'est un
moyen d'épargne pour nos tissus; ce n'est pas un moyen
réparateur, i^ourquoi exclure la volaille, surtout le poisson,
et plus encore le jambon {rari nantes), qui contiennent une
quantité considérable de musculine.
Parmi les légumes devraient ligurer surtout ceux qui
comme les légumes secs contiennent beaucoup d'albuminates
végétales (15 à 20 p. 100) et beaucoup de fécule; ils sont
peut-être trop dédaignés par les élèves. Je réclame surtout
à la place des plats sucrés, la pâtisserie très azotée, très
féculente, et pour dessert régulier le fromage qui sous le
plus petit volume renferme le maximum de caséine et qui
rend plus profitabh^. un bon nombre d'autres aliments
(Voy. chap. 11). — Je ne parle [)as des boissons, qui sont
connues sous le nom d'abondance, c'est une espèce de vin
mélangé avec ^/5 d'eau, pourquoi pas de boisson théiqueau
repas de midi ; on saurait du moins ce que les enfants con-
somment, c'est-à-dire un liquide réconfortant.
I. Croissance inégale des organes. — Iff/perlrophle ou
dilalation du cœur pendant la croissance. — La crois-
sance inégale des organes doit exercer une inlluence consi-
dérable sur la nourriture. D'après mon Iravail sui* Thyper-
Irophie de croissance, c'est surtout l'élal du cœui" (jui doit
être pris en sérieuse considéralion au poiui de vue de Thy-
^iène, de l'alimenlation et (l(*s exercices physi(|ues.
tJIS CHAI». '.». - UÉ(;iME SELON LKS AGES ET EE SEXE.
II. Activité ])hi/si(juc cl intcUcciucJlc. — S'il cxislo, on
clVcl, lin ('l.il |)liysi()l()<'iqno coinjjaiahlt' ;'i riiypcrtrophio on
nomhro on en texture des lihi'es du vivm\ on voit souvent
aussi la dilatation eardiacpie résullani d'un véritable sur-
menace physique ou intellecluel; dans ces conditions, il n'y
a plus qu'à prescrire le repos relatif, et surtout un réjjnrnc
corroborant.
III. Caloriçjénie. — La facilité de production de la cha-
Iciii' pondant la deuxième enfance amène souvent, surtout
quand il existe une hypertrophie ou une dilatation du cœur,
une sorte de mouvement fébrile qui exige les soins les plus
minutieux. Souvent on cherche la cause de cette agitation
fébrile dans d'autres organes, dans le cerveau, dans l'esto-
mac, les intestins, et on traite la maladie comme une inflam-
mation de ces organes, tandis qu'il ne s'agit que d'une fonc-
tion physiologique portée à l'extrême; c'est la calorigénie
augmentée par des exercices intempestifs.
IV. Chlorose et insuffisance d'air. — A ces conditions
fâcheuses de la vie de l'enfant, vient souvent s'ajouter l'in-
suffisance de l'aération. On a beau faire sortir les enfants
deux jours par semaine, et leur infliger une marche forcée,
ils prennent alors l'air, mais ils ne s'approvisionnent pas pour
lutter efficacement contre les dortoirs, contre les classes où
le cubage de l'air est en déficit, où l'air lui-même est adul-
téré par l'acide carbonique ; c'est là une des causes habi-
tuelles de la pâleur ou plutôt de l'anémie des enfants ren-
fermés dans les lycées.
Cette anémie acquise se complique souvent enfin de la
chlorose proprement dite, qui, chez les garçons et plus sou-
vent chez les jeunes fdles, constitue une maladie de crois-
sance (Yoy. mon Traité des anémies, 1867), car on l'observe
dès Xdi^Q, de trois à quatre ans, plus vers dix ans, et surtout
à l'époque de la puberté. Si la chlorose est plus fréquente
RhGIMK ALIMENTAIIIE DKS JEUNES FILLES. 219
ot plus persistante chez les jeunes filles, c'est que la forma-
tion constitue une nouvelle fonction bien autr(;ment com-
pli([uéeque la puberté dans le sexe masculin. Il faut tenir
compte de toutes ces données, lorsqu'il s'agit d'instituer le
régime des jeunes gens et surtout des jeunes lilles.
§ 4. — liégilIlO <ICM J0IIUC(4 fllIcM
Jusqu'aux approches de la puberté, jusqu'à l'Age de dix
ou douze ans, nous trouvons chez la jeune fille, comme chez
le jeune garçon, les conditions de la croissance qui doivent
exercer sur le genre et le mode de nutrition une influence
analogue. Nous savons que cette période de développement
est souvent marquée par les modifications des organes for-
mateurs du sang, comme les glandes lymphatiques, la moelle
osseuse qui constituent une des sources principales de la
formation des globules du sang; s'il y a déficit dans le
nombre de ces organismes microscopiques, ou si la matière
colorante, ferrugineuse, chargée d'absorber l'oxygène de
l'air vientày subir une altération qualitative, il en résulte la
lualadie appelée chlorose ou pfdes couleurs; elle se retrouve
chez les enfants des deux sexes, mais bien plus chez la petite
fille.
C'est à cet âge aussi qu'on commence à observer l'hyper-
trophie du cœur, lors({ue cet organe devance le développe-
ment du corps, ou la dihilation de cet organe lorsqu'il est
affaibli dans sa texture. iMais ici c'est l'inverse dans les deux
sexes; les altérations du cœur sont bien plus fréquentes
dans le sexe masculin.
Arrive l'âge de la puberté; les deux maladies de crois-
sance continuent alois à s'accentuer en sens inverse; la
jeune fille tend de plus en plus à devenir chlorotique, cl de
moins en moins hypertrophiquc du cœur. A partir de ce
2i() cil \p. '.». — ur:r.iMK sKi,0N \a:s acks i;t i.k sk\k
nioinont, les divcrj^orK'cs se (lossiiirni de plus eu plus.
De loupes préludes, d<'s phases si'^nilii iilivcs, coir.inc les
scciélious iniKjuouses, dG<> troubles nerveux, des clianfçe-
m(MUsdccaractèreannoneentlaloM( lion nouvelle, la véritable
caractéristique de la feinme, à savoir la menstruation. La
jeune fille, si elle perd trop de san^% devient anémique; si,
au contraire, elle n'en perd pas assez, c'est qu'elle n'enferme
pas assez, ou bien, c'est que son san^- n'est pas assez riche en
globules pour constituer le sang menstruel; dans ce cas si
fréquent, elle est restée chlorotique par suite de la crois-
sance, et maintenant elle va devenir une autre fois chloro-
tique par suite de la fonction féminine qui exige de l'orga-
nisme de nouveaux sacrifices, de nouveaux éléments de
formation; la jeune fille ne saurait toujours suffire à ces
deux lois impérieuses de la nature.
On comprend, d'après cela, l'absolue nécessité du ré-
gime carné, c'est-à-dire de la viande en excès et en nature,
qui contient tous les principes du sang, la fibrine, l'hémo-
globine, le fer lui-même en assez grande quantité pour dis-
penser des drogues ferrugineuses. Ce régime albumineux,
joint à Tusage des fécules azotées, du poisson, suffit à tout,
pourvu qu'il y ait une oxygénation appropriée, la vie au grand
air.
Lorsque la jeune fille travaille dans les ateliers, où Tair
est confiné, ou ne trouve son éducation que dans les pen-
sions, dans les collèges de jeunes filles, c'est alors surtout
que l'alimentation riche en matières azotées s'impose et
réussit.
Voici un collège provincial qui peut, à cet égard, servir
de type.
Quelle différence, en effet, entre les régimes des lycées de
garçons, et la nourriture des collèges déjeunes filles? Voici
celui d'Abbeville. Tous les jours un déjeuner de café au lait
RÉGIMK DES FEMMES. ^221
OU (le chocolat; qualité jours du ^i^ot inli ou en lagoûl, ou
du [)orc loti ou du bcef'steak, d d(3ux jours par semaine du
bœul' naturel? Gomme deuxième plat de viande, du veau ou
du jambon; comme supplément, des sardines, du saucisson.
Les haricots, la pâtisserie, le liz, le macaioni, le fromage
complètent le repas; môme le vendredi, la jeune iille ti'ouve
de quoi se nouirir avec le poisson frais, le lait, les œufs, le
macaroni et le fromage. — Trop de soupes au pain mais pas
de rationnement. — Il n'y a rien à modifier à ces prescrip-
tions alimentaires.
1^ 5. — licgimo des feiiinic.»i
Influence de la meuMtruatiou, «le la f^rossesse,
de la laetadoii, de la vie sédeutaire
Le sexe par lui-même n'entraîne aucune différence dans
les soins nutritifs; la nourriture delà femme serait et devrait
être la môme que celle de l'homme livré à un travail modéré,
s'il n'y avait pas dans l'existence de la femme diverses con-
ditions qui exercent une influence notable sur sa nutrition;
il faut signaler d'abord la déperdition régulière par la mens-
truation, puis la grossesse, en troisième lieu la lactation;
enfin la vie habituelle de la femme, c'est-à-dire la sédentarité
dans toutes les classes de la société et l'absence de tout
travail physique intense imposent des conditions spéciales
de régime.
Menstruation. — Il est rare que dans les grandes villes les
pertes menstruelles, bien que d'ordre naturel, ne dépassent
pas les limites normales. Par cela môme qu'elles mènent une
existence sédentaire, les femmes éprouvent à chaque période,
c'est-à-dire à chaque élimination de l'ovule, outre la perte
de sang qui résulte de cette sorte d'accouchement physio-
logique, de véritables congestions passives de l'ulérus qui
ses r.llAI». \i. - HfiC.I.MK Si;i,(>N I.KS AfiKS KT IK SKXK,
Niciment augmenter ralllux (!l le lliix d»; saii^. Co .sont là <I(î.s
(Irix'rdilions exafi^éi'éc.s (|iii voiil souvent dans les deux pro
iiiicrs jours d(S rc^'Ios jusqu'à coiisliliici' d(; véritables
hémorrlia^ios, cL se eoutinuenJ plus rié(jueninienL encore
pendant quatie à six jours sous la l'orme de suintements
sang;uinolents, souvent d'ailleurs mêlés ou suivis de perles
blanches; il y a là une cause d'anéinir, liansiloii'e sans
doute, mais régulière, qui se traduit pai' une débilitation
générale, par des névralgies, des troubles digestifs, dont on
cherche vainement l'origine ailleurs que dans ces excès de
menstruation. L'alimentation fibrino-albumineuse peut bien
remédier temporairement à cet état précaire ; le fer qu'elle
contient en traces ou le fer qu'on prescrit en masses peut
bien relever les forces, mais finit par augmenter à son tour
les pertes de sang que les femmes continuent à considérer
comme un bienfait de la nature. Rien n'est fait, tant qu'on
ne parvient pas à modérer le flux de sang; nous verrons
comment.
Grossesse, — La grossesse produit dans l'organisme de la
femme une grave modilication des lois de la nutrition ; en
lui confiant le pouvoir formateur, la gestation lui impose
une fonction vitale en plus ; il s'agit en effet de pourvoir
maintenant à deux existences, de maintenir l'une et de déve-
lopper l'autre; le régime normal n'y saurait suffire; le sang
maternel devra apporter au produit de la conception tous
les éléments nécessaires pour la formation du sang fœtal,
des vaisseaux et du cœur qui le distribuent, du système ner-
veux, central qui règle l'action de ces organes, enfin de la
trame osseuse qui servira de charpente. — Bientôt les tissus
et les fibres organiques se multiplient, la structure de l'en-
fant dans le sein maternel rappellera celle de l'enfant né au
monde ; les actes physiologiques vont être de même nature,
le mouvement vital entraînera chez l'un comme chez l'autre
IlÉCIMi: DES FIÙM.MKS. ^3
dcsclép«M'(litions et des réparations incessantes; c'est la nièie
qui apportera ces matéiiaux de leconslniction et en niènne
temps d'accroissement de l'être nouveau.
Le ré<^ime alimentaire augmenté semble devoii' facilement
atteindre ce but; mais il y a une limite rationnelle que les
organes digestifs et surtout les voies d'absorption ne sauraient
franchir sans préjudice pour la mère. On ne saurait davan-
tage opérer parmi les aliments usuels de la mère une sélec-
tion utile pour une adaptation efficace au corps de l'enfant.
Toutes les espèces alimentaires sont également nécessaires
pour la composition des organes infantiles ; les albuminates
doivent cependant prédominer, car ils font partie intégrante
des tissus du nouveau-né, et les mutations moléculaires des
tissus qui sont surtout d'ordre albumineux sont très marquées
à la naissance ; les graisses au contraire s'annexent difficile-
ment à l'organisme infantile; il en est de môme des hydrates
de carbone, de sorte que, en résumé, si on veut juger le fœtus
dans les derniers mois de la vie maternelle, par les premiers
mois qui suivent la naissance, c'est encore aux espèces chi-
miques albumineuses que la mère devra recourir de pré-
férence surtout pendant les derniers temps de la grossesse.
III. Lactation. — Le problème du régime do la mère qui
allaite son enfant ou de la nourrice qui allaite un autre
enfant, sans être tout à fait le même par suite des conditions
préalables de la nourrice mercenaire, consiste néanmoins
en ceci : Combien faut-il donner des divers principes ali-
mentaires pour obtenir le maximum de lail, avec le maxi-
mum de ses éléments constituants?
Dans 800 grammes de lait de femme que |)rend approxi-
mativement l'enfant de cinq mois, il se trouve :
1° 20 grammes d'albuminates, c'est-à-dire près du quart
d'albuminates nécessaires (85 grammes) pour l'entretien de
l'organisme chez une fenmie sédentaire;
2i4 CIIM' '.». - nr:«'.IMK SKI.ON l.l'.S ACKS KT |.K SKXK.
4" 81 ^r.iiiiiiies de «graisse, ce (jiii (''(iiiiv.nil .ni ( hillV^î ré-
j'Ionioiilairc;
:\" iS i^iMiiMiios (le sncrc, ;ni lien de ."{(Kl «^raiimies d'Iiy-
(liah'sdc cailx)!!*' (juc l;i rniiiiic consoiiiiiK; dans l'état nor-
mal.
Il lessort (le là rulilité d'une ration plus considérable; on
sait en eiïet que la femme qui nourrit est j^niidée instinrlive-
ment par un appétil plus marqué que dans l'état normal, et
même que pendant la grossesse; c'est en raison de cet excès
d'alimentation que la nourrice élimine plus d'urée par les
urines et plus d'acide carl)oniquc par le poumon.
Les expériences pratiquées par les agriculteurs sur les
meilleures conditions de production du lait de vache vien-
nent corroborer la nécessité de surélever la ration et dé-
montrent en outre qu'elle doit surtout être plus riche en
principes albumineux; il en faut môme plus que ne l'exige
la déperdition de caséine du lait.
En est-il de môme pour la graisse ou les fécules si l'on
veut obtenir un lait gras? C'est une opinion populaire que
la graisse se dépose dans le lait et que les fécules se trans-
forment en graisses; c'est pourquoi on ordonne empirique-
ment un régime gras et beaucoup de fécule, peu de viandes.
Mais il y a vingt ans, Boussingault a déjà formulé en termes
précis le peu d'influence que la nourriture exerce sur la for-
mation et surtout sur la composition du lait; ce n'est qu'à
la longue qu'un certain effet se produit et cela bien plus sur
la quantité que sur la qualité du lait; ceci ressort clairement
des recherches longtemps prolongées non seulement de
Boussingault, mais de Wolf, de Fleischer, de G. Kiihn, sur
l'influence lactogène de la nourriture.
Il y a plus ; les effets favorables du régime richement
albumineux ne paraissent pas s'exercer directement sur la
sécrétion; on sait maintenant, à n'en pas douter, qu'elle est
RÉGIME DE LA FEMiME PENDANT LA LACTATION. 225
sinf;iilicrcinent influencée par l'état de bonne nutrition des
niaiaelles elles-menies, dont les cellules préparent 1(.' I;iit à
Taide des sucs nutritifs que leur amène la cJiculalion. Ces
éléments du lait ne sont pas préformés dans le sang-, et ils
n'en proviennent pas par une simple liltration; c'est la
glande elle-même qui fabrique le lait de toutes pièces, et si
les albuminates sont si avantageux, c'est qu'ils placent les
organes sécrétoires eux-mêmes dans les plus parfaites con-
ditions de travail fonctionnel. C'est pourquoi le régime
n'a pas d'action ni directe, ni immédiate, il prépare la
glande, il ne prépare pas le lait; c'est pourquoi aussi quand
l'organe glandulaire est usé ou fatigué, la nourriture la plus
succulente, la plus riche en albuminates ne réveille plus
son fonctionnement, ne provoque plus la production de
liquide nutritif et surtout ne détermine plus la moindre
modification dans la teneur de ses principes constituants.
Lorsqu'il s'agit des nourrices, il importe même de procé-
der graduellement, et de ménager la transition entre leur
régime habituel où prédomine le carbone, et le régime carné
qui leur est indispensable. Il en est de môme pour leurs
boissons; il est inutile de les abreuver de vin, qui n'aug-
mente pas la sécrétion lactée, ni de bière qui ne les nourrit
pas, ni de cidre qui produit si facilement des digestions
acides. Leur boisson ordinaire est la meilleure.
§ 6. — Kcg'iuie «les vieillards
Le vieillard a des besoins moindres que l'adulte, ])arce
que son activité physicpie est diminuée, et c'est là une des
raisons principales. Mais la nourriture doitôtre divisée préala-
blement à cause de la mastication défectueuse, de la difficullé
de l'absorption intestinale, la circulation étant affaiblie dans
l'intestin dont les vaisseaux sont souvent altérés. C'est pour
SÉE. V. ~ 1')
^iic CHAI». '.). — l;l^^.IM^: selon les âges et le sexe.
ces nu>tirs (|iio la giaiss(3 est moins iiécessaiin cl (pTcIlc est
(railleurs peu resorhahlc. Les gros alimcnls végétaux, les
choux, la salade, le gros pain ne profilent pas et séjournent
dans le luhc digestif, par suite du défaut de tonicité des
muscles intestinaux; ces aliments développent la tympanite.
Des substances stimulantes sont nécessaires ; mais le vin
n'est pas le lait des vieillards ; les alcools sont dange-
reux eu égard aux vaisseaux; d'où : lait, viandes tendres,
volailles, gibier, œufs mous, pain blanc, gruau, soupes aux
pâles, macaroni, cacao, purée de pommes de terre, du riz,
des carottes, des fruits mûrs ; soupes, bière, café ou tlié.
La ration journalière sera de 65 à 80 grammes d'albumi-
nates, 35 à 40 de graisse, 300 à 350 grammes de matières
hydrocarburées.
§ 7. — Rég^inie pénitentiaire
Le régime des prisonniers est partout tel qu'il maintient
assez l'équilibre nutritif dans l'organisme pour que celui-ci
ne subisse pas journellement une déperdition d'albuminate
et de graisse. En général, il se compose de substances végé-
tales (à cause de leur prix vénal), lesquelles contiennent
encore des albuminates, mais sont incomplètemenl utilisés
dans l'intestin.
Pour ceux des prisonniers qui travaillent à l'air libre la
ration doit être calculée sur le minimum de celle de l'ou-
vrier. Pour les autres ce sera le minimum de la vie séden-
taire.
Bien que l'administration ait pour devoir de tenir compte
des diverses conditions de la vie du prisonnier, de l'absence
de mouvements, des influences dépressives et du défaut
d'habitude d'uue nourriture parcimonieuse, il n'en est pas
moins vrai que les divers régimes adoptés dans les maisons
DtS PEI>TONKS. M7
pénitentiaires sontgénéraleinenisiiflisants comme quantité ;
le défaut principal est dans le mode de préparation des ali-
ments, et surtout dans Funiformité des repas, ainsi que
dans la répartition égale entre les individus de taille et de
force différentes. Ainsi, Forster trouva dans la nourriture
d'une prisonnière à Munich 05 grammes d'albuminates,
38 de graisse, 265 d'hydrates de carbone, et chez un homme,
91 g-rammes d'albuminates, 45 de graisse, 331 d'hydrates de
carbone, 31 à 34 pour 100 des albuminates étant donnés
sous forme de viande. En France, comme le dit le docteur
Merry Delal)OSt(de Rouen), on prescrit le nécessaire, mais le
strict nécessaire; il nous apprend que la ration d' entrelien
est représentée par un ensemble de substances alimentaires
contenant une moyenne de 11 à 12*^', 5 d'azote et de 230 à
270 grammes de carbone. L'homme qui travaille a besoin
d'un supplément de nourriture que Ton désigne sous 1(3 nom
de ration de travail. Cette ration est représentée, en sus de
la ration d'entretien, par un ensemble de substances ali-
mentaires contenant une moyenne de 5 grammes à 5'"',50 d'a-
zote et de 70 à 110 grammes de carbone.
CHAPITRE 10
DES ALIMENTS ARTIFICIELS ET DES SYSTÈMES
EXCLUSIFS D'ALIMENTATION
La thérapeutique alimentaire comprend, outre les régimes
rationnels dont nous aurons à analyser les eiïels sur la nu-
trition des malades, une série d'aliments artihciels, de
régimes exclusifs ou systématiques, qui ne trouvent guère
leur emploi que dans les maladies générales, comme les
'lis C.\\\\\ l(t. - IH:S AIJ.MKMS AirriFIClKLS LT SYSTEMES KXCLUSIFS.
lièvres, dans les élîils de déliilili', coiihim! les an^''mies, dans
les dyspepsies sluniacales un intestinales, la phtisie pul-
monaire et les maladies eonsomptives, dans la goutte, le
diabète, Tobésité, elc.
11 s'agit avani tout de connaître ecs moyens ailificiels et
systématiques.
1" Dans Tordre des aiijumiuales nous Mouvons les jn'p-
lo7h's, résultant de la digestion artiliciidle des viandes ou de
la caséine et de Talbumine; la chimie physiologirpie fait
expérimentalement et de toutes pièces ces produits qui peu-
vent se passer du concours de l'estomac.
îî° Dans le même ordre d'espèces chimiques, à côté des
peptones doit figurer le régime carné, composé de viandes
crues ou cuites, pures et réduites à l'état d'extrême division,
par conséquent d'une facile digestibilité (poudres de viandes,
sang, et surtout viandes râpées, crues ou à peu près).
3^ La cure de lait forme une autre espèce de régime systé-
matique, le lait comprenant les espèces chimiques principales
(caséine, sucre et graisses).
A° Le végétarisme et le régime maigre constituent pour
certains médecins philosophes un véritable dogme appli-
cable à toute l'humanité saine ou malade.
5*^ La cure de raisin et le système frugivore ne sont que
des moyens auxiliaires.
6o II existe une diète des boissons; nous la verrons figurer
surtout dans le traitement alimentaire des obèses.
1" Le régime d'amaigrissement, le traitement des obèses
a été récemment le sujet d'études spéciales et de polémiques
sur lesquelles nous aurons à nous prononcer (Voy. chap. viii.
Traitement des obèses).
8° La classe des amaigris a été également l'objet de soins
particuliers, récemment proposés (Voy. chap. v, Régime
d'engraissement).
DES PEPTONES. 229
§ 1 . — De» pcptoiieH
La chimie de la digestion nous démontre que dans Tes-
tomac les albuminates subissent avant tout une dissolution,
puis une modification moléculaire qui les rend aptes à
l'absorption; elles deviennent des peptonos; toutefois cette
transformation n'est jamais complète, car, à chaque période
de la digestion, il se trouve encore dans l'estomac, à côté
des peptones, une petite quantité d'albumine non dissoute,
de môme que des produits moins avancés de l'acte digestif,
savoir la syntonine et la propeptone.
Par imitation des procédés naturels on a cherché à fournir
à l'organisme malade des albuminates artificiellement
digérés; pour venir au secours des organes digestifs malades
ou fonctionnant mal, pour leur éviter le travail digestif,
on leur présente un produit tout fait, prêt à entrer dans le
sang. Diverses recettes sont connues pour faire des bouil-
lons fortifiants; Rosenwald s'est servi du mou de veau et
du thymus, macéré dans l'eau froide et ajouté à la viande;
VoïtetBauer composent une peptone à l'aide du blanc d'œuf;
Jakorski recommande une soupe peptonique faite avec la
chair de veau; ces préparations extemporanées sont trop
compliquées pour avoir une utilité pratique.
La préférence est accordée aux peptones tout préparées,
aux peptones commerciales dont les unes sont faites avec
l'acide chlorhydrique et la pepsine, les autres avec le fer-
mentpancréatique;les autres, les plus récemment employées
sont des peptones de viande proprement dites préparées par
coction; enfin, (3n dernier lieu, on a expérimenté les pep-
tones de lait.
Kn France, les peptones popsiques les plus employées
sont celles de Calillon, de Chapoteaut, delïottot; on Hol-
290 CIIM'. l<>. I>i:s AMMKNTS AUTll'lCIKLS KT SYSIfOMKS KXCIAISIFS.
liiiidc, celle (le S:ui(lers-E/,n ; en Aii^lflriic, le /Inid mcal :
louh's proviennent de Taetion de l.i |ir[i.siiie elilorliydriquc
sni- la lihrine et l.a djaii' musculaire. (Juel(jU(îS-uns de ces
l)roduils soni solides, ainsi les pi^plones de Derbryct Savory,
la poptone cliocolalée (rAdanikiewicz.
L<' fermonl. pancréaliquo a élé utilisé par Defresne pour
fal)ri(|uer la pcplone pancréalicpie (pii s'altère laeilenient
et parail s'allénuer surloul dans son passaj-e à travers
rcstoniac où le suc gastrique acide connpromet l'action de
la pancréatine, dont la pro])riété s'exerce surtout dans un
milieu alcalin, comme l'intestin. Leubc se sert du pancréas
pour dissoudre et peptoniser les viandes, qu'il administre
sous forme de lavements; ce procédé a trouvé longtemps
son application.
Voici maintenant les fameuses pcptones de viande de
Kochs et de Kemmerich, qui se disputent les grands mar-
chés de l'Europe et des États-Unis; elles sont fabriquées,
dans les contrées centrales de l'Am^érique avec de la viande
de bœuf sauvage. Outre les matières extractives de la chair
musculaire, elles contiennent la plus grande partie de la
viande sous forme de peptone et de parapeptone, très solu-
bles et facilement absorbables. Une analyse de Kônig in-
dique pour 100 parties dont 30 à 62 pour 100 d'eau, 61 à
69 pour 100 de substances organiques, dont 57 à 91 d'albu-
minates solubles et de peptones, enfin 7 pour iOO de ma-
tières minérales. Avec de pareilles moyennes, il n'y a
pas de conclusion possible. En étudiant les matières sèches,
Frésénius trouve, après déduction de 34 pour 100 d'eau,
11,77 d'albumine et 53,2 de peptone sur ^'è parties solides.
Mais voici de graves objections : a-t-on tenu compte, dans
ces discussions intéressées, de la nature des peptones et
des albumines? Toutes deux sont avant tout non des mus-
culo-peplones, mais des gélatines-peptones; elles ne dif-
DES PEPTONES. 231
lùi'cnl SOUS ce rappoi'l que parla ({uanlitc respective de ces
deux pcptones. D'après Kochs, la sienne contiendrait
05 pour JOO d'albuinino-peptone et 34 pour 100 de gélatine,
tandis que celles de Kemmerich renfermerait 89 de gélatine.
Salkowski, dans ses consciencieuses recherches, démontre
que toutes deux sont des albumines-peptones mêlées de
propeptones. Quant à la gélatine-peptone, elle ne vaut pas
plus qu'une gélaline. Avant de le prouver, signalons quel-
ques propriétés fâcheuses inhérentes à toutes indistincte-
ment, y compris l'extrait liquide de viande appelé Gihils
extract. Leur goût, leur odeur, laissent en effet à désirer;
plus la pcptone musculaire est pure, d'après Zuntz, plus
l'odeur est repoussante ; en été elle se décompose et une
fois que la boîte est ouverte, la préparation se couvre
de moisissures. C'est surtout la peptone pancréatique
qui se décompose facilement; c'est pourquoi il importe,
avant de s'en servir, de les soumettre à une coction dans
l'eau bouillante, pour éviter d'introduire les ferments dans
l'organisme. Les poudres peptoniques anglaises et améri-
caines sont très hygroscopiques et se ramassent facile-
ment en gros IVagments difliciles à détacher de la boîte, et
souvent couverts de champignons. C'est pour éviter ces
inconvénients, qu'on a imaginé des soupes peptones, et
récemment Jaworski l'a fait préparer avec la chair du veau;
mais nous verrons bientôt que cette viande ne fournit
qu'une gélatine-peptone.
La préparation imaginée récemment par Weil se lire du
lait; sera-t-elle plus exempte de reproche? il précipite du
lait la caséine, la traite par une solution saline, et la
transforme en nucléine résistant à la digestion, et en une
substance albumineuse. Celle-ci est alors peptonisée et
fournit une peptone (|ui se réduit en poudre très soluble
dans l'eau; elle renferme moins d'eau et plus de pep-
^23i CIIM'. 10.— l)i:S AI.IMKNTS AHTIKICIELS KT SYSTEMES EXCLUSIFS.
loiit's (lur celles de l\eiiiiiieri( h cl Koelis; (T-'iprAs Sen;i-
tor, çlhî <'>t ainsi mi(3ii\ siipporhjo. Mais voici l\i iikeiilxT;:
{p^orlsrhrillr, août I8<S(;) (jui accuse celle pepiono-caséino
(le n'èlrc (iiriiiic alhuiiiosc^ on caséiiiose; (piand on l:i \)\r-
cipilc par 1(^ snlfahr (raniinonia(jne, Ut liipiide (pii a Idiré
conlienl à peine de la viaie peplonc ((i ponr 10(1) mai^
nnc «grande qnanlilc de lencinc et ili' lyiosine (pii n'oni lieii
d'utile. La cliimio est donc contraire à ce nouveau prodnil
comme aux autres; mais rexpérience pliysiolo«;iqne de
Zuntz et de Pollitzcr leur paraît l'avoiahle, ce (jui vaiil
mieux.
Propriétés nutritives des pcptones en générât. — On sait
de[)uis les recherches de Brûcke (Voy. chap. iv) de Voit et
Bauer, Eckliart, Czerny etLatschenberger, que les albumines
solubles peuvent être absorbées sans passer par l'état de pep-
tones ; mais ceci ne préjuge rien sur le sort des peptones?
Nous savons que dans l'organisme elles se décomposent
comme les albuminates, augmentent ainsi la quantité d'urée
éliminée par les urines, et par conséquent peuvent rem-
placer jusqu'à un certain point l'albumine ; on ne saurait
conclure de là que ces peptones se transforment en tissus
albumineux.
Des recherches de Plôcz et Gycrgyai, il ressort que chez
un chien à Tétat d'inanition, une solution de peptones admi-
nistrée en petite quantité pendant six jours et ajoutée
aux aliments gras et féculents suffit pour combler le déficit
d'azote de l'abstinence, pour rétablir l'équilibre entre les
recettes et les pertes d'azote, et même pour élever légère-
ment le poids corporel. Les expériences de Maly sur une
tourterelle furent moins concluantes, car il ne supprima pas
entièrement les albuminates. Adamkiewicz institua une
expérience plus intéressante ; il administra à un chien une
nourriture uniformément composée, contenant si peu d'al-
DES PEPTONES. -233
buiilinc (|uc l'animal perclail toujours encore de ses tissus
corporels; à cette nourriture iiisullisanle il ajouta graduel-
lement une telle quantité de peptone qu'il airiva à rannexei-
au corps.
On peut conclure de ces expériences, (rapiès IJau^'r,
que l'organisme peut profiter de ces peptones, môme quand
les aliments ne contiennent qu'une faible quantité d'al-
bumine pure; il est certain aussi que ces peptones sont
des moyens actifs d'épargne des albumines, mais que seules
elles ne peuvent servir à la reconstruction des tissus (Bauer,
Fick), qu'en cela elles sont inférieures aux albuminates qui
se fixent, et qu'elles se rapprochent des albumines de circu-
lation, par conséquent faciles à se décomposer.
Propriétés mitritlves des gélatines-peptones . — Si nous étu-
dions les nouvelles peptones, nous n'oublirons pas d'après les
recherchesde Yoït que les peptones-gélatines sont incapables
de remplacer l'albumine usée par l'organisme, et de contri-
buer à la reconstruction des tissus et organes; c'est tout au
plus si elles peuvent, à finstar des graisses et des hydrocar-
bures, économiser les albuminates corporels. Les expériences
faites par les peptones gélatino-albumineuses portent princi-
palement sur leur addition à un régime azoté suffisant ainsi ;
des chats qui recevaient en même temps 400 grammes de lait,
et 8 grammes de fécule augmentèrent de poids dans la pro-
portion de 51 pour 100 (Kemmerich) de 107 (Kochs) ; mais
on ne saurait en conclure qu'à elles seules elles suffisent
pour l'entretien rationnel, et sous ce rapport elles ressem-
blent à toutes les autres peptones. En comparant les deux
espèces entre elles Pfeifler a vu que toutes les deux sont
résorbées dans fintestin, celle de Kemmerich plus complè-
tement. Ouand la nourriture est abondante^ elles contribuent
à la formation des albuminates fixes; quand on les ajoute à
une rai ion insuffisante, elles sont à môme d'amoindrir la
234 CIIAP. Kl. — ALIMKNTS AnïIFICIKLS.
(It'îprrdilioii (Tazolc. .Mais loiiliîs Jc^ deux, pi'iscs piu' la
bouclic, |)r()V()(iiicnl souvent du la diairiiéc : c'est un lait (|iii
est commun à pres(|ue toutes les pc^ptones.
Lavements nutrlllfs, — Voit et Ilauei' avaient (^\p(''iiiiienté
sur la [)ropriélé dij;estive du |,a'os intestin. Le jus (jui découle
(le la viande exprimée est susceptihhî (ral)sorj>lion; il en est
de même de la ('aséine du lait. Mais ces absorptions sont
tellement minimes (ju'il est impossible de nourrir l'iiomme
uu l'animal \n\i le rectum; l'albumine de l'œul, et plus
encore les fécules et les graisses sont incapables de pénétrer
dans le sang; les peptones sont donc indispensables.
Leube a nourri des individus porteurs de rétrécissement de
l'œsophage, à l'aide de lavements de viande pancréatisée ; mais
il est impossible de continuer au delà d'un certain temps;
c'est tout au plus si le quart de la nourriture suffisante est
absorbé; 80 grammes de pancréas sont nécessaires pour
peploniser 200 grammes de viande etémulsionner 50 grammes
de graisse dans le rectum ; une pareille nourriture devient
rapidement insuffisante ; et, si on la répète, on finit par pro-
voquer une irritation intestinale, c'est ce que j'ai constaté
dans deux cas de rétrécissement de l'œsophage (Voy. Dys-
pepsies, p. 275).
Il en est de même pour les peptones quelles qu'elles
soient ; j'ai vu avec des peptones françaises et des peptones
gélatino-albumineuses produire le môme effet, quand toute
introduction d'aliments par la bouche était impraticable.
Gomme moyen auxiliaire, les peptones en lavements peuvent
au contraire rendre temporairement des services réels;
comme moyen exclusif dans les obstacles matériels des con-
duits digestifs supérieurs, dans les lésions fistuleuses de
l'intestin, vous ne pouvez pas compter sur plus de deux à
trois semaines d'effet utile; la diarrhée, qu'elle soit due à la
peptone ou aux substances salines, s'établit d'une manière
RÉGIME DE LAIT. ±35
certaine; on a beauajoulci' de ropiimi à ces solutions iiiilri-
tives, l'absorption cesse de se faire.
§ 2. — Régime de luit
Certaines populations se nourrissent, dit-on, exclusive-
ment de lait; il constitue un aliment complet en ce sens qu'il
contient les trois espèces chimiques, la caséine, le sucre et
la graisse, qui suffisent pour entretenir les forces de l'indi-
vidu sain, et réparer ses pertes corporelles ; il est bon toute-
fois de faire observer que ces populations ne manquent pas
d'y ajouter soit du pain et du fromage, comme le font les
pâtres des Alpes, soit du maïs (polenta) comme le pratiquent
les Piémontais et les Lombards. Ce régime lacté, même ainsi
modifié, est en effet inapi)licable à tous ceux qui se livrent au
travail physique. Le lait comprend, outre 857 parties d'eau
pour 1000, 30 pour 1000 de caséine, 2 parties d'albumine;
48 pour 1000 de sucre, et 30,0 de beurre, les albuminates
et la graisse se trouvant sous une forme finement divisée,
qui est très. favorable à la solubilité et à la résorption de ce
liquide alimentaire. Il faudrait quatre litres de lait (^Yoir
chap. 2) pour parfaire la somme (120) de principes azotés, cinq
litres pour compléter les 250 grammes d'hydrates de car])one,
et seulement trois litres pour fournir les 100 grammes né-
cessaires de graisse. On comprendra maintenant d'après les
expériences de Slatkowstky et Sasseztki (Virchoiv's Archiv,
t. LXXXXIV) et celles plus récentes de Hoffmann {Zcit-
schriftfiïrhL MeiL, supplément du t. Vil), pourquoi chez un
individu sain qui se nourrit journellement aver trois litres
de lait, on voit au bout de quelques jours de ce régime, sans
qu'il y ait une perte sensible du poids corporel (à cause de
la graisse du lait) se perdre une quantité considérable
d'azote aux dépens du corps; c'est pourquoi aussi les forces
Î3n CIIAI». 10. — AI.IMKNTS AFniririKi.s.
miisciil.iiics (liiiiimiciil. I.cs d/'iK-iditioiis d'azoto pour un
iinlividii (|iii liavaillc |)li\si(|ii('iiii'iii sont, |,(!llo,inoiil, <(>n-
sid/'ialilcs (jirau hoiil (riiiic sciiiaiin; 1(; laclopliagc osl,
iiiciKuô dans sa saiiLc «^ciK'ralc Si, à l'i'lal de repos, Tapporl.
(le la caséine-alhmnineuso (;sl sidVisanl, il cesse de couvrir
If d/'licit de l'ui-gaiiisiue dus (juc les mutations moléculaires
son! au^^nienlécs pour faire la force vive. Ainsi la diète lactée
exclusive ne convient ([u'aux malades atteints de certaines
maladies de l'estomac ([ue nous définirons, ou bien encore
à ceux ([ui ne foui (juo j)cu de mouvements et ne perdent
que peu de chaleur.
En général, le lait se digère facilement; il se coagule dans
l'estomac, la caséine se peptonise avec une grande facilité, le
sérum et les sels du lait s'y résorbent directement ; le beurre
se divise à Tinfmi et s'émulsionne complètement dans l'in-
testin au moyen du suc pancréatique et de la bile. Mais il
arrive souvent que les individus sains ou malades répugnent
à Tusage de cette boisson ou ne la digèrent réellement pas, à
cause de la coagulation massive du lait dans l'estomac : c'est
pourquoi on a cherché divers correctifs ; l'addition d'une
décoction d'orge ou de sucre candiest recommandée de longue
date ; il en est de même de l'eau de chaux, de l'eau de Vichy,
des liqueurs; mais rien ne saurait surmonter certaines résis-
tances des organes digestifs, qu'il s'agisse du lait cru ou
bouilli, chaud ou froid.
UlYelman a étudié (Archives de physiologie^ t. IV) tous
les moyens pour diminuer la formation des caillots volu-
mineux et durs ; aucun procédé ne réussit, et cependant
l'utilité du lait est incontestable dans une foule de cas. Pré-
conisé depuis un temps immémorial dans le traitement des
maladies pulmonaires et scrofuleuses, puis dans la cura-
tion des lésions du cœur et des hydropisies cardiaques, dans
la maladie de Bright et même dans le diabète (?) le lait fait
i;f:(iI.ME I)K LAIT. 237
merveille dans certaines all'eelions de l'estomac comme
l'ulcère simj)le, et vient échouer miséiablement dans une
loule d'autres ; ainsi les dilatations, les catarrhes, le cancer
ne fournissent pas d'indications de ce genre. Quant aux
dyspepsies elles sont de natuie variable, et ne p<'rmcltent
pas de jugement préalable sur l'utilité du régime lacté.
Chaque fois que la cure est indiquée, elle doit être laite
d'une manière exclusive, graduelle et complète. Trois fois
•par jour le malade prendra 150 à 180 grammes de lait frais,
écrémé, à la température de la chambre en été, légèrement
tiédi au bain-marie en hiver; toute la dose sera prise en
(juatre fois de (pialre en quatre heures depuis le matin;
d'abord, à 400 grammes (Pécholier), puis à 2 litres, puis à
3 litres par jour (Karell). S'il en résulte de la constipation,
ce qui est habituel, on peut la combattre en additionnant le
lait de café noir, ou en faisant prendre quelques fruits laxa-
tifs. S'il survient, au contraire, de la diarrhée, du ballon-
nement du ventre, il faut en rechercher la cause dans sa
quantité qui est excessive, dans la qualité du lait qui est
trop gras, ce qui a toujours lieu pour les dernières parties
de la traite (Péligot); en l'absence de ces conditions, si la
diarrhée persiste, elle sera facilement combattue par la
viande crue, privée de graisse et de tendons, réduite en
purée par le raclage, et mêlée au bouillon.
La combinaison de ces deux moyens est facile à justifier;
la caséine exige bien moins d'acide gastrique pour se pep-
toniser que la fibrine et l'albumine. On peut, en efl'et, éta-
blir une série graduée descendante entre les albuiiiiuates;
c'est l'albumine de l'œuf qui exige le (aux d'acidité le plus con-
sidérable; puis vient la musculiiie, la fibrine du sang, et
enfin la caséine qui exige le moins d'acide pepsine; si donc
la caséine est mal digérée par suite d'un excès d'acide
chlorhydrique dans le suc gastrique, celui-ci sera plus
23:^ CHAI'. 10. — ALIMENTATIONS KXCLUSIVES.
eriicacc poui" dij^érci' lu clKiir iini^ciiliiii c (iiicniriii divisco.
Oulic \r lail (le vaclic ([iii, au hoiil di' >i\ à liuil soiiiaincs,
(l(»il, (rapn's Kaiicll, rli-c addilioiiiK; d'aiilrr.^ aliinorils, loKs
que les pâles (îl les œiils, ou cinidoie ('iieoic !•' lait, d'ûnesse,
le lait de elièvre, la cièine, ete. Il en sera queslioii à l'oc-
easioii des maladies qui semblent en réelamcr l'usage.
Je ne parle i)as du petil-hdt, qui étail aulref'ois très usité
dans les stations suisses et alleuuindcs, dans le traitement
de Tobésité, de la plélliore abdominale, et même de la
plitisie. Comme il ne eontient que du suere, des sels et à
peine des ti'aces d'albumine, on peut le considérer comme un
moyen d'inanition, qui n'est mitii'é (?) que par la respira-
tion de l'air vif dans les Alpes ; Lcbcrt, qui exerçait en Suisse,
avait déjà condamné cette caricature du lait.
Je n'insisterai pas davantage sur les laits fermentes;
l'étude de ces produits qui, en réalité, ne sont que des
alcools, laisse encore à désirer malgré les travaux de Grieve,
Karrell, Landowski, Dujardin-Beaumetz, Saillet {Thèse de
Paris, juin 1886). Voici les principales espèces : 1" Le
koumijs, usité par les nomades de l'Asie centrale; le koumys
est du lait de jument traité par un ferment, c'est-à-dire
par un koumys desséché ou kara, ou simplement par la
levure de bière; 2" Le lait de Champagne est une imitation
française ; c'est du lait de vache fermenté à l'aide de la
levure des steppes ; 3^ Le képhir, dont les vertus fabuleuses
sont préconisées dans les montagnes du Caucase, et un peu
moins connues dans les contrées civilisées, est un ferment
que les Caucasiens considèrent comme un secret et un don
divin; ce ferment qui est ajouté au lait de chèvre paraît
composé de cellules de levures et de bactéries spéciales, fdi-
formes ; ensemencé dans du lait, il jouerait le rôle de levure
vis-à-vis du sucre lactique; de caséase, à Tégard de la caséine
du lait ; Eichhorst Ta recommandé dans les dilatations de
VÉOÉTAIUSMES. 239
l'estomar, ol Kiïhne dans les affections intestinales; le faible
képhir favorise un peu les mouvements de l'intestin; le
képhir fori constipe; tout ht monde l'admire dans les
maladies des poumons et dans les dénutritions ; 4" La galac-
tase est un nouveau produit fort discuté à la Sociéti'* de.
thérapeuli([ue.
^3. — Kcg'Iuics vcgctarieusi et mai^fcs. — Carême
Depuis longtemi)son a fait des tentatives pour transformer
l'homme qui est omnivore en végétarien ; on a proscrit la
chair des animaux dans l'espoir de mettre fm à nos mauvais
instincts, e( de développer des principes d'humanité. Cette
œuvre difficile a déjà tenté les Indous, puis les Pythagori-
ciens, les Chinois qui ne mangent que du riz, il est vrai, par
nécessité. Le carême, et les régimes monastiques suppriment
les viandes, et les prédications américaines font des prosé-
lytes pour le végétarisme. En quoi consistent ces systèmes
maigies ? Selon leur composition ils peuvent éiiuivaloir
d'une manière absolue au régime de viande, en (an! que
résultat sur la nutrition ; mais ils peuvent aussi ]>ar une
mauvaise entente de l'alimentation aboutir à un véritable
désastre. Si ce régime ne comprend que les végétaux verts,
les racines, le beurre, les fruits frais ou secs, le vin, le thé,
le café, on aura le vrai végétarisme ; il n'y a là que des
fécules, et des traces de sucre utilisable ; on y constate aussi
des gommes, des pectines entièrement inassimilables, de la
cellulose indigestible, mais on n'y trouve rien qui contienne
de l'azote, c'est-à-dire du i)rincipe des viandes ou des
albumines.
Mais si vous remplacez les végétaux verts par les légumes
secs, dès lors vous introduirez subrepticement une quantité
considérable d'azote dans votre régime, vous prenez des
210 CIIAP 10. - ALIMKNTATIONS KXCLrsiVES.
IV'ciiIcs azotées, noiiniliirc cssciiliclliinonl mixte; .'ijoiilcz
(luiic (les liariculs, des lentilles, des ]»()is, du pain au des
pûtes, en foirant les doses, jusqu'à 1500 grammes de |)ain
ou l kilofiramme de légumes secs, vous y trouverez un
dixième au moins d'azote, e'est-à-dire 100 à 150{^raiiiiiies de
principes azolés; l'org^anisme est sauvegardé à ce j>rix ; vous
serez un lègxDuhtc viable.
Le carême et le demi- jeune sont encoi'c i)lus coiiipalihles
avec l'existence; celui (pii, tout en supprimant la viande,
prend pendant deux jours par semaine ou môme pendant
six semaines de suite, outre les végétaux frais, outre les
légumes secs, outre les farineux, une quantité de lait, des
œufs, de la crème, du fromage, du })oisson de toute espèce
et même le gihiei- appelé sarcelle, n'est plus à plaindre; il
s'attribue tous les aliments azotés en quantité plus que suf-
fisante. Peut-être le législateur en excluant temporairement
la viande a-t-il voulu donner à l'estomac un certain répit,
mais qui ne s'acquiert quepar le jeûne absolu ; ou bien a-t-il
pensé diminuer la richesse du sang? dans ce but il faudrait
supprimer non pas seulement toutes les fibrines, albumines
et les caséines d'origine animale, mais le gluten, la légumine
et toutes les albumines végétales, qui agissent d'une mani-ère
tout à fait identique, mais qui sont cachées sous des dehors
humanitaires, et enveloppées par de simples écorces, au
lieu d'être couvertes de dures aponévroses on entremêlées
de sanguinolentes libres musculaires.
C'est précisément là le régime pythagoricien, c'est la règle
des Américains prêcheurs, des tempérants de toutes les
sectes, des monastiques qui croient ainsi dompter la chair.
Au lieu de viandes grillées, qui surtout dans les pays chauds
et dans les saisons chaudes s'altèrent facilement et peuvent
inspirer le dégoût, les doctrinaires légumistes, les lacto-
phages usent en réalité des mêmes principes, c'est-à-dire des
VÉGÉTAIIISME 241
albuminatos; ils nnanp:ont(l(' la viande sous iino autre forme;
c'esl la irièine substance azotée, qui sous des aspects trom-
peurs constitue parfois un réel avantage pour les allai hlis,
les blasés et môme certains malades.
Inconvénients et avantages du réffinie vcrfélal féculent.
— Les aliments d'origine animale et les végétaux conlicri-
nent en réalité les mômes principes nutritifs ; mais il existe
dans la plupart des cas une grande diflerence dans l'assimi-
labilité de ces substances par l'intestin ; c'est là, comme le
dit Voit, ce qui sépare les deux genres de régimes dans leurs
rapports avec la nutrition. L'albumine provenant des sub-
stances animales, ainsi les œufs, le lait, la viande surtout
sont absorbés presque entièrement et rapidement; les excré-
tions ne contiennent plus qu'une très petite quantité d'albu-
minates (3 p. 100); il en est de même du sucre, et môme de
la graisse qui, jusqu'à une certaine limite, entre facilement
dans le sang, et n'apparaît qu'en minime proportion dans
les évacuations.
Tout autrement se comporlent la plupart des matières
alimentaires végétales, qui contiennent en général l'albu-
mine à côté d'une grande masse de fécule, renfermée dans
une trame celluleuse difficile à aborder pour les sucs diges-
tifs; il en résulte qu'une notable proportion (17 p. 100)
d'albumine et de fécule peut rester inaltérée dans l'in-
testin. Si riiomme ne consomme par la nourriture végétale
<|ue la quantité strictement nécessaire d'albumine, de sels et
de fécule pour couvrir les déficits, comme il en élimine une
grande quantité, la portion restante ne suflira plus pour
l'entretien de l'organisme. Pour alleindre le but de conser-
vation à l'aide du pain, des pommes de terre, du riz, du
maïs, il faudrait employer une masse infiniment plus consi-
dérable qu'à l'aide d'un régime animal; d'autre part, comme
l'équivalent nutritif de la graisse est à celui des fécules,
sÈ::. V. — W)
•iie CHAI» 10. — AIJMKNTATIONS FACLUSIVES.
('((inine 100 ost à 4i0 on aiM'ivc lorcoiniînt, à caiiso de, la dr-
pci'dilion, à ahsoi'hor imc ([iiaiililé ôrioiiiic de IViCiilcs. 11 est
à l'ciDarquor copcndanl., d'après les rocliei'clnîs récentes de
WoroschilolT ((ue dans U\ réprime de riioinme les léj^iirncs sees,
les Jentilles siirlont, peuv(*nt remplacer jusqu'à un cerlain
point la viîinde pour ai'river à maintenii' le poids corporel
an lanx primilif, mais c'est toujours au pi'ix de quantités
exa^^jérées de légumes farino-azotés; la digestion de ces sub-
stances suppose d'ailleurs l'intégrité et l'énergie fonctionnelle
des organes digestifs, mais avec cette restriction favorable,
cette circonstance atténuante, que la partie encombrante,
c'est-à-dire la matière amylacée ne se digère pas dans l'es-
tomac, et ne trouve à se transformer que dans le liquide
intestinal et pancréatique. Si ces substances farineuses ne
séjournent pas trop longtemps dans l'estomac et n'y déve-
loppent pas d'acide lactique, elles ménagent singulièrement
le premier organe, et tout l'effort digestif porte sur l'intestin.
Il y a là un incontestable avantage dans certaines maladies
de l'estomac où leur utilité sera nettement établie (Voy. cba-
pitre i).
Dans l'état normal le végétarisme vrai est rare, et ne s'ap-
plique guère aux travailleurs. On parle bien de certains
peuples qui ne vivent que de farine d'avoine, qui contient il
est vrai de l'azote ; on dit que les paysans russes, les porte-
faix de Smyrne et de Gonstantinople, que les muletiers espa-
gnols, les paysans bretons ne consomment à côté des fécules
que des quantités minimes de lait, de fromage et d'œufs, et
qui cependant sont très actifs (Husson, A n/i.cZ'%gfièwe, 1885);
il est évident que ces albuminates suffisent avec une ali-
mentation abondante et riche en fécule, pour soutenir ces
ouvriers qui d'ailleurs travaillent au grand air. Ces aliments
auxiliaires ne sont pas des quantités négligeables.
VÉGÉTAIUSME. 243
§ 4. — Cur« «!<' ralMiii
La cure de raisin aussi vantée que la cure de potit-Iait
commence à perdre de son pi'ostij^e. Abstraction faite des
enveloppes et des î^rains qui sont indij^^estihles, mais qui
peut-être par cela même aident, en tant que corps étran<>ers,
à dégager l'intestin, le jus de raisin contient par kilogramme
700 à 840 parties d'eau, 100 à 330 grammes de sucre, 3,5 à
10 d'acide libre, de 5 à 20 grammes d'albumine, de la pec-
tine et des sels. Le sucre de raisin y domine, surtout dans
les raisins du Midi ; les matières albuminoïdes y sont rares;
c'est en somme un liquide sucré, et pauvre en albuminates,
par conséquent à peine nutritif.
A la dose de 3 kilos par jour ce jus provoque surtout la
diurèse et l'action de l'intestin; si en même temps la nourri-
ture est restreinte, il déprécie la nutrition générale; il faut
que la ration alimentaire soit fortifiante sans être exagérée
pour que le poids corporel augmente ; 400 grammes de
viande et 300 grammes de sucre de raisin ou 2 kilos de rai-
sin augmentèrent le poids de 92 grammes en quelques jours.
La cure de raisin est indiquée avec ces restrictions chez
les individus affaiblis. Si la dose de raisin dépasse 3 kilos, et
s'il est quelque peu acide, il peut être utilisé dans les atonies
derintestin,chezleshémorroïdaires. Mais chez les phtisiques
cette cure malgré sa réputation produit rarement de bons
etfets; la diarrhée qui en résulte peut être funeste. Dans la
gravelle son utilité n'est pas moins douteuse.
jli CIIM». 11. — IM'.OI'IUÉTÉS DYNAMIQUES DKS M.IMKNrS,
ciiAriTi;
DES IMiOPinÉTKS DYNAMIQUES
ET RECONSTITUANTES DES ALIMENTS
Nous savons (jiielle doit èlre la répaililion des trois
espèces alimentaires (albiiminates, l'raisses, hydrates de car-
bone) pour constituer un régime rationnel, et ai)proprié aux
diverses conditions de la vie sociale. Nous connaissons les
proportions nécessaires des principes chimiques destinés à
remplir ce but ; mais notre tache restera incomplète tant
que nous ne serons pas édifiés sur la valeur comparative des
trois genres nutritifs. Il s'agit de savoir s'il existe un régime
complet, défini, qui puisse augmenter nos forces, et qui
doive être appelé régime fortifiant; s'il n'en est pas ainsi, il
faudra étudier ce que chaque aliment peut fournir de cha-
leur, c'est-à-dire de travail mécanique; ensuite ce que
chaque aliment contient d'éléments assimilables et suscep-
tibles de régénérer l'intégrité de nos tissus. A ce double
point de vue il sera indispensable de tenir compte des mé-
thodes nouvelles, destinées à apprécier le pouvoir calori-
gènôy et la valeur reconstituante de toute absence alimen-
taire. Voyons d'abord s'il existe un régime fortifiant.
§ 1 . — Régime f ortifiaut
Le régime appelé fortifiant doit viser la formation ou la
reconstitution du sanii-, l'intensité des mutations molécu-
laires et par là même l'activité des fonctions de l'organisme ;
mais cette appellation et ce double but sont de nature abs-
i;f:<.i.ME Foirni'iANT. "HT)
traite. S'af;il-il ciicnd d'un iii'lividiisaiii avec des apparences
de dédjilité, il n'a rien à gagnera ce régime à moins qu'on ne
recherche les causes de hi raihh3sse et qu'on ne hjs atteigne
dans leur essence même; s'agit-il d'un malade atteint par
le Ibnclionnement défectueux d'un organe comme l'estomac,
ou j)ai- l'allération qualitative du sang, les moyens dits lor-
tiliants ne seront plus que le régime spécial du dyspeptique
ou de l'anémique ; ce sera le traitement alimentaire d'une
maladie délinie, dont la guérison entraîne naturellement le
retour des forces. Le régime réconfortant devra donc être
considéré d'une manière concrète, et dans chaque cas en
particulier.
Cette réserve pratique étant faite, on peut être appelé à
formuler d'une manière générale une alimentation dont les
propriétés intrinsèques, dont les qualités nutritives s'ap-
pliquent à tous ces cas mal définis de débilitations | ar
cause morale ou par une hygiène imparfaite, ou bien encore
par cette misère physiologique qui frappe les pauvi'es,
imprime à tous les organes un certain degré d'atonie, arrête
les échanges moléculaires à un degré d'infériorité et enraye
les assimilations utiles; c'est dans ces conditions seulement
et contre ces constitutions faibles ou alVaiblics que Ton peut
tenter avec quelque succès l'usage' persévérant et raisonné
des fortifiants.
Voyons en quoi ils consistent, comment il faut les combi-
ner, et surtout n'oublions pas que les substances albumi-
neuses ne sauraient jamais constituera elles seules le régime
substantiel ; les hydrates de carbone et les graisses sont le
conq)lément indispensable.
I. Des allmminaies des deux règnes. — En tète de la liste
se trouvent les albuminatcs du régime animal, dont les trois
types sont Talbumine de l'œuf, l;i fibrine ou myosine de la
chair musculaire, la fihrine du sang, la caséine du lait; à
2ir, (iiAP. 11. - i'i;(»i'i;ii;if;s hYNAMiuiKS DKS ai.imk.nts.
(Ole (ie CCS espèces cliiniifjiies se Iroiivenl r;ill)iMnine végé-
tale, la fibiine des |ilantes ou f^lnteri, la caséine et la léj^ii-
mine, (jiii sont idenlicjiies, comme com|)osition, avec leurs
liomolo<^ues (Tori^ine animale, identi(jues aussi comme elïels
nutritifs; elles n'ont (rinrérioritéaj)f)arenle (ju'àcausedcleui-
accompagnement forcé. Poui* aiiiver à les isoler et avant
d'en tirer une (juanlilé équivalente au cliillre des alhumi-
nalcs d'orijîine animale, l'organisme csl obligé de suhii- une
sorte d'encombrement.
La viande domine toute la séiie des coiroborants ; pour
être utilisée elle doit être exposée à l'air frais pendant quinze
à vingt-quatre beures, c'est alors que la viande cesse d'être
rigide; il se forme aux dépens de la matière glyco-
gène du muscle, de l'acide lactique qui transforme la myo-
sine en syntonine, plus absorbable, et rend la chair plus
molle, ce qui permet à la coction de transformer le tissu
connectif environnant en gélatine assimilable. La viande
doit être rôtie; elle perd alors 20 à 35 pour 400 de son
poids, mais c'est surtout de l'eau, des sels, des matières
extractives, delà gélatine, qui passent dans le jus; pour cir-
conscrire cette déperdition, le rôtissage doit être fait d'abord
à une température élevée, puis plus modérée, et ne pas
dépasser 70 à 75 degrés dans l'intérieur du rôti.
La viande rôtie doit elle-même, dans les cas graves, céder
le pas à la viande râpée ou raclée, crue ou légèrement
grillée, réduite à son plus petit volume, et surtout débar-
rassée de cette série indigestible qui est formée par les ten-
dons, les aponévroses, la graisse. Ainsi préparée, la pulpe de
viande est abordée sur toutes ses faces et sur tous les points
par le suc gastrique qui parvient rapidement, sans que l'es-
tomac se fatigue d'un travail exagéré de sécrétion, à trans-
former la chair pure en produit directement absorbable, en
peptone.
RÉGIME FORTIFIANT. 2i7
Le bouillon qui sert de véhicule à la i)ul[)e de viande ou
de préface à la viande rôlie entraîne naturellement l'aban-
don de la viande bouillie qui a servi à sa préparation ; bien
(ju'il ne contienne qu'une quantité minime de gélatine, de
graisse et d'albumines, avec une partie des chlorures et des
sulfates de la viande bouillie, il doit néanmoins figurer dans
le régime fortifiant par ses matières salines ; par son arôme
et aussi par l'addition de quelques heibes usuelles il pro-
voque souvent l'appétit, et facilite plus souvent encore la
sécrétion du suc gastrique. S'il provientdu veau ou de la vo-
laille, il renferme plus de gélatine, qui constitue un moyen
d'épargne; ainsi le consommé traditionnel, le bœuf rôti ou la
pulpe de viande épurée, voilà la base de l'alimentation forti-
fiante.
Au roastbeef on est souvent obligé do substituer la
viande rôtie de mouton ou la chair du porc ; toutes deux pré-
sentent moins d'albumine et plus de graisse, même trop de
graisse; ainsi tandis que le gros bétail renferme en moyenne
80 pour lOOOdemusculine, les deux autres espèces ne con-
tiennent plus que 55 et M d'albuminates ; les proportions
respectives de graisse sont de 30 pour le bœuf, Ai) pour le
mouton, et 50 pour la chair de porc ; — de là une digestibilité
plus difficile et une valeur albumineusc bien moindre pour
les deux dernières espèces. 11 vaut mieux les remplacer par
du gibier qui est privé de graisse ou par du jambon dépouillé
de lard; ne renfermant que peu d'eau, ils présentent une
(juantité proportionnellement très élevée de substance mus-
culaire, et constituent aussi un aliment très substantiel.
Ces divers types de viandes, qu'on appelle aussi viandes
noires ou fortes, sont les seuls qui doivent faire partie de la
nourriture fortifiante. Dans la série opposée se trouvent les
chairs de veau et de volaille, qui constituent la base du
régime blanc et qu'on inllige ordinairement avec les légu-
f4P (IIAP. M. - IM5()Pinf:Tr:S DYNAMI^UKs 1)1 s ai.imkms.
mes vcrls^ sans (ju'oii en sarlic le; mol if, .iiix ('ar(li;u|ii('.s ou
aux con^f^slioiiut's, aux |)l('llioi"i(|U('s ou aux •^oultoux. Or
la chair de veau n'est |>as moins alhuminnuso quo celle du
bœul", mais elle en dilTèiM; «Tune maiiièic absolue pai' la |)ré-
dominanccdela gélatine, 75 grammes au lieu de 07 parkilo-
<irammo; nous avons déjà assez de principes gélatineux
dans le bonillon ou I(î consommé en général, particulière-
ment dans le bouillon de poule ; il est inutile de faire servir
le veau rùli, (pii manque de sang et de jus, ces éléments
auxiliaires si nécessaires. La chair de poisson lui est bien
supérieure (Voy. chap. 2).
La myosine des viandes de bétail n'est pas le seul principe
azoté d'origine animale; elle peut être aidée par le lait,
c'est-à-dire par la caséine, mais dont il ne faut pas abuser à
cause de la quantité excessive d'eau, de sucre de lait et de
graisse qui en font partie; le fromage qui en dérive est plus
nourrissant sous un petit volume. L'albumine de l'œuf est
bien autrement puissante pour compléter la série des espèces
albumineuses ; dans 100 grammes d'œufs , on trouve
15 grammes d'albumine et 12 grammes de graisse ; c'est un
aliment fortement azoté, si bien que Wiel qui a fait beaucoup
de cartes culinaires a institué un régime d'œufs, composé de
huit œufs par jour et de 400 grammes de pain ; ce régime
serait très reconstituant.
H. Substances non azotées. — Sans le secours des subs-
tances non azotées, c'est-à-dire des graisses, des fécules et du
sucre, jamais le régime, quelque parfait qu'il soit en tant que
principes albumineux musculaires, ne saurait atteindre le
but, c'est-à-dire reconstituer l'organisme au point de vue
de la force ou de la nutrition.
La graisse surtout est indispensable ; on la retrouve à
l'état de division extrême, et par conséquent facile à digé-
rer dans le beurre, dans l'œuf, dans le lait. Voit a démontré
MÉGIMI-: 1-OIlTIl'IANT. 249
que la perte des «graisses coipurelles est i)liis dangereuse
que celle dii^^ alhmiunates, paice ([iie le corjis est plus
pauvre en gi'aisse qu'en albuniinates, et suiioiil parce (pic
chez l'individu amaigri, l'albuminate se dctiuit [)lus facile-
ment en raison directe de l'absence de graisse; celle-ci n'est
plus là pour nnodérer ou pour enrayer la décomposition des
tissus albumineux. Aussi quand la graisse est tolérée par les
organes digestifs, elle doit entrer pour une grande paît dans
la nourriture des débilités.
Les fécules sont toujours d'une digestion plus facile ; on
peut recourir avec succès à l'usage des pûtes d'Italie, des
légumes secs en purée et dépouillés de leur écorce, au pain,
car la farine de froment contient 118 d'albumine, c'est-à-dire
de gluten, et 73G d'hydrates de carbone ; ces fécules azotées
sont bien préférables aux fécules pures comme les pommes de
terre, ou comme le riz, qui contient néanmoins un peu plus
d'azote et de graisse.
C'est avec les légumineux que Beneke, Ilamarsten, Penzold
ont préparé les farines auxquelles on attribue non sans
raison des propriétés analogues à celles de la viande ; nous
n'en parlons que pour mémoire, parce qu'il est plus simple
et plus rationnel de composer son régime à l'aide des légu-
mes secs et des viandes.
III. Fer des aliments. — La composition des aliments
appelés fortifiants, doit viser la formation ou réparation du
sang ; à ce point de vue il n'y a pas que les albuniinates qui
entreront en ligne de compte; le fer ajouté même en pro-
portion minime à la ration journalière augmente, d'après
Nasse, la teneur des éléments solides du sang, particulière-
ment l'hémoglobine qui est ferrugineuse, et le nombre des
globules sanguins ; c'est surtout quand le fer se trouve mêlé
ou combiné avec les aliments gras que son absorption et son
annexion à l'organisme se font le mieux. Boussingault s'est
i50 CHAI'. 11. - i'i;()iM',iKir;s h^ nami^iks i»i:s ali.mknts.
Iivi"('' av(M* sa |>r('cisi(»ii liahilndhi à la icclicrclu' du coiiLciiii
IciTciix (1rs iiioM'iis aliiiK'iilaircs.
Le ri'siillal (les jiriiK ipalcs analyses se trouve consigné
dans ce tableau :
Pour 100 grammes.
Viande de bêlai
San^ de porc. . .
Chair de bétail.
Viande de veau
Chair de poisson
Olùifs de |)oulc.
0.0375
o.()(;3i
0.0048
0.00-27
0.0075
0.0057
l»aiu blanc 0.0048
Mais 0.003G
Haricots blancs 0.007i
Lentilles 0.0083
Pommes de terre. . . 0.0060
Si Ton calcule par les quantités usuelles de ces substances
on trouve pour 50 grammes de sang, 18 milligrammes
de fer principalement contenu dans l'hémoglobine des glo-
bules rouges; pour 500 grammes de viande de bœuf ou de
pain près de 22 milligrammes, plus encore dans une quantité
équivalente de lentilles ou de haricots ; voilà un puissant
auxiliaire dans le traitement des anémies; il n'exige pas
beaucoup plus de fer, et j'ai souvent guéri sans adjuvant des
chlorotiques par des doses considérables de viande crue,
c'est-à-dire par des albuminates ferrugineux.
IV. Boissons. — Parmi les boissons fortifiantes ce sont
les vins rouges de Bordeaux, ou de Bourgogne, ou de Beaujo-
lais qui tiennent le premier rang, en raison du tannin
qu'ils contiennent de plus que les autres vins, en raison
aussi des traces de fer qu'on y rencontre : 1 centigramme
pour 100 grammes de ces vins (Boussingault), tandis que le
vin blanc d'Alsace n'en possède que 7 à 8 milligrammes et
la bière 4 milligrammes. La teneur alcoolique des vins vient
ici en seconde ligne, et les vins appelés généreux ne sont pas
toujours les plus fortifiants.
POUVOIR CALOniGÈNE ET DYNAMIQUE DE CHAQUE ALIMENT. i:>l
^ ^2. — llu pouvoir «•Il l«»r !;;:«' no vi «l^ naiiii(|uo
de i*lia«|uo siliiiicut
Les données générales sur le régime fortifiant ne sont pas
applicables si on ne tient pas compte des méthodes nouvelles
destinées à apprécier la valeur de chaque aliment.
Cette valeur doit être envisagée tout d'abord au point de
vue de la calorimélrie.
11 s'agit de déterminer le pouvoir calorigène de chaque
aliment, c'est-à-dire la force qu'il va développer parla trans-
mutation de la chaleur en travail mécanique. On peut me-
surer ce pouvoir en calculant à l'aide des procédés calori-
métriques, ce que le corps perd de chaleur par les divers
organes, par la transpiration, par la perspiration pulmo-
naire, etc.
On appelle calorie la quantité de chaleur nécessaire
pour élever de 1 degré centigrade, 1 gramme d'eau. Il y a
trente ans déjà Vierordt a établi que :
1° L'exhalation de vapeurs d'eau par la peau et par les
poumons entraîne la perte de ^H/i-O^O calories d'une part,
et de 1920G0 d'autre part;
2° L'irradiation de la chaleur au dehors fait perdre
1 789 320 calories par la peau et 84 500 pour le réchauife-
ment de l'air environnant; enfin 50 000 calories se perdent
par les urines et les matières. Il résulte de là que l'homme
adulte consomme par le fonctionnement normal 2 4-99 000 ca-
lories (2 millions et demi en chiffres ronds). Riibner après
avoir vérifié les quantités de carbone et d'azote éliminées en
vingt-quatre heures par un homme de 70 kilos, à l'élat d'ina-
nition, est an-ivé à constater (ju'il produil 2 303 000 calo-
ries.
Supposons maintenant le régime mixte de l'homme sain.
S52 ciiM*. II. - i'i;oriui':ii;s i»\n a.mioiks in;s ali.mkms.
cl (|(''|t'iiiiiii(»iis, av('(; Fr;iii(kl;iii(l, llci'vi; M;m^^on, Hiihiici-,
la valeur calorilicpic niovdiiic (h; cliacim df't^ aliniciils |Hiri-
cipaux (lui loiil pailir de la ralioii jtliysiolo^iijiic. Iliibiicr
atliiu'l pour I ^raiiiiiic (ralhiiiiiine, -4700 calories (Kranck-
land 41)5:]), pour I •gramme de j(raiss(3 9.']()0 caloii(;s (Franck-
laiid DDoG), cl puui' 1 gramme d'Iiydratcs do cai'borjc,
4100 calories. — Hervé iMaiii^on {Traité du f/énie mrat,
187.'), et Acad. des sciences, oct. 1874; dciiiontre que j)our
produire les calories utilisables pour un ciïel mécaniciue
déterminé, chaque espèce alimentaire est représentée par les
chiffres suivants. S'il s'ai>iL do fournir un travail mécanique
moyen et utile, un homme de 05 kilos doit fournir, par
jour, 4800 calories; or, ce chiffre s'oblient à l'aide de 5^9
de graisse ou de 1200 de riz, ou 1278 de pain, 3373 de
bœuf maigre, ou de ^S^/i- de pommes de terre.
Si, d'après ces calculs, on résume la valeur calorifique des
trois principales espèces alimentaires, on arrive, avec Rub-
ner, à cetle conclusion : qu'il y a môme pouvoir calorique,
môme isodynamie, comme il l'appelle, entre 100 grammes
dégraisse, 211 grammes d'albuminateset240 grammes d'hy-
drates de carbone.
Voyons maintenant quelle est la calorification des enfants,
et quels sont les aliments destinés à couvrir les pertes de
chaleur.
§ 2 {Suite). — Applications de la calori^énic alimentaire
aux enfants
On sait que dans la première année, bien que l'enfant soit
en général entouré de chaleur, éloigné des causes de refroi-
dissement, bien qu'il exécute le moins de mouvements, que
cependantil consomme relativement plus queradulte(Ghossat,
Régnant et Reizet, Voit). Pour expliquer ce fait on a invoqué
APPLICATIONS DE LA CALORIGÊNIE ALIMENTAIRE. 253
un (l(''V('lo[)[)eni<'nt |)lns marque des ^Mandes, une [dus p:rande
niasse de sang; mais Riihner rf.'xplicjiiij par Finlliience du
développement de la surface; roxydalion esl en raison
inverse du poids corporel; elle augmente (piand la niasse
et TcHendue du corps diminuent. C'est la loi expéri-
mentale. Ainsi un chien de SU, 20 produit 38,18 calories
par jour et par kilogramme, tandis qu'un chien pesant
8'',19, produit par kilogramme 00,90 calories. L'auteur
détermina ensuite chez les animaux en expérience, la
grandeur de la surface corporelle. Les petits animaux ont
relativement à leur masse une bien plus grande surface de
réfrigération. — Or, comme il rapproche le développement
de la surface de l'animal, et la valeur calorique de la nutii-
tion de l'animal, Rubner arrive à conclure qu'en effet la dé-
composition dans les cellules, augmente, en môme temps que
le développement de la surface décroît; en d'autres termes,
pour un nombre déterminé de centimètres carrés en surface
oIk'z le chien, un nombre égal d'unités de chaleur se perd;
en un mot les mutations organiques d'un chien inaiiitié
sont directement proportionnées à son développement en
surface.
De grands et petits chiens ne décomposent pas de (juan-
tités différentes de principes alimentaires parce que leurs
cellules ont des dillérences défniies d'organisation, mais
bien parce que les impressions de froid partant de la peau
excitent les cellules : pour des surfaces égales les mêmes
quantités isodynames sont consommées. La régulation des
mutations moléculaires d'un animal après la perte de cha-
leur j)ar la réfrigération constitue une disposition très
simple; c'est le principe de l'usure la ])lus économique des
forces.
Rubner calcule que chez un enhuit, ])ar 1 centimètre
c.irré de surface cl par jour, de même ({ue chez un adulte
25i m VI». 11. - iMi()piur:ri';s dynamiques dks .mjmknts.
au repos (il avec im [('«•iiiKi moyen, il s<;|)i'o(iiiiL 1 I8îi000 ca-
lories; un iKMiriissoii fournil 1:2:^1000 calories, un adulte
an Iravail 1 .1!)!) UOO, cl un (nifariL Cv^i], pi'cnanl inie
ration nioyiînne, 14-47000. Ain.^i un (inlant après la \u\-
l'iode d'allaitement consomme autant de forces qu'un ou-
vrier. riOm[)aranl ensuite le poids aux divers îiges, Huljnci-
constate chez le nourrisson, pour un gramme de poids
coi'porel 01 300 calories par jour, et chez l'adulte au
repos 30 000. C'est la dilférence de la surface relative,
qui accroît la consommation de force du nouriisson de
453 pour 100.
Voyons maintenant ce que produit l'alimentation. Le
lait est le seul aliment correct du nouveau-né; il contient
2,4-8 d'albumine, 3,0 de graisse et jusqu'à 6,04 pour 100 de
sucre de lait; on voit la prédominance de la graisse et du
sucre et leur utile action sur les albuminates; la proportion
des albuminates aux substances non azotées est de 1 à 5,2,
tandis que dans le lait de vache, elle n'est que de 1 à 3,4. —
Celui-ci coagule d'ailleurs en plus gros flocons consistants et
accolés, que les petits flocons de caséine du lait de femme.
Ce lait, d'après Uffelmann, est utilisé en tant qu'azoté
dans la proportion de 98,2 à 99,2, la graisse à 92,2 p. 100;
les sels et la chaux se perdent dans la proportion de moitié.
— La digestibilité du lait ne se modifie d'ailleurs pas par la
cuisson. — Pour le rendre plus facile à digérer, on a imaginé
la lactine (sucre de lait et sel), le lait peptonisé, pan-
créatisé, mais ce lait est fade et d'un goût répugnant. Uffel-
mann ajoute à 1000 grammes de lait 7 à 10 grammes d'une
solution d'acide chlorhydrique à 1/2000. Est-ce bien là un
correctif utile et pratique?
Di:si)iYi:us i»iuM(:ii»i:s ciumic^uks ausorhaulks. "255
i:^ 3. — C«>iiililen (loH tllv4>rM priiici|»«'M <>liiiiii«|ucf«
do «'liaciiio alliiiont puiiètrciit clniiM le njhiutÎ
La détermination des quantités absorbables de principes
chimiques contenus dans les aliments ordinaires constitue
la deuxième méthode pour fixer la valeur nutritive des di-
vers éléments du régime lorsqu'ils font pai'lio d'uiu; ralioii
mixte (Voy. aussi chap. iv bis).
Voyons d'abord ce que deviennent les principes azotés.
Chez l'homme à la ration moyenne, la viande, les œufs, sonl
absorbés dans la proportion de 97 pour 100, donc dans la
presque totalité; il ne se perd en effet que 2,50 pour 100 de
matière azotée. Le lait, chez l'adulte, reste dans l'organisme
au taux de i)0 à 94 pour 100, et l'enfant (d'après UfTelmann)
conserve 94 à 99 pour 100. Voici maintenant un fait remar-
quable qui a été avancé par Rubner et vérifié par Lôbish
et Malfati; il est relatif à l'action du fromage : si on ajoute au
lait ou à un autre aliment une certaine quantité de fromage,
Tutilisalion de ce lait est notablement augmentée; avec
cette addition, l'élimination ne porte jamais sur 10 pour lOîl,
mais tout au pins sur 0,35.
Ainsi prenez 2291 grammes de lait et 200 grammes de
fromage et vous ne perdez plus que 3,7 pour 100 d'azote.
Voici, du reste le tableau des absorptions, tant pour razole
que pour la graisse et les hydrates de carbone.
2r.n c.iiAP. M. — i»i',0F'nir,Tf:s dynami^uks dks ai.imknts.
AIJiUMINR
(;raissk
IIVDIIAIK^.
AllSOIUiKE.
AUSOUItÉK.
DE CAHIJO.NK.
\ iaiulc
m^iifs
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Mac.ironi
Mais
Mais -f rroinagc.
i;i/
Leiilille*
Poiiiincs lie Icire.
Raves
'
Quelques détails sont nécessaires pour nous édifier sur la
fixation des divers aliments, d'abord des diverses espèces de
pains.
Des divers pains. — Il existe : 4° du pain blanc de fro-
ment ; 2° du pain de seigle, préparé sans levure et sans pâle
acide, uniquement dissocié par l'acide carbonique; ce pain a
été inventé par Liebig et perfectionné par llorsford; il n'est
pas connu en France; 3° le pain de seigle et de farine gros-
sière de froment ; il est très usité chez le paysan ; 4" un pain
noir formé par une farine de seigle mêlé au son et préparé
avec une pâte acide. Le son est plus azoté que la farine ; mais
le mauvais effet de ce pain de seigle et de son sur les or-
ganes digestifs l'a fait abandonner. Sous le nom de pain de
Grabam nous signalerons une espèce particulière très employée
dans les maladies de l'intestin pour en exciter les contractions
et éliminer les résidus. Rubner croit que la fermentation
butyrique du pain empêche la décomposition de l'albu-
mine dans l'intestin, comme le prouve l'absence d'indican
dans l'urine. On sait en effet que dans les atonies intestinales
avec constipation l'indican augmente; le pain de son déter-
DES DIVERS PHINCIPES CHIMIQUES AIJSORHARLES. Vol
mine les évacuations, et la matière colorante bleue peut man-
quer dans les urines, môme lorsque ralljuinine se putréfie.
Le pain de froment est bien plus complètement assimilé que
le i)ain bis. Sur 450 à 780 f^ramm(;s de pain blanc (calculé
sans l'eau) il se perd 20 pour 100 (razote et de sels, et seule-
ment 1 [)oui' 100 de fécule; poui' le pain bis, 22 pour 100
d'azote et 30 pour 100 de matières salées. Ce i)aia fermente
facilement dans l'intestin (G. Meyer.)
Pain rassis. — Dans le pain rassis, la croûte devient plus
molle, la mie plus dure et cassante, d'où des fentes dans
l'intérieur de la mie. D'après Boussingault cette modification
tient moins à la perte d'eau qu'au changement dans l'état
moléculaire de la masse du pain, principalement du gluten.
— En chaulfant à 70", ce qui fait encore perdre de l'eau au
pain, le pain rassis peut re{)reiidre un goût de fraîcheur.
Biscuits, — Le pain de froment imbibé de peu d'eau, et
fortement cuit et recuit, donne un biscuit très pauvre en
eau et très consistant; il est souvent si dur qu'il a besoin
d'être ramolli dans le lait ou le café. — Si on le compare au
pain de froment on trouve pour le pain 40 parties d'eau,
G d'albumine, 0,i de graisse, 51 d'hydrates de carbone, tandis
que le biscuit ne contenant que 13,3 d'eau présente une plus
grande proportion des autres principes, 8,6 d'albumine, 1 de
graisse, 75 de fécule; il n'y a (pie le pain de gruau qui
contienne plus d'albuminates, 9,6.
ïjégiimes secs. — Les légumes secs se rapprochent singu-
lièrement de la viande; les déperditions d'azote montent au
plus à 17 pour 100. — Ainsi les lentilles décortiquées et en
bouillie qui se supportent jusqu'à la dose de 500 grammes
restent dans la proportion de 83 pour 100.
Macaroni. — Le macaroni perd 17 à 20 parties d'azote;
et par conséquent un peu plus (|ue les lentilles et le pain
blanc.
SÉE. V. — 17
2r)8 ciiAi». I. - iMioi'FiifTiss i»vnamioi:ks dks aliments.
M(('is. — Avec le iii.iïs lions roslons encore dans les mêmes
liiiiilcs; mais ici surlout raddilioii du (V()iiiaji:e élève la qiiaFi-
lilé al)soid)al)le de maïs de 80 à 9:^
Tous les autres iëciilenls, entr(î auties le riz et siiilonl les
pommes de terre, donnent les cliilTres d'iililisation de beau-
coup les moindres; les pommes de terre fournissent à peine
68 pour 100 de malièi'es azot(''os de IrMi contenu d'.'iillcurs
excessivement faible.
Au résumé nous trouvons, mais ])ien loin des viandes et
des œufs, le groupe du pain blanc, des pâtes d'Italie et des
légumes secs rpii comportent une absorption de 80 à 85
pour 100, puis le groupe du pain noir et des pommes de
terre qui perdent jusqu'à un tiers de leur azote (32 pour 100),
Mais si ces substances présentent une infériorité marquée
au point de vue de l'extraction de leur azote, elles sont
toutes remarquables par la conservation presque intégrale
de leurs fécules-sucres pour l'organisme. C'est dans le pain
blanc et le riz que les hydrates carbonés sont le plus profi-
tables; la perte s'élève à peine à 1 pour 100, tandis que les
raves perdent 18 pour 100 de sucre, le pain noir 10 pour 100,
et les pommes de terre 7 1/2 pour 100.
Dans ces mêmes aliments on trouve outre les principes
albumineux et hydrocarbonés une quantité variable de
graisse; or il est à noter que partout les graisses sont résor-
bées jusqu'à concurrence de 5 pour 100. S'agit-il d'aliments
gras proprement dits, les organes digestifs sont capables de
les élaborer et de les absorber en grande quantité. Sur
99 grammes de tard il ne se perd que 17,2 de graisse (Rubner).
Le beurre est encore plus facile à digérer et à retenir que le
lard, qui est renfermé dans des cellules, tandis que le beurre
consiste en globules libres.
Nous savons maintenant ce que deviennent les divers
principes chimiques de chaque aliment et ce qui en reste
APPLICATIONS AUX RÉGIMES MILITAIRES. ^VJ
dans réconomi(i. Il est facile mainlenant de comprendre les
défectuosités des rations de troupes.
§ 3 {Sutto). ~— Apiilica(lon»i aux rég^imos uiIlKalres
De ces études minutieuses il ressort une série de faits des
plus intéressants au point de vue des rations militaires, sur-
tout pour Yef/lcacité de leurs albuminates. En France nous
avons 46 grammes d'albuminates de viande, 75 grammes de (^lu-
tendupain et 9 grammes d'albumine provenant des légumes.
Oi', en nous basant sur les données précédentes, nous trouvons
au maximum 130 grammes d'albuminates dont 104 tout au
plus sont assimilés. — Chez le soldat prussien la petite
ration de paix donne i07 grammes d'albuminates dont
75 grammes seulement sont absorbables; la grande ration
des manœuvres fournit 134«%8 dont 97 d'albuminates adap-
tés. En Autriche nous ne trouvons que 123 grammes dont
85 grammes sont incorporés (les chiffres des armées ita-
lienne, belge, suisse, sont moins élevés). Mais ce que je
remarque pour l'armée autrichienne ce sont les 49 grammes
de graisse, tandis qu'en Prusse on ne trouve que 21 à 27, et
en France 29; ces quantités laissent beaucoup à désirer etne
répondent nullement aux exigences du travail mécanique;
l'étude de la calorigénie nous apprend (Voy. § 2) Tincontes-
tablc supériorité des graisses sur les hydrates de carbone et
sur les albuminates lorsqu'il s'agit de fournir le calorique-
travail. Plus de graisses et de fromage, et moins de pain ; c est
là l'indication complémentaire.
Ce sera la ration scientifiquement calculée, et prati-
«luement expérimentée.
DEUXIÈME PARTIE
TRAITEMENT HYGIÉNIQUE DES MALADES
DEUXIÈME PARTIE
TRAITEMENT HYGIÉNIQUE DES MALADES
II est des malades que le traitement hyi>icnique peut à lui
seul mener à la guérison. Ce sont surtout ceux qui sont
alTectés de maladies chroniques dues aux défectuosités du
régime, à l'absence de la musculation, à l'insuffisance de
Toxygénation. Les maladies suraiguës réclament d'autres
soins. Les maladies lentes, fébriles ou non, héréditaires ou
acquises, bactériques ou constitutionnelles, accidentelles ou
antihygiéniques, exigent toutes une revision des règles de
la manière de vivre. Ceux qui se trouvent ainsi sous la loi
de l'hygiène physiologique sont dénommés :
1° Gastriques;
2" Intestino-hépatiques;
3° Fiévreux ;
•4° Phtisiques;
5" Chlorotiques, anémiques, névropathiques épuisés;
6" Goutteux;
7" Diabétiques;
8° Obèses ;
9° Cardiaques ;
10" Albuminuriques.
(1) Les chapitres de cette deuxième partie seront marqués en chiffres ro-
mains; les chapitres du régime alimentaire sont numérotés en chilTresarahc».
iU ClIAP. I. — I)i:S GASIi;i(,)l KS.
CIIAPITRK I
DES (i ASTT.IOL'ES
^ i. — I.rN iiialîidic'M ;;;»«<< riqiicN <'( les ;ifr<><>li(»iiM
iiitrsIiiiîtlcM. — Leur» difTcreiiccM c»<«fc'iitlcllc.s
L*obscrvalion et l'expérience m'ont appris depuis de
longues années que les analogies fonctionnelles qui unissent
les diverses parties de l'appareil digestif, ont fait gravement
méconnaître' les différences qui séparent les maladies de
Teslomac et celles de l'intestin. Il n'est pourtant pas indiffé-
rent d'avoir à traiter l'estomac qui est le premier récipient
où les aliments albumineux sont brassés et transformés en
peptones, ou d'avoir à soigner l'intestin qui, à l'aide des sucs
intestinal, pancréatique ou biliaire, achève toutes les diges-
tions de tous les aliments et en absorbe les produits élaborés;
ou bien enfin, de songer à régulariser les fonctions du gros
intestin ou côlon, qui est surtout un appareil destiné à pré-
parer, à élaguer et à éliminer les résidus devenus inutiles
à l'organisme. Tous les états morbides de ces diverses frac-
tions du système digestif se trouvent journellement confon-
dus sous le nom de dyspepsie, et traités comme une maladie
de l'estomac. Les malades subissent pendant des années les
traitements les plus divers, prenant les amers ou les pep-
sines, les toniques ou les alcalins, et pratiquent les pèleri-
nages annuels vers les eaux minérales ou thermales destinées
à guérir les maux d'estomac ; puis après de longues épreuves,
après des tentatives stériles, ils finissent par renoncer aux
secours de la médecine et s'abandonner aux caprices de leur
LKS MALADIKS C.ASTUIQUKS ET LES AFFECTIONS INTESTINALES. iCo
ap[)t''lil 011 (le kiiis di'sii's. — C'est (jiffii ('IIV'I la jiKMlocirK;
se trom|)aiil de localit/î, s'adressait à un organe ([iii ii'l'>I
pas malade, c'est-à-dii-e à l'estomac, oubliant poiii* aiii>i
dire les vraies glandes di^estives, l'intestin, le j)anei'éas et
le foie (jiii l'onctionncnt mal, et né|4li<;eant totalement le
réceptacle des déchets, l'intestin côlon, (jui est frappi; d'une
atonie persistante. Mais le jour où l'erreur de diagnostic et
de topograpliic morbide est reconnue, le jour où, néi^liL,^eant
la maladie ima^'inairc de l'estomac, on parvient à faciliter
les opérations nervo-motricesoudigestives de tout l'intestin,
l'amélioration ne tarde pas à se dessiner; elle devient évi-
dente, lorsqu'on favorise l'évacuation des matières et des gaz
contenus dans le côlon.
Il est étrange au premier abord qu'on puisse confondre
des maladies si diverses et si diversement localisées; il est
cependant un fait parfaitement démontré, c'est qu'il est des
affections intestinales, même de simples atonies de la mus-
culature intestinale, (fui prennent la marque de la dyspepsie
gasti'i(jue et en leproduiscnt toute la phénoménalité : ainsi
les douleurs au creux épigastrique, la distension de l'abdo-
men au-dessus et au niveau de l'ombilic, la production
excessive de gaz, la constipation persistante ou alternant
avec la diarrhée, le malaise général, les troubles cérébraux
et nerveux, l'aggravation des accidents trois à quatre heures
après le repas, la perte de la perversion de l'appétit, et, ce
qui est plus rare, en même temps que plus grave, la dimi-
nution des forces ol l'amaigrissement général. — Mais, si
les etlets sont à peu piès les mêmes, en dernière analyse la
cause et le sièg(^ du mal dilVèrent totalement. — Ce (pii
caractérise la dyspepsie stomacale, c'est une altération chi-
mi(|ue du suc gastri((ue; ce ({ui produit la fausse dyspepsie,
c'est un aftaiblissement, une sorte (bî [)arésie du tube intes-
tinal, en même temps qu'uni^ irritabilité spéciale de ses
eoG ciiAi». I. - DKs (;.\.sTi;iQi;i;s.
ikmIs. Si rmio nsl. (l'()r(lr(i ('liiiiii(|ii(*, Taiitre est (lynaniifjiic,
el l'ccoiiiiaîL pour origine un lioiihlc ncrvo-inotoiii'. OiMi
ralonii; iccoiniaiss(! poiii' point <1(î (l«!j>aiL une débililc'^ du
muscle, ou qu'elle résuUe d'un ohsIacN; mécanique à Téli-
minalion des matières, tel que les tumeurs, les léliovcrsions
de Tulérus chez les l'cmmes, ou bien encore les productions
hémorroïdaircs dans les deux sexes, l'ellet délinitif sera
toujours le même; on constatera toujours une accumulation
de gaz dans l'intestin, (jui remontent même jusqu'à l'esto-
mac et en franchissent l'ouverture supéi'ieure, un gonfle-
ment, une distension de l'abdomen jusqu'à i)roduire la gène
respiratoire, une lenteur marquée de la digestion, qui de-
vient surtout pénible lors de la digestion intestinale, c'est-
à-dire quelques heures après l'ingestion du repas. — Ici
tout s'explique clairement; dans la dyspepsie vraie, comme
il sera démontré, il s'agit de décompositions chimiques avec
production de gaz de fermentation.
Ainsi l'analogie n'est qu'apparente; la nature des deux
genres de maladies est diamétralement opposée; ce n'est
donc pas là une distinction faite à plaisir; c'est une néces-
sité pour le médecin de savoir reconnaître ces deux ordres
de troubles ou gastriques ou intestinaux, car ni le régime
ni les moyens curatifs qui conviennent aux gastro-dyspep-
tiques ou gastriques, ne sauraient être applicables sans pré-
judice aux malades, qu'on peut appeler les intestino-dyspep-
tiques et les intestino-atoniques.
§ 2. — Des gastro-dyspeptiques. — Les dyspepsies
sont ehiiitiques ou ne sont pas
Sous le nom de dyspepsies, la plupart des auteurs ont
compris tous les troubles fonctionnels de l'estomac, tels que
les douleurs épigastriques ou gastralgies, la tympanite ou
ni:s GASTHO-DVSl'KPTIQUKS. 267
acciiiiuilaliou de yaz, les voiiiissciiit'iils (jiii ii'onl souvt'iU
rien de comiiuiii avec une mauvaise digestion. Confondant
ainsi la cause et Toiigine de ces symptômes, on réunit dans
une description d'ensemble des phénomènes (jui doivent
être séparés, et l'on constitue une sorte de dyspepsie abs-
traite qui ne répond plus à la réalité. D'autre part, englobei-
toutes les dyspepsies sous le nom de gastrites, comme le
Taisait l]roussais, et comme le font encore quelques iiiiila-
teurs en retard, ou bien encore sous le nom de catarrhe
de l'estomac, selon la méthode allemande, c'est consacrer
une véritable hérésie pathologique, c'est méconnaître la
nature môme de la dyspepsie. — Récemment ces définitions
ont été abandonnées en France pour la dilatation de l'estomac
qui a été appelée à détrôner toutes les dyspepsies, toutes les
gastrites calarrhales, toutes les maladies stomacales. La
dilatation qui est de cause mécanique ou d*origine atoniquc
domine si bien la médecine française, qu'il suffit de la
moindre distension gazeuse de l'estomac ou môme du gros
intestin, placé au-dessous, pour constituer un dilaté. — Or
la contusion de la dyspepsie avec ses effets, la doctrine des
lésions inflammatoires, enfin le dogme des dilatations ne
manquent pas d'entraîner des conséquences dangereuses
pour le traitement et le régime des dyspeptiques.
Dégagé de toute idée préconçue, et guidé à la fois par la
physiologie et la clini(jue, je crus pouvoir, il y a six ans,
(Voy. Traité des dyspepsies, 1880 et ^'édition, 1883) résoudre
le problème en considérant la dyspepsie comme une opéra-
tion thimique défectueuse. Les organes digestifs ne valent
que par leur sécrétion, et celle-ci ne doit son pouvoir qu'aux
ferments spéciaux destinés à transformer les trois grandes
classes d'aliments, les matières albuminoïdes, les graisses,
les fécules ou les sucres. Les autres propriétés des organes
digestifs, la motricité, l'innervation, ne sont que desmovens
*GS CHAI'. I. — DKS C.ASTIUnrtS.
;iii\iliaii'cs do la di'icslioii, et, (|ii;m(l niriiic ollos subiraient
la plus «iravi^ atlciiHc, il ne saniaiL en iV-siillci- une véritable
dyspepsie. On peut en dire aulant de la raeullé d'absoi'ption,
cpii est pour ainsi dii'c le corollaire de l'opération digcstive,
mais n\n\ l'ait pas pailie intégrante.
Dans Ions les cas, pour constilnci' une dyspepsie gaslrifpn;
on intestinale, le trouble cliiniiqne est si bien la condition
sine fjua iion^ qu'on peut dire que la dyspepsie est rhlmigff c
on nest ])as . C'est la lésion piinioidiah.', indispensable,
qui peut grouper autour d'(dle et les douleurs et la tympa-
nite et les vomissements. Ces symptômes sont des pliéno-
mèn es accidentels, épisodiques. De môme la j)erturbalion
cliimique peut provoquer des troubles nerveux, des vertiges,
des palpitations, La dénutrition et l'anémie : ce sont là des
eiïets secondaires, des suites de la mauvaise digestion ; ils
ne sont pas inhérents à la dyspepsie.
Ainsi constituée, la dyspepsie n'exclut nullement la parti-
cipation des éléments histologiques, mais celle-ci n'est ni
nécessaire, ni directe. La dyspepsie peut se passer de lésions
anatomiques, et lorsqu'elles existent, elles n'agissent qu'en
compromettant l'intégrité de la sécrétion ou en altérant la
constitution du suc gastrique. En un mot, les vraies dyspep-
sies gastro-intestinales sont des opérations chimiques défec-
tueuses.
Une division naturelle des dyspepsies doit donc avoir pour
base les altérations que le suc gastrique peut éprouver dans
sa composition, de manière h entraver la digestion nor-
male.
L'action du suc stomacal est due à deux éléments, un
acide, chlorhydrique ou lactique, un ferment, la pepsine.
Une première source de dyspepsie est évidemment dans le
changement de rapports de ces éléments essentiels. La quan-
tité d'acide peut être diminuée ou exagérée au point que le
DKS GASTnO-I)YSIi:i»TIQUES. tîOO
SUC perd son pouvoir di^^esLir. IJien que ces variations soient
diriiciles à vi'iilÎL'r, bien que leui's origines soieni iiiiilti|il('s,
elles n'en doivent pas moins fi^^ureren lete de la liste des al-
téralioiis ('liinii((U(îs du suc gastri(jue. De luème, la pepsine
peut èli'o eu (h'dicit; mais la quantité ici ne joue pas le rôle
principal; en tant que Icrment, la p(q)sine agit à [)etite dose ;
il l'aut surtout tenir compte de la qualité du Icnuenl. Or
nous savons que la pepsine est dans l'estomac sous deux
formes distinctes : à l'état de dissolution, qui est seule
active et utile; d'autre part, à l'état de combinaison avec un
albuminate, c'est ce que SchifT appelle propepsinCf Grutzner
et Kbstein, matière pepsinogène.
Tant que la pepsine n'estpas dégagée de cette combinaison,
devenue libre et soluble, elle est inerte, et cette impuissance
équivaut à l'absence de pepsine.
Le mucus peut être sécrété en trop grande abondance
dans l'estomac, et le mélange d'un excès de cette substance
inaclive au suc gastrique en altère les propriétés digestives.
Le mucus qu'on retire de l'estomac atteint de catarrlie mu-
queux ne parvient pas en eQet à dissoudre la plus petite
quantité d'albumine. D'autre part, le mucus en excès forme
une sorte de dépôt à la surface de la muqueuse : il empêcbe,
en s'interposant, le contact de la pepsine acidifiée avec les
aliments.
Une autre adultération du suc stomacal est produite par
l'introduction de fcrmenls aiioiinaux parasitaires, qui sub-
stituent la fermentation putride à la véritable fermentation
gastrique.
La fonction digestive est enrayée souvent par des abus de
régime. Dans ce cas, il se développe une quantité excessive
de peptones qui gênent l'action ultérieure du suc gastrique.
La digestion est arrêtée; les pe])tones, en s'accumulant,
empèclient le suc stomacal de continuer son œuvre de liquj-
iTO CIIAP. I. — I)i:S C.ASTHIQL'KS.
r.'K'lion et (l(^ iii('l;ini()i'[)lj()so (1(îs aliiiKMifs ([iii rcsicnt à di-
j^ércr. ( )ii coiislalr lacilriMcnt c<is li'oiihlcs clirz ranimai ; cai"
(1rs (jiif les pc[)loncs sont cliassées di; r<'sL(jiiiac, lit Iravail
dij^cslir recommence (!l siiil, sa inaiclK^ régulière.
Kn résumé on peut admelliv ciiKj i:eni"cs du dyspepsies
cliiini((ucs : 1" par défaut el peuL-èlre par excès d*acide ; —
2" par défaut de pepsine efficace ou dissoute ; — fl" par mélange
de mucus en excès au suc gastrique; ce sont là les trois
principales altéralions qui constituimt les dyspepsies chi-
miques; — A" ralimentation excessive agit surtout par accu-
mulation des pcptones dans l'estomac; — 5" l'inanition
constitue une dépréciation générale des tissus vivants, par-
ticulièrement des glandes à pepsine.
L'intérêt de la discussion porte surtout sur les dyspepsies
clilorliydro-acides. Cette conception chimique de la dyspepsie
passa inaperçue. Personne à l'étranger n'avait tenu compte
ni de la définition, ni des divisions physiologiques ou cli-
niques des dyspepsies ; personne en France ne les mentionna
si ce n'est pour les critiquer. Cependant la vérité s'est fait
jour. Les meilleurs observateurs (Leube, Riegel, Ewald,
Edinger, Van der Velden, Jaworski) ne veulent plus que le
mot de dyspepsie soit applicable à d'autres troubles que
ceux qui résultent des altérations chimiques des sucs de
l'estomac. Les objections faites en France contre les dys-
pepsies chimiques sont tombées depuis le jour où l'on a
vérifié par l'analyse chimique les graves et nombreux chan-
gements qui s'opèrent dans l'estomac du dyspeptique com-
paré à celui des individus en pleine santé. — Aujourd'hui
on analyse avec une scrupuleuse exactitude l'état des sucs
digestifs; on sait si le liquide digestif contient trop peu ou
trop d'acide chlorhydrique ; on sait quelle est la proportion
corrélative de pepsine. Ce qui est plus important encore, on
apprécie depuis les récents travaux de Jaworski et Gluczinski
I)i: LA VALEUi; DU suc GASTRIQUE. 271
combien (rjilbuininatos se trouvent, dans un temps donné,
transformés en peptoncs ; et par consécpient quelle est la
quantité de substances réfiactaiies à la digestion stomacale?
Celles-là passent dans l'intestin pour y être soumises à l'ac-
tion des sucs intestinaux, qui sont les moyens les plus sûrs,
les plus fidèles de la digestion, le refuge le plus certain pour
tout ce qui n'a pas été peptonisé, c'est-à-dire rendu assimi-
lable ou pour tout ce qui n'a pas été absorbé dans l'estomac.
Pour être plus sûr de la fécondité ou de l'énergie du suc
stomacal à cbaque période de la digestion, on pratique avec
ces liquides extraits de l'estomac, une digestion artificielle,
en les mettant en contact dans un appareil spécial avec
l'albumine de l'œuf, ou la fibrine du sang, ou la musculine
de la viande. — Enfin après avoir clierclié le degré d'acidité
du liquide digestif, la quantité de peptone ou de propeptone
obtenue, la force digestive du liquide stomacal, après avoir
examiné la forme et le degré d'usure du bloc d'albumine,
établi les rapports de lapeptonisation avec le degré d'acidité,
on se trouve du môme coup avoir déterminé la durée du
séjour de l'aliment dans l'estomac, ce qui constitue actuelle-
ment l'objet d'une grave discussion. — 11 s'agira en eflet de
savoir si la fonction motrice stomacale qui entre en jeu est
troublée par les opérations cliimiques, ou si elle leur est
subordonnée; il s'agira surtout de savoir s'il y a une limite
pbysiologique pour le stationnement de la masse alimentaire
dans la cavité stomacale, si l'état patbologique ne peut pas
commencer en deçà, ou bien s'il doit toujours commencer
au delà de la frontière. Mais avant tout clierclions à déter-
miner la valeur du suc gastrique.
I*r<>iiiièrc9 l'CclicrolicM miii* la valeur «lu muc* g^nMiriquo chez
l'iioiiiiiicNaiii. — L'étude des procédés cbimiques de la diges-
tion sur les animaux sains, dont on vide l'estomac après liga-
ture du pylore ou sur les animaux munis de fistules gastriques
'ili CHAI'. I. — IH:S (;,\STIII(,)UES.
(loiil on exilait I(î liijiiidc à f'xaiiiiiici-, a i''l('; apprujucc sans
anliv iiironiialioii à la physiologie l'I iiiriiic à la iiirdccinc
liiiiiiaiiic ; (l(>s milliers (rex|)ériences siii* reslomar du <liien
oui d('( idé It's cliuicioiis les plus scepti(|ues, les j)Ius aulijdiy-
sioloi^islcs, à cousidérer coinine normal uii estomac (|ui
forme uu aeide inleiise et beaucoup de jx'ploucs, et de [)lus
couiuKî l'organe le plus important de la séiic digestivc.
Cette croyance semblait devoir se iortificr par l'explora-
tion du suc «gastrique chez les blessés porteurs de fistules
i^aslriqucs ([ui pei'mcttaicnt l'extraction du contenu '•as-
li'i(|ue ; nnais n'oublions pas qu'il s'agit d'un estomac malade
dont l'ouverture au dehors constitue elle-même une lésion ;
on ne saurait faire d'un organe pathologique le critérium
de l'état normal. 11 n'y avait donc pas de point de repère tant
que les analyses ne portaient pas sur la sécrétion stomacale
de l'homme lui-même. La pompe gastrique, imaginée il y a
près de vingt ans par Kussmaul, et dont l'utilité dans le trai-
tement des dyspepsies m'est prouvée depuis dix-huit ans,
nous fournira le moyen de nous procurer ce suc gastrique.
Il suffit même d'un tube mou introduit dans l'estomac et muni
d'un aspirateur pour recueillir le suc avant et pendant la
digestion. — Leube injectait aussi de l'eau glacée avant le
repas ; depuis on se sert d'eau à la température de 18 degrés,
injectée à la dose de 100 à 300 grammes pour provoquer la
sécrétion stomacale, qu'on retire après quelques minutes
pour l'examiner. Puis, d'après le procédé de Jaworski etGluc-
zinski, le patient avale deux œufs durs sans le jaune avec
lOOàSOO grammes d'eau distillée; au bout d'un quart d'heure
le liquide stomacal est aspiré; on répète l'opération de quinze
en quinze minutes pendant tout le temps du séjour de l'albu-
mine dans l'estomac, jusqu'à ce que l'essai donne un liquide
entièrement exempt d'aliment. Les liquides ainsi obtenus sont
soumis tour à tour à la recherche du degré d'acidité. Sur
UÉACTIFS DKS ACIDKS DK L'ESTOMAC. 573
yinpft-lniit individus sains ou malades examinés par Jaworski
la réaction fui l'cconnuc acide vinj^t-quatre fois, et remplacée
quatre l'ois par l'alcalinité.
Dès que le blanc (TiL'uf arriv»; dans l'estomac, Tacidilé se
manifeste, augmente L-raduellement d'intensité, puis atteint
son maximum pour retomber rapidement. Tous les maxima
très élevés appartiennent à l'état palliologique, et dans ce cas
ils se montrent tardivement, c'est-à-dire entre le troisième
et le quatorzième quart d'beure, tandis qu'à l'état normal le
degré le plus intense de digestion se manifeste entre le
deuxième et le quatrième quart d'beure. Après cin(j quarts
d'beure, l'albumine a dû disparaître de l'estomac.
E\vald,qui fixe la moyenne de la transformation de l'albu-
mine entre deux et buit quarts d'beure, fait remarquer que
cette donnée ne s'applique pas à toutes les espèces albumi-
neuses, et que la durée ainsi que l'intensité de la digestion
varient beaucoup selon l'abondance des repas.
ncactifs des <livcr<< acides de l'e^tomae. LcS divCrS réaC-
lifs, employés pour la recbercbe des acides de l'estomac et
leur quantité sont la tropéoline, puis le métbylviolet, le
sulfocyanure ferreux de potassium et un nouveau papier
réactif, ou papier de Congo employé tout récemment par
Riegel.
La Iropéoline en solution aqueuse concentrée est un liquide
jaune qui se colore en brun rouge par les moindres traces
d'acides. On détermine d'abord son degré d'acidité à l'aide
d'un liquide titré contenant un dixième de solution concen-
trée de soude. Quand la tropéoline a démontré la présence
d'acides libres, on en précisela nature i)ai' le mcthylviolel;
quelques gouttes de ce réactif colorent le liciuide extrait en
bleu pâle allant jusqu'au bleu intense ; s'il s'agit d'acides de
fermentation, comme l'acide sarcolacti(iue, ils se reconnais-
sent mieux au moyen du sulfocyanure ferreux de potassium,
SÉE. V. — 18
"111 CIIAP. I. — I)i;S C.ASTlUQrKS.
(|iii (l('(()l()i(* les nialiriTs. Oii.'iiid iiiriiic le li(|ui(lc stomacal
lie coiiliondrail que 0,4 à 0,i (r.icidc |)()iii' 100 jcirlios, les
rcaclils in(li([iics agissent oiicore, en décèlent encore nette-
ment la présence, surtout (juand l'acide est cldorliydi'ique,
tandis ([ue les acides lacti([ues nu donnncnt ciHte coloialion
que s'ils sont six fois plus considéiables.
Lorsqu'il ne contient ni acide cliloiliydii({ue, ni acide
lactique, l'acidité provient des acides gras, dont on prouve
la présence par l'agitation avec l'élher, et en traitant le résidu
par l'eau chlorocalciciue. UIFelmann trouve l'acide butyrique
par le perchlorure de fer phéniqué qui donne une coloration
d'un gris cendré.
Résultats des rcchcrchoM. — Par CCS divers procédés de
reciierclies, Ewald et Boas ont constaté un fait bien curieux;
ils ont reconnu que l'acide lactique précède l'acide cliorhy-
drique pendant les trente premières minutes ; puis il survient
une deuxième phrase, marquée par la coexistence des deux
acides, et une troisième qui commence quelquefois après
une demi-heure, au plus tard après une heure, et n'est ca-
ractérisée que par l'acide chlorhydrique seul.
Dans les affections morbides de V estomac, ces périodes
digeslives sont singulièrement prolongées, de sorte qu'au
bout d'une heure on retrouve encore l'acide lactique soit
mêlé avec l'acide chlorhydrique, soit même seul dans le con-
tenu fdtré. Dans ces mêmes conditions, on constate aussi
encore des traces d'acides gras restés intacts ; d'une autre
part la digestion des fécules qui devraient à ce moment être
transformées en dcxtrine et en sucre est loin d'être ter-
minée.
Des prodaits de la digestion gastrique. — Des peptones. —
Maintenant que nous connaissons les moyens d'action de la
digestion, il s'agit d'en déterminer les produits. On trouve
d'abord l'albumine soluble avec les propriétés chimiques de
KÉACTIFS DKS ACIDKS DE L'KSTOMAC. «Tr>
la syntoninc ou propeptono, et eu deuxième lieu la {loptone
clle-uième : elle se reeouuaît par la solution (Je sulfate de
cuivre , qui la colore en lose ou en rouj^e intense selon la
quantité de peptone.
Pouvoir digestif du liquide gastrique. — Les réactions
chimiques du suc gastrique ne suffisent pas pour en fixer la
valeur; il importe d'en déterminer le pouvoir digestif: dans
ce l)ut, on fait à l'aide de ce liquide des digestions artifi-
cielles, et on constate qu'elles marchent de pair avec l'aci-
dité, aidée toujours de la présence d'une certaine quantité
de pepsine.
Objections faites à la valeur du réactif méih^jlanil inviolet.
— Tout récemment Gahen et de Mering (Z). Arch., 58, 1880)
viennent réclamer contre le méthylviolet employé directe-
ment. Après avoir enlevé au liquide stomacal les acides vola-
tils, puis l'acide lactique, ils soumettent le résidu acide à la
neutralisation par la cinchonine, et ils constatent que des
sucs gastriques acides qui ne donnaient pas de réaction mé-
thylique, donnent au contraire la coloration bleue très net-
tement, lorsqu'ils ont été neutralisés.
D'ailleurs, la réaction bleue peut aussi manquer par les
peptones à 4 pour 100 (Ewald), par les albuminates non
peptonisés (Gahen) par la leucine, par les produits muci-
neux, par la salive; voilà donc bien des causes d'erreur;
ainsi ces auteurs concluent ainsi. Dans le môme liquide ou
peut trouver les trois genres d'acides. A l'état normal l'acide
chlorhydrique existe toujours une demi-heure après l'ing^es-
tion des aliments. Par le régime carné l'estomac ne conlient
que de l'acide chlorhydrique, tandis que par un régime mixte,
le liquide de l'estomac sain ou malade renferme une certaine
quantité d'acide lactique de fermentalion et d'acides vola-
tils, et cela d'autant plus que les aliments ont plus séjourné
dans l'estomac. Dans le carcinome pylorique lui-même l'acide
«78 i\\\\V. I. — DKS GASTRIQUKS.
cliIoiliy(lii({iic ('onslitu(3i;iil l;i rè^lr, dii sorte qu'en résiiiné
le violet de iiiétiiylc sciiiil iiicapal)!»; de di'<(der la présence
de l'acide cldorliydi'iciue dans le coiili-im sloiuacal. Ces
observations prouvent siiiiplcniciil la iii;cessilé de tenir
compte; (](; tous les agents ([ui peuvent ti'oubliT le iw'sullat
final.
napport** tic la rliiinic aTCC la niotricHé «lo l'cN<oniac .
Durée de In di^cMtioii. — \oiis avons VU (pudies sont Ics al-
térations chimiques du li([nide de l'estomac, quel est son
pouvoir digestif artificiel ; (pielle est la durée habituelle de
la peptonisation des aliments albumineux fragmentés.
Supposons maintenant un repas plus complet, composé
par exemple de soupe, de viande et de pain blanc. Combien
de temps ces aliments séjournent-ils dans l'estomac? Chez
l'individu sain la digestion dure de quatre à sept heures,
selon que leur quantité est plus ou moins considérable. —
Au bout de sept heures l'estomac doit être vide. C'est là la
donnée établie par Leube pour l'homme sain ; c'est aussi ce
que Kretschy avait observé sur un malade porteur de fistule
gastrique; quatre heures et demie pour le déjeuner, sept
heures pour les repas principaux; c'est à l'apogée de ces
périodes que correspondait le maximum d'acides.
Il semble donc, comme le dit Leube, que toute digestion
qui dépasse sept heures cesse d'être normale; mais Ewald,
Rosenbach et Riegel font observer avec raison que cette
moyenne est ^souvent dépassée, et souvent moindre. Ces
oscillations se retrouvent dans l'état régulier, et de même
dans les cas dits pathologiques ; chez un dyspeptique, Riegel
ne constata plus rien après cinq heures de travail digestif,
et cette anomalie de durée ne pouvait rien faire présumer
de la cause de l'anomalie digestive.
Nous connaissons la manière d'apprécier la durée de la
digestion quand il s'agit des fragments d'albuminates retirés
Duni:!-: di; i.a dickstion castiîiql'i:. 277
avec le liquide par la son(l<! (Jaworski). Lorsque ce liquide
stomacal est 1res acide, les blocs (ralhumine sont coniine
ronj^cs aux bords; s'il est faiblenicnt acdde on neutre ils
restent inaltéi'és et anguleux jus(|n\'ui nionicnt où ils sont
expulsés de Testoniac dans l'inleslin. Celte ('dirninalion a
lieu ordinairenaent quand la réaction de l'acide gasliique
et des pi'odiiils de digestion atteint son nriaximum; à ce
moment, la i)lus grande partie des fragments (juitte l'esto-
mac ; alors on ne trouve plus de peptones, et l'acidité dispa-
raît.
Quand l'estomac est à Vélat jiatliologirjiie^ le temps de
l'expulsion des morceaux d'albumine peut varier, depuis
quelques quarts d'heure jusqu'à une nuit entière. De temps
à autre on voit encore, alors que la digestion paraît achevée,
apparaîlre un à trois fragments entièrement intacts qui ont
échappé à la digestion.
Il y a donc en résumé une période ascendante dans la di-
gestion, puis tout à coup une période de déchéance, marquée
par la disparition simultanée des peptones et de l'acidité
gastrique.
Dans les conditions morbides, dans les dyspepsies mu-
queuses, dans la dilatation de l'estomac, la propriété méca-
nique de l'estomac est modiliée; l'évacuation de l'estomac
subit un relard qui coïncide avec une deuxième période
digeslive très accentuée et longue, avec une acidité très
variable, parfois très faible, nulle ou même avec une réaction
alcaline (Jaworski). Les peptones produites s'accunudent
et séjournent longlemps dans l'estomac; de là les sensations
pénibles perçues par les malades. Or, comme à l'état phy-
siologique, l'estomac se vide dans un (\spa('e de lemj)s qui
est de quatre à six quarts d'heures, on peut dire que l'esto-
mac n'est pas uniqu(Muent un digesteur chimique, mais qu'il
doit plutôt être considéré comme un récipient qui laisse
Î78 cil. M». I. — DKS r.ASTIllUUKS.
(''(•liji|ij)('r \:\ nomiiliirc ]),ir Iriiclions dans l'inlcslin ; c'esi
l'iiilcsliii (jui possède la vciiLablc roiictioii dij^cstive, tandis
que, dans les circoiislaiices aiiorniales, il laiit une période
première d'acidilicalion el de pei)lonisalion plus j)rolonf'ée
pour niellre l'estoniac en niouvenienl, et e'est resloniac
malade (]ui est appelé à di«^éier.
^ 1). — DcM clyspcfisieN <*bl«»rliy«lro-n<*i(IcK en g^éncrnl
Il y a une grande importance à savoir distinguer les dys-
pepsies, et les maladies physiques ou organiques de l'esto-
mac; la certitude est rare, et lors même que pai- les
méthodes physiques d'exploration on est arrivé à constater
une dilatation ou une dégénération cancéreuse de l'organe,
tout n'est pas dit; il s'agira ensuite de déterminer jusqu'à
quel point la lésion a compromis les fonctions chimiques de
l'estomac; la dénutrition générale et le dépérissement ne
dépendent que du défaut de fonctionnement ou du change-
ment de texture des glandes à pepsine. 11 se peut encore
qu'il s'établisse une sorte de décomposition de la masse ali-
mentaire, qu'il se forme des produits putrides, liquides ou
gazeux dans la cavité stomacale distendue simplement par
l'atonie des parois, ou bien dilatée par suite de l'obstacle
que le rétrécissement cancéreux du pylore oppose au pas-
sage des aliments dissous, de l'estomac dans l'intestin.
Pour arriver à ce diagnostic véritable de la situation, il
n'existe d'autre moyen que l'exploration chimique qui nous
permet de savoir si le suc gastrique est pauvre ou riche en
acide chlorhydrique, s'il contient des acides de mauvaise
formation, s'il jouit de toute sa puissance digestive; cette
méthode est lente, difficile, et réclame des réactifs purs, des
explorations répétées comme Riegel les a pratiquées. Pour
préciser le diagnostic, il faut faire prendre au malade un
DES nYSI»KI»SIKS CIlLOFUIYDRO-ACinF.S EN (;f::NÉRAL. 279
repas copieux, par ex(imple à midi, extraire par la sonde
uneccrlainequantitédeliquidc à l.i lin de la deuxième période
de la digestion, ainsi à cinq ou six heures du soir, pour avoir
l'acide chlorliydrique libre, et même plus lard quand on
souj)eonne un état patlioloi^ique.
C'est par ce procédé que Riegel a examiné attentivement
cent vini,^t-deux malades, en se livrant à treize cent soixante-
dix-neui' analyses cliimiques. Au nombre des cent vingt-deux
malades on voit figurer, dans une première catégorie, vingt-
huit atteints de cancer des divers organes digestifs ; dans une
deuxième série, trente-trois dilatations; la troisième com-
prend trente-qualre dyspepsies chroniques dont vingt-cinq
simples; les autres se rattachent aux maladies du cœur, à
la tuberculose, aux calculs biliaires, au reflux de la bile
dans l'estomac. Une dernière catégorie se compose de seize
cas de dyspepsies dites nerveuses. Les autres cas sont isolés.
1» DyjiiiiopHieN ditcN ncrvcuseï^. — Or il cst à remarquer
avant tout que dans les se en France, Ilabersohn, Ghambers, Fenwik, Beai'd,
Folhergill, et plus récemment Rogers en Angleterre, on con-
naissait les symptômes et les eifets nerveux des dyspepsies.
— Mais tout était confondu sous cette dénomination lorsque
Leube chercha à définir le composé symptomatique, à tra-
cer le tableau de la maladie qu'il désigne sous le nom de
dyspepsie nerveuse : Les dyspeptiques de ce genre sont,
dit-il, de constitution délicate; maigres ou amaigris, rare-
ment corpulents ou d'aspect florissant. — La maladie qui
souvent a succédé à une fièvre intermittente, à une lésion
des reins ou de l'utérus, ou à une altération matérielle de
l'estomac, se caractérise ainsi : le patient, et ceci est carac-
téristique, est atteint par l'acte digestif dans une partie quel-
conque du système nerveux central. — Les accompagne-
ments les plus pénibles de la digestion sont les congestions,
288 CIIAP. 1. — DES GASTRIQUES.
smhMil 1(* iii.il (le ItHc, les v(;i'li'»(\s, lu fali^iio, l'arrîmont \\\\(\
sonnu)lt'ii((' coinplèlc, j)aiiois i\i'^ hallciinMils de cœur, des
l)iil>ali(>iis (le faoïMc vciilialc, des sensations d'an^^oisse par
la respiration. — La source de ces pertiirh.ilions est indiquée
par des sensations (jui sont (.mi rapj)oil dii-ect avec le tulx.'
digestif; ainsi les éructations, l(is ré^nr^itations qui n'entiaî-
nent pas de masses acides, mais seulement des f^az inodores
ot non acides; en même temps il survii^nt souvent un malaise
local ([ui tend :ui vomissement : un symptôme constant est
le sentiment de i)lénitude et de pression à répigastre,qui va
parfois jus([irà la douleur; il faut y joindre les phénomènes
de contiLiuïté, le pyrosis à l'œsophage, le resserrement de
la gorge, l'appétit variable, et souvent tourné en faim canine,
souvent aussi coupé dès les premières bouchées. — Les
troubles intestinaux, surtout la constipation alternant par-
fois avec la diarrhée ne manquent jamais.
Lorsque ces manifestations vers le système nerveux cen-
tral sont plus accentuées à la suite de l'acte digestif qu'à
l'état normal, lorsque surtout il s'y joint d'autres troubles
cérébro-médullaires, c'est alors surtout qu'on peut, qu'on
doit reconnaître la dyspepsie nerveuse.
Mais toute cette conception de la dyspepsie nerveuse a été
attaquée; le nom lui-même est inexact. Gomment l'appliquer
à un acte absolument correct de la digestion? comment
attribuer à une dyspepsie la sensation de pression, le malaise
et d'autres phénomènes qui s'observent même à jeun.
Après le nom on changea l'idée. La dyspepsie dite ner-
veuse devint une névrose de Vintesiin comme de Veslo-
mac. Ewald dit : La dyspepsie nerveuse doit avoir un sens
plus large, ou subir une transformation. — Il comprend
sous cette dénomination les troubles de tout le tube diges-
tif, et croit qu'en raison des connexions intimes entre les
nerfs de l'estomac et ceux de l'intestin, la maladie de l'un
GASTKO-ATOMES AVEC OU SANS SPASMKS. 289
doit cntraînoi' celle tl(3 raiilre |);iili(i de l'appareil; cela
csl parraitciiienl exact. Quand il y a une dyspepsie stoma-
cale, elle provo(|ue souvent la constipation ; inversement
l'accumulation des matières dans l'intestin produit très sou-
vent des phénomènes morbides de l'estomac. — Ces laits
ont frappé depuis lon^^emps mon attention. Combien de
lois ai-je vu traiter sans succès pendant des années comme
gaslro-dyspeptirpies, des malades dont Testomac était in-
demne, l'intestin malade. Com])ien de malheureux ont subi
inutilement des saisons multiples de cures d'eaux minérales
digestives, et cela uniquement parce que le médecin ne pou-
vant pas se dégager de l'idée de la dyspepsie stomacale,
méconnut la scène pathologique qui se passait dans l'intestin
ou pendant la digestion intestinale : c'est la justification de
l'intitulé du Traité des dyspepsies gastro-intestinales. Plus
l'expérience m'a guidé dans cette étude si dii'ficile, plus
claire m'a paru l'observation sur le caractère véritable des
dyspepsies chimiques, qui sont d'une rareté relative, sur
la délimitation des atonies stomacales, des parésies intesti-
nales qui sont d'une fréquence absolue, en tant que pri-
mordiales, ce qui est la règle.
On peut conclure, d'après cette formule, que la dyspepsie
nerveuse n'est pas une dyspepsie, mais qu'elle est une névrose
gastro-intestinale, d'ordre moteur. Quant à la genèse, quant
à l'origine de ces névroses gastro-intestinales, il reste un
problème à résoudre.
Les névroses gastro-intestinales, surtout les atonies muscu-
laires sont le plus souvent de cause locale. Dans les fameuses
discussions des derniers congrès, la plupart des orateurs
(Glax, Richter, Burckart, Uosenthal, Stiller) ont effacé la
névrose locale ou périphérique pour lui substituer une cause
éloignée, une altération fonctionnelle de tout le système
cérébro-spinal, une névro-asthénie vulgaire ou hystérique.
SÉE. V . — l'J
iOO CHAI». I. — DKS r.ASTHIQUKS.
Mwjild cl siiiloiil Oser, dans son inh'i'i'.ssanl. opuscule, sont
les seuls (|iii .liciil r.iil. ^\^'< n'-sci-vcs en laveur (l<3S oi'^^aiies
(li'^(\slirs, (iireclcnicnL (îI priiuiliviunenL alleints.
Voici C(î (jui a doiiiit'' lieu à ces divcrj^enccs (Topinious.
Il se passe dans resLouiac une série de. pliénoiuènes sujets
à diverses interprélalions. — Au dc^i/' h; plus siiu[)l(î, la
dyspepsie dile nerveuse ou plu loi la névrose j^aslro-inleslinale
se traduit pai' des sensations ])énil)les dépression, de <,^onfle-
menl, ayani leui* siège dans l'estomac ou dans le côlon qui
est placé au-devant ou au-dessous; en même temps il se
manifeste, outre la distention de l'épigastre, des éructations
de gaz ordinairement insipides et inodores, d'autres fois
d'un goûtacre,rance. Aun degré plus avancé, le goût s'altère,
la langue se couvre d'enduits, les malades n'ont plus que le
désir des boissons ou des aliments, soit acides, soit excitants ;
l'appétit se perd, des fausses faims se manifestent; la salive
est sécrétée en plus grande abondance; enfin des vomisse-
ments apparaissent qui entraînent au dehors les aliments
indigérés, des produits de la décomposition alimentaire, des
acides gras, du mucus vitreux, qui provient de la muqueuse
altérée, ou de la fermentation des hydrocarbures féculents.
C'est ce qu'on voit surtout chez les alcooliques, qui rendent
le matin des liquides muqueux et salivaires, après des nau-
sées, des vomituritions et quelques efforts de toux provoqués
par l'irritation alcoolique de la gorge et une exsudation mu-
queuse difficile à détacher.
De ces divers phénomènes, il en est trois qui ont une im-
portance marquée au point de vue de la genèse de la gastro-
névrose dans l'organe malade ou dans les organes nerveux
éloignés; ce sont les éructations, le pyrosis, la flatulence ou
tympanite.
Les éructations ne se manifestent le plus souvent qu'une
ou deux heures après le repas, qu'il ait été copieux ou non ;
GASTRO-ATONIES. 291
el ne se produisent que quand les gaz sont abondants, (juand
il y a llaLulence; il s'élimine alois des gaz, ([iii entraînent
parfois aussi des masses acides et rancies, avec des fragments
d'aliments : c'est la régurgitation; elle s'opèni pai* les con-
tractions de l'estomaiî, et parfois par celles des parois abdo-
minales, ou par de fortes expirations (Weisgerber); de
pareilles émissions de gaz, plus fréquentes cliez les névro-
patliiques, peuvent durer des jours entiers et s'accentuer à
cliaque émotion morale.
Les gaz excrétés peuvent n'être que de l'air ingurgité,
mais lorsqu'ils sont acides, il semble qu'il doive y avoir tou-
jours une formation anormale d'acides dans l'estomac; tou-
tefois comme le sondage pratiqué à jeun ne les démontre
pas toujours dans l'estomac vide des malades flatulents, on
est obligé de considérer ce pbénomône plutôt comme une
sensation d'acide que comme une production d'acides ; cette
sensation proviendrait par voie d'irradiation d'une excitation
des terminaisons gastriques du nerf vague. Lorsque les
acides sont prédominants, ils sont fixes comme l'acide lac-
tique ou bien volatils comme les acides gras.
Le pyrosis semble également comprendre deux méca-
nismes; en général c'est l'excitation ellcctive de Tœsophage
-et du gosier par le contenu stomacal, cbargé d'acides gras
volatils, et remontant à l'aide de la régurgitation. Ici encore
il s'agit parfois d'une sensation connexe du nerf vague de
l'estomac et des nerfs du goût. Le pyrosis peut d'ailleurs
exister sans éructation; c'est alors surtout que la sonde
démontre dans l'estomac la présence d'acides gras de fer-
mentation, qui donnent lieuàla perception réflexe, gutturale
de l'irritation vago-sympatliique de l'estomac. Cette impres-
sion de fer chaud se retrouve particulièrement chez ceux
qui sont atteints d'une atonie de l'estomac, ainsi que l'observe
justement Rosenbach.
f9t r.llAP. I. — F)i:S GASTRIQUES.
FJithilcncrs. — L'excès de p:az dans rr;stomao cl, dans
rintestin acconipa<;ne Ion jours li; ])yrosis et les éructations.
L'estomac conlicnl noi'nialemont des f;az, ([iTil csl impos-
sible d'aspirer complètement |);ii' la pompe. Il reste cons-
lamment dans l'estomac le plus i'emj)li, ainsi (pTil est facile
de s'en assurer, dans la position liorizonlalc, une zone (jiii
rend le son tympanique entre la pointe du cceur et la conca-
vité des côtes gauches. C'est avant tout l'air qui est ingurgité
avec les aliments, et cela d'autant plus que les aliments sont
moins mâchés, moins insalivés et plus vite avalés. La fer-
mentation des aliments fournit très peu d'éléments gazeux,
à moins qu'elle soit anormale, et que la digestion soit
troublée, comme dans la dyspepsie cliimique.
Dans un certain nombre de cas que nous préciserons, les
gaz de l'estomac proviennent des intestins; mais ordinaire-
ment la masse gazeuse est fournie par l'air atmosphérique
qui est ou bien avalé ou bien aspiré. Weisgerber et Stiller
ont nié la déglutition de l'air, parce que la pression intra-
stomacale est plus considérable dans l'estomac que dans la
poitrine et dans l'œsophage; Oser a toutefois fait observer
que les contractions de l'œsophage peuvent y surélever la
pression, et en devenant involontaires, pousser l'air de façon
à le faire parvenir dans l'estomac. Un exemple intéressant
de Kussmaul et cité par Pônsgen nous montre une tympa-
nite des plus graves, formée exclusivement par l'air atmo-
sphérique avalé; la malade parvint à limiter la déglutition
de l'air et à se débarrasser ainsi de sa tympanite.
Il n'est toutefois pas impossible que l'air soit aspiré
directement. Oser cite une série de faits danslesquels l'émis-
sion des gaz coïncidait avec une véritable agitation péristal-
tique des muscles, et des contractions incessantes de l'in-
testin. Le même phénomène peut avoir lieu dans l'estomac
lorsque de pareilles contractions se produisent, le cardia
, GASTRO-ATONIES. 2'J3
étant ouvert . — Il n'est pas nécessaire, comme le croit Stiller,
(l'admettre une paralysie de l'anneau très mon, très exten-
sible du cardia. Les deux laçons dont l'air pénèti'e, c'est-
à-dire l'ingurgitation et l'aspiiation explicpient laeilement
l'énorme (juantité d'air qui s'accumule, et cpii, après avoir
distendu l'estomac, finit par soulever, par révolter la lorce
contractile de l'estomac; d'où résulte l'expulsion de ces
masses d'air si fatigante et si répétée.
Composition des gaz (jaslro-intesiinaxix. — Outre l'air avalé
ou aspiré, l'estomac contient de l'acide carbonique, qui,
d'après Lehman, se dégage du sang par voie de diffusion.
Planer trouva chez le chien, cinq heures après le repas,
25 ^"'•, 2 pour 100 d'acide carbonique, G8,G8 d'azote et
6,12 d'oxygène, ces derniers provenant de l'air. Mais comme
la tension de l'acide carbonique dans le sang artériel atteint
à peine 4 à 5 volumes pour 100 (Strassburg) il est impossible
que la quantité d'acide carbonique indiqué(* par Planer pro-
vienne du sang; ce gaz doit nécessairement se former dans
l'intestin et remonter de là dans l'estomac.
Les fermentations qui ont lieu dans Tintestin se traduisent
non seulement par l'acide carbonique, mais par l'hydrogène,
l'azote, l'hydrogène sulfuré ; il y a en outre l'hydroj^ène car-
boné, ou gaz des marais, qui résulte d'une fermentation n
spéciale, aux dépens de la cellulose que nous prenons avec il
les végétaux ; on connaît la flatulence que produisent cer-
tains légumes, comme les choux. Elle varie aussi selon la
quantité de gaz (pii rentrent dans le sang, après avoir
séjourné dans la cavité intestinale. — Un travail très inté-
ressant a été publié par Zuntz et son élève Tacke pour prouver
que les gaz intestinaux passent pour la pins grande partie
dans le sang, et sont ensuite éliminés par le poumon. Dans
une expérience pratiquée sur un lapin et durant dix heures,
les intestins éliminèrent 30 centimètres cubes de gaz, pen-
f»i CHAP. I. — DES GASTUIOIIES.
(laiil (juo les poumons cxlialèi-cnt rénonno (jn;mlilc de
103 ('(Miliiii(''lres ciilx's (riiydi'o^ènc et de <iaz des marais;
donc les voies respiratoires expulsent dix à douze fois plus de
p:az que l'intestin, dont la partie supérieure contient surtout
de Tacide carbonique et de Fliydro^ène, et dont la partie
inférieure (intestin côlon) renferme principalement le ^^az
des marais.
Aïonio et npoNnieA do l'oNtoniac. — La Caractéristique et
le mécanisme des symptômes de flatulence peuvent nous
éclairer sur la nature vraie ou fausse des dyspepsies qui les
produisent. S'agit-il d'une dyspepsie vraie, l'examen des
liquides aspirés suffira pour la faire admettre ou nier. Si la
dyspepsie chimique fait défaut, si c'est une gastro-névrose
sensitive ou motrice, le véritable problème consiste à déter-
miner son origine ; est-elle de cause locale ou n'est-elle
qu'une fraction d'une névrose générale? ainsi d'une hystérie
gastrique, d'une neuro-asthénie fixée sur l'estomac? La ré-
ponse est faite ; si les éructations et les régurgitations sont
intenses, si elles portent sur des gaz fétides, rances, acres,
ou sur des fragments d'aliments indigérés, à plus forte raison
s'il y a des vomissements de ce genre, si le pyrosis est per-
manent et répété à chaque digestion, si chaque repas est
suivi de douleurs vives, de cardialgie, dans ces conditions
on n'est pas en droit de supposer une simple localisation
de l'état nerveux général. — Vous ne verrez jamais le
nervosisme constitutionnel se dessiner autrement que par
l'accumulation des gaz ou par l'émission des gaz insipides^
inodores, particulièrement de l'air atmosphérique ingurgité;
le tympanisme peut dans ces cas devenir excessif et soulever
les parois de l'estomac, de l'intestin, de l'abdomen lui-même,
et se produire instantanément; la violence du phénomène
et sa production sous les influences émotives sera une
raison décisive pour faire admettre une gastro-névrose con-
OASTKO-ATONIKS KT (iASTIlOSl'ASMKS. 2'J5
sécutivc, pour faiiT! naître l'idée (rime maladie nerveuse
générale avec délennination j^astro-iulcslinale, surtout si en
même temps il y a des perversions de l'appétit, des fausses
faims, une sensibilité exalté(; de resloiiKu; et des anostliésies
de la peau.
La chimie peut à son tour nous éclairer; si on trouve le
liquide stomacal trop peu chlorliydro-acide, si son pouvoir
digestif artiliciel est faible, si les peptones ne se sont pas
assez formées, on est en droit d'admettre une dyspepsie
chimique. — Je sais que pour certains cas de ce genre, on a
admis une origine nerveuse, une dyspepsie chimique par
dépression des nerfs sécréteurs, qui, il est vrai, n'ont jamais
été démontrés. — Je sais encore que s'il y a une hypersécré-
tion constante de suc gastrique et fortement acide, comme
dans les cas signalés par Rossbach sous le nom de gastroxy nsis,
on a supposé une surexcitation de ces nerfs; ces faits sont
à peine connus qu'on les a déjà classés.
^ 5. — Gastro-atouicis et g;a<»trO!«i|iasnic8
Dans son intéressant travail sur les maladies nerveuses de
l'estomac. Oser a mis, en tète de la liste, les alTections gas-
triques musculaires totales ou partielles; c'est ce que j'ai
établi dans le Traité des dyspepsies {\SSO et 188.)) en démon-
trant que la plupart des névroses gastriques sont d'ordre
moteur. Oser en a complété la liste et fourni la plus rigou-
reuse description. — Les états de dépression ou d'atonie
se trouvent compris dans ces gastronévroses motrices et
dominent la série.
iiiMurnHnncc pyioriqiic — Indiipiéc pour la première fois
par Ebstein en 1880, l'insuffisance pylorique a été reproduite
expérimentalement par Oser. Lorsqu'il existe un rétrécisse-
ment de la portion supérieure de l'intestin gi"èle, la partie
\
i'M\ ciiAP. I. — i)i;s cAsiiuorKS.
siliK'O an-.lcssiis, j);ir conséciiKiil le pyloro, se dilate et
(Icviciil iiica|)nl)l(' de clori; la (avih' sloiiiacale (Oser). Slillor
et IJai'hds alli'ilmciil aussi celle (lilalalidii à la coiiipression
(lu (liKMJriiiiiii |iai' iin rein iiioliilc ('.'). I.'iiisuriisance jiciit,
èlrc (lue à une soi'te de parésic; nerveuse (Kbstein), el se
trouve paiiiculièremcnl cIm/. les Irmnies liystériques.
Mais le dia^noslic de relie pan'îsie est dillieile. On a jiro-
posé d'introduire ou un ini'lan^e gazogène, ou Tair aliuo-
sphérique pour savoir si les limites de pereussion de i'estoniac
sont dé{)assées ; e'est-à-dirc si l'acide carbonique produit ou
si l'air insufflé passe directement dans l'intestin. Quand on
ne peut pas dilater l'estomac, quand ses bords sont eiïaccs,
il survient une tympanite intestinale ; d'après Ebstein il
se produit aussi de la diarrliée; les vomissements préalables
cessent, le contenu stomacal passant facilement dans la
cavité intestinale.
Il ressort de là une conclusion remarquable : c'est que la
fermeture du pylore n'est pas indispensable à la vie, et que
la nutrition peut rester intacte malgré l'incontinence, la
parésie ou môme la destruction du pylore.
Atonie et spasniet? de restoniac. — La mUSCulaturC de l'cstO-
mac peut à la suite d'influences nerveuses dépressives
perdre sa tonicité, et subir une sorte de parésie, jamais une
paralysie vraie. C'est certainement un des états morbides les
plus fréquents ; on l'observe souvent chez les femmes, et elle
coïncide fréquemment alors avec une maladie de l'utérus.
— La distension gazeuse de l'estomac et de l'intestin, le
tympanisme, la digestion lente en sont les premiers signes,
sans qu'il survienne d'ailleurs une dyspepsie chimique, sans
qu'il y ait une véritable atteinte portée à la nutrition.
Dil.atation de l'cstomne. — A UU degré pluS élcvé la dis-
tension gazeuse passe à la véritable dilatation de Testomac;
les signes en sont connus.
GASTRO-ATOMKS KT r.ASTUOSPASMKS. 2J7
Il existe (les dilalations qui reconnaissent pour origine un
rétrécisseuient du pylore, ou des lésions des parois stoma-
cales elles-mêmes; d'autres se produisent d'une farou
passive chez les individus affaiblis, épuisés, et plus encore
chez les névropathiques ; d'autres qui n'ont pas été sij^malées
se développent chez les intcstino-atoniques, atteints de
constipation et de tympanisme, et surtout chez les liémor-
roïdaircs ; enfin il n'est pas rare de l'observer à la suite des
dyspepsies intestinales (Voir chap. Il) mucino-mombraneuses.
Les signes et les symptômes de ces dilatations sont toujours
les mômes; ils sont connus, leur cause est plus difiicilc à
déterminer, et le traitement par le lavage de l'estomac n'est
pas toujours indiqué. Avant de recourir à ce moyen, il
faudra toujours tenter un régime sjjécial qui convient aux
intcstino-atoniques ou inlestino-dyspeptiques.
GastroNpasnic. — Lc spasmc gastriquc a été diversement
interprète; les uns le nient et le confondent avec une né-
vrose de la sensibilité stomacale; d'autres font observer avec
raison qu'il n'y a pas de contraction spasmodique sans dou-
leur; d'autres, enfin, discutent la question de priorité entre
le spasme et la douleur.
Cette diversité d'opinions fait pressentir déjà qu'il est im-
possible de prouver l'existence d'une contraction tonique
qui occuperait tout l'estomac. Les spasmes du pylore, eux,
ne sont pas discutables; pendant leur courte durée, l'esto-
mac devient dur, et ses parois, sans ôtre douloureuses, son'
palpables à travers celles de l'abdomen.
Les spasmes de l'intestin ne sont pas moins bien prouvés;
mais, en supposant même possible l'existence d'une contrac-
ture totale de l'estomac, elle ne se prête pas au diagnostic.
Par la palpation et la percussion, on peut constater la sail-
lie de l'organe, la(pielle n'est pas incompatible avec Texis-
ience d'une contracture tonique; de même aussi la rétrac-
^2'.is (.11 Al'. I. - i)i:s (;\,sTi;igiji:s.
lion (le resloni.ic pciil suivciiir (l.ms iiricstoiiiac ll.'isfjin», nto-
ni<|iit>.
iriiiic iiiilii' pMil, les sorisMlioiis ('|)i()iiv(''('s p.'ir le nialado
n'oiil |)as (le si<^iiilicali()ii pn'cisc. Oser l'iil iriiiai(jU(ir, avec
raison, que Ions les |>li(''ii(ini(''M('s (loiiloiirciix .sont perçus à
répi<iastre, el (pTil n'est pas (jucstion de donb.'ui'S sié{,^eant
dans le fond de resloniae, le(pi(d appailienl sui'tout à la
moitié planche du corps; le j)ali<'nl ne peut donc nous éclai-
rer sur la nature et retendue de la conliaction, et le méde-
cin ne peut le constater par l'examen physique. Ce qui est
certain, comme je l'ai dit, c'est que l'atonie gastrique pré-
domine d'une manière régulière, et que l'estomac ne sort de
cet état que pour se contracter douloureusement, soit dans
sa lolalité, soit dans une de ses parties; c'est ce qui a lieu
pour le pylore et le cardia, qui, eux aussi, sont souvent frap-
pés d'atonie pour devenir ensuite le siège de contractions
partielles.
Ag^italion des mnselcs cl© l'estomac. — Mais si l'cStOmaC
ne peut se contracturer en totalité, il peut le faire d'une
manière anormale et incessante. Kussmaul a signalé ces
étranges faits sous le nom d'agitation péristaltique des
muscles. C'est un vrai délire musculaire.
Toniissements nerveux. — Le VOmisSCmcnt, qui COUStitUC
une des formes les plus fréquentes des gastrospasmes, est
un acte complexe, dans lequel l'estomac ne joue qu'un rôle
secondaire. Ce sont les contractions des muscles abdomi-
naux et du diaphragme, qui sont les fauteurs principaux du
vomissement; l'estomac, comme l'a démontré Magendie,
peut être remplacé par une vessie inerte remplie d'eau, car
si on injecte de l'émélique dans les veines d'un animal ainsi
privé d'estomac, la vessie qui remplace l'estomac se vide par
la bouche; inversement, si on paralyse avec le curare les
nerfs moteurs de l'abdomen, bien que l'estomac conserve sa
r.ASTRO-ATONIKS KT CASTUOSPASMES. 23'J
musculature intacl<3, 1(3 vouiisscmcnl n'a plus lieu (ÏJianu/./J).
Toutefois, les recherches deTantini, Schilï', Schwartz, Bud^e,
Patry, etc., démonti'ent que le voniissernent exige, jusqu'à
un certain point, la participation de resloniac et surtout de
son ouverture œsophagienne ou cardia.
De toutes façons, et quelle (pie soit la paiL de l'estomac,
cet acte moteur ne peut provenir que de l'excitation directe
ou indirecte des centres nerveux, laquelle se porte par voie
excentrique sur les nerfs moteurs de l'abdomen, du dia-
phragme et des nerfs vagues de l'estomac lui-même. Les
centres cérébro-spinaux, s'ils sont lésés, enflammés, jiro-
voquent le vomissement; mais ils sont bien plus souvent
actionnés par les nerfs périphériques, par les nerfs du goût,
de l'odorat, par les nerfs du gosier, etc. ; le point de départ
de l'excitation, dans ces cas, est aux terminaisons nerveuses;
de là, elle gagne le cerveau, et se rélléchit sur les nerfs
moteurs qui vont aux muscles expirateurs et gastriques.
C'est là, dans toute l'acception du mot, un acte réflexe. Or,
les vomissements réflexes sont précisément ceux qui nous
intéressent le plus.
Trois genres d'organes donnent lieu, avec une grande
facilité, à cet acte réflexe; c'est l'utérus, c'est l'intestin, avec
les organes avoisinants, et enfin l'estomac lui-même.
Quel que soit l'état anormal des organes ovaro-utérins, le
vomissement en est souvent le résultat. L'intestin obstrué, ou
simplement irrité par la douleur, ne manque presque jamais
de provoquer le vomissement; les organes avoisinants, le
péritoine enflammé, les tumeurs du ventre, les reins dépla-
cés, les calculs rénaux ou biliaires sont autant de causes de
vomissements.
Mais, ce qui est le plus singulier, c'est que, si le vomisse-
ment est provoqué par l'estomac lui-même, ce n'est pas
directement pai- les lésions qui l'envahissent, mais par une
300 CHAI». I. — I)i;S C.ASTHIQIIKS.
il lihilion dos nerCs v.-ij^o-syiiip.'illiiijucs (|ui s'y tcrmiiient. Il
n'y a iikmik^ pas (oiijoiirs do (lilTérciK'c appréciable cnlre le
vomissoineiil (pii rrsnllc (rmic innaiiiiiialion simple ou ca-
hirrlialc d(^ rcsloiiiac el le vumissciiienl appelé nerveux. On
peut (lire seulenieMil que, dans ce deinici' cas, Pcxpulsion du
conlenu stomacal est moins souvent ([ue dans la prr'iiiière
condition, annoncé par les malaises, le dé^^oùtdcs alimenls,
la salivation, l'anxiété, les sensations douloureuses é{)i^^as-
triques ; on peut ajouter que le vomissement se produit alors
à toutes les périodes de la digestion, et même à jeiin, qu'il
porte parfois sur les substances les moins indigestibles, qu'il
est plus influencé par les impressions morales, que, en gé-
néral, il ne renferme pas de restes alimentaires, et que par
cela même, il est mieux supporté, au point de vue de la nu-
trition générale, que le vomissement d'origine anatomique.
Dans certains cas très singuliers qu'on appelle gastror-
rhées, les malades rendent le matin, sans éprouver aucun
malaise, une certaine quantité de liquide salivaire et sto-
macal sans traces d'aliments. Dans d'autres cas, plus rares
encore, on voit, comme l'a observé Leyden, des accès de
vomissements durant quelques lieures ou quelques jours
avec des douleurs stomacales très violentes, un malaise s^é-
néral, des maux de tête, la rétraction du ventre et probable-
ment le spasme de l'estomac; puis tout rentre dans l'ordre;
il ne reste qu'une constipation opiniâtre, et souvent les accès
reparaissent. S'agit-il, dans ces cas, d'une affection primor-
diale du nerf vague ou du plexus cœliaque, comme le croit
Leyden?
Toujours est-il que les vomissements dits nerveux ne se
voient pas toujours, comme on le croit, chez les névropathes
ou les hystériques, ou les cérébraux, et qu'ils ne sont pas
toujours le résultat ni d'une affection intestinale, ni d'une
maladie utérine ; la tendance aux vomissements et à leur
CASTi;ONf.Vi;OSKS. 301
répétition j^ravc est souvent nii^. disposition locile et indi-
viduelle impossiljle à prévoir ol à ili'finir.
§6. — GaMt
ronei'r«»seM
Autant dans l'état morbide, l'estomac est en proie aux sen-
sations les plus pénibles, autant dans l'état physiologique il
ne jouît que d'une sensibilité obtuse; alors ses impressions
sont vagues, ainsi la température froide ou chaude des bois-
sons ne se perçoit qu'à la paroi abdominale antérieure dans
des limites restreintes. Ainsi, quand il est distendu par les
aliments ou les gaz, on éprouve un sentiment de plénitude
mais sans douleurs. Toutes ces sensations sont du domaine
du nerf vague, car quand chez les animaux on vient à le sec-
tionner on peut impunément tirailler le pylore.
Les véritables et les seules sensations spéciales à l'estomac
sont la faim et la satiété, qui peuvent se modifier de diverses
façons et doivent en tous les cas être distinguées de V appétit.
Il est des malades qui n'ont jamais faim; ils peuvent pendant
des journées entières se passer d'aliments; et ce})cndant
quand ils prennent la nourriture ils digèrent parfaitement.
D'autres ne sentent jamais le degré de satiété ; ils ne la con-
naissent que par comparaison rétrospective, et par souvenir
des repas nécessaires d'autrefois. L'appétit, qui est bien
ordinairement le résultat de la faim, ne se fait pas sentir à
l'estomac, tandis que la faim qui est un besoin impérieux,
éprouve l'estomac lui-même. Quand l'appétit manque, quand
il y a anorexie elle peut être d'origine gastrique ou d'origine
mentale; dans l'un et l'autre cas, si elle est absolue et porte
sur tous les aliments indistinctement, elle prend un carac-
tère de gravité extrême, et mène à une inanition mor-
Icllc.
La sensation de la faim et de l'appétit au lieu d'être abolie,
'iO'i r,IIAI>. I. — DKS r.ASTHIQUKS.
SU hit parfois de siiii^iilicrcs al profoiidos alt«3rations ; dans
cerlaiiK^s coiidiLions le senliineiil d»! la faim se traduit par
une douleur ou par im rcsseri'enieut pénibh;, ([ui dispai'aît
àriuslaiit uièinc où le malade prend ([uehjues aliments, c'est
pour([uoi le palient est souvent niuiii de quelcjues tal)lettes
avec ou sans valeur nutritiv(î, mais sullisanles pour calmer
cette faim douloureuse, qui peut, si elle n'est pas satisfaite
immédiateiuent, amener la syncope. Ces sensations, qui
s'observent particulièrement trois ou quatre heures après les
repas, c'est-à-dire à la fin de la digestion stomacale ou au
commencement de la digestion intestinale, ne sont que des
fausses faims, des douleurs avec apparence de la faim et
dépendant ordinairement de la distension gazeuse qui s'opère
dans l'estomac ou dans l'intestin, atoniques à ce moment de
la digestion.
Nous voilcà sur les limites de la pathologie. Il est l'are que
l'état morbide de l'estomac ne se dessine pas par des sensa-
tions douloureuses; s'il est des gastro-dyspeptiques ou des
gastro-atoniques qui se plaignent seulement de sentir
leur estomac, la plupart accusent des sensations d'agitation,
d'inquiétude, très souvent des pulsations synchrones avec
celles de l'aorte, des battements artériels pendant la digestion
ou même toute la nuit, un malaise stomacal et surtout une
impression locale de vide avec tendance évidente à la défail-
lance, laquelle se manifeste souvent à jeun et persiste plus
ou moins longtemps.
Parmi les grands maux que le malade accuse, se trouve
une sorte de constriction pénible à l'estomac et au cou, qui
se dissipe le plus ordinairement par l'émission des gaz, c'est
là un des phémomènes de la gastro-atonie douloureuse dont
la forme la plus grave est connue de longue date sous le nom
de cardialgie.
Elle se traduit par des élancements, des brûlures qui s'ir-
KÉSUMf: DlAdNOSTIC. 303
radient aux nerfs inLercoslaiix ou louibaires, mais surtout
avec la plus «^a'aiide intensité aux nerl's de la colonne verté-
brale, de soi'te ([ue souvent cette racliial^ie fi,nui'(i au pre-
mier plan, et mascjue la douleur locale.
La plus dangereuse de ces perturbations est l'extrême
sensibilité de l'estomac lors de l'introduction des aliments,
soit immédiatement après, soit pendant toute la digestion;
les malades, craignant de prendre la plus légère nourriture,
arrivent ainsi à l'amaigrissement et à l'anémie bien que
l'examen du contenu stomacal ne présente aucune altération
cbimique ; s'ils sont traités pour une dyspepsie vraie ou pour
un catarrlie et surtout pour un ulcère de l'estomac, il en
résulte un véritable danger. Oser l'a prouvé, et nous avons
bien des fois noté cette observation importante.
§ 7. — Itc.Hiiinë dia^iio»}tic des Myinptônic!>i
des gastro-atouiesi et dcn gaMtroucvruMct*
En analysant tous ces désordres de la musculature gas-
trique, toutes les surexcitabilités, toutes les sensations prédi-
gestives troublées, on arrive par leurs caractères spéciaux à
en reconnaître l'origine et à les distinguer des signes ou des
effets des maladies stomacales proprement dites :
1" Les gastro-atoniques et les gastronerveux ont la diges-
tion intacte, comme le prouve l'examen chimique du liquide
stomacal, et achevée en six à sept heures, tandis que dans la
dyspepsie chimique et surtout muqueuse, le contenu stoma-
cal séjourne pendant plus de temps et contient des produits
anormaux de fermentation, avec des portions d'aliments
indigérés ;
2" L'examen physique de l'estomac ne démontre rien
d'anormal si ce n'est la distension gazeuse de cet organe ou
des intestins;
3(»i CHAI». I. — DKs (;ASTi;iniii:s.
:]' Les sonsalioiis (loiilnircuscs existent souvent à jeun et
cessent j)ar le l'epas ; e'csl un si^iie de in'vrosc;
4" Souvent aussi ces ti'ouhles scnsilivn-rnoteurs se ratta-
clienl à une aiïeelion intestinale, qui jxul donner le change;
5" Les iniluences psycliicjues se lonl j»lus senlir sur les
souflVances des névropatlii(jues, (|ue sur les douleurs des
gastronerveux proprement dils;
G" La sensibilité extrême aux aliments, sous forme de
constrietion ou de pression douloureuse se retrouve aussi
bien dans les gastro-névroses que dans les dyspepsies mu-
queuses. Oser n'attache pas plus d'importance diagnosti(pie
aux névralgies ni aux points douloureux à la pression sur hi
trajet des plexus nerveux placés dans le creux épigastrique
ou le long de l'aorte, ni enfin aux points douloureux dor-
saux, phénomènes signalés par Burkart et Rosenthal. Il n'y
a rien là de spécial à l'une ou l'autre maladie ;
7° J'en dirai autant de l'impression vive que les excitants
chimiques ou mécaniques produisent sur l'estomac sous
forme de douleurs lancinantes ou brûlantes ; on retrouve ces
sensations dans les gastro-dyspepsies, dans les gastro-atonies
douloureuses, et même dans l'ulcère simple de l'estomac.
^ 8. — De l'action des g^astro-djspepsies et des
gastro-atonies sur le système nerveux central
Les gastro-atonies ainsi que les gastro-dyspepsies ne se
traduisent pas toujours par leurs phénomènes classiques;
souvent elles restent pour ainsi dire latentes, au point de
vue de l'estomac, et ne font que troubler le système nerveux.
— On est peut-être en droit de parler de dyspepsie vraie et
surtout de gastro-atonie, lorsque pendant la digestion il se
manifeste un malaise général, de la fatigue, des frissons,
des palpitations, de l'oppression, qui constituent une phé-
DE I/ACTION DES GASTRO-DYSPEPSIES SUR LE SYSTÈME NERVEUX. 305
nomonalité d'ordre normal, mais à plus foile raison,
lorsque les malades se i)lai«^nenl de tiouhles nerveux anor-
maux, tels que : 1" l'insomnie ou la somnolence ; S» les ver-
tiges; 3° la migraine; 4" les douleurs musculaires; 5*» les
phénomènes intellectuels ou psychiques, hystériques ou mé-
lancoliques, avec ou sans anesthésie des memhres; G» les
pal[)itations intenses, ou les syncopes avec ou sans dyspnée.
l" somnolence ou insomnie. — Un grand nombrc de ma-
lades ont une tendance invincible à s'abandonner au som-
meil après le repas. Le besoin de repos et l'aversion pour
tout exercice pliysi([ue paraissent d'autant plus naturels que
la fonction respiratoire est gênée par la réplétion de l'esto-
mac, et que l'action du cœur est accélérée par le travail
digestif; il est donc illogique de recommander l'exercice
corporel après le repas ; il est môme indiqué de le proscrire
chez les vieillards, chez les obèses. Dans ces conditions il
s'établit dans le cerveau une anémie temporaire, cause de la
somnolence ; ce n'est donc pas une congestion mais l'ané-
mie cérébrale qui est alors à craindre. — L'insomnie est
ordinairement l'effet d'une digestion tardive, ralentie, et
souvent aussi de la digestion intestinale défectueuse.
^° I.e vertige stomacal ou intestinal COnStitUC UU deS aCCOm-
pagnements les plus fréquents de la dyspepsie et de l'atonie
gastrique. On l'observe aussi bien dans les maladies de l'in-
testin que dans celles de l'estomac; j'ai insisté sur ce point
important, et Leube vient récemment d'en fournir la
preuve.
Pour démontrer rinfluence de l'estomac, on a dit qu'il
suflitchez les vertigineux d'exercer une pression sur la région
stomacale pour provoquer le vertige ou l'augmenter; mais
un |)areil argument n'a aucune valeur, car on ne sait sur
quelle partie du tube digestif on opère la pression. On a fait
aussi l'observation que le vertige coïncide souvent avec la
SÉE. V. — 20
300 CHAI». I. — DES GASTRIQUES.
laiiii iiih'iisiî oM avec la fausse faim; or, on sait (jiic c'est un
pliL'iioincnc (le ralonic flatuleiilc. (le (jiii osL absolument vi ai,
c'est que, (juand le vertige existe, c'est presque toujours
avec les distensions gazeuses ou mèuie avec les dilatations de
Testomac, et qu'il disparaît dès que l'estomac et rint(;stin
sont débarrassés de leurs gaz, à la fin de la digestion. Il peut
se produire aussi dans l'état de vacuité de l'estomac et cesser
pai" riugcslion d'un aliment quelconque. Que se passe-t-il
dans ce cas et dans le précédent?
Je fais abstraction des anémies totales qui sont le résultat
de l'inanition digestive, et qui donnent lieu aux vertiges per-
manents, et je cbcrche le mécanisme des vertiges gastro-
intestinaux. En admettant que c'est l'appareil digestif qui est
la cause directe, pourquoi le vertige cesse-t-il à la fin de la
digestion, ou bien par l'expulsion des gaz, ou bien instanta-
nément par l'introduction d'un aliment qui a eu à peine le
temps de toucher à la paroi stomacale? Comment se fait-il
que les lésions les plus graves de l'estomac, telles que l'ul-
cère ou le cancer ne produisent rien de semblable? Voici la
réponse la plus plausible. — Une impression non perçue part
de l'estomac ou de l'intestin atteint de dyspepsie chimique
ou de névrose; elle gagne la moelle allongée, y trouve le
centre des nerfs des vaisseaux, le centre vaso-moteur, et pro-
duit là une contraction de tous les vaisseaux du cerveau; de
là une anémie locale, un vertige anémique.
Il peut dépendre aussi directement du trouble de la circu-
tion abdominale; Mayer et Pribram, en irritant mécanique-
ment la paroi stomacale, ont produit une augmentation delà
pression sanguine dans les vaisseaux artériels. C'est donc
toujours un trouble de circulation dans l'encéphale; il y cir-
cule trop peu de sang, ou la circulation se fait sous une
pression exagérée ; nous sommes loin, comme on le voit, de
l'effet direct ou sympathique de la muqueuse digestive sur le
DE L'ACTION DES GASTRO-DYSPEPSIKS SUR LE SYSTtME NERVEUX. 307
cerveau. — Le vei'ti^e a stoinac/io-lœso esl en réaliti'î un
vertige vasculo-cérébral.
3" La mijcrnine Ntoiiiucuie, comiTie toutes Ics migraincs, se
compose de deux phénomènes connexes : la douleur unilaté-
rale, qui est le phénomène primordial, puis les troubles de
lacirculationl'aciale, oculaire, encéphalique. Dès que la dou-
leur se développe, on voit dans une première phase le visage
devenir pâle, exsangue, les artères temporales battre avec
force, le globe de l'œil s'enfoncer dans l'orbite et s'injecter;
or ces symptômes indiquent une contraction des vaisseaux
céphaliques, c'est-à-dire une excitation du nerf sympathique
cervical, et l'origine de cette excitation est dans la partie de
la moelle cervicale, qui donne naissance au cordon sympa-
thique. Plus tardée sontlesvaso-dilatateurs qui interviennent,
et le visage s'anime; l'encéphale et l'œil sont envahis, ainsi
que la moelle allongée. Il y a donc là une série de phéno-
mènes vasculaires qu'il est impossible de nier et qui se rat-
tachent à la douleur. Mais celle-ci est difficile à expliquer
par l'anémie ou par l'hyperhémie cérébrale ; elle semble se
rattacher aux phénomènes de pression vasculaire. Dans tous
les cas il s'agit d'une impression, ([ui partant de l'estomac,
gagne la moelle allongée, se réfléchit sur les nerfs des vais-
seaux de la tète, de ses muscles et de l'encéphale lui-même.
— La migraine pas plus que le vertige n'est d'origine diges-
tive directe (comme le montre Sarda dans son excellente
thèse), c'est selon toute probabilité un trouble vasculaire
cérébro-spinal qui naît à l'occasion des dyspepsies ou des
gastro-atonies.
4° Los» douleurs dorNsucs constitucut uu phénomène plus
nettement défmi, qui paraît se rattacher à la faligue des
muscles; chez les dyspeptiques arrivés à un certain degré
d'anémie c'est une sensation locale douloureuse de courba-
ture musculaire.
.108 Cil A P. I. — DKS r.ASTIlI^^lIKS.
11 en csl sans doute <le niouK; des douleurs péiiphériques
(jiii loin (le suivie le liajrl. imaluniique des nerfs, loin de
consliluer des névi'al«'ies, se ratlaelieni au\ niyosal^nes, à la
fatij^ue et à l'anémie loealedu système museulaiie.
Les parois musculaires de l'abdomen sont dans le même
cas, il y a là des myosalj^ies qui, avant les travaux de Briquet,
étaient conlonduesavee les douleurs d<3 l'estomac lui-même;
ce sont des épi^astral<j;ics.
O" PhcnoniôncN pMycliiqucN, liyNtériforiiirN, liypocontlriaqucs.
— L'ensemble des phénomènes cérébraux dus aux lioubles
vaso-moteurs et comprenant les vertiges, constitue aussi
l'hypocondrie; il faut se garder de la prendre pour une ma-
ladie primitive; ses divers caractères sont là pour témoigner
de son origine.
L'hystérie peut être cause ou effet. On peut établir
comme règle générale que la dyspepsie produit rarement
l'hystérie par accès; mais si les accidents nerveux se bornent
aux troubles de la sensibilité sensorielle, musculaire, cu-
tanée, ils sont plus fréquemment un effet de la dyspepsie
qu'un signe de l'hystérie primordiale.
0" Palpitations. — Dyspnées. — iSyncopcs. DcS palpitations
se développent souvent chez les dyspeptiques; sont-elles un
effet d'excitation réflexe partant des fibres nerveuses du nerf
vague gastrique sur les filets nerveux du cœur? Dans ces der-
niers temps on a admis que les trois branches, gastrique,
cardiaque et pulmonaire du nerf vague jouent entre elles un
véritable rôle de comparse; l'impression perçue par le nerf
digestif devait se transmettre au nerf vague du cœur, en
révolutionner le rhythme, en troubler l'harmonie, le faire
palpiter. C'est donc une excitation sensitivc, qui va se réflé-
chir sur les branches vagues du cœur; que produira-t-elle
sur cet organe? des palpitations? mais on sait que l'irritation
du vago-cardiaque fait exactement l'inverse d'une palpita-
DE L'ACTION DKS OASTHO-DYSPEPSIES SUR LE SYSTÈME NERVEUX. 300
lion ; elle arrête le cœur (syncope). Que fait encore cette exci-
tation de l'estomac? Elle prendra un billet de retour, se portera
sans doute sur la partie centrifuge du nerf stomacal, et là elle
fera contracter l'estomac, pour déterminer le vomissement.
Or, on sait que le vomissement ne s'opère pas par l'estomac,
mais par les parois abdominales; voilà donc déjouée la se-
conde prévision.
En voici une troisième; le même nerf sensitif de l'estomac
agira sur les rameaux pulmonaires et déterminera l'oppres-
sion, la dyspnée; or, nous avons appris par la physiologie, que
le nerf vague moteur du poumon ne peut que faire contracter
les muscles bronchiques, et comme on ignore leur destina-
tion, il se trouve que cette troisième et dernière transmission
est complètement latente, et ne saurait soulever la moindre
dyspnée.
Voilà le chandelier à trois branches réduit à néant. — En
réalité il faut arriver à admettre que les terminaisons du nerf
vague dans l'estomac se réflèlent sur la moelle épinière, d'où
naissent les nerfs accélérateurs du cœur, de là des palpitations.
Il faut admettre encore que cette même impression peut se ré-
fléchir de la moelle épinière et allongée sur les nerfs moteurs
des parois abdominales et du diaphragme, qui se contractent
et produisent le vomissement. Il faut enfin pour la dyspnée
secontenter d'un simple effet mécanique, produitpar les gaz
de l'estomac, qui en s'accumulant refoulent le diaphragme
par en haut, et amoindrissent ainsi le champ de la respira-
tion. Ces explications ont leur côté pratique, et pour ce der-
nier point en parliculier, le meilleur moyen de faire respirer
les dyspeptiques, c'est de les débarrasser des gaz.
§ 9. — Existc-t-il des iicYro-dyNitopsIcs cliiiiiiqucs?
Après avoir épuisé la discussion sur la genèse des gastro-
810 CHAI». I. - DKS r.ASTHlQUKS.
ik'mom's iiioliiros et sensibles, qui seule peut nous p^uider
(l;iiis If li'.iilciiicnl ;iliiiienlaire, il reste à savoir si les impres-
sions ^aslri(|ues sont à même df inodniri! nn li'ouhle de
sécrétion, c'est-à-dire une dyspepsie cliimique. Pour soute-
nir une j)areillc oj)inion on a ndniis {\(i^ nerl's sécréteurs
agissant sur les glandes h j)epsine; on .1 laisonné par ana-
logie avec ce qui se passe dans les glandes salivaires, sudo-
rales, lacrymales, qui sont pourvues de nerfs de sécrélion;
puis cet argument est resté à Tétat de comparaison; ensuite
on a invoqué des raisons philosophiques, des influences
émotives qui troublent la digestion. Certes les impressions
morales peuvent provoquer une indigestion, mais comment?
en arrêtant les mouvements de l'estomac ou en excitant ses
nerfs sensibles; dans le premier cas les aliments séjournent
dans la cavité stomacale devenue inerte; ne subissant aucime
modification digestive, tendant à se décomposer, et à former
des acides gras volatils, ils produisent là des sensations
douloureuses dues à des gaz putrides; finalement ils sont
rejetés par le vomissement, ou bien ils passent dans l'intes-
tin d'où ils sont expulsés par la diarrhée qui résulte de la
présence de masses alimentaires indigérées.
Dans le deuxième cas l'impression psychique détermine
directement le vomissement en se portant sur la moelle
allongée, et de là sur les oraanes musculaires de l'abdomen
qui rétrécissent la cavité abdominale et compriment l'esto-
mac jusqu'à ce qu'il se débarrasse de son contenu. Dans les
deux occurrences il ne s'agit que d'indigestion ou de diges-
tion enrayée. Dans aucune de ces éventualités il n'est ques-
tion de dyspepsie chimique.
Quand les malades accusent les passions vives, les cha-
grins, de produire les troubles des fonctions de l'estomac,
ils subissent en réalité des perturbations de la motricité
stomacale, des fatigues musculaires de l'estomac, desgastro-
GASTRO-ATONIKS ET GASTROSPASMES. 311
atonies, souvent môme des dilatations de l'organe dij^^eslif,
qui peuvent, Unalfîment amener de graves inconvénients,
mais qui ne consistent pas en sécrétions anormales des sucs
digestifs, et ne conduisent ni à l'inanition ni à l'amaigrisse-
ment; ces malades finissent par se rétablir par l'usage d'un
régime bien compris, et non par les remèdes antichimiques, ni
même par les conseils des médecins qui leur recommandent
naïvement d'éviter les émotions, comme si la vie pouvait se
passer sans impressions morales.
Parfois ces gaslro-névroses d'origine psychique, au lieu
d'atteindre la musculature stomacale, se traduisent par les
troubles des sensations prédigeslives, et entre autres par
l'inappétence et le dégoût profond des aliments; ce n'est
pas là non plus un signe de dyspepsie. Il faut en effet recou
rir d'absolue nécessité au régime liquide, au lait, aux
potages avec la viande hachée et légèrement grillée; dans
ces conditions et malgré l'aversion pour les aliments, la
digestion se fait.
Ainsi, quelle que soit la manière d'envisager la question
des inlluences psychiques, nous arrivons toujours aux phéno-
mènes des gastro-névroses, et nous évitons la dyspepsie vraie.
CHAPITRE P BIS
TRAITEMENT ALIMENTAIRE DES GASTRIQUES
AVEC DYSPEPSIE OU NÉVROSE OU ATONIES
§ l'*". — !fIoycii«i eliiuiic|ucs
Depuis quelques années la thérapeutique médicale des
dyspepsies va en se restreignant; le traitement alimentaire
tend à s'y substituer; les médications chimiques par la pep-
3:2 ClIAP. 1 lus. — TKAITE.MKNr DIS (.ASTIUQUKS.
sine et môiiK* par l'acide clilorliy(lri(jiie s'amoindrissent, se
déprécient, et ne jouissent plus de leur antique renommée;
elles ont cédé le pas aux boissons dij^^estives, c'est-à-dire aux
excitants de la sécjélion ^aslrique, parmi lesquelles les
amers, à leur tour, perdent du leriain; si on fait abstrac-
tion des médications mécaniques comme le lavaj^e de l'es-
lomac ou l'emjjloi de corps inertes comme les graines inso-
lubles, et les évacuants intestinaux, il ne restera plus qu'à
examiner la nature des régimes et apprécier la valeur nutii-
live des aliments dans cbaque espèce morbide. C'est là noire
làclie.
Voyons d'abord les remèdes alimentaires dans la série des
dyspepsies cliimiques caractérisées par l'acidité clilorliy-
drique imparfaite, par la pepsinogénic défectueuse (par l'ex-
cès de peptones, par l'altération de la muqueuse et de ses
glandes); mais il y a une question préalable. Existe-t-il des
moyens d'activer ou de corriger la sécrétion du suc gastrique,
entre autres, de favoriser la formation de la pepsine et de
l'acide?
^ '2. — Du Iraîteiiieut arliGeicl des dyspepsies chimiques
a. Des moyens pepsinogènes. — H V ^ viugt anS, Sclliff a
découvert les peptogèncs ou pepsinogènes, c'est-à-dire des
substances qui raniment la digestion lorsque celle-ci a langui
ou cessé momentanément, lorsque la force digeslive de l'es-
tomac est épuisée pour un temps assez long. Pendant les
premières heures, dit le célèbre physiologiste, qui suivent
un repas copieux, l'estomac fournit un suc qui peut être
acide, mais qui ne contient point de pepsine. Or, dès qu'on
introduit du bouillon, de la dextrine (ou du café) dans l'esto-
mac, ou lorsqu'on pratique leur injection sous la peau ou
dans l'intestin, bien que ces substances ne contiennent pas
GASTRO-ATONIES KT OASTHO-SPASMKS. 313
d'clcmenls nutiililSjOn voit îiussilùt recommencer le travail,
sinon tle réparation, du moins de préparation de la pepsine.
Les recherches récentes de Ileidenhain, de Griilzner et
Ebstein ont démontré, en effet, que la muqueuse gastrique
ne produit jamais directement la pepsine, mais une aulre
substance appelée propepsine, qui se transforme d'elle-
même en pepsine dans les solutions acidulées; le rôle des
pepsinogènes est donc tout entier dans la transformation de
la propepsine en pepsine, llcrzen a vérifié ces recherches
sur un malade porteur d'une fistule gastrique pratiquée à la
suite d'une oblitération de l'œsophage. Comme le malade ne
pouvait pas prendre de repas diiectement par la voie œso-
phagienne, comme on ne pouvait, par conséquent, pas épui-
ser entièrement la force digestive de l'estomac, Ilerzen se
contenta de haler la digestion exislante, et pour ce faire, il
observa les conditions préalables de cette digestion. Il cons-
tata d'abord que l'albumine peut rester intacte une heure
ou deux, bien qu'elle fût imprégnée du ferment nécessaire
à sa dissolution. Il vit encore que le suc gastrique pénétre
dans les petits cubes d'albumine à l millimètre de profon-
deur pendant la première heure, puis à 3 millimètres pen-
dans la deuxième heure; que l'acide y entre plus vite, mais
ne la transforme qu'en parapcptonc, et non en peptone par-
faite, pi'èle à être assimilée. Il vit aussi que le contenu sto-
macal perd sa consistance vers la cinquième heure, que la bile
entre dans l'estomac (chez un fistuleux) avec une certaine
régularité et s'y môle sans détruire le pouvoir digestif,
qu'enfin l'acidité du suc gastrique est bien de 1,7 sur 1000
comme on Ta dit.
Ces données étant prouvées, Ilerzen fit prendre par la
fistule soit du bon bouillon, soit de la dextrine, soit de la
gélatine; aussitôt l'albumine digérée qui était à la première
heure de 2,33 pour 100 monta à 12,45, à la deuxième heure
314 CIIM'. I r.lS. - TnAITKMKNT DKS f.ASTI'.Ion.S.
(le lift à 7(> pour 100. KiiLilrnicnl IIcizcii iiionli'O après la
p(*j)sin()ji(';nali()ii \o< blocs .■illimniiiciix bien plus rapide-
ment ronj;os, uses (pic les ciihcs alhiimiiicux, témoins de
la serin normale. Voilà les résultats annoncés par llerzen.
Si Roberls {Diciciirs, 1880) leur oppose une déné^ialion,
c'est qu'il opérait /n vitro, et llerzcn sur rcsloniac de
l'homme. — Ses expériences nous obligent à reconnaître
la valeur analeptique du l)Ouillon plus ou moins gélati-
neux, on le savait empii"i([ucmcnt ; on le sait maintr-nanl
scientiiiqucment (Voy. cbap. 4).
Quant à la dextrine, son action semble singulièrement se
rap|»roclier des substances les plus inertes pour augmenter
l'action d'une sécrétion préexistante.
Ewald, en introduisant dans l'estomac une solution
d'empois, vit se produire immédiatement de l'acide chlo-
rlivdrique et de la pepsine; il en est de môme quand on
administre les substances pepsinogènes de llerzen; la
digestion ultérieure trouve toute prête dans l'estomac la
quantité nécessaire d'acide et de pepsine pour s'exercer
ensuite avec intensité.
b. Des inoyCDS d'acidification chlorhydrique. LorSqUO
les recherches modernes eurent démontré que l'acide
chlorhydrique du suc gastrique varie naturellement entre
0,10 et 5,7 pour 1000, lorsque Charles Richet fixa la moyenne
à 1,7, et A. Mayer à 2 pour 1000, lorsqu'enfin on connut
les dyspepsies chimiques résultant d'une acidité amoin-
drie, l'idée dut surgir dans l'esprit des médecins de sup-
pléer à l'acidification insuffisante, par l'addition d'une sorte
de limonade chlorhydrique. Il suffit, en effet, d'ajouter 5 à
8 gouttes de cet acide à un litre d'eau, et d'en faire prendre
un quart de verre dans l'intervalle des repas, ou bien à la
fin d'une digestion languissante, c'est-à-dire au bout de
trois à quatre heures, pour provoquer (chez les animaux
CASTRO -ATON'IES KT OASTP.O-SPASMKS. ^15
en expérience) une acidilicalion j'ius intense, et iiiipri-
mer au suc gastiique une nouvelle énergie digcstive. Hosen-
bacli, après de nombreuses recherches, croit avoir dé-
montré que dans les cas de faible acidilé stomacale, les
acides organiques, parliculicrement facide lactirpie et l'acide
citrique (à la dose de à 10 gouttes) fortemeni dilués
dans l'eau, et pris dans le cours du repas ou quelques li^nires
après, produisent un résultat presque aussi favorable que
l'acide chlorhydriquc. Chez la plupart des dyspeptiques,
les acides délayés dans une grande quantité d'eau, provo-
quent des effets bien plus utiles que lorsque les acides sont
concentrés; sous cette dernière forme, ils portent un véri-
table préjudice ix la digestion. — Il est bien entendu, d'ail-
leurs, que dans les dyspepsies avec ou par excès d'acide
chlorhydriquc, ce sont plutôt les alcalins qui se trouvent
indiqués, et les acides qui sont dangereux. Ils ne le sont
pas moins dans les ulcères de l'estomac; il faut savoir, d'ail-
leurs, que chez certains dyspeptiques, l'acide chlorhydriquc
détermine une surexcitabililé douloureuse de la muqueuse
stomacale. Talma a rencontré deux cas de ce genre.
Dans les autres cas, la méthode* des acides n'a pas encore
fail ses preuves, et voici pourquoi : Tacide chlorhydriquc
n'est pas libre dans l'estomac; il esl combiné avec la ])ep-
sine (Laborde), avec la leucinc (Berthelot et Ricliel); il n'agit
qu'à l'état de combinaison. Or, est-on bien sûr d'obtenir un
avantage réel de l'acide chlorhydriquc libre, extrêmement
délayé et noyé pour ainsi dire dans la masse alimentaire?
Rien ne le prouve. Evvald prétend même que la digestion
peut se faire dans un milieu qui n'est pas acide, et il ne faut,
dit-il, que la petite quantité d'acide qui imbibe l'albumine.
— Ainsi les indications de l'acide chlorhydrique et des acides
en général sont plutôt d'ordre théorique que clinique.
c. Des pepsine» artiiioioiic». — Lcs pcpsiucs artificiellement
316 <.I1M'. I l'.IS. - Tn.MTKMKNT I)K8 GAS'miQUKS.
cxlrailcs de l;i iihkjiiciisc pastricjuo du porc ou du vc'iii, d 1rs
panciralincs n'ont |);is Iciin davantaj^c les promesses qu'on
en allcndait de par les jMrvisions pliysiolo^ncjues.
Juscju'ici, on a proscrit les pepsines au hasard, et sans
entliousiasme, avee celle conviction banale, que si elles ne
peuvent amener un i^rand bienfait, elles sont encore bien
plus incapables de produire le moindnî dommage. A quelles
dyspepsies chimiques peuvent-elles ou doivent-elles s'adres-
ser? Ce ne peut être qu'à celles (pii sont ducs à l'absence
absolue de pepsine, ou au défaut de transformation de la
propepsine en pepsine réelle. Or, le premier cas est impos-
sible, et c'est cependant contre celle déchéance pepsique
qu'on a édifié le système des pepsines auxiliaires. On sait,
en eiïet, qu'il ne faut qu'une petite quantité de pepsine pour
digérer, que la pepsine ne s'use pas, mais qu'elle perd de son
efficacité; la pepsine extérieure peul-elle, dans ce cas, sup-
pléer à celle qui est amoindrie dans son action? Sans doute
il peut en être ainsi lorsque la pepsine commerciale est
fraîche et à toute épreuve.
Dans le deuxième cas, lorsque le5 glandes ne contiennent
encore que de la propepsine, le produit artificiel peut-il
hâter la transformation de la propepsine en ferment digestif
vrai, en pepsine capable de rendre assimilables les albumi-
nales? Rien ne prouve un pareil pouvoir. D'ailleurs, on sait
que la sécrétion de la pepsine est exactement en rapport avec
la durée du séjour des aliments dans l'estomac et leur con-
tact incessant avec le suc gastrique. Comment imiter ce
consensus à l'aide de la pepsine artificielle? Comment la pep-
sine augmenterait-elle la force digestive de l'estomac?
GASillO-NÉVnoSKS. 317
§ 3. — MoyoïiN qui nc(i\'oiit ou <|ui retardent la ili^eKtion
Voyons les cflets cl(3 Talcool, du vin, cl de cerlaiiies sub-
stances salines sur la digestion.
a. Alcool. — Des dernières reclicrclics de Buchuer, de Sclicl-
liaas, de Schutz, il ressort que la digestion artificielle de cubes
d'albumine est influencée par l'alcool de la façon suivante.
Ajouté au mélange digestif dans la proportion de 10 p. 400,
il n'exerce aucune action, tandis qu'à 20 pour 100, il ralentit
la digestion arlificielle et finit par l'arrêter. Schutz précise
mieux en déterminant la quantité de peptones produites dans
un temps déterminé. — Avec 2 pour 100 d'alcool, la pepto-
nisation est ralentie, encore plus à 10 pour 100; à 15 p. 100
il ne se forme plus que des traces de peptone. Sur un chien
fistuleux, Ogata a constaté que sur 50 à 100 grammes de
viande de cheval, il reste indigéré 2,7 p. 100 en deux heures,
33,5 en une heure et 54 pour 100 en une demi-heure. Si on
ajoute au repas 100 centimètres cubes de vin blanc, ou
200 de bière, ou 02 d'eau-de-vie, la quantité indigérée de
viande monte à 74 pour 100. — Mais de pareilles expé-
riences et de pareilles doses n'ont rien de commun avec
l'usage modéré des liqueurs alcooliques pures ou délayées
qui constituent un des meilleurs moyens de digestion, tan-
dis que l'alcool concentré à 10 pour 100 (Klikovvicz) déter-
mine la formation d'un suc gastrique alcalin, incapable de
digérer.
Au lieu (h; se servir exelusivement des digestions arli-
ficielles pour déterminer l'action de l'alcool sur la digestion,
Gluzinski utiHse le procédé d'analyses biologicjues succes-
sives, sur les li([uides extraits de l'estomac à l'état normal
ou pathologique. Il constate d'abord que, dans la première
phase de la digeslion un verre de cognac est susceptible
31S CIIAIV I IMS. — ÏRAITKMtNT OKS CASTIUQUKS.
(l'(Miij»r(li('i- la (li|^esliuii des all)iimiiiat«'s, (jui |)Oiivcnl, étant
extraits, ne présenter aiicuiit' luodilication; si ensuit(; on
exaiiiiiK' raclioii du li(|uide aspii'é dans la période de 15 à
:\0 iiiiiiiiles, sur une di^csliuii arlilieiellc d'albumine, on
voil (pic l'opération est enrayée, même quand la rpiantité
(Tacidc (Idoi'liydriciue est normale; c'est donc la pej)sine
(pii n'agit plus, soit que l'alcool la piécij)ite, soit (|u'il en
empêche la sécrétion.
Mais dès que l'alcool est absorbé ou dès qu'il disparaît
de restomac, on voit la deuxième phase digestive singu-
lièrement activée; l'acidité chlorhydrique devient tout à
coup deux ou trois fois plus forte que sans la présence de
l'alcool, et il n'y a que l'acide chlorhydrique qui paraît à ce
moment. Dès lors la digestion progresse; les blocs albu-
mineux se rapetissent rapidement, et cette surexcitation
de la fonction digestive se continue jusqu'à la dispa-
rition complète de l'albumine dans l'estomac; au bout de
trois quarts d'heure le suc gastrique est encore très actif.
L'auteur conclut ainsi : l'alcool disparaît rapidement de
l'estomac et pénètre dans le sang sans s'être transformé
en aldéhyde. Dès que la première phase est passée, la sécré-
tion du suc gastique est activée et efficace. La dose utile
peut être élevée jusqu'à 100 centimètres cubes d'une li-
queur contenant 25 pour 100 d'alcool. Au delà de cette
mesure, la digestion languit et les mouvements de l'estomac
sont eux-mêmes retardés. Il résulte de là que si on veut
éviter la première phase, on devra prendre l'alcool avant
le repas (Gluzinski). Mais il me semble bien plus rationnel,
selon l'usage consacré, de prendre la liqueur au milieu ou
à la fm du repas, quand les deux premiers quarts d'heure
du stade digestif sont passés.
Il n'en est pas de même dans l'état pathologique; ici
l'action de l'alcool est nulle dans les deux périodes de la di-
DES BOISSONS. 319
gestion; il n'cmpùchc pas l'acidité de se produire, mais il
iraiij» mente pas la fonction sécrétoire. Lorsque les pepsines
commerciales sont à base d'alcool elles ne produisent, ainsi
(jnc l'ont démontré Viilpiaii etMourrut, lUiclinei', Gluzinski,
aucun eflct favorable; la combinaison de Talcuol et de la
pepsine est une mauvaise préparation qui va contre le but.
ubis. \inH roiiKOM, bièrcM, cidrcH. — Lc viu, d'après Ilerzcu,
est un moyen d'entraver la digestion. Est-ce le tannin qui
contribue à ce mauvais résultat? Ce qui est certain, c'est
que les malades supportent L'énéralement mieux les liqueurs
que les vins et surtout que les vins blancs. La bière est
pourtant mieux tolérée que le vin, et le cidre i)lus utile que
la bière; mais ce ne sont pas là des boissons digestives; les
meilleures sont les eaux alcalines et les boissons tbéiques.
b. Boisson» aicaiincM. — Daus Ics vraics gastro-dyspcpsies
mais seulement dans ces dyspepsies cbimiques, le bicarbo-
nate de soude, ou de préférence l'eau de Vicliy, constitue un
des plus puissants moyens d'action sur la fonction digestive,
c'est-à-dire sur la sécrétion du suc gastrique et la restitution
de ses principes clilorbydro-pepsiques. Au premier abord on
pourrait croire, lorsque l'acide clilorliydrique ou la pepsine
se trouve en déficit dans le suc gastrique, que l'addition
d'acide cblorhydrique sous forme diluée conlribuerait au
rétablissement de l'acidité normale ; nous savons maintenant
(Voy. cbap. i), qu'on n'obtient que rarement et difficile-
ment ce résultat. — Il vaut bien mieux préparer la sécrétion
et la provoquer en administrant l'eau minérale une deini-
heure ou une heure avant le repas; c'est ainsi que Claude
Bernard et Longet ont obtenu les plus étonnants résultats;
prise au repas elle perd tous ses avantages. — L'ellct princi-
pal, dominant, c'est donc raugmentation de la sécrétion gas-
trique, et il n'y a pas à craindre par un usage prolongé du sel
sodique, la neutralisation du suc gastrique; loin de là, on
'MO ClIAP. I r.lS. — TI'.AITKMr.NT f)i:s OASTinoUKS.
conliniKià aclivor la loiinalion des acides de l'estomac. La di-
«jestiun pancréatique est egalemcFil Cavoi'iséc pailcs alcalins,
une petite (juaiililé de sel (1 p. 100) suflit. (le n'est pas tout.
S'a^il-il d'une dyspe|)si(' par diMuiiiposilion putride des
alinicnls, l'acide lactitpie et les acides ^l'as qui résultent de
celte ieruientation se trouvent neutralisés. S'aj^it-il d'un
défaut d'acide chlorliydrique ou de pepsine, le sel sodicpie,
j)ar cela même qu'il augmente la sécrétion acide et peptique
du suc gastrique, se trouve encore indiqué.
Lorsqu'il y a une dyspepsie par excès de mucine, il est en-
core possible que le mucus se détruise dans une grande
quantité d'alcalins et ne nuise plus à l'action du suc digestif.
Lorsqu'enfin la bile est sécrétée en moins, elle augmente de
quantité, mais sa qualité, c'est-à-dire ses éléments consti-
tuants sont d'abord amoindris pour reprendre ensuite
(Lewaschef). Les indications de l'eau de Vichy sont donc
nombreuses et certaines. Il n'existe qu'une seule contre-
indication; c'est précisément lorsqu'il n'existe pas de véri-
table dyspepsie.
Dans toutes les fausses dyspepsies que j'ai décrites sous les
noms de gastro-névroses sensitivo-motrices, l'eau minérale
fait plus de mal que de bien; il en est de même dans les en-
téralgies musculaires ou nerveuses, comme nous le verrons;
là l'eau de Vichy est encore plus nuisible, et ce sont ces mé-
prises du diagnostic, ces confusions des névroses gastro-
intestinales avec les gastro-dyspepsies chimiques, qui font
si souvent l'insuccès de Vichy et le désespoir des malades. —
Lors donc que la dyspepsie chimique est bien prouvée, vous
n'avez plus rien à craindre, pas même la fameuse alcalini-
sation des humeurs, ni l'anémie alcaline, qui sont encore,
depuis les sévères proscriptions de Trousseau, la terreur des
malades ; les expériences de Gornillon et de Martin-Damou-
rette tendent au contraire, à démontrer que l'eau de Vichy
DES liOlSSU.NS. 321
est lin des puissants moyens (Je reconstituer le sang; j'ajoute :
lorsque Findication est précise, c'est-à-dire lorsqu'il s'a^nt
d'un vrai dys.pe[)tiquc.
c. MoiMMon»» tiiéifiiien et carciqneii. — La meilleuFC Loisson
dij^estive c'est le thé, à la condition d'en l'aire une infusion
légère, d'en prendre au moins un demi-litre, et à une tem-
pérature élevée; il remplacera, au repas du midi, le vin avec
toutes sortes d'avantages; il ne fermente pas; il ne contient
que des traces de tannin, tandis que le café en contient infi-
niment plus, qui coagule les albumines.
Dans ces derniers temps, Martin, William ont dénoncé
un théisme, qui serait pire que le morphinisme, l'éthérisme,
l'alcoolisme; Ëloy, qui raconte ces faits, menace les buveurs
de thé de l'affaissement intellectuel, d'hallucinations, de
céphalalgie; l'ivrogne théique deviendrait dyspeptique, car-
diaque, cachectique, anémique, etc. Quel triste avenir nous
préparent les trois tasses journalières de thé que je réclame
comme le meilleur digestif, et comme le plus sûr moyen de
soutenir l'énergie intellectuelle. Parmi mes meilleurs amis
se trouvent des malades qui, depuis des années, suivent stric-
tement mes conseils, et brillent par leur vigueur physique
et psychique.
d. Eftux mincraicH do table. — Jc u'cn (lirai pas autaut
de ceux qui s'abreuvent à chaque repas d'eaux minérales
gazeuses, c'est-îi-dire chargées de gaz, d'acide carbonique;
il donne le vertige et la somnolence, s'il pénètre dans le
sang; il augmente les gaz des dyspeptiques, s'il reste dans
l'estomac, et fatigue les voies respiratoires, s'il est éliminé
par les poumons, ce (jui a lieu pour la presque totalité des
gaz stomacaux introduits du dehors.
e. BoiMMOiiM chnildcN, froides ou teiiipércc». A l «îtat nor-
mal, les boissons seront prises à la température ambiante ;
le dyspeptique digérera bien plus facilement à l'aide de'bois-
SÉE. V. — -21
3ti CIIAP. 1 lus. — TI;AHK.MI;NT DKS CASTlUOrKS.
sons cliaudes; on sait, en ellri, (|ii(' |);ir la ('lial(3iii-, la sécré-
lion ^^aslri(jiic est activée, et {\w. la j)ej)lonisation se fait
iiiicuxà cliaiid qu'à (Void. Nous v(!ri"ons si Tusage des bois-
sons j» lacées doit rlic léservé pour les <^astro-aloniques.
I. lllvcrMPN MiibNianccM lulnrraloMOt «alliicM. — DuHcIdo cuiwinc.
— La digestion est retardée ou enrayée par les sels de tous
les métaux lourds, ainsi par l'acétate de plomb, par le pro-
locblorure de mercure; c'est pourquoi il faut les |)reserire
pendant les repas; il en est de même du fer; toutefois les
sels ferreux sont moins indigestes que les sels ferriques.
Les matières salines, telles qu'on les trouve dans les eaux
minérales, sont également défavorables. Pfeilfer, en les
ajoutant aux mélanges digestifs artificiels, a constaté que
les moins nuisibles sont le sulfate de magnésie ou de soude;
et, ce qui est contraire à toutes les données admises, les plus
préjudiciables seraient le carbonate de soude et le sel com-
mun; voilcà du moins ce que dit l'expérimentation. Cbez le
malade fistuleux qui a servi aux recherches de Herzen,
l'acide chlorhydrique du suc gastrique était représenté par
3,14 pour 1000; avec l'addition de 5°'',4-0 à 20 grammes de
sel, il descendit à 1,26 pour 1000. Mais toutes ces expériences
portent sur des doses qui ne nous sont pas habituelles ;
quelques grains de sel ne produisent rien de fâcheux; il
importe de tenir compte du degré de concentration des
diverses substances ajoutées à la masse digestive dans l'esto-
mac, où la résorption se fait de minute en minute.
g. Divers condiments et épiées. — LcS COUdimcntS, leS
épiées, et surtout le poivre, ont été proscrits par Broussais,
qui voyait partout des gastrites, et sont encore condamnés
par ceux qui, prenant l'effet pour la cause, considèrent la
digestion la plus simple, surtout celle des corps gras, comme
un acte de congestion ; dès lors il n'y aura plus qu'à rem-
placer les adjuvants du repas par les émollients, les panades
ALIMLNTS DIVIsr:S. 323
à l'eau sans sol ni poivre. — Oi* avec une i)ai'eille prescrip-
tion les sécrétions buccale, salivairc et peut-être gastrique
seraient bien vile ainoindiies, et ({uand même elles conti-
nueraient, la monotonie ou la fadeur des prépai'ations de
viandes ou de léj^uines ne manquerait pas d'inspirer un pro-
fond déi^oût; le malade le plus convaincu se soustrairait à
cette discipline énervante.
§ 3. — Pour les ga5i«tro-c1y.s|ici>tic|ucs les aliiucuts
cluiveut être liiieuieut divisés
Il y a des dyspepsies chimiques dont la cause peut être
appréciée sans le secours de l'analyse chimique du liquide
stomacal; ce sont celles qui résultent de l'état grossier des
aliments. Quand, par suite de l'altération ou de l'absence
des dents la mastication est nulle, ({uand, les aliments à peine
broyés et conservant les dimensions de fragments volumi-
neux passent immédiatement dans l'estomac, quand surtout
une masse alimentaire considérable et consistante subit outre
une déglutition bàtive, une insalivation imparfaite, Tétat
grossier empêche le suc gastrique d'imprégner les aliments,
de les pénétrer, de les ramollir, de les transformer en sub-
stance assimilable ou peptone.Si la digestion doit porter sur
un repas copieux, le suc digestif non seulement est insufli-
sant pour tout digérer, mais encore il est entravé dans son
action ultérieure par les peptones qui se sont produites ; les
premières parties se sont bien transformées en peptones,
mais celles-ci s'opposent désormais à la continuation de
l'acte digestif.
Dans ces derniers cas, il importe de réduire le volume de
la nourriture. Le suc gastrique est en effet suffisant; il est nor-
mal, mais il ne trouve plus à s'employer, parce qu'il ne peut
plus attaquer l'aliment dans sa totalité; il en résulte une
o.i oiiAi'. . r.is. — Tr.AiTi'.MK.NT DKS (;Asn;i()n;s.
(l\s|ti'i)si(^ loiil .Missi int(Misc que s'il iii.mihjii.uI d'acido ou
(le iicpsiiic. Les l'èjilcs les plus rlt'inciilaiiiîs (J(î la pliysiolo*,^ic
dij^estiv(î in(li([ueiU donc la nécessité de ne présenter à l'es-
loiiiac ({u'une nourritunî IVa^niientée, et d'économiser le tra-
vail musculaire de l'estomac, qui est destiné à brasseries
aliments, à les présenter alternativement à toutes les réj,^ions
pepsinifèros de l'estomac et à multij)lier les contacts avec le
suc gastrique; si la musculature devient elle-même impuis-
sante à remplir son rôle auxiliaire, indispensable, la dij^^es-
lion est compromise, car la connivence de ces deux fonctions,
la sécrétion et les contractions, leur convergence pour
atteindre un but commun, n'existent plus.
Ce principe de mécanique alimentaire préludant à la chi-
mie digestive va trouver une bien plus large application. Quel
que soit le genre de dyspepsie, qu'elle soit due aux altéra-
tions du suc gastrique ou à son envahissement par les pep-
tones ou à son altération par le mucus en excès, c'est-à-dire
par la mucine inutile, indigestible et nuisible au suc gas-
trique, il faut en arriver à la réduction la plus complète des
aliments, à l'état pour ainsi dire moléculaire des espèces
alimentaires. — Les mêmes aliments cessent d'être indigestes
lorsqu'ils peuvent se présenter par toutes leurs faces, par
tous les côtés à l'action du suc gastrique; c'est, d'après mon
expérience, le problème de beaucoup le plus important, c'est
là secret de la thérapeutique alimentaire.
Yoici un dyspeptique qui ne peut plus digérer la viande
rôtie ou bouillie de bœuf ou de mouton, serait-ce le morceau
le mieux choisi, le plus savoureux; il ne peut même plus ou
ne veut plus en faire usage. Dès l'instant que cette viande
est dépouillée des parties indigestibles comme la graisse, les
tendons, les aponévroses, qu'elle est râpée, raclée, passée
par un tamis ou un moulin et réduite ainsi en pulpe, ce qui
se fait phis facilement pour la chair crue que pour la viande
ALIMKNTS DIVISÉS. 325
cnitc, le malade la prendra avec un lifjiiidc quelconque, avec
<lu bouillon ou du thé, cl la digestion s établira ou se réta-
blira sans encombre, parce que, d'une part, la musculature
de l'estomac n'est plus forcée, et qu'elle opère facilement le
contact (lu li([uide digestif avec ces molécules cbimiques,
parce que, d'une autre part, la sécrétion du suc gastrique,
incessamment provoquée sous l'influence des particules ali-
mentaires, reprend par le seul fait d'une sécrétion régulière
SCS caractères normaux.
Voilà la base fondamentale de l'alimentation du dyspep-
tique; nous verrons bientôt à faire l'application de cette
règle non seulement à la chair musculaire et aux autres
albuminates, à l'albumine de l'œuf, à la caséine du lait, sur-
tout à l'albumine végétale des légumes, m»ais encore aux
graisses, aux fécules, en un mot à toulcs les substances ali-
mentaires.
Une autre précaution est nécessaire, elle consiste à pré-
server l'estomac de toutes atteintes internes et externes.
§ 4. — Ij'cstoinnc doit être protégé contre
les iiniiurcté.s proveiinnt «la dehors, et contre les produits
de fermentatiou intérieure
L'estomac ne doit pas être considéré exclusivement au
point de vue de son action digestive, de sa fonction chimique
qui dépend certainement en grande partie de l'intégrité ou de
l'altération des cellules épithéliales de la nmqueuse et des
glandes à pepsine. 11 forme en outre un vaste réceptacle
des agents nuisibles du dehors.
Tandis que les autres organes creux ne sont pour ainsi
dire pas abordables aux corpuscules étrangers, l'estomac est
ouvert à toutes les impuretés, exposé à toutes les agressions.
C'est un atrium où s'arrêtent, où s'élaborent, où se délrui-
3-2r> (Il M'. I lus. - TKAITi: MI.NT DFS r.\STniQUES.
seul les élciiK'iils (le iii;mv;iis(î iiaLurc ou i)aiasitaircs comme
les sarcincs, les cellules de levure, etc. C'est j)ar là «lu'il joue
vis-à-vis (le l'or^anisiue un lolc ])role('leui' eonlie tous les
Terments qui pourraient jxMirIrer (laiis le san^^ et nuire à
notre économie; c'est certainement là un service important
qu'il rend à la nutrition générale. Kii r-flet, son action dij^es-
tiv.' peut être suppléée pai" Tintestin ; dans leur parcours à
travers le tube intestinal les aliments qui y pénètrent, après
mastication et division, sont tous soumis finalement à un
moment donné à l'acte de la résorption, même quand ils ont
passé intacts par l'estomac. Gela ne veut pas dire que l'es-
tomac ne serve à rien pour la digestion et la résorption,
mais dans cette fonction il peut être remplacé tandis que son
action dépurative est utilisée sans cesse et sans conteste,
comme le fait remarquer Alb. Iloftmann ; à ce point de vue il
est indispensable à l'organisme, de là le péril quand il fonc-
tionne mal. On peut bien supposer l'estomac absent, sans
que nous courions le danger de mourir d'inanition, mais
nous sommes exposés à une véritable invasion d'agents de
fermentation, contre lesquels l'intestin ne saurait nous pré-
munir. Songeons à la série de décompositions qui s'opèrent
déjà dans la boucbe et sont enrayées totalement dans l'es-
tomac; c'est là que se trouvent annihilés tous les corpuscules
délétères, tandis que tous les microzoaires utiles et inoffen-
sifs conservent leur action et leur activité dans l'intestin
(Hoffmann).
Le pouvoir de l'estomac de répondre à ces diverses indica-
tions réside manifestement dans la texture presque inaltérable
de sa muqueuse, dans la sécrétion de ses sucs digestifs si
énergiques, et en outre dans son mécanisme qui tient les
aliments renfermés un temps plus ou moins long, dans un
incessant contact avec les sucs digestifs, d'autant plus que le
pylore et le cardia, c'est-à-dire les deux ouvertures de l'es-
DE LA nf.PU RATION DE L'ESTOMAC. 327
toinac sont closes. Ainsi pour le l'onctionnement régulier de
l'estomac nous exigeons l'intégrité de l'appareil protecteur,
Tact ion des glandes, et l'énergie de la musculature stomacale.
Lors((ue la couche musculaire est afTaiblie ou altérée, il
en rtîsulte d'abord une distension gazeuse, puis une dilata-
tion de l'estomac; dans ce cas les aliments séjournent plus
longtemps, ils se décomposent, et il selorme à leurs dépens,
sous l'influence des ferments digestifs, des sécrétions alté-
rées, et en outre des alcaloïdes de putréfaction, des pto-
maïnes qui constituent un véritable foyer d'intoxication.
C'est dans ces cas complexes de dilatation stomacale, que le
lavage de l'estomac trouve son application. La sonde et le
siphon débarrassent l'estomac des corps étrangers qui s'y
sont introduits du dehors, et des alcaloïdes toxiques qui s'y
sont formés. Mais cette opération peut être évitée dans bien
des cas par des moyens plus simples, plus usuels et en par-
ticulier par l'usage des boissons abondantes, surtout par les
boissons théiqucsquine fermentent pas, comme les liquides
vineux ou alcooliques. Cette méthode est bien plus ration-
nelle, en tous les cas plus pratique, plus tolérable que l'ab-
stinence des boissons qu'on a recommandée dans le but
théorique d'empêcher la dilatalion ou de la réduire.
Supposons même que les parois stomacales ne soient pas
distendues, qu'il n'y ait pas de dilatation, qu'il ne s'agisse que
de la dyspepsie chimique et de ses produits inuliles ou dan-
gereux ; le lavage naturel pourra hâter, ou du moins favo-
riser la digestion, en débarrassant l'estomac de tous les
produits anormaux, muqueux, qui entravent la sécrétion
gastrique. L'eau ingérée en abondance fait rapidement pas-
ser dans l'intestin les substances non digérées, les faisceaux
de muscles, les fragments d'albumine coagulée, qui n'ont
pas trouvé dans l'estomac leur dissolvant chimique. Ces
sortes d'irrigations projettent ainsi dans le tube intestinal
328 CIIAP. I BIS. — TUAITEMENT DES GASTRIQUES.
tous les forincnls de dccomposilioii (jni pcuvonl vivre dans
1111 milieu îicide, coiniiio le suc gastrique, mais (jiii ne sau-
raient résister dans un li(|uide de culture alcalin, comme
Test le suc intestinal.
Pour empêcher la vivification de ces ferments et la for"
mation des produits de fermentation, on a lente bien des
fois et par dar^ moyens divers de faire de l'antisepsie stoma-
cale à l'aide de l'acide salicylique, du cliarbon, du bismuth
mêlé avec les aliments, et surtout avec l'acide borique in-
jecté par le tube œsophap^ien (Rosenlhal); cette dernière ten-
tative, très logique d'ailleurs, paraît avoir réussi en raison
du lavage, bien plus que par le fait de l'antisepsie; ce sont
les boissons aidées du régime, ce sont les ablutions stoma-
cales qui seules peuvent arriver à produire la désinfection
de la cavité stomacale.
§ 5. — Deis fécales chez les dyspeptiques
Il est des aliments qui sont principalement du domaine
de l'estomac, ce sont les albuminaies, c'est-à-dire les
viandes, les œufs, la caséine du lait, la fibrine du sang; c'est
sur les albuminales qu'ont porté toutes les recherches; c'est
sur leur degré de transformation en peptones, c'est-à-dire
en produits assimilables qu'ont porté toutes les analyses; ce
sont les dyspepsies chimiques proprement dites de l'estomac,
dont il faudra chercher le remède.
Mais que deviennent les autres aliments qui accompagnent
les albuminales? que deviennent d'abord les fécules? Van
den Yelden a démontré que le ferment des substances amy-
lacées, que la diastase ne développe et ne conserve son pou-
voir de transformer ces substances, que pendant le temps
que l'acidité du suc gastrique résulte des acides organiques
(c'est-à-dire au commencement de la digestion), que ce fer-
DES FÉCULES CHEZ LES DYSPEPTIQUES. 3'20
ment diaslaliqnc perd son oiïct, lorsque l'acide clilorliy-
(lri(jiic devient libre, après avoii' opéré sur les albuniinales
qui absorbent pendant un certain temps tous les acides dis-
ponibles. Quand même le ferment de la salive n'aj^it pas
dans l'estomac d'une manière certaine pour transformer les
matières amylacées en sucre, attendu que cette métamoi'-
pbose en sucre se continue encore dans l'intestin, il n'en
est pas moins vrai que la décbéance de l'acte digeslil' noiinal
des fécules s'accompagne toujours de manifestations pé-
nibles, et nous devons par cela môme, dans tous les cas dou-
teux, cbercher jusqu'à quel point les fécules se saccliarifient
dans l'estomac (Rosenbacb). Le meilleur réactif, c'est la
solution d'iodure iodée de potassium, qui montre, lorsqu'elle
a une teinte pfde jaunâtre de vin blanc, qu'il n'existe plus
d'amidon et d'érytbrodextrine (Voy. cliap. A), tandis qu'une
coloration francliement rouge démon Ire la {)résence de cette
dernière substance.
Que faut-il faire lorsqu'on découvre que les fécules
subissent une décomposition anormale? Naturellement
interdire l'usage des féculents. — Si en eflcl on constate
une fermentation intense avec formation diacides gras,
comme il arrive cbez certains dyspeptiques après Tin-
gestion de la plus petite quantité de pain beurré ou de
gâteau, l'indication porte sur l'utilité de l'acide cblorliy-
drique à prescrire à la dose de cinq à six gouttes après cbaque
repas; cet acide, en effet, comme l'a démontré récemment
Pascbutin, enraye complètement la fermentation biilyricpie;
ainsi dans les abus d'aliments féculents, c'est Tacide chlo-
i'hydri(pie (pii sera encore indiqué; j'aime mieux croire
au régime que nous prescrirons; il en est de môme si la dys-
pepsie porte sur les albuminates; on devra surveiller Tali-
mentation avant de songer à l'acide clilorliydrique.
Si après des repas copieux, les peplones formées ne par-
330 CIIAP. I MIS fP.AIir.MKNT DKS CASTniQUES.
\i('ini('iil |i;is, à (•;iusc de l;i l'-iiltlcssc de r.ijip.'irril umscii-
liiiic (r»'Nj)iilsi()ii on )i;ir le (Ii'ImiiI de i('s()ij)(i(iii, ;'i (|iiillrr à
h'iiips l'ostoniîic ; si |i;ii' siiilc la |)('|)lonisation idléricure
des alhiniiiiialos csl eiilravé»; par la présence en excès des
pej)tones; si c'est la (lysj)epsi(' par excès de pcptones, qu'y
a-l-il à faire? c'est encore le lavage; il a |)()ui' ellcf de
débarrasser l'esloniac de toutes les substances nuisibles, de
s'opposer ainsi à rii'i'ilaliou de la inucpieuse ; il sert à
éloigner de la surface nuiqueuse cette coucbe de mucosités
qui, dans un grand nombre de dyspepsies (dyspepsie mu-
queuse) produisent l'influence la plus perverse, et le trouble
de la digestion; il met ainsi l'estomac à même d'agir direc-
tement sur les ingesta. — Ce passage est extrait de l'article
de Rosenbach {Real Encyclopédie y t. V),il semble calqué sur
la page 3, etc. de mon livre, dont l'auteur n'a certainement
pas eu connaissance; la frontière nous sépare, mais la
vérité, même tardive, nous rapproche. C'est surtout lors
des fermentations butyrique et acétique, qu'on voit, après
l'insuccès des sels alcalins, réussir le lavage comme moyen
d'épuration, et l'acide cblorhydrique comme correctif chi-
mique. — Mais il ne s'agit pas de remèdes à appliquer;
il s'agit d'un régime à trouver. — Puisque les amylacés
doivent être proscrits, peut-on les remplacer par les autres
matières hydrocarburées, par le sucre ou les graisses?
Les aliments sucrés ont le même inconvénient que les amy-
lacés, qui d'ailleurs se transforment en sucre.
Les graisses, pour les dyspeptiques, sont généralement
mal supportées et presque toujours nuisibles pour l'esto-
mac qui ne saurait les transformer de manière à les rendre
absorbables. L'estomac, pour les corps gras, n'est qu'un lieu
de passage où ils ne trouvent pas de moyen de division,
c'est-à-dire d'émulsionnement susceptible de les faire péné-
trer dans les vaisseaux lymphatiques; loin de là ils s'y ras-
I)i:S IlÉCIMES EXCLUSIFS ET DE LA CURE DE LAIT. 3:31
somblent en gouUelclles plus volumineuses qui s'accolenl à
rouverture des glandes à pepsine el iriilent la muqueuse,
comme on peut s'en convaincre piir l'aspecl rouge foncé de
l'estomac dos animaux auxquels on vient d'administrer de
la graisse.
Les substances grasses ne trouvent à s'émulsionner
que dans l'intestin, soit par le suc intestinal lui-même,
soit par la bile, soit par le liquide pancréatique. Le pan-
créas frais, fragmenté et additionné d*eau, pourrait servir
à la dilution et à la division moléculaire extra-stomacale
de la graisse; mais ce moyen n'est pas pratique. Il vaut
mieux, si la nourriture grasse devient indispensable, recou-
rir à la graisse du lait, dont les gouttelettes sont plus fines
que celles des autres graisses; étant mêlé intimement avec
l'eau, le lait peut, avec sa graisse, pénétrer plus facilement
dans les pores lympbatiqucs et dans le sang. Ainsi, en géné-
ral, il y a encore plus d'inconvénients à permettre l'usage
des graisses que des fécules.
Dans les dyspepsies butyrique et acétique, on serait donc
logiquement amené à ne prescrire que le régime carné,
tel que nous l'avons formulé; mais une pareille nourriture
ne saurait être continuée, car aucun bomme ne peut vivre
par l'usage exclusif de la viande; c'est une ration (V inani-
tion, qu'on ne saurait prescrire que pendant le temps
nécessaire pour mettre l'estomac en état de supporter le
régime mixte de viande et de fécule.
^ 6. — Des régimes exclusifs cl <lc la cure de lait
dan s les dyspepsies
Comme le régime carné dans les dyspepsies d'origine fécu-
lente ne peut être qu'un expédient pour quelques jours ou
quelques semaines, les graisse* étant inlolérées, les aliments
n:;2 ciiai'. i r.is. - thaitkment dks casthiques.
amyloïdos on siicif's ('laiil l;i cmiisc ()ii<;inoll(; dos formcnta-
lions aiiorinalcs, les vr.iis r.nilciiis (1(; certaines dyspepsies
<liiiiii(|iies, il ne \v.M(' (prà iccoinir ;'i un alinienl (jiii conlicni
hicii cliacune de ces espères, mais sous des formes qui le
rendent, dil-on, facilement digestible et Mhsorhalile; c'est là
le poini de dé])art de la fortune; du l.iit. Est-ell<; justifiée?
La r('|)onse embarrasse souvent le médecin (jni veut jiréciser
les indications, car la physiologie ne conlirme qu'une partie
de ces données et la clinique impose des distinctions déli-
cates à formuler.
Sur un homme sain, qui prend 300 grammes de lait cru,
Reicliman constate, dans le liquide extrait par la sonde,
que la caséine se coagule par l'intervention de la levure;
que l'acidité, d'abord lactique puis chlorhydriquc de l'es-
tomac atteint son maximum après une heure et quinze
minutes, que le lait est digéré en trois heures et qu'au bout
de quatre heures il ne reste plus ni lait ni acide dans l'es-
tomac. Ce qui est sui'prenant c'est que le lait bouilli, d'après
ces expériences, se digère en deux heures et demie, cet avan-
tage étant dû à ce que les fragments coagulés sont bien plus
fins que ceux du lait cru. Il fait observer en outre que de
petites rations de 25 centimètres cubes ont déjà subi toute la
peptonisation, en quarante-cinq minutes, et que l'addition
de carbonate de soude (1 gramme pour 100 centimètres
cubes de lait) répétée chaque jour, suffit pour hâter la diges-
tion.
Ces données semblent donc favorables à la digeslibilité
du lait, surtout du lait cuit. Si néanmoins on considère que
pendant la cure exclusive de lait, les matières excrémenti-
tielies contiennent une quantité de graisse et de caséine,
qui peut s'élever jusqu'à 10 pour 100 delà totalité des maté-
riaux solides du lait ingéré, que pour sa digestion tous les
ferments digestifs sont mis à contribution, que dans l'esto-
DKS I.ÉCIMKS KXCLUSIFS ET DK LA Cri'.i: DK LAIT. 3.:3
mac des dysj)e|)li({ucs, la coagiilalioii de la caséine se fait
souvent en masse, comme le prouvent les vomissements, on
doil faire quel({ues réserves. Pour évihM* ces j,a'aves inconvé-
nients il est sans doute uliiii de ne prfiscrii-e que de très
petites quantités à la fuis (Karrell); mais il faut toujours en
arriver à quelques litres par jour, pour faire vivre un adulte.
— La cure de lait est donc en effet une soite de diète. Afin
d'empêcher l'inanition on est oblii^é d'élever la teneur du
lait en hydrates de carbone et de compléter le sucre de lait
par des fécules, la quantité d'albumine et de i^raisse étant
parfaitement suffisante; la cure de lait deviendra alors un
régime de lait et de pain. — Mais voici l'objection. Cette com-
binaison augmente encore plus les fermentations que ne le fait
le lait seul. — Aussi le lait ne semble pas convenir, surtout
dans les dyspepsies muqueuses qui s'accompagnent toujours
de formation d'acides gras aux dépens des matières amy-
lacées. — Comment se fait-il donc que tant de malades s'ap-
plaudissent de ce régime? Les dyspeptiques, qui sont presque
toujours atteints dans leur constitution, ne doivent manger
ni trop ni trop peu; or, à l'aide du régime du lait le malade
arrive à une ration suffisante d'albuminates, il ne prend il
est vrai ({u'une quantité relativement moindre de sucre,
mais il trouve une graisse abondante dont la digestibililé
di'passe celle de tous les autres corps gras; il s'assimile en
réalité tous les éléments nécessaires à sa nutrition, tandis
que si on est obligé de s'en tenir à la viande et au pain il en
résulte un déficit de graisses. C'est donc bien plutôt pour
relever ce qu'on appelle l'état général que pour guérir la
dyspepsie muqueuse que la cure lactée réussit.
Si au lieu de dyspepsies muqueuses, il s'agit d'une gastro-
atonie locale ou localisée, c'est-à-dire primitive, ou consé-
cutive à une névro-asthénie, à Tliystérie, à la chlorose, à une
débilitation constitutionnelle, le lait trouvera mieux son eni-
;{3l Cil AT. I IMS. - TnAlTEMKNr DKS GASTRIQUES.
l»I(>i. Il le rclroiivc, ('()iii[)!('!Li'im'iil (l.iiis \{'S ulcères simples de
ri'sl<nni(f ([iii lie sont (•ci'lcs p.-is fcH'cl iriiiK; .'lulodii^cslion,
c;ii' ils ii\>((iip(3ntpasla ^candi; concaviLc de Toi^^^ane ({ni est
laiil oxposoo aux liraill(3inents, aux iiii|)rcssions de froid ou
do chaud cl. ipii cousIiLuc h; vrai dcpnl du suc gasirifpie; la
lésion sièj^e à la petite courbure près du pylore; or, c'(;st là
(pic la foruialiou de l'acide et de la j)epsine est au niiuiiuuiu,
c'est pour(iuoi Tulcère dans ces ré^^nons <»uérit lacilenicnt.
Poui' iavoi'iscr la cicatrisation, le lait semble indiqué, parce
que, par sa réaction léj^èrement alcaline, il atténue l'acidité
du suc gastrique. Il est vrai que Gb. Riciiet nous montre
l'estomac toujours prêta former de l'acide lactique; et le
lait l'augmente encore, de sorte que la digestion va se faire
avec cet acide organique plutôt qu'avec l'acide chlorhydrique;
en eflct, les récentes expériences nous montrent imc pre-
mière période digestive, marquée uniquement parla produc-
tion de cet acide lactique, qui précède celle de l'acide chlor-
hydrique. Suffit-elle pour mener tout à bien? c'est une
hypothèse; mais l'observation a répondu par avance à toutes
les théories, à toutes les objections. N'oublions pas d'ailleurs
que même dans les affections ulcéreuses simples, le lait est
parfois mal supporté, mal digéré; dans ces cas, je n'hésite
pas à lui substituer le régime carné tel que je l'ai défini, la
viande infiniment divisée, la chair musculaire pure et réduite
en pulpe. C'est surtout dans les dégénéralions cancéreuses^
plus encore dans les ulcères cancéreux qui détruisent le suc
gastrique chlorhydro-acide, que le lait est contre-indiqué,et
que la pulpe de viande aidée par des bouillons gélatineux,
par des potages féculents constitue le régime le moins défa-
vorable.
RÉGIME DKS DILATATIONS GASTRIQUES. 335
^^ 7. — IKé^iiiic (l<'M (lilalaliiiiiM ^^nMtri<|iie.s
Nous touclions ici à une question d'actualité. Tous les gas-
lri([ues, d'apics la théorie nouvelh,', ont une dilatation. Il est
même une foule d'individus qui n'éprouvent pas le moindre
trouble stomacal, qui ne se [)laii^nent de rien, et qui présen-
tent néanmoins tous les signes de la dilatation ; ils ne deman-
deraient pas mieux ({ue de garder leur inofTensive eclasie;
mais il faut que l'estomac rentre dans ses dimensions nor-
males, et que le malade se soumette au légime commun des
dilatations; c'est un dilaté sans persuasion. — Or, que faut-il
faire pour obtenir ce résullat? Remonter à la cause? puisque
toute l'espèce est frappée dans sa capacité stomacale, il n'y a
plus de cause, ou bien c'est une cause universelle. — Il faut
donc vider l'estomac et empêcher le malade de le remplir à
nouveau; le lavage atteint facilement le premier but, mais
tous ne se soumettent pas à cette méthode, et force est de se
borner à la deuxième indication ; comme ce sont les liquides
qui sont censés dilater l'estomac, on les supprime ou du
moins on les raréfie dans la mesure du possible ; c'est par
l'assèchement qu'on veut obtenir la réduction de l'organe.
— L'abstinence des boissons constitue le credo. Le régime
alimentaire est moins important, pourvu qu'on exclue les
aliments très aqueux. H m'est bien démontré, en eiVet, par
l'expérience, que les aliments les plus riches en eau connue
les viandes jeunes, comme les légumes frais, les fruits sont
encombrants, sans profit pour le malade : aussi je prescris
des viandes fortes sous un petit volume et débarrassées des
parlies tendineuses, du poisson sans graisse, des œufs, des
fécules azotées, des légumes secs décortiqués, du fromage,
c'est-à-dire tous les aliments qui nourrissent sans surcharger
l'estomac, et surtout qui n'exigent pas un travail mécanique
'SM\ ClIAP. I BIS. — TIIAITKMKNT DKS GASTIUyUES.
exa«;ére, des contraclions trop cn('r';i(|uos, Irop léjxUécs
polir brasser les alimciils et les iiicttnî au coiitacl du suc
gaslilipie. Voilà le viai moyen (reuipèeher la distension de
l'organe. Reste rahslinciict' des boissons. Sur eette question
mon opinion est laite. — Il y a là une li(''i'ésie pliysiologi(iue
el un véiitahle dan<,^er; je le jtrouve. J'ai vu depuis qufîhjues
mois dix malades n''duils à une maigreur (.'xirème et à une
débilité elîrayante parce qu'on ne leui- pei'mettait ([ue les
2/3 d'un litre d'eau vineuse par jour et la dilatation n'était
pas guérie. D'autres médecins ont vu des laits analogues. —
La diète liquide est appliquée précisément pour guérir l'obé-
sité ; le résultat est certain, mais le malade tombe dans un
état de dénutrition souvent irrémédiable, comme le démon-
trent les laits relatés au chapitre de l'obésité. — Rotenfels
cite trois cas d'albuminurie, dont un mortel, à la suite de
l'abstinence des boissons pour faire maigrir. Que dire après
cela du supplice inutile et dangereux infligé aux dilatés?
L'hérésie physiologique ne vaut pas la peine d'être discutée
après de pareils désastres. On sait en effet que ce n'est pas
l'eau qui dilate l'estomac, qu'elle n'y séjourne pas, qu'elle est
en partie absorbée, et que la plus grande partie passe rapide-
ment dans l'intestin; ce ne sont pas les liquides qui dilatent,
c'est l'atonie des parois qui les laisse se dilater.
§ 8. — Des cartes culiiinircs
Après cette longue discussion sur l'origine et la nature des
dyspepsies, sur la genèse et la caractéristique des gastro-
névroses musculaires ou sensitives, après l'étude minu-
tieuse des moyens de traitement alimentaire des unes et des
autres, nous n'avons plus qu'à résumer, pour le médecin,
les principes physiologiques qui doivent servir de base à la
ration des gastriques, puis à fixer le malade sur les espèces
DES CARTES CULINAIRES. 337
alimentaires indiquées par la nature de sa maladie, et à in-
sister sur les modes de préparation les plus compatibles avec
rétat de l'estomac, laissant ensuite au patient le choix Lien
prévu des variétés de l'espèce. — Il est donc absolument inu-
tile de lui commander ses repas, de les régler par les détails
les plus minutieux, selon la pratique à la mode de certains
cliniciens étrangers. En France, on peut bien soumettre un
menu au malade; en Allemagne, on l'y soumet.
Voici un programme très connu qu'on affiche dans cer-
taines tables d'hôte; il est de Leube, un des spécialistes les
plus renommés.
Régime I. — Les aliments les plus facilement digestibles,
dit-il, sont le boullloriy la solution de viande (de Leube),
le lailj les œufs mous et crus. Or, il se trouve que cette
fameuse solution de viande est un produit commercial, pré-
paré à l'aide du pancréas, et dont un compatriote de Leube
vient de démontrer la parfaite nullité. Il reste donc le bouil-
lon, le lait et les œufs. Or, le bouillon ne contient rien d'ali-
bile; c'est un moyen prédigestif et non un moyen alimen-
taire; le lait n'est que rarement supporté par les gastro-
dyspeptiques. On peut en dire autant des œufs qui répugnent
à certains malades, et qui exigent, pour se peptoniser, une
acidification très prononcée du suc gastrique.
Ainsi, le premier type proposé est loin d'être parfait. Si,
parmi ces prescriptions, je signale le lait, qui convient rare-
ment aux dyspeptiques, c'est parce qu'il a réussi merveil-
leusement dans le traitement de l'ulcère stomacal, qui, pré-
cisément, n'a aucun rapport avec la dyspepsie chimique.
Régime II. — Des soupes bien bouillies, de la bouillie au
lait, la cervelle de veau bouilli^ le riz de veau bouilli^ le pou-
let bonUli, le pigeon bouilli, et les pieds de veau idem. Ainsi
tout au bouilli. Toute cette cuisinci ou plutôt cette univer-
selle coction va aboutir à lu transformation des viandes et
SÉE. V. — 22
X]H CllAP. II. — TUAITKMKNT DKS GASTIUQL'KS.
(In reste en j^élaline. Est-ce là le but de ne (leuxi('3me réj,âmc?
S'il (Ml est ainsi, h; malade ikî soia pas nourri; il jouira
<riine substance qui est azotée, mais qui ne s'annexe pas à
l'organisme, et ne saui'ait en rien remplacer les alhiiminates.
Ri'gimc 111. — Ajoutez aux numéros I et II du Iwi'nf sai-
gnant ou cru, permettez un peu de pain blanc, et, à titre
d'essai, de petites quantités de café ou de lait. Ici le malade
commence à se nourrir.
Régime IV. — Maintenant la volaille et le gibier rôti, le
veau rôti, le brocliet, le macaroni; puis, plus tard, du vin :
mais rappelez-vous que le vin retarde la digestion (Fleis-
cbner et Buchner, D. Arch., t. XXIX).
CHAPITRE II
LES INTESTINAUX
§ l^r. — Dyspepsies iutestinales. — Leors espèces
a. Dyspepsie iléo-pancréatique. — L'intCStill remplit dcS
fonctions de digestion et d'absorption qui appartiennent à
l'intestin grêle, des fonctions d'élimination qui sont surtout
du domaine du gros intestin. Les dyspepsies ou indigestions
continues ont lieu dans l'intestin grêle en raison du suc in-
testinal, du liquide pancréatique et de la bile, qui y sont
déversés. C'est là le dernier refuge des aliments qui n'ont
pas été digérés par l'estomac, de sorte que, s'ils écbappent
à l'action des liquides intestino-pancréatiques, leur trans-'
formation devient impossible; ils quittent l'organisme sans
et avant qu'il en ait profité. On voit alors s'éliminer des
fragments alimentaires intacts, c'est la preuve de leur non
DYSPEPSIES INTESTINALES. 339
digestion. Voilà la dyspepsie intestinale qu'on peut appeler
dyspepsie ultinne. Elle est jugée par l'examen chimique,
physique, microscopique des garde-robes.
b. «yspcpMlo avec déraiit d'aliNorption. — L'iutCStin grÔlô CSt
aussi, et surtout, la grande surface absorbante des produits
transformés dans l'estomac et dans l'intestin, c'est-à-dire
des peptones, des sucres, etc. Si les villosités intestinales,
par suite d'une altération quelconque, ou par la pré-
sence d'une couche de mucosités interposées qui empêche
le chyle de pénétrer dans les vaisseaux lymphatiques de la
muqueuse, si enfin, les produits étant préparés pour l'ab-
sorption, des contractions intestinales hâtives viennent les
rejeter au dehors, les évacuations contiendront encore une
fois des matières indigérées; dans l'un et l'autre cas, il sur-
viendra une dénutrition ou inanition intestinale.
C. La dy^pcpMio vraie provient rarement du gros intestin.
— Le gros intestin n'a plus le pouvoir digestif ni absorbant
bien marqué; il ne digère plus, mais il élimine les matières
provenant de plus haut ; il n'absorbe que peu; il n'y a donc
pas d'indigestion dans le côlon. Par suite de ses dimensions
et de sa forme, il est destiné à l'élaboration des résidus ali-
mentaires de la digestion ou de l'indigestion. 11 est l'organe
moteur par excellence. S'il est frappé d'atonie, il y a consti-
pation; s'il se contracte trop, il y a diarrhée.
d. Dyspepsies muqueuses. — Lc nom de dyspepsie mu-
queuse ou calarrhale doit être réservé à ces états morbides
qui se produisent sous l'influence des irritants chimiques
alimentaires, aliments mal digérés, repas excessifs, aliments
décomposés de façon à produire dos ptomaïnes, etc.
Par l'examen chimique, microscopique et bactériologique
des garde-robes, on peut arriver à reconnaître la nature et
l'origine de ces dyspepsies. S'il y a une diarrhée muqueuse,
c'est encore par cette analyse qu'on jugera son origine. En
:U0 CIIAP. II. — LKS INTESTINAUX.
elVcl, il ('\isto bien des syrn|tlolll(^^ <Hii accompa^^ncnt ces
calarrlies, bien dcîs Ironhlcs loiicliuiiiHîls (jiii en soiil la
niaiiliic, iiKiis (jiii ifoiiL iwcii (h; caraetérisli(jiic; ce sont par-
liculièreiiieiU la diarrhée, la douleur iiilcslinahî, le gonfle-
menl «i-azeux du vcnli-e. Aiiemi de ces plnMioinènes ne sau-
laiL lixer le diagnoslic. l'ji ellcl, la diarrhée peut nièmc
man([iier, el on décrit des catarrhes muqiieux sans évacua-
tions muqueuses; c'est ce qui aurait lieu surtout dans les
aiïections catarrhales de l'intestin grôle. La diarrhée n'est,
en elïet, qu'un phénomène d'expulsion du à la contraction
des muscles, surtout du côlon. Les douleurs et la tympanite
se trouvent aussi bien dans les atonies simples de la muscu-
lature intestinale. — Il n'y a donc d'autres critérium pour
juger la dyspepsie, que l'examen des matières éliminées.
e. Dyspepsies muqueuses et parasitaires. — LeS dvspcpsics
muqueuses peuvent dépendre de la présence de parasites
provenant du dehors et introduits avec les aliments ou avec
l'air. Ce seront les dyspepsies muqueuses parasitaires déjà
connues.
f. Les dyspepsies bactcriques SOUt à pciue SOUpÇOnuécs; je
leur attribue une importance réelle, comme nous le ver-
rons en étudiant l'action des bactéries sur ou contre la
digestion intestinale.
£>■. Entéro-atonies niucino-albuniincascs. Un tVpC mlxtC
d'affections intestinales et des plus importants se trouve fré-
quemment chez les entéro-parétiques; il résulte de l'irrita-
tion du gros intestin par les matières, sans doute aussi de
l'irritation par des bactéries, et se traduit par un exsudât
mucino-albumineux demi-liquide ou concret; c'est la dys-
pepsie mucino-membrancuse d'origine bactérique et ato-
nique.
DYSPEPSIES INTESTINALES PARASITAIRES. 841
§ 2. — DcM <ly«pc|isleH pamnllnlrcM
Parmi les dyspepsies intestinales qui sont le plus souvent
méconnues et traitées comme dyspepsies nerveuses, il faut
citer en première ligne les maladies vermineiises de l'in-
testin.
Tcrs in(c.4tinaiix. — Lc téuia, Ics ascavides, les oxyures
qui s'introduisent dans l'intestin par l'intermédiaire des
aliments ne sont généralement reconnus qu'après leur
expulsion ; le ténia passe inaperçu parce qu'il produit,
outre les troubles intestinaux, à savoir les coliques, les
flatuosités, les alternatives de constipation et de diarrhée,
une variété infinie de phénomènes nerveux qu'on traite pour
une névrose primitive. Le ténia agit d'une manière insi-
dieuse sur la paroi intestinale; l'impression inconsciente
qui en résulte se propage au système nerveux central, à l'en-
céphale surtout et se réfléchit ensuite sur tous les nerfs de
la motilité et de la sensibilité générales, sur l'innervation
du cœur, des vaisseaux, de la respiration et de l'estomac,
de là des vertiges, des convulsions hystériformes, des trou-
bles psychiques, des palpitations, des oppressions, des alter-
natives de prdeur et de rougeur, et souvent enfin des per-
versions des fonctions digeslives de l'estomac Ini-môme,
sans et avant que l'estomac soit envahi directement par le
ver; c'est donc une véritable action réflexe généralisée
qui, par sa ressemblance avec une névro-asthénie, avec
l'hystérie, trompeté médecin jusqu'à ce que la méprise se
termine par l'apparition des fragments annulaires du ténia
dans les garde-robes; ces faits sont observes à tout Age et
dans toutes les contrées, par suite de l'usage de la viande
crue, surtout du bœuf.
Les ascarides, qui sont plus fréquents chez l'enfant que
84fi (IIAP. II. — DYSPEPSIES INTESTINALES.
cliiv. radiillc, cl dans certaines contrées mcridionalcs que
dans les régions tempérées, se développent racilcnicnl dans
les organismes débilités, dans 1(î tiil)(; dij^cslil' lorsqu'il est
déjà atteint de dyspepsie, lorsqu'il est le siège de déeom-
position. Ces vers donnent moins souvent li(ui à des phé-
nomènes bizarres que le ténia; ils peuvent même rester
à l'état latent, et l'intestin, tout en continuant jusqu'à un
certain point ses fonctions digestives, n'en est pas moins
affecté de douleurs, d'irritation muqueuse dont on ne soup-
çonne pas l'origine. Dans les pays chauds, les vers ascarides
semblent négliger les organes digestifs et provoquent, chez
les enfants, des convulsions qui sont inconnues ou mécon-
nues dans nos grandes villes.
Les oxyures, qui occupent uniquement le rectum, peuvent
devenir le point de départ d'une véritable inflammation qui
passe facilement à l'état chronique. Comme ces entérites
donnent lieu, chez l'enfant, à une sécrétion muqueuse con-
sidérable, avec ou sans réaction sur le système nerveux
central, on reconnaît habituellement l'origine de ces diar-
rhées, et le traitement local suffit pour un certain temps à
détruire ces oxyures, qui se reproduisent facilement.
infusoircs. — Il cxistc uu Certain nombre d'infusoires
qui, occupant l'intestin, surtout le côlon, peuvent donner
lieu au catarrhe muqueux du gros intestin. — A cette caté-
gorie appartiennent le cercomonas intestinal de Davaine, le
paramaccium coli, de Malmsten, le trichomononas intes-
tinal décrit par Zunker. Une mention spéciale doit être ré-
servée à un ver arrondi, de l'ordre des nématodes, connu
sous le nom d'anchylostome duodénal qui existe de longue
date en Egypte, en Italie, et qui a sévi sur les ouvriers du
Saint-Gothard, en déterminant de graves symptômes long-
temps attribués vaguement à l'anémie des mineurs.
DYSPKPSIES INTESTINALES DACTÉUIQUES. 3i;3
,^ 3. — IlyM|iepNlcM in(cN(iiinlcM linctériqucN
BiictéricM intcMtinaicM. — Duns l'intestin , il y a tout un
monde microbiquc déjà entrevu il y a cent soixante-dix ans
par Leuwenliock, puis indiqué, dans ce siècle, par Gros,
Longet, Frericlis qui considèrent ces bactéries comme nor-
males, étudiées avec soin par Woodward,qui les trouve aussi
bien dans l'état pathologique qu'à l'état physiologique. La
présence de ces' micro-organismes et le nombre incalculable
de leurs formes constituent aujourd'hui un fait acquis à la
science.
Ce qui nous intéresse de ces données concordantes, c'est
le point de vue de la physiologie et de la clinique; il s'agit de
savoir, comme l'enseigne la doctrine de Pasteur, si ces micro-
organismes accomplissent dans l'intestin, comme partout
ailleurs, la fonction digestive, si les bactéries ont le pouvoir
de décomposer les albuminates, de produire la fermenta-
tion lactique, butyrique, acétique, enfin si elles sont la cause
des productions pathologiques, des dyspepsies muqueuses
intestinales, comme elles sont soupçonnées de développer le
choléra, la fièvre typhoïde.
Avant tout, la limite de la normalité doit être établie,
puis la genèse de la maladie devra être reconnue par la
culture de ces bactéries, et, à son défaut, par l'action des
alcaloïdes d'origine microbique sur l'intestin lui-même.
Quels sont les hôtes misérables, quels sont les excitateurs
de la fermentation, quelle est leur influence sur les divers
actes de la digestion intestinale? Voilà le problème à ré-
soudre; c'est la tache d'aujourd'hui. Elle a été tentée
pour la première fois par Nothnagel, puis par Brieger qui, à
l'aide de cultures, chercha à déterminer la fonction-ferment,
puis par Stahl qui s'attacha surtout à la description de vingt
:iil <,IIA1'. II. — DYSPEPSIES INTESTINALES.
espèces (le luicrohes, par Bieiislok ([iii ne reeonnni (jn'iiii
seul ^(Miro {Mcd. CentralbL, 'l'S(S5), cl en dernier lien |)ar J
Kscli<Mi('h , dont les reclieiclies paraissent plus dé{^a|^(;es de ■
théories.
Dans toutes les matières on trouve la jilupart des espèces j
de bactéries; les formes arrondies (ou micrococci) , les m
bactéries en bAtonnet {badcrnim-tenno) qui sont i)lus
nombreuses dans les matières muqueuses fluides et qui pa-
raissent présider à la décomposition des albuminales. Il
existe, en outre, dans l'intestin, une autre série de micro-or-
ganismes qui appartiennent à la classe des clostridiens et qui
soiil généralement proportionnés, dans les garde-robes, à la
quantité de lecule, à la quantité de débris de plantes ou de
fruits. Cette espèce de bactéries paraît être identique avec
les diverses formes à: Amylohacler décrites par Trécul en
18G5, et avec le Bacillus amylobacter^ parfaitement étudié
par Van Treghem en 1877.
Les recherches de Bienstok renversent toutes les idées,
toutes les descriptions de Nothnagcl; après vingt analyses
bactériologiques des matières fécales dans l'état normal,
ce jeune observateur conclut ainsi : 1° les bactéries nor-
males de l'intestin ne sont ni des micrococcus, ni le bacte-
rium-termo, ni les spirochàtes indiqués par Stahl; ce sont
toujours et uniquement des bacilles; 2" la cause de ce pro-
cessus se trouve dans la mort de tous les germes organiques
par l'acide libre de l'estomac, à l'exception des spores qui
passent par l'estomac et se développent dans l'intestin;
3° dans les matières normales de l'adulte on trouve quatre
espèces de bacilles; deux volumineux semblables au bacille
du foin et munis de spores ; un autre très petit est une sorte
de bâtonnet de nature pathogène pour les animaux. Enfm
une espèce particulière, reconnaissable par sa couronne,
préside à la décomposition, au dédoublement des albumi-
DYSPLI'SIKS INTKSTIMALES HACTÉniQUES. 315
natos en donnanl ainsi lion à la roriiialion d'ammoniaque
et d'acide carl)oni(|uo.
Ce bacille ne pénètre dans l'intestin qu'avec l'alimentation
mixte ; il n'existe donc pas chez le nourrisson ; c'est la seule
cause des elYcts morbides, désignés jusqu'ici sous le nom de
pulrescence intestinale. Ces diverses propositions sont com-
battues énergiquement par Escherich, qui attribue l'erreur
fondamentale à la culture des bactéries, sur un milieu solide,
ce qui empêche la plupart de se reproduire; d'une autre
part, les germes introduits dans l'estomac ne meurent pas
tous par le suc gastrique, car l'acidification, à un millième
d'acide chlorhydrique, est bien loin de durer pendant toute
la digestion.
Pour juger cette question de provenance, Escherich étudia
d'abord le méconium des fœtus morts pendant la période
d'accouchement; là il ne trouva rien. Peu de temps (quatre
à sept heures) après la naissance, des germes pénètrent
dans le tube digestif par suite des mouvements de succion
ou de déglutition du nouveau-né, peut-être aussi par l'anus.
Les premiers parasites sont des levures ou des micrococci
et quelques formes inconnues de bactéries. Quand l'enfant
a pris le sein, la matière intestinale présente, au lieu du
mélange de bactéries, une seule espèce allongée et recourbée,
que l'auteur appelle bactérium du colon; ce parasite a le
pouvoir de coaguler le lait lentement, en même temps qu'il
se forme un acide, et de faire fermenter les solutions de
sucre de raisin. Une deuxième espèce, plus rare, consiste en
bâtonnets avec coin arrondi, assez semblables au microbe
de la pneumonie. Cultivée sur un fragment de pomme de
terre, cette bactérie forme une colonie traversée par des
bulles de gaz; cultivée sur une couche de mercure, c'est-
à-dire à Vabri de rair, elle donne lieu également à la forma-
tion de gaz, lorsqu'on y ajoute une solution de sucre de lait;
aïO CIIAP. 11. — DYSPEPSIKS IM KSTIN AI.KS.
c'est donc une bac.léi'ic (jni vil sans air,('l(|iii loi nie (li^sf^a/;
c*esl la Ixtclcrle dcnxjrnc du lail. Ainsi les ^Uww genres sont
anacrobics, à la condilion de liouvcr, dans le sucre oii dans
l'acide lactique, roxy^èn(! (jui leur l'ail délant.
La répartition des bactéries déi)end naLuiellcmcnt delà
présence des restes alimentaires, tandis (jue les liquides
sécrétés par rintestin conslituent un moyen défavorable de
nutrition des germes. Dans la partie supérieure de l'intestin,
on ne trouve le haclerium laclis aerogcnes qu'en petit
nombre ; le haclerium côll occupe surtout la partie infé-
rieure de l'intestin grêle; mais ce qui est à noter, c'est que
la proportion des deux espèces s'intervertit dans le parcours
de l'intestin. La nature de l'aliment et la quantité digérée
exercent aussi une grande influence sur le nombre des bac-
téries; lorsque la matière fécale ne contient que peu de
débris du lait, le bacille lacté tend à disparaître, car il ne
vit qu'à l'aide du sucre de lait, susceptible de fermenter ; au
contraire, le développement de la bactérie du côlon exige la
composition normale des garde-robes, d'origine lactée, qui
sont formées par le suc intestinal, les parties salines, les
graisses et les savons graisseux. En réalité, ces deux espèces
de bactéries n'appartiennent pas en particulier aux résidus
excrémenlitiels du lait; ils sont plutôt, lorsqu'ils prédomi-
nent, le signe d'une résorption complète des aliments
ingérés; voilà ce que nous savons de plus précis sur l'état
normal.
Lorsqu'il s'agit de l'état pathologique des nourrissons, on
a souvent examiné les garde-robes, au point de vue des bac-
téries ; Lôschner et Lambl, Widerhofer y ont bien constaté
de nombreuses formes de bactéries, des leptothrix surtout,
le champignon du muguet qui a passé intact de la bouche
dans l'intestin; mais Demme fait observer avec raison que
les micrococci et surtout les bactéries en bâtonnets se
DYSPKPSIKS INTKSTINALKS liACTÉIlIQUES. 3-47
retrouvent aussi en ([uantilc considérable chez les enlants
bien portants. Un'ehiian démontre aussi la présence cons-
tante de la levure mêlée avec une masse énorme de cocci et
de bactéries allongées.
Dans tous les cas, chez l'enlant, comme chez l'adulte, il y
a une sorte de loi de progression constante qui peut être
formulée ainsi : la végétation bactérique à peine marquée
dans la région pylorique va en augmentant de nombre et de
dimensions à mesure qu'on se rapproche du rectum; cette
observation qui a été faite sur le chien par Nenki, et vérifiée
bien des fois pour l'intestin de l'homme, trouve facilement
son explication. Dans l'estomac l'acide chlorhydrique enraye
la vie des ferments introduits avec les aliments. Les germes
qui échappent à l'action de l'estomac, avec les aliments, dans
la dernière période digestive, vont se multii)lier dans l'in-
testin gicle, et comme cet organe a une activité motrice
très prononcée, ils le quittent pour s'arrêter surtout dans le
c?ecum ; c'est là qu'ils se multii)lient indéfiniment. Dans cette
marche progressive de haut en bas les bactéries subissent
aussi des variations de nombre ; les plus courtes se retrou-
vent au commencement du tube digestif et diminuent à la
fin.
Toutes ces formes sont influencées dans leur développe-
ment par le genre de nourriture; les aliments sans germe
ne permettent pas de vivre (Pasteur) ; par le régime lacté on
retrouveles bacilles qui, d'après Escherich, sont obligatoires
et vivent par anaérobie; les autres micro-organismes sont
facullalifs et formés par les divers cocci, les champignons
bourgeonnants, etc., qui vivent à la zone périphérique de l'in-
testin surtout du côlon où ils trouvent l'oxygène nécessaire à
leur existence, ce gaz pouvant y pénétrer à travers les mem-
branes (Schùtzenberger). Par le régime de viande ce sont
les colonies aérobies qui prédominent, surtout dans le gros
34S CIIAIV II. — I)YSPEl»SIi:S INTESTINAI.KS.
inlcsliii. \ai il se passe un plirnoniène iiili'icssanl (|iii nous
éclairera siiigulinviiiniit sur le développement des Ijacléi'ies
a((i<l('iih'll('s dans la dyspcpsifi muqueuse. Dans toute sécré-
lioii iiHKiueuse, la imicine, comme Fa dénionti'é Landwelir,
se dédouble et il se l'orme une gomme anim.ihi (jiii appai-
ticnt jus(iu'à un certain point au groupe des hydrates de
carbone, cl (jui [)résente par consé(juent un rap[)ort direct
avec le mode de vivre et l'action fernuînlative des colonies
bactériques; ce sont des agents amylolytiques. La caséine et
la fibrine au contraire n'ont pas d'agents attitrés de trans-
Ibriiialion; la graisse ne se modifie guère plus; le sucre de
lail est de tous les principes alimentaires le plus facilement
décomposé, et le dédoublement qui se fait en acide lactique,
acide carbonique et hydrogène a lieu non dans l'estomac,
mais dans la portion supérieure de l'intestin grêle par l'in-
tervcntion du bacteriuni lactis.
Applications prntiquct*. — Ccs dounécs quî dc primc abord
ne semblent avoir aucune portée pratique nous démontrent
au contraire des faits considérables; c'est que l'état physio-
logique et la maladie n'ont pas de frontières, qu'il ne
s'agit entre elles que d'une différence quantitative, que la
bactériologie de l'un s'applique à l'autre. Ces dyspepsies
intestinales ne sont que des indigestions chimiques dues
à des aliments irritants par leur quantité ou par leur
qualité, ou bien encore à des sécrétions iléopancréatiques
modifiées dans leur composition ou bien à des productions
exagérées de mucus. — Toutes ces transformations ont pour
témoins et pour fauteurs des bactéries d'espèces différentes;
c'est pourquoi on peut, on doit considérer les catarrhes
intestinaux comme des manifestations microbiques, et non
comme des inflammations primordiales. Les produits muci-
neux sont peuplés de microbes, en tel nombre que ces exsu-
dais en sont pour ainsi dire formés, et l'examen bactériolo-
ENTÉRO-DYSPEPSIES MUQUEUSES. 31ÎI
^i(jiic nous démontre la nature du catarrhe, ([iii doit èlre
considéré en réalité comme une maladie bactéiique.
Le traitement alimentaire du dyspeptique intestinal en
découle naturellement; le lait, la viande divisée, les légumes
réduits en purée formeront la base du régime; tout ce (jui
se décompose facilement dans l'intestin sous l'influence du
suc pancréatique, comme les légumes frais, tout ce qui n'est
pas absorbé par l'intestin malade, comme les sucres, doit
être proscrit; à plus forte raison les graisses qui ne trouvent
plus la bile en quantité normale et ne sont pas du domaine
de la bactériologie naturelle.
§ 4. — Dos entéro-d^spcpsics inuquensCiti. — Diagnostic
par l'analyse cliimiquo des matières
Toutes les entéro-dyspepsies et toutes les affections mus-
culaires ou névrotiques de l'intestin présentent des symp-
tômes communs; ce sont les douleurs ou coliques, le balon-
nement du ventre, les éructations gazeuses avec ou sans
pyrosis. Mais tandis que les atonies intestinales se tra-
duisent par la constipation, les entéro-dyspepsies, les états
de surexcitabilité de l'intestin sont marqués par la diar-
rliée; c'est par l'analyse cbimique et microscopique des ma-
tières diarrhéiques qu'on peut juger la nature de la maladie
qui en est l'origine et la cause.
Dans l'état normal les résidus de la digestion séjournent
dans la dernière portion du gros intestin, et y prennent plus
de consistance, l'eau du contenu intestinal étant en grande
partie résorbée. Les matières contiennent en eflet peu d'eau,
et sont sans traces d'acides biliaires copules ; les principes
colorants primitifs, la bilirubine, la bilifuscine s'y trouvent
décomposés et remplacés par une coloration foncée; il y a
aussi des vestiges de sels de soude, de mucine et de graisse.
3:.() cil M'. II. — I)YS1»KI»SIES INTESTINALES.
— Supposons iii.iiiilonant qiio les cvacualions soient préma-
lurres ; elles rodcvicnnenl plus a(pieuscs, j)liis nombreuses,
plus jaunAlres (pTà Télat normal, à cause (I(; la bilirubine qui
provient de l'iléon. Au microscope on constate des cellules
d'épitliélium, des globules blancs, des cristaux de pbosphate
ammoniaco-magnésien, de la cboléstcrine, des acides gras,
et toutes espèces de parasites.
S'il existe un catarrlie miupieux (dyspepsie muqueuse), il
est rarement borné au duodénum ou à l'intestin grêle, et
dans ce cas on trouve la bile en nature dans les selles; quand
le catarrhe occupe le gros intestin, ce qui a lieu presque
toujours, on rencontre encore la bile intacte dans les matières.
Puis comme l'exsudat muqueux de la première portion du
tube digestif irrite les terminaisons nerveuses, celte irri-
tation se réfléchit sur tous les nerfs musculaires de tout
l'intestin; de là des contractions actives, généralisées; de
là le passage rapide de la bile dans le côlon, qui ne doit
contenir normalement que de la bile décomposée; tout ce
que renferme l'intestin grêle a passé dans les parties infé-
rieures du tube digestif. Les selles vertes des enfants ne
sont considérées comme graves que parce qu'elles provien-
nent précisément des parties supérieures, c'est-à-dire les
plus importantes du tube digestif.
Outre la bile en nature on constate, lorsqu'il s'agit d'in-
flammation catarrhale du gros intestin, des masses muqueuses
faciles à reconnaître. Tandis que dans l'irritation du jéju-
num-iléon le mucus est mêlé intimement avec les autres
éléments excrémentitiels, et ne se reconnaît qu'au micros-
cope, le catarrhe du côlon se traduit par des couches mu-
queuses superposées aux matières et les entourant ; de plus,
les matières diarrhéiques peuvent contenir du mucus mêlé
avec du pus et du sang en quantité variable, et simuler celles
de la dysenterie. Il y a outre le mucus plus ou moins isolé et
DYSPEPSIES MUCINO-ALBUMINEUSES. 351
les traces plus ou moins marquées de pigment biliaire intact
une plus grande quantité de débris alimentaires qu'à l'état
normal.
On trouve toujours, même après les digestions les plus
parfaites, des fibres musculaires qui ne sont visibles qu'au
microscope; dans l'état muqueux les fragments de muscles
sont souvent nombreux et volumineux; des grains de fécule,
de la graisse, tout ce qui n'est pas digéré par l'intestin se
retrouve dans les garde-robes ; elles représentent par consé-
quent la caractéristique de la dyspepsie et du catarrhe
muqueux qui en est la cause.
^5. — Dos dyspepsies niacino-alhiiiiiineuscs
Il estune maladie intestinale très fréquente qui secaractérise
de trois façons: tantôt c'est une sécrétion exagérée de mucine
liquide, comme gélatineuse {glaireuse, d'après l'expression
vulgaire) qui enveloppe souvent les matières fécales durcies;
tantôt cette substance se concrète et forme des fragments
informes, mucino-albumineux, analogues au blanc d'œuf
durci et qu'il faut signaler au malade; tantôt enfin ce pro-
duit est constitué par des fils plus ou moins pelotonnés, de
gros filaments, des rubans blanchâtres, ou par des tubes
creux, des cylindres comme vermicelles, qu'on est tenté de
confondre avec les vers intestinaux, les lombrics ou les
ténias. Ces trois types ont été diversement interprétés, l'un
a été considéré comme un simple catarrhe intestinal, l'autre
comme le produit membraneux d'une inflammation, et le
troisième comme une maladie spéciale que les médecins du
diM'nier siècle traitaient de curiosité pathologique, sans la
dénommer, et qui, dans ces derniers temps, a été décrite
sous le nom d'entérite tubulaire, membraneuse. — Or, ainsi
que je l'ai démontré dans mon livre sur les dyspepsies, ces
To'l CIIAP. 11. — DYSI'EPSIKS INTESTINALES.
trois types, en ;i|)[)ai*('iic(' si disliiicls, a[)p;ii-licnn('nl aux
pliascs diverses (riinc seule el niciiie nmladii', car on les
rchoiivc allcriiaid ciili'e elles siii- le iiièiric malade; elle est
toujours eoiislilin'e par la iniieiiie coik rèlt; ou eo.'i*^ulablo et
contcnaul un noiuhie immense de bactéries; de plus elle
détermine toujours des troubles digestifs intestinaux; c'est
donc une dyspepsie mucino-albumineuse.
Dans tous ces cas, les digestions sont lentes, pénibles,
accompagnées de flatulences, d'éructations, depyrosis; par-
fois elles sont marquées par des pliénomènes à allures plus
aiguës, soit sous forme de crises douloureuses, soit sous
forme de crises fébriles qui peuvent, lorsque les sécrétions
sont abondantes, d'apparence muco-purulente ou sanguino-
lente, faire croire à l'existence d'une dysentrie ou même
d'une fièvre typhoïde, ainsi que je l'ai constaté mainte fois.
Quelle est l'origine de cette dyspepsie singulière? Chez les
hystériques, les chloro-anémiques, chez les enfants des deux
sexes, la dyspepsie intestinale mucino-albumineuse résulte
invariablement d'une constipation tenace, d'une atonie intes-
tinale; les matières, arrêtées dans le gros intestin, irritent
par leur contact prolongé la muqueuse et déterminent pré-
cisément, au point de stagnation des matières excrémenti-
tielles, un exsudât qui se dépose à leur surface ou bien se
moule sur les plis de l'intestin pendant ses contractions.
A une période avancée de la maladie, l'exsudat liquide pré-
domine et donne lieu à une diarrhée passagère, souvent
entremêlée de cylindres ou de fragments rubanés; la bile y
manque fréquemment et la digestion des graisses est en-
rayée; c'est donc, dans toute l'acception du mot, une dys-
pepsie intestinale, suivie souvent d'un véritable amaigrisse-
ment qui doit faire songer bien plutôt à une dyspepsie
intestinale qu'à une dyspepsie gastrique, et qui se révèle en
effet par l'examen des matières excrétées. C'est là aussi qu'on
I)YSI»EPSIKS INTESTINALES MUCINO-AI.UIIMINEUSES. 353
trouve les exsudais (jui sont picsijuc enlièieinent formés
par (les colonies de bactéries, si hiiiu qu'on est en di'oil de
se demander s'il y a un exsudai véritable? Ce ([ui est plus
que probable, c'est ({u'elles jouent un rôle dans le dévelop-
pement de la maladie, et qu'il faut chercber à tout prix à en
prévenir l'accumulation en modifiant leur terrain de culture
intestinale.
§ 5 bis, — Traîtcniciit «lo la cly.<sp<'psio niiteiiio-albuiiiiiicii»4o
Les indications du traitement semblent toutes tracées ; il
faut évacuer les matières fécales qui sont accumulées, tout
en donnant lieu parfois à la diarrliée muqueuse; il faut éli-
miner les exsudais avec leurs bactéries qui irritent la mu-
queuse intestinale. Mais à cause même de cette excitabilité
permanente, les purgatifs, soit salins, soit drastiques, pro-
voquent des crises aiguës, et doivent céder le pas aux plus
légers laxatifs (soufre, manne, crème de tartre, magnésie),
et surtout aux graines inertes (de lin, de psyllium, etc.), qui
facilitent l'évacuation et cliassent pour ainsi dire tous les
résidus intestinaux; les grandes irrigations rectales, les
douclies ascendantes comme celles qu'on pratique à Plom-
bières constituent les meilleurs moyens de désobslruclion.
On peut les utiliser également cliez les enfants. On voit fré-
({uemment, surtout cliez les petites fdles cliloroliques ou
bystéri([ues, des évacuations de mucus concret, cylindroïde
ou amoi'plie, accompagnées de douleurs vives, d'un certain
dépérissement avec flétrissure de la peau; ces enfants doivent
elle traitées comme les adultes.
Leur régime consistera en viande crue, délayée dans le
bouillon, viande rôtie de bœuf, gibier, poisson cuit à l'eau,
légumes secs en purées. Le lait est souvent mal supporté; les
œufs ne se digèrent pas toujours facilement à cause du degré
SÉE. V. — !23
854 ciiAi'. II. i>VM'i;i'sii;s intkstinai.ks.
(•I('\(' (Tiicidilt' rlil()ili\(lri(jii(' (pii ol iir(;ossairo pour (jik; lo
sur ^.istriciiic, priirlic l.i masse alhuiiiinoiiso ; les acides, les
riMidilés, les IViiils ;i(id<;s el siiiloiil les sucres sont con-
traires. — (loiuiuc boissons, du viu de Ilordeaux coupé avec
une eau carhonatce calcaii'e (eau de l'ou^incs) d(ï prérérencc
aux eaux caihouah'es sodicjues; ou l)ieii du iIk'; à l;i (iii des
l'cpas du viu puid'Kspa^ne ou une li(pn'ui- non sucrée.
^ G. — DywpopMicM iiifcMliiiaIcH par ach<»lie ou aliiliaircN
Voici un autre genre de dyspepsie qui se rattache au groupe
des dyspepsies intestinales. Dans le cours et à la suite d'une
jaunisse, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause, chez les nia-
lades et surtout chez les femmes qui sont affectées de coliques
hépatiques ou de calculs biliaires, chez des sujets ayant
un foie habituellement gros et sensible à la pression, on
voit se produire des accidents pseudo-dyspeptiques qui
ne dépendent nullement d'une dyspepsie gastrique. Sous
l'influence de ces divers états morbides du foie, il y a dimi-
nution de la sécrétion de la bile, et c'est de cette insuffisance
de l'afflux de la bile dans l'intestin que dérivent tous les
troubles de la digestion intestinale.
Le rôle de la bile est en effet considérable dans la diges-
tion intestinale. Elle favorise la digestion des matières
grasses en les émulsionnant; elle en facilite l'absorption en
imbibant de bile les villosités de la muqueuse intestinale, et
elle empêche la putréfaction de la masse alimentaire.
Par les acides biliaires qui sont de véritables excitants des
fibres musculaires lisses, elle détermine manifestem^ent,
excite ou réveille les contractions des muscles de l'intestin;
enfin elle contient une grande quantité de mucine qui con-
tribue au glissement des matières fécales.
Que la sécrétion biliaire vienne à diminuer, que la bile
DYSPEPSIES AIM LIA IRES. 35r.
n'arrive plus dans rinlcstiii en (iiiantité suffisante, et Ton
observera [)resque nécessairement les conséquences sui-
vantes : une constipation opiniâtre, qui est due surhjul à l;i
faiblesse des contractions de l'intestin, par siiile de l'absence
des acides biliaires; cette constipation sera d'autant plus
rebelle, qu'il existe en même teiii[)S un véritable dessèclie-
ment de l'intestin, la bile avec sa mucine entrant pour la
plus «grande part dans la composition de son contenu li(|uidi'.
Les matières fécales, en raison de l'absence de biliverdine,
se décolorent et prennent une teinte grisâtre, argileuse et
en même temps une odeur putride. Des gaz de décomposi-
tion se développent en grand nombre, car le travail de putré-
faction n'est plus enrayé par la présence de la bile.
Enfin la digestion des graisses devient très difficile : elle
n'est plus confiée qu'au suc pancréatique; c'est pourquoi
elles se retrouvent inaltérées dans les selles; c'est donc une
véritable dyspepsie graisseuse d'origine hépatique ou biliaire,
à laquelle ne tarde pas à s'ajouter, pour peu que l'aifection
se prolonge, un amaigrissement souvent irrémédiable ; ces
faits ont été relatés dans le Traité des dyspepsies, et se
trouvent confirmés par Ilanot {Recherches sur racholie.i 884) .
L'usage des alcalins, l'abstention des graissos, des liqueurs
fortes, des féculents, trouve sa raison physiologique dans
ces acholies sans ictère.
§ G bis. — Traitciiicnt des dyspepsies nclioIic|iioM
et ictcrifiiieM par onlculs hilinircs
Lorsque la bile est retenue dans les canauxexcrétcurs de la
bile par les calculs, et ne peut plus se déverser dans l'intestin,
la dyspepsie biliaire et inteslinale se prononce au plus haut
point. L'appétit se perd complètement; des nausées, des
vomissements, avec ou sans constipation, avec ou sans flatu-
356 CM M', il. — !»VSIM:I'SIKS intkstinai.ks.
l(Mic(', l'iiijxM'liciil pour ainsi diic riiliiiiciiliilion. Or, on s;iil,
d'îiiurs los p\p('rionros |)liysinlo<;iqiios sur les rliicns, munis
(le lishilcs liiliaii'cs, (pic poui' les noiiiiir, pour aciivci* à la
ralinii (rcnirolicn, cl poiii" ciiifxV'lior la (h-miiiilioii, il laiil,
uno (piaiilité trois, cl juscprà dix lois plus considérable (|Ufî
dans l'état normal. — Chez los ictcricpies, il en est de même.
Comment combler le délicil, (pii ne dépend pas seulement de
l'absence des ^raisses, mais d'une dénutrition p:énérale?
Comment concilier cette indication impérieuse avec l'inappé-
tence absolue et la digestion intestinale nulle? Comment évi-
ter l'inanition forcée? Il y a là un tel danger que les malades
ictériqiies peuvent mourir de faim par suite d'une anorexie
insurmontable et d'une apepsie complète.
L'expérience indique d'abord l'usage des eaux minérales,
carbonatées sodiques (Yicliy) ou chlorurées sulfatées (Garls-
bad); toutes deux favorisent la sécrétion de la bile, et peut-
être la désagrégation des calculs biliaires qui sont principale-
ment formés par des amas de cholcstérine groupés autour d'un
noyau de matière colorante biliaire et de substance calcaire.
Mais ce travail des eaux minérales eet lent, plutôt préventif
que curatif des calculs biliaires, et presque toujours insuffi-
sant, soit pour réveiller l'appétit qui fait défaut, soit pour
rétablir les fonctions biliaires, intestinales et pancréatiques
qui semblent toutes frappées d'inertie. Il y a d'ailleurs
urgence pour nourrir, et nourrir abondamment. La théorie
nous indique l'alimentation carnée, les végétaux frais, et
nous interdit l'usage des graisses, attendu que la choles-
térine est un dérivé de la graisse? Mais il s'agit de savoir si
le malade peut tolérer la viande; n'hésitez pas pour la
faire accepter, d'employer tous les procédés, tous les strata-
gèmes; viande réduite en pulpe, avec ou sans bouillon géla-
tineux; viande froide fortement assaisonnée d'épices ; viande
salée ou charcuterie dépouillée de lard; tout est à mettre en
PAKÉSIK INTESTINALE. 3ri7
usage, et, à (lélaiit de viandes, des œiilscrus ou cuits, du l;iil
froid ou cliaiid (inalj^ié 1(^ heurie qui est d'ailleurs plus iiIj-
sorbable que les autres graisses). — Souvent \(t nialad(i j)itî-
fère des féculents, des légumes secs décortiqués ; leur usag<î
permet de temporiser. Prescrivez les boissons à la glace, les
eaux gazeuses, la bière; tous les essais sont justiliables
malgié les contre-indications pbysiologiques, parce ([ue la
nutrition est en péril. A force de patience on arrivera à sur-
monter les répugnances du malade; dès lors on devra ren-
trer graduellement dans les prescriptions régulières des
ictériques calculeux.
§ 7. — l*arcsîc iutcMtinalo en géitcrnl
Comme l'estomac et, plus que lui, l'intestin, surtout le
gros intestin est sujet à l'atonie musculaire, et même à la
dilatation que j'ai constatée dans un certain nombre de cas
d'une manière manifeste, (juand l'atonie frappe l'inlestin,
quand le plan musculaire ne fonctionne })lus qu'impar-
faitement, il se produit une rétention des matières excré-
mentitielles et des gaz, d'où la constipation avec la douleur
qui suit, la distension gazeuse du tube intestinal, la tym-
panite, qui est si souvent le point de départ des crises dou-
loureuses appelées coliques, qu'on a une tendance tiop
marquée à rapporter à un état nerveux, tandis qu'elles ré-
sultent du tiraillement et de la tension exagérée des parois
intestinales par les gaz accumulés. Ce sont ces atonies, aussi
fréquentes que variées dans leurs formes, (|ui font croire à
l'existence d'une dyspepsie stomacale, tandis que toute la
scène morbide se passe dans l'intestin.
11 y a là, en elfet, un problème pliysiologique et une ques-
tion diagnostique à élucider. Au point de vue pliysiologique
il existe entre l'estomac et l'intestin des rapports fonclion-
;iô8 CIIAP. II. — l'AHr.SlKS INTKSTI.NALKS.
ncls(|ni ne |hm iiicllciil pas df rra^ineiitiT rappairil (li^r(;stii
m deux organes disliiicLs; une vérilablc solidarité existe
outre eux par suite d'une innervation comunino, d'une mo-
I licite uiiilbnne, de fonctions sécrétoires destinées au môme
l)ut. On appelait autrefois cette coi'rélation, la sympathie
entre les diverses parties de l'appaieil digestif; c'était un
mot; on sait aujourd'hui quec'estsurtout l'analogie et même
la continuité de l'appareil musculaire, (|ue c'est enfin le
même but (jui les relient.
Su})[)OSons une faiblesse nmsculaire de l'estomac, elle sera
bientôt suivie d'un état analogue de l'intestin, dont les bandes
musculaires continuent celles de l'estomac, présentent le
même genre de contractilité lente et perdent ensemble leur
tonicité, c'est pourquoi une maladie de l'estomac est si sou-
vent accompagnée de constipation, qui dépend parfois aussi
de l'absence de résidus par suite d'une insuffisance alimen-
taire.
L'inverse est encore plus vrai, plus fréquent et plus pra-
tique. Quand nous voyons un malade habituellement con-
stipé par suite d'une vie sédentaire qui produit l'accumula-
tion des matières, ou par suite d'hémorroïdes qui en
empêchent l'évacuation, nous pouvons être certains à l'avance
qu'il se plaindra de troubles digestifs, parce que sa diges-
tion est en effet ralentie, et de troubles d'estomac, parce que
ses sensations pénibles siègent auprès ou au-dessous de la
région épigastrique, qui comprend aussi bien l'intestin côlon
qu'il ne connaît pas, que l'estomac qu'il accuse trop ; c'est
là la source des erreurs graves de diagnostic. Gomment
s'établit cette solidarité dont l'origine est si souvent mé-
connue au grand préjudice du malade? C'est d'une part par
la continuité du système musculaire qui est frappé partout
de parésie, d'une autre part c'est l'action mécanique des
gaz, qui distend l'intestin, puis l'estomac, c'est enfin le plexus
KA1»IM)I5TS I)K L'INTESTIN ET I)K I/ESTOMAC. 359
nerveux de riiitestiii (nerfs va<;ues, sympathiques, grands
splan(:lini([ucs, etc.), qui transmet l'impression douloureuse
ou sourde perrue ou inconsciente à la moelle allongée, d'où
l)artent les nerl's moteurs de l'estomac, et à la moelle épi-
nière d'où partent les nerl's des muscles de Tabdomen, c'est
une action nerveuse réflexe ou réfléchie qui se traduit par
des spasmes partiels douloureux, des crampes d'estomac,
des contractions des muscles de l'abdomen ou par une révolte
complète du système nerveux central qui préside à la péiis-
lalti(jue de l'estomac; l'excitation arrive aux centres médul-
laires et se répète sur les parois abdominales et gastriques,
de sorte que toute la musculature se contracte, se convulsé
de manière à provoquer le vomissement.
On comprend maintenant par la réciprocité d'action des
deux organes, que la genèse et la caractéristique des deux
genres de maladies soient dil'Ucilesàétablir; cesontsurtoutles
afl'ections de l'intestin qui induisent aisément en erreui', cai
elles reproduisent tout le cortège des phénomènes qui carac-
térisent la dyspepsie stomacale ; ainsi les douleurs au creux
épigastrique, la distension de l'abdomen au-dessus et au
niveau de l'ombilic, la production excessive de gaz, la con-
stipation persistant ou alternant avec la diarrhée, le malaise
général, les troubles cérébraux et nerveux, l'aggravation des
accidents quel([ues heures après les repas, la perte de Tap-
pétit. Mais si les efl'els sont à peu près les mêmes, la cause
en est absolument diflcrente. Ce qui indiiiue la dyspepsie
vraie, c'est l'altération chimique des liquides digestifs; l'af-
fection intestinale a pour cause un aiïaiblissemenl, une atonie
des parois de l'intestin en même temps qu'une irritabilité
spéciale de ses nerfs. Si l'une est d'ordre «-hiniique, l'autre
est d'ordre dynamique et reconnaît pour origine un trouble
nervo-moteur, une parésie des muscles intestiiiaux.
Les types principaux de ces parésies peuvent se réduire à
i^r.o (MAP. II. — PAnf:sii:s intestinales.
(I('ii\, l;i |»,ii(''si(» inicsiinalc juiiiiilive iicrvo-nmsciiliiii-f; ou
«•(Uisrcuiivc à iiiic névrose, en deiixièiiie lien la paif'sic iiites-
linale des liéinoi roïdaires. Il y a une auliw; espèce que nous
avons déjà d('( rih» sous le nom de dysjx'psie intestinale niu-
eino-nienibianeuse en raison des troubles profonds de séeié-
lion mucpieuse ; bien que duc à ralonii; des intestins, elle a
trouvé sa place à côté des catarrlies inuqueux. Il en est de
même d'une dernière espèce (pii s'accompagne «l'atonie
intestinale, et qui constitue surtout la dyspepsie abiliaire d<' jà
indiquée.
§ 8. — Paré»îe intestinale primitive
C'est la maladie la plus babituellement confondue avec la
dyspepsie gastrique. Les malades se plaignent de sensations
anormales, rarement très douloureuses, dans la région du
gros intestin. Ils ont des digestions lentes, pénibles, mais
les troubles digestifs n'apparaissent qu'après la digestion
stomacale, c'est-à-dire au bout de trois à cinq heures quand
les aliments non digérés commencent à franchir le pylore
et se trouvent en contact des sucs intestinaux. Chez tous les
malades intestinaux il se forme, surtout pendant la digestion
intestinale et pancréatique, des gaz de fermentation, et, par
suite de la dilatation gazeuse de l'intestin, une tympanite
persistante; elle se traduit à son tour par un gonflement, une
distension de l'abdomen, par une oppression très marquée,
conséquence du refoulement du diaphragme dans la poitrine.
Une constipation habituelle accompagne et souvent précède
la tympanite. Tous ces phénomènes se produisent sans que
l'appétit soit diminué ou perverti, sans que l'aspect de la
langue soit modifié, sans que les sécrétions subissent le
moindre changement. A la longue et par suite d'un station-
nement prolongé dans le gros intestin les résidus alimen-
PARÉSIE INTKSTINALE. - CONSTIPATION. 301
tairos se décomposent, et les produits putrides déterniinont
une sorte d'intoxication grave, avec aniaigrissennont, souvent
inrme avec une certaine d(''l)ilitalion. Knfin dans la plupart
des cas la parésie intestinale donne lieu à des troubles ner-
veux variés, se traduisant par une aplihide moindre an lia-
vail intellectuel, par l'hypocondrie, surtout des vertiges,
et parfois des douleurs névralgiques dans les membres et la
région dorsale ou lombaire.
Ce sont ces phénomènes consécutifs à la parésie intestinale
que par une sorte d'interversion on attribue, souvent, à une
névropalhie générale, à l'hystérie, à l'hypocondrie ; on a
appelé cet état l'hystérie ou la névro-asthénie de l'intestin
par analogie avec l'hystérie gastrique ou la névro-asthénie. Or
jamais aucune névrose n'est à môme de produire ces troubles
graves, persistants de la parésie, le tympanisme, la lenteur
de la digestion; les spasmes en sont souvent la conséquence,
mais passagère, ces phénomènes sont accompagnés ou rem-
placés par les signes de l'hystérie, les anesthésies, les troubles
de la vue, etc. ; on ne guérit pas les parésies intestinales pri-
mitives par les moyens antinévrotiques ordinaires, le régime
est de rigueur; dans les névroses il est facultatif ou du moins
variable.
§ 8 bis. — Itéfi^iinc de» n(oni<|ii4's iiitoMliiiaii.v
Traitcuicnt <le la foiiMlipalion
A la distinction fondamentale que nous cherchons à établir
entre les gastro-dyspepsies et les atonies intestinales, il faut
une sanction pratique ; car si on soumet au contrôle théra-
peutique et diététi(pie la solution du problème, on est frappé
des résultats divers et opposés dans les deux genres de mala-
dies. — La gastro-dyspepsie réclame parfois l'usage de l'acide
chlorhydri(iuc, de la pepsine et des peptones, le plus souven
:\i>l CllAP. II. — PAUnsIKS INTKSTINAI.ES.
riiiiplcti (les alcalins, loujoni's un r(''«;iino sj)écia! (J(î viaFidcs
ilivisi'cs, (1(; leculcs azoh'os (''oaloniciil «liviséos. Dans les en-
toro-aloiiics aiiciiiic de ces iiK'lliodcs n'a de raison d'èh"(;. —
Il l'aiil pourcoinballreralonicjcs laxalil's etlcsdésohslrnanls,
les substances absorbantes, les li(|u<!uis à la lin des repas.
(Jiiant au ré«»inie le voici : c'est Valinienlation azotée ([\n doit
en constituer la base, cl pai* cette l'aison pbysiolo'-ifpie (pie
la digestion de ces alinicnts s'o|)ère priiicij)aleineiit dans
l'estomac qui est intact, l'intestin n'intervenant avec le pan-
créas que d'une manière secondaire pour achever l'œuvre de
l'estomac. Ces aliments sont d'une telle digestibilité dans
l'intestin comme dans l'estomac qu'ils laissent le minimum
de résidus, et qu'ils livrent le plus d'éléments à l'absorption.
Cela est vrai non seulement pour les viandes fraîches mais
encore pour les viandes fumées et salées, pour le fromage qui
laissent à peine des déchets ; c'est un grand avantage au point
de vue de la digestion ; mais c'est un désavantage manifeste
quand on tient compte de la formation des matières excré-
mentitielles qui manquent pour ainsi dire complètement par
une pareille alimentation. Il en résulte une parésie ou du
moins un défaut de fonctionnement du gros intestin et c'est
là un défaut de ce régime trop absorbable. C'est pourquoi il
est nécessaire d'y adjoindre des aliments qui, à la manière
des fécules, laissent des restes considérables, ou à la façon
des légumes frais qui s'éliminent pour ainsi dire entièrement
à cause de l'indigestibilité de la cellulose dont ils sont prin-
cipalement formés. — Les graisses seules, sauf le beurre qui
est indispensable pour la préparation des viandes- ou des
légumes, doivent être interdites. — La «raisse ne trouve en
effet ses ferments ou ses dissolvants que dans le liquide
intestino-pancréatique et biliaire ; si la bile vient à diminuer,
comme il arrive ^ souvent dans la constipation, le principal
moyen d'émulsionnement des corps gras &it défaut, et ils
THAITEMKNT DKS Ilf^lMOiniOÏDAIUES. 303
pénètrent difficilcnicnl dans les villosités intestinales qui ne
sont i)lus imbibées de bile. — Le sur- panciéaticjiie peut
encore venir remplacer le suc biliaire ; mais dans cet intestin
qui est frappé d'atonie, la masse alimentaiie siibil nii temps
d'arrêt; les substances crasses inconjplèlement tiaiislormées
par la sécrétion pancréatique se décomposent et les pioduits
volatils de cette fermentation se mêlent aux gaz préexistants;
la llatulence en est augmentée.
Nous insistons sur les détails de l'alimenlation végétale.
— En général les végétaux fournissent une quantité de ré-
sidus dont la densité et la consistance sont très marquées
par l'usage du pain blanc, du riz, des lentilles, aifaiblies par
la consommation des pommes de terre et du pain noir, et
surtout amoindries par les légumes verts, les raves et les
clioux, qui contiennent 9:2 à 96 pour 100 d'eau. Ce sont ces
derniers aliments qui produisent les matières les plus con-
sidérables et les plus aqueuses. En voici la raison. D'abord
la substance alimentaire est environnée de capsules de cellu-
lose ou d'enveloppes dures, imperméables pour les sucs
digestifs. La cellulose agit d'ailleurs comme excitant méca-
nique des contractions intestinales. D'autres substances
comme la fécule agissent aussi comme excitants chimiques;
si la fécule n'est pas transformée entièrement en sucre et
résorbée avant que le cliyme arrive dans l'iléon et le côlon,
le reste de la fécule subit la fermentation lactique et
])utyrique; ces acides provoquent les contractions intesti-
nales.
Gomme d'ailleurs les végétaux passent rapidement par
l'intestin, il en résulte un inconvénient; ils entraînent des
aliments digestibles, les albuminates, la graisse, les matières
salines; il s'ensuit que les garde-robes contiennent des
substances utiles auxcpiels il a mancpié le temps d'être
extraites et résorbées. — Enfin le volume même de la
liOl (MAP. II. — PAHfiSlES INTESTINALES.
iioiirrilurc V(';^('l;il(' ciiliiMiic une (''liiniii.ilion plus r;i[»i(|p,
cl les aliiiiciils vrais assiiiiilablos passciil avec les rcsidus.
^ U. — Triii<<'iii«'iit iloN li<'iii4»rr<>ï(lair4>M
Les iM'morroïdaii'cs sont souvent exposés à l'atonie intes-
tinale, qui (»st presque toujours traitf'e connue une maladie;
(]e l'estomac. Il n'est pas rare en ellet de voir des malades
qui se plaii»nent de maux d'estomac, de di,uestions pénibles
avec ballonnement du ventre ou de production excessive de
gaz avec constipation et douleurs lombaires, qui ne songent
nullement aux rapports de ces troubles digestifs avec les
liémorroïdes dont ils sont affectés... à leur grande satisfac-
tion. C'est en effet une croyance assez générale que l'affec-
tion bémorroïdaire et le ilux sanguin qui en résulte sont un
fait providentiel, une dérivation salutaire, une sorte de
soupape de sûreté contre la plétbore sanguine et contre la
tendance aux congestions de la tête ou des poumons. Or,
comme Gosselin l'a démontré, les bémorroïdes sont en
réalité des varices des veines rectales, et le flux sanguin est
dû à la rupture de ces varices par suite de leur engorgement
mécanique sous l'influence de la constipation opiniâtre
qu'elles entretiennent.
A la longue on voit se développer tous les accidents de la
parésie intestinale, comme conséquence de la gêne méca-
nique apportée au cours des matières. Il est facile d'indiquer
lacause de ces accidents, et d'en trouver le mode de guérison.
— L'examen des bourrelets hémorroïdaux, qui sont souvent
le siège d'une irritation sécrétoire comme dysentériforme,
ne permet pas le moindre doute sur le mode de production
de ces atonies simulant la dyspepsie gastrique. — Par cela
même le mode de traitement de ces fausses dyspepsies ne
saurait être discuté.
i)i:s 1)1 vi;i;iif:K.s. 365
Los moyens iiit'caiiicjiios coininc les <^i'ainos inertes et
insolubles, et (Vnwi' aiHiv pari un ré;^iiTie de viandes et de
légumes (|iieleoii({iies laissant des résidus considérables,
l'usaf'C de substances encombrantes l'ai'ililent sini^ulière-
ment les évacuations, et détruisent ainsi la constipation,
(pii à son tour entretenait la stase du sang dans les veines
bémorroïdaires. Lorsrpie, enfin, les nnasses béinorroï-
dales deviennent douloureuses, Tendues, fissurées, et ne
peuvent plus rentrer dans la cavité du rectum, une opération
simple s'impose ; c'est la dilatation forcée des anneaux mus-
culaires qui dans cette circonslance ferment trop et resserrent
douloureusement le rectum; cette pratique inoifensive con-
stitue le moyen curatif le plus certain. Nous voilà bien loin
des traitements antidyspeptiques qui sont si souvent et si
longtemps infligés aux bémorroïdaires.
Le traitement des bémorroïdaires peut se résumer ainsi :
V les laxatifs à base de magnésie, ayant des propriétés
absorbantes, combinés avec le soufre qui passe pour agir sur
les bémorroïdes, à cause sans doute de son action laxalive
très faible; — 2" les désobstruants, comme le pain de son,
les graines inertes, et de temps à autre les builes d'olive ou
de ricin (à très petite dose); — o°le lait jouit d'une réputation
facbeuso; néanmoins, quand il est supporté, il peut rendre
quelques services; — A" l'alimentation par les potages, les
viandes dégraissées, le poisson, les légumes verts, les fruits
réussit généralement, mais ce n'est pas une règle absolue ;
les viandes avec des sauces grasses et les pâtes sont souvent
mieux digérées et produisent une plus facile évacuation ; —
5° les boissons abondantes tbéiques facilitent la digestion
gastro-intestinale en disséminant pour ainsi dire la masse à
digérer entre les diverses parties de l'appareil digestif; les
vins rouges même purs conviennent en raison du tannin qui
agit peut-être sur les varices bémorroïdales ; les bières
•ICr. CIIAP. II. l'Am'lSIKS kt siws.mks dk i/intkstin.
loiMcs son! |)I('T(M'(m;s icird'.iiilics iiialarles; — 0° les ('îpicos et
surloiil les [)oivrcs oui r.W) vantés coimiKi un moyen ciiialil".
^^ 10. — llc.H M|»aMiiicM rcn«>x('M et fIcM «llarrlic<>»
Dans loiiles les espèces (J'aloiiics, la iiiiisciilaliirf; dr l'in-
testin, surhuil (In «^los intestin, (^^t alVaiblir; et inexcitable;
de telle façon qn*il en n'siilh' une rétention des malières
excrénientitielles, c'est la constipation. Cha(|ue fois au con-
traire (pie le contenu intestinal est (expulsé par suite des
contractions rapides et exagérées des muscles intestinaux
et avant que les sucs digestifs de l'intestin aient eu le temps
d'élaborer les aliments, il se produit la diarrhée. Si cette
élimination hâtive s'opère ainsi avant l'élaboration et avant
l'absorption des produits de la digestion par les vaisseaux
lymphatiques et la veine porte, si enfin la contraction pé-
ristaltique qui ne fait pas de distinction entre les divers
liquides intestinaux rencontre et expulse en même temps les
sucs digestifs eux-mêmes, intestinal, pancréatique, et une
quantité plus ou moins marquée de bile, la déperdition
acquerra un certain caractère de gravité, bien qu'il ne
s'agisse pas encore de lésions intestinales.
Quand l'intestin côlon est le siège d'une exsudation mu-
queuse qui empêche l'absorption, on voit prédominer dans
les garde-robes le mucus sous les formes les plus diverses et
de nombreux restes d'aliments non digérés. Si l'intestin,
dans un point quelconque de son trajet, est atteint d'ul-
cères simples qui siègent dans les follicules, ou dans la
trame de la membrane muqueuse, si les vaisseaux de l'in-
testin ont subi une dégénération appelée amyloïde, si la
tunique intestinale est envahie par les tubercules bacillaires
ulcérés, la diarrhée contiendra du mucus purulent ou san-
guinolent, des globules blancs et des cellules épithéliales en
niAHUHÉKS. 367
nombre très; marijin', et sintoiU des rrapjmenls alirnenfnires
cil t('ll(' f(iianlilé ([iroii pciil, considni'ei- la (lijjeslion stoma-
cale et intestinale comme i^ravement et décidément compro-
mise; c'est la diarrhée lienlérique.
Mais ([U(!lle que soit la composition chimi([ue on micro-
scopiqne des matières, la diari'hée ne peut se produire sans
que rélément nervo-moteur de l'intestin ne soit mis enjeu,
elle n'est jamais provocjuée que par une irritation sensitive
de la muqueuse intestinale, c'est-à-dire des extrémités ter-
minales du nerf sympathique; cette impression se propage
ou à la moelle épinière, ou simplement aux ganglions in-
trinsèques de l'intestin, pour se réfléchir de là sur la mus-
culature de l'intestin, et déterminer, surtout dans le gros
intestin, des contractions péristaltiques exagérées. — Il n'est
même pas nécessaire que l'impression parte de l'intestin
lui-même ; il se peut qu'elle prenne naissance dans l'estomac.
Ainsi il est des malades qui sont pris de diarrhée aussi-
tôt qu'ils ont ingéré des aliments, quelle que soit leur com-
position ou leur quantité et avant par conséquent ou sans
que les aliments aient subi la moindre altération chimique.
La présence seule des aliments dans l'estomac suffit pour
communiquer aux nerfs centripètes une impression qui,
après avoir passé par la moelle allongée, se répercute sur
les nerfs moteurs de l'intestin; c'est un exemple frappant
des diarrhées nervo-musculaires. — Voici un autre exemple.
Il est des individus qui ne peuvent pas boire un verre d'c^u
glacée sans être pris de dérangement, et certainement l'eau
n'a pas eu le temps de sortir de l'estomac par absorption,
ni de eagner l'intestin.
Outre ces excitations physiques, il y a des faits indéniables
de sensations psychiques, d'émotions subites produisant
immédiatement la contraction intestinale et la diarrhée. Les
impressions pénibles répétées sur le système nerveux cen-
:;i;s ciui' ii. - i'.vi;i':sit:s kt si'Asmks m; i/inti:sti.n.
Ii'iil pcuvoiil |H()V(H|ii(M' CL's spasiiios cl proiliiii'tî une diai-
rliéc clii'oiiiiiiic. — l*(M[ iiii|MMi(', du i('>l(', (jiic ces excita-
lions aicul lieu accidi^iiLclIenKiiit et soient dues à rinlhu'nce
morale, ou bien (ju'elles dépendeul d'une névrose générale,
(Tuut^ névro-astliénie, de l'Iiystéric, etc., le résultat siM'a le
nièine, et répuisement physiijue en seia la conséquence.
Ti-ai(iMiieiH iiyKirniqiio. — Sans parler des astringents dont
le tannin n'arrive pas au gros intestin, ni des antiseptirpies
locaux comme le charbon, la naplitaline, ni des absorbants
dont l'action n'est pas démontrée, ni des préparations de bis-
muth ou de chaux qui sont destinées à protéger les surfaces
muqueuses lésées, ni enfin de l'opium ou de la belladone
qui sont les véritables modérateurs des contractions exagé-
rées de l'intestin, ni des lavements qui enlèvent les produits
irritants de la muqueuse rectale, nous insisterons spéciale-
ment sur quatre genres d'aliments qui trouvent leur emploi
ou leurs contradictions; je veux parler du lait, de la viande
crue, du sucre et des graisses.
Toutes les viandes laissent dans les garde-robes, même
de l'homme sain, une quantité marquée de fibres muscu-
laires restés intactes; mais dans la viande crue, les fibres
sont moins compactes, moins dures, moins irritantes et cette
préparation ménage singulièrement la muqueuse intestinale,
elle convient mieux que les viandes cuites ou rôties ou bouil-
lies. — Le lait présente des effets très variés, et il est im-
possible de prévoir s'il agira comme laxatif ou comme as-
tringent; de petites quantités de lait, pauvre en graisse,
donnent lieu à ce dernier résultat; de grandes masses de
lait gras produisent ou augmentent la diarrhée; aussi, en
prescrivant par fractions un litre de lait écrémé, bouilli,
étendu d'eau ou même pur, on modère le flux et souvent on
guérit ces graves états morbides connus sous le nom de
dysenterie chronique et de diarrhée de Cochinchine; il en
DIAUIUIÉES. :]G'J
est de même dans les diarrhées rebelles des aibuminiiiiqiics.
— Le sucre est gcncraleiiieiit interdit. D'après la plupart des
physiologistes, la transformation du sucre de canne en
l^lycose s'opère dans l'intestin grêle; elle se fait même déjà
dans l'estomac sous l'influence de l'acide gastrique (Urïicke);
en supprimant le sucre on a donc voulu modérer une des
fonctions digestives de l'intestin grêle, mais ce n'est encore
là qu'un point de vue théorique. Ce qui est certain, c'est
qu'une quantité trop considérable de sucre détermine la
diarrhée, attendu qu'elle change les lois de diffusion comme
le feraient les substances salines.
Pour ce qui est des graisses, il ne faut pas en faire une
[)roscription absolue et banale dans toutes les affections de
l'estomac et de l'intestin. Si l'examen des garde-robes dé-
montre la présence de la graisse sous forme de grosses
gouttes, c'est la preuve qu'il y a excès. Mais s'il n'en est
pas ainsi, et si on peut supposer que l'intestin ait conservé
le pouvoir d'assimilation et d'émulsion, la graisse se trouve
très souvent indiquée chez les cachectiques et les anémiques
atteints de diarrhée.
CHAPITRE IIÏ
DES FIÉVREUX
Pour instituer scientifiquement le traitement alimentaire
des fiévreux, il importe avant tout de connaître la nature et
les manifestations de la fièvre en général; il s'agira ensuite
de distinguer parmi les fiévreux ceux (jui, par le cours ré-
gulier de la maladie, n'ont qu'une lutte passagère à sou-
tenir contre les éléments morbides, et ceux dont l'évolution
SÉE. V. — -21
370 CHAI', m. — DKs i-if:vnEi;x.
Iciili", proloM'^rM' (lu mal, exi^c le iii.iiiilicii des forces et
riiilt'<irali()ii on philùt la réiiité^ralion de la iiiiliilioii <^{'A\{t-
lalc. Lt' .^('iil lien (•(niiiiuiii de ces divci's «icnres de malades,
c'est la lièvic; les divergences comnienceiil aussitôt a[)rès;
si, (Ml elVel, on peut sans crainte abandonnei' à la nature, et
j'ajonteiai, à l'abstinence, les fi(jvreux atteints de fièvres
éruplives (scarlatine, roup^eole, variole) qui n'ont (|uc
quatre à six jours de fièvre, si môme on peut discuter l'ali-
menlation des pncumoniqucs qui j^uérissent en sept, liiiil
ou neuf jours, il n'en est plus de même pour les typliiques»
qui ont à redouter les effets de l'inanition et les résultats de
riiyperthermie pendant vingt-cinq à quarante jours,
(ju'est-ce tout d'abord que la fièvre?
^ 1. — De la chaleur normale
L'organisme a le privilège de former la clialeui", mais
comme elle se perd sans cesse par toutes sortes de voies^
il faut de toute nécessité, si la température corporelle reste
constante et fixée normalement à 37 degrés, que ce même
organisme soit muni d'un appareil régulateur qui tienne la
balance exacte entre la production et la déperdition de
calorique.
a. La perte a lieu par trois moycns, tout d'abord par V ir-
radiation; celle-ci est d'autant plus intense qu'il y a une
différence plus marquée entre la chaleur corporelle et la tem-
pérature de l'atmosphère, puis par la conduction; — c'est-à-
dire par le contact de la peau avec les corps environnants, ou
bien par l'entrée de l'air inspiré dans les voies pulmonaires,
par les aliments froids introduits dans les organes digestifs.
L'évaporation par la peau et par les poumons constitue\le
plus puissant mode de réfrigération, si bien que, d'après
Helmholz, sur 100 parties de chaleur perdue, 77 pour iOO
DE LA FIÈVRE ET DK LA CHALEUR. 371
doivent ôtro mis sur le compte de Tévaporation légumen-
taiie, cl 14,7 pai' le poumon.
Le changement d'état des divers agrégats moléculaires
entraîne toujours une modification de la température. Cet
effet se produit particulièrement lors du passage des liquides
à l'état de gaz. Chaque production de gaz s'accompagne de
formation de chaleur; c'est dans les poumons et à la peau
que ce phénomène est au maximum. Sans doute, l'épiderme
s'oppose, jusqu'à un certain point, à l'évaporation; mais
quand la chaleur intérieure augmente, elle provoque la sécré-
tion de la sueur; une vaste couche d'eau se répand à la sur-
face des téguments, et son évaporation entraîne le calorique
(Thanhofer).
La respiration pulmonaire agit aussi dans le sens de la
réfrigération; elle apporte sans cesse de nouvelles colonnes
d'air qui sont plus froides que la surface pulmonaire, et se
réchauffent au contîict de la surface respiratoire en em-
ployant une partie de la chaleur corporelle. Quand cette
chaleur interne augmente, l'action mécanique du poumon
devient plus rapide, el le nivellement de la température
plus parfait. On voit, en eiïel, cet équilibre s'établir chez
le chien pendant les grandes chaleurs extérieures par une
accélération en quelque sorte dyspnéique de la respiration
(Schmidt-Mulilheim).
En hiver, l'homme se protège par les vêtements pour
maintenir la température. Les animaux sont alors couverts
d'une couche de poils plus épaisse que pendant l'été; les
animaux, dans les régions froides, de même que les pois-
sons, possèdent un pannicule graisseux très manjué.
Enfui le volume et la taille des animaux ou de l'homme exer-
cent une grande influence sur les déperditions (Bergmann).
Plus l'animal est grand, plus est luarqué le rapport du
\olume à la superficie des téguments. Comme la perte de
T,i CllAP. III. — DKS rif:VMfcUX.
cIliIcii!" csI à pi'ii |iirs piopoil iomit't; à i:i sinracc du (:(»r[)S,
(•(tiiiiiic, (raiiliv |»;irl, la priKliicI ion di; clialciii" csl (îxactc-
iiiciil cil accord avec la masse curj)(H(dlc, il cii i'(;sullc ([\ut
do deux aiiiiiiaiix de même espèce, le [)liis i^raiid \utn\ l'eia-
livcmenl moins de caloii([ue, et se trouve moins sous la
dépendance des oscillalions de la température extérieure.
Le plus petit doit produire plus de chaleur, ou bien il doit
être mieux proté<^é que Taiilre contre les déperditions; il
est, en efîet, plus soumis aux variations de l'atmosphère.
Charles Uichct [Rev. scient., 7 août 1886), vient de dé-
montrer à nouveau que la (aille est la condition qui exerce
Tinfluence prépondérante sur la production de chaleur i)ar
kiloiiramme, et par conséquent sur le dégagement du calo-
rique.
b. caiorigcnic. — La chalcur exige, pour se produire, l'ali-
mentation et la musculation, puis, pour se régiei', l'inter-
vention des vaisseaux. C'est surtout VaUmentaiion, c'est-
à-dire la combustion des matières alimentaires qui constitue
la source principale de notre chaleur; le carbone s'oxyde et
devient de l'acide carbonique; l'hydrogène forme de l'eau
avec l'oxygène de l'air.
Nous connaissons la valeur calorigène des diverses espèces
alimentaires.
Nous savons aussi que dans les climats froids, le besoin
de nourriture est plus grand ; il se brûle alors plus de sub-
stances alimentaires, et il se développe plus de chaleur.
L'activité de tous les muscles est une source non moins mar-
quée de chaleur ; la force vive du cœur, par suite des ob-
stacles à la circulation périphérique, devient de la chaleur;
les organes musculaires internes, l'estomac, la vessie, le
tube digestif, fournissent aussi de la chaleur.
C. Régulation par les vaisseaux ou par les nerfs vaso-moteurs.
— Toute cette production et cette dépense de calorique se
I)K l,A I'lf:VRE ET DK LA CHALEUR. :{73
Irouvcnt ré{i:lées pai* rintormôdiaire des vaisseaux, ou [)liilô(
d(i l(uirs nerfs cl du centre vaso-moteur.
L'action des vaisseaux est sans cesse là pour régler le
débit de la chaleur, et voici comment. Dès que la tempéra-
ture du corps s'élève, les vaisseaux de la peau (et peul-èti'e
du poumon), se dilatent; par suite, la chaleur quitte l'orga-
nisme et se trouve restituée au milieu ambiant. Dès qu'au
contraire la chaleur corporelle s'abaisse, les vaisseaux se
contractent, et le calorique se concentre dans l'intérieur.
Il s'agit de savoir quel est l'auteur ou le fauteur de cette
action vaso-motiice.
Les nerfs vasculaires ou plutôt leur système central vaso-
moteur ouvrent et ferment les vaisseaux; mais qu'est-ce qui
règle l'action de ces nerfs moteurs des arlères? Existe-t-il
un centre calorifique ou un centre modérateur, et, s'il en
est ainsi, est-ce la moelle épinière, ou une portion (juel-
conque de V encéphale?
d. Moelle épinière. — Quand la moelle a subi des lésions
traumatiques, à la suite de luxations ou de fiactures des
vertèbres avec destruction du tissu nerveux, on constate,
d'après Brodie, Billrotli, Simon, Xaunyn et Quincke, des élé-
vations énormes de la température (jusqu'à 44 degrés). H
semble donc qu'on ait détruit le modérateur. Mais les sec-
tions expérimentales de la moelle donnèrent à la plupart des
physiologistes (Claude Bernard, ScliifT, Chossat, Brodie,
Bezold, Riegel, Parinaud), un résultat diamétralement op-
posé. En effet, en ne prenant aucune précaution, on arrive
toujours à la réfrigération ; mais si, selon le conseil de Tsche-
schiechin, Naunyn et Quincke, on enveloppe l'animal her-
métiquement après l'opération, ou si on le tient dans une
atmosphère chaude, la température subit une notable
augmentation. L'erreur des expérimentateurs provenait
de ce que la chaleur produite se perdait par irradiation.
;i7.i ciiAi». m. — i)Ks nf:vui:rx.
H V ;i doiK' imc liypcrllicriiiic, et clic se (lcvcloj)j)c (raulaiil
|tliis (juc la section de la inocîllc est pratiqiKMi plus liaiil.
r.okai admet, après de nombreuses icclierehes, qucia sec-
tion de la moelle cervicale rérii<;èi'e la jx'iipliéric de même
que le centre; pratiquée sur la ujoelle dorsale, elle ne pro-
voque ([ue le refroidissement des membi'cs inlei'ieurs et du
rectum, etc.
C. Action (lu cerveau huv la pi*o«luction do la chaleur. — Au
mois d'avril 1884, Charles Ricliet a communiqué à la Société
de biologie et à l'Institut, les conclusions suivantes : i*" une
piqûre dans le cerveau du lapin élève la température à 40%6
et il degrés; 5° la fièvre traumatique nerveuse ainsi obte-
nue, est indépendante de la température extérieure; 3" cette
fièvre peut durer une, trois et même quatre semaines chez
le même animal; 4° les mêmes animaux nerveusement
fébriles perdent aussi une plus grande quantité de chaleur.
Supposons la perte normale de calorique de 4000 calories ;
la dépense s'élèvera, chez quelques animaux fiévreux, de
4000 à 6000 calories; 5° les animaux, ainsi opérés, ont une
plus grande excitabilité réflexe, et présentent tous les signes
d'une activité dynamogénique, selon la définition de Brown-
Séquard. Ainsi trois faits sont simultanés, l'élévation de la
température corporelle, l'augmentation de la perte de cha-
leur, c'est-à-dire de la production de chaleur; enfin, le troi-
sième fait, c'est la surexcitabilité psychique. Six mois plus
tard, ces faits furent confirmés en partie par les docteurs
Aronssohn et Sachs et récemment mis de nouveau en doute.
On admet aujourd'hui plusieurs centres thermogènes, qui
agissent sur le centre vaso-moteur lequel règle le resserre-
ment ou la dilatation des vaisseaux.
DE LA FIÈVRE. 375
§2. — De la flèvr©
La fièvre est surtout caractérisée par une augmentai ion
du pouvoir calorigône de l'organisme; tandis que les déper-
ditions de chaleur par la peau et les poumons sont plus
marquées, la production du calorique l'est encore plus; il
en résulte une hypertliermie centrale et périphérique.
Premier symptôme ou dominant. V hypertliermie XiQ COU-
stitue cependant pas la cause unique des phénomènes de la
fièvre ; il n'y a pas de parallélisme entre l'intensité de la
chaleur fébrile et la production des troubles fonctionnels ou
matériels de l'organisme. Dans la plupart des cas, l'hyper-
thermie ainsi que les désordres qui l'accompagnent relèvent
d'un mécanisme commun et d'une cause commune; le méca-
nisme de la calorigénie réside dans les points du centre
cérébro-médullaire qu'on vient de préciser; la cause elfective
consiste ordinairement dans l'action d'un microbe spécial.
— L'étude de la calorigénie prouvera la disparition du pou-
voir régulateur du centre calorifique; l'étude des autres syn-
dromes en démontrera l'indépendance, et le simple parallé-
lisme avec la chaleur augmentée (Unvcrricht, Naunyn).
Deuxième groupe de phénomènes. — Cœur, pouls, respiration.
— Après ou avec le système régulateur de la chaleur, c'est
le cœur et la circulation qui sont le plus souvent atteints;
généralement le pouls s'accélère et c'est là un des faits les
plus constants de la fièvre; néanmoins ses battements peu-
vent rester au chiffre à peu près normal, bien que la tempé-
rature corporeHe s'élève de 37%5 à -40 degrés.
La pression du sang dans les artères est spécialement
abaissée, Marey l'a démontré sur les chevaux fébricitants ;
€hez l'homme le sphygmographe démontre cette diminution
de tension, surtout au bout de quelques jours de maladie.
37r) ciiAp. III ni:s fiévreux.
Il cxi^lc alors coiiiiiif lt'moi^nap:o do celte (iépi'ossion un
plit'iioiiiriK' (les jtjiis inlércssants; c'est la double pulsation
(lu |K)uls pendant (pic le cœur ne se contracte (jn'iinc fois,
c'est le (licrùlisme, qu'on ne reconnaît bien que par le traccî
spliyjinioj^rapliique. A la siiile de l'onde primitive qui porto
le sang" du coMir à la j»(''iipli(''rie, il se fait une scorie d'ond(';es
secondaires qui sont dues à l'action de la paroi ('dastique de
rarlère (Marey) et surtout à la dcHente de cette paroi (Voir
les tracés au cliap. ix). La fièvre au t^nncnte aussi la fréquence
de la rcspiratioUy et produit cette gêne respiratoire, appelée
df/psnée h}/pcrtJicrmique, qui a été étudiée dans ces derniers
temps. Ce n'est pas tout encore.
Quand la fièvre a duré un certain temps, les organes, les
muscles et le muscle du cœur lui-même subissent une sorte de
dégénéraiion, dont il faut tenir grand compte dans l'emploi
des moyens curatifs et surtout dans les prescriptions alimen-
taires.
Troi»«iènie catégorie de phcnoniènes^. — Inanition. — Troubles
digestifs. — Consomption. — Le troisième groupe de phé-
nomènes comprend les troubles difjesiifs, la consomption^
qui ne manquent jamais de se produire dans les fièvres
prolongées. — L'appétit est rarement conservé; l'inappé-
tence, le dégoût des aliments, les vomissements, la difficulté
de digérer, l'altération connue des glandes à pepsine de
l'estomac dans la fièvre mènent droit à Vinanition. Par elle
seule l'inanition entraîne la consomption; mais c'est surtout
l'usure des tissus et de la trame intime des organes, qu'elle
soit cause ou effet de l'hyperthermie, qui hâte le dépérisse-
ment; la perte du poids corporel est due à ces deux condi-
tions; la dénutrition est constante et facile à prouver.
Il existe en effet une combustion exagérée des éléments
constituants du corps ; elle se traduit par la production des
déchets plus nombreux, surtout par la formation excessive
I»i: LA FIKVIIK. 377
de l'urée, on de débris inoins oxy(l(^squi tous s'éliminent par
les urines. Gel excès d'urée éliminée peut même précéder ht
frisson (Leyden, Uingor, Rosenstein); donc il n'est pus le
résultat de l'iiypertliermie : de même aussi Naunyn et Schleidi
ont vu r<'cliaulTement arlilieiel des animaux au'^nienter
l'urée; il y a donc parallélisme et non rapport de cause à
effet. Si enfin l'urée est diminuée parfois dans les liquides
excrétés, la cause est dans l'inanition ; elle a usé les éléments
organiques du corps qui ne trouve plus à se réparer par les
aliments.
Un résultat plus fréquent encore de la dénutrition c'est la
surproduction de Vacide carloniquCj en tous les cas son
exhalation plus marquée par le poumon.
Liebermeisler, Leyden ont observé dans la fièvre inter-
mittenle, typhique, pneumonique, de 34 à 48 pour 100
d'augmentation. D'après Senator l'acide carbonique n'est
pas produit en excès mais il s'élimine plus, grâce à la fré-
quence des respirations; Senator en conclut que la combus-
tion des graisses corporelles n'est nullement en rapport avec
les décompositions d'albuminates ; mais Colosanti et Friintzel
ont démontré sur les animaux une véritable surproduction
d'acide carbonique, avec une suroxygénalion; c'est là aussi
le résultat des observations de Leyden et Friinkel. Sur unj^oint
donc tout le monde est d'accord, c'est l'usure des albumi-
nates; sur la combustion des graisses on ditïère d'opinion.
Senator et Colosanti pensent qu'il n'y a pas de rapport entre
ces deux facteurs, et que l'organisme peut s'appauvrir en
albuminates, tandis qu'il reste en possession de la graisse.
Tous ces phénomènes sont jusqu'à un certain i)oint indé-
pendants de l'élévation de température; Yolkman cl Genz-
mer les ont vu manquer dans les fièvres infectieuses avec
des températures très élevées, et inversement Frànlzel les a
vu apparaître par les températures basses dans certaines
:{78 ciiAi'. m. - DKS Fif:vnKi:\.
lièvres. — S'il y a ainsi une iii(l('|)on(lan('o rc<;ll(3 entre le
<^r()i4)C «les j)liénoinèn('S «le coiiibuslioii d la clialcm- en
excès, il esl «le hmlc nécessih' de Caire inlorvenir cet a^«;nl
coiiiimiii (le dcsliuclion, ce principe virulent, cet être vivant
parasilaire (pii est la cause à la l'ois (I(î Tliypertliermie et du
dépérissement. On V(n(, en dVel, dans certaines maladies
infectieuses, comme la fièvre récurrente, le thermomètre
monter à 42° sans qu'il se produise de troubles sérieux dans
les l'onctions générales ; d'une autre part la fièvre typhoïde
peut durer une et même deux semaines avec 40" à 41° sans
compromettre la vie; ceci prouve la spécialité d'action des
divers principes virulents et rien de plus.
Donc, c'est l'agent infectieux qui détermine la fièvre; c'est
encore lui qui en se disséminant influence les autres fonc-
tions de l'économie. — Il s'agit de lutter contre ce micro-
pliyle délétère, qui détruit moléculairement la composition
de nos organes en les comburant, et augmente du même
coup le pouvoir producteur de la chaleur qui est perdu.
4 Oégénérations Aes organes, des muscles; altérations du sang.
— C'est encore à l'excès de température qu'on a rapporté,
mais à tort, la dégénérescence granulo-graisseuse du foie,
des reins, des muscles, du cœur; on la retrouve en elfetdans
toutes les maladies infectieuses, même quand la fièvre a été
modérée, comme dans la diphtérie.
Les altérations du sang, de la fibrine, de l'albumine, l'in-
capacité respiratoire de l'hémoglobine contenue dans les glo-
bules, la diminution de ce principe, même quand les globules
augmentent de nombre, paraissent être sous la dépendance
des altérations des organes formateurs du sang, comme le
foie, la rate, les ganglions lymphatiques.
Troubles nerveux. — Il reste à signaler la perturbation des
fonctions de sensibilité et de motricité, qui marque le
début ou le cours de la maladie fébrile ; tous les phénomènes
RÉGIME DtS l'IKVr.KUX. 371)
cérébro-spinaux peuvent se nioiiUer aux diverses périodes
de la fièvre, et d(''peiulent soil de l'iiyperllierniic, soit du
^enre de poison morbide qui la piovocjue, soiteniin de Tex-
citabililé du système nerveux.
Au point de vue de la nécessité et de la nature deTalimen-
tntion, nous devons surtout tenir un compic rigoureux de
riiyperthermie et de la consomption, qui portent moins sur
la graisse, constamment sur les albuminates.
§ 3. — Régime des fiévreux
Deux graves questions surgissent, l'une au sujet de l'ali-
mentation des fiévreux, l'autre à l'occasion de leur genre de
régime.
a. Alimentation en général dew fiévreux. — Dc tOUt tCmpS on
s'est demandé s'il laut tenir les malades à la diète, ou si on
doit leur accorder une certaine nourriture. — Cliaque
apport d'aliments, disent les partisans de l'abstinence, est
suivi d'une augmentation de la chaleur, comme si on jetait
l'huile sur le l'eu. Or, il n'existe pas un lait qui prouve une
telle assertion, et serait-il même avéré, on ne saurait en
déduire la nécessité de supprimer au fiévreux toute espèce
de nourriture. En ellet, fascension lliermométrifpie dans ces
cas douteux peut tenir au mauvais choix de la nourriture, à
son état de condensation, et surtout à la l'aiblesse de l'acte
digestif, chez les lebricitanls. Dans tous ces cas l'élévation
de la chaleur fébrile n'est pas durable; elle est généralement
en rapport avec la digestion et cesse avec elle; s'il en était
autrement, si l'absorption des aliments et leur pénétration
dans le sang déterminaient un excès d'oxydation ou de com-
bustion, la chaleur devrait se Taire sentir, à une période
ultérieure, après la digestion accomplie, pendant un temps
plus ou moins long. Mais si des aliments mal appropriés ou
3H0 < Il M', m - i>i.s I if:vHKr\.
grossiers vit'iincnl ;'i porh'i- aux orj^ancs (Ji^cslif's un f^r^wc ot
|)(M>islaiil <I()iiim;j|4«', il ''" r<'siilh' imo aiij^iiicnlalion pio-
lon^rc (In iiioiivciiienl IV'hrilc. Dans ce cas on poiii rail cioirc
(jiic la clialciir coiporollc iiioiili^ pai'cf (jiio rintensilé des
()\\(lali()iis s'accroil par raj)p()r( (rmic plus grande quantité
de inah'riaiix. Comment se l'ail-il cependant que, à Félat nor-
mal, la produclion de la clialeui' (pii s'cxagèi'e jtar sniic ^]^•
rin^vslioii (Tunii nourriture |)lus abondante que dans la
fièvre, cl par raclivih' musculaire très développée.', ne s'accuse
jamais au thermomètre que par quelques fractions de degré?
La léponse à cette objection semble très facile. Dans la fièvre,
les appareils régulateurs qui président à l'état normal pour
maintenir une chaleur constante refusent leur concours. On
est d'accord pour admettre que dans la fièvre la régulation
n'est jamais qu'imparfaite. Liebermeister a beau dire que
cette fonction régulatrice existe mais est montée dans la
fièvre à un diapason plus élevé que dans l'état physiologique,
et que les soupapes qui s'ouvrent pour la déperdition de la
chaleur en excès ne le font pas à 87% mais seulement à un
degré plus élevé ; Liebermeister ne fait ainsi que compliquer
ou reculer la difficulté. Senator démontre, au contraire, que
la température corporelle diffère précisément de l'état nor-
mal, par son extrême mobilité, sans pouvoir se maintenir à
un degré déterminé dans les conditions les plus diverses
comme cela a lieu naturellement. Ces faits parlent en faveur
d'une activité amoindrie, insuffisante des moyens régulateurs.
Ce sont, dit Senator, les vaisseaux de la peau qui se com-
portent différemment; pour éliminer du corps l'excès de
chaleur produite, les vaisseaux superficiels devraient cons-
tamment être dilatés, tandis que, en réalité, les dilatations
et les contractions des artères se succèdent alternativement
et cette alternance est incessante par suite delà surexcitabi-
lité des nerfs vaso-moteurs provoquée par la fièvre.
RÉGIME DtS FIÉVREUX. 381
D'après cette doctrine il faudrait, ce semble, arrivai' à
a^ii'I)arles aliments sur le centre vaso-moteur poui y ramener
la stabilité, ou j)lutot il faudrait atteindre les centres calori-
^ènes cérébro-spinaux eux-mêmes pour favoriser leui' fonc-
tionnement régulier. Un pareil effet ne saurait se produire
sur le système central nerveux que par une modification soit
dans la composition du sang, soit dans la texture des celbdes
nerveuses; or on sait que la masse alimentaire, serait-
elle môme de nature albumineuse, est toujours transformée
et absorbée, et ne s'annexe pas directement aux tissus ni au
sang; elle est un albuminate de circulation et non un albu-
minate ii\e. Il est donc impossible ni d'accuser la nourriture
ni de compter sur elle pour maintenir le fonctionnement
soit du centre vaso-moteur, soit des centres calorigènes ; la
nourriture a une autre destination, elle doit réparer les
pertes; y parviendra-t-elle?
b. Régime MpécinI des flévrcux. — Pour atteindre CC ])Ut,
qui est en délinitive la léintégration des forces du malade,
nous ne devons pas oublier que les déperditions portent sur
les albuminates bien plus que sur les graisses du corps et
qu'elles ne sont pas proportionnées l'une à l'autre ; la
question du régime albumineux et du régime liydrocarburé
se posera donc tout d'abord. Puis il faudra cliercber l'origine
de la consomption et de l'inanition, et faire la part de la
fièvre dans le dépérissement de l'organisme; en raison de
ces diiïérentes dépréciations le régime devra prendre une
direction spéciale. Un troisième point doit être fixé, il est
relatif à l'état d'infériorité des fonctions digestives et à la
difficulté de faire agir l'estomac ou l'intestin, par conséquent
de transformer les aliments en substance assimilable, en
peptone.
En présence de ces trois desiderata il n'est pas trop de
soumettre nos prescriptions de régime à une série de pré-
ns^2 CHAI', m. — DES Flf.VREUX.
raulions, ;'i iino si'ric (r;iii,'ilys<*s pliysiolo^^iquos d de iiiiiiu-
liiMiscs observations; la vie du malade; en df'pond. Nous
discuh'rons le Ixmilloii <»ii le potage, localV'.iii l.iil on IVriH,
1,1 lisaiic commune ou la boisson vineuse avec le même soin,
le nn^une sci'upule, la môme solcnnih) (juc s'il s'a^nssait d'une
lornuile médicamenteuse. A une certaine période de la ma-
ladie fébrile, |)ar exemple à une certaine pbase de la fièvre
lyplioïdi^ le règlement des détails de cuisine présente plus
d'intérêt que l'oi'donnance pliarmaceutique.
Les principes alimentaires doivent protéger l'organisme
fébrile contre l'usure envahissante de ses tissus, et en même
temps restituer ce qu'il perd sans cesse; tout ceci ne peut se
l'aire que partiellement, car une nourriture complète est
impossible à cause de l'étal anormal du tube digestif, qui se
révolterait contre un travail exagéré soit mécanique, soit
chimique ; il faut donc épargner l'estomac et arriver autant
que possible à l'absorption directe des liquides aqueux ou
alimentaires sans l'intervention des organes digestifs. Ainsi,
repas modérés et fractionnés, aliments exclusivement liqui-
des, voilà des conditions physiques préalables. La condition
chimique est bien autrement complexe.
1° Aihuminatcs. — Lcs discussious Ics plus réccntcs et les
plus aiguës portent principalement sur le point de savoir si
on peut, si on doit prescrire la nourriture albumineuse. Au
premier abord un pareil régime semble aller à rencontre du
but, et augmenter la fièvre ; dans l'état physiologique, les
oxydations dépendent en effet de la quantité d'albuminates
particulièrement de ceux qui sont en circulation, et les
oxydations entraînent la production de la chaleur. Mais si on
considère, d'après les remarques de Bauer et de Kisch, que
le maintien des forces chez les fiévreux, et la diminution de
l'inanition s'imposent de plein droit, on est amené quand
même à reconnaître l'importance du régime albumineux.
HÉGIMK DES FIÉVIIEUX. 383
Deux «clcbrcs expériences qui furent instituées pai' IIup-
pert <M Riessell siii- un pneunionicpie et sur un typliique
semblent au jiromiei" al)or(i très décourageantes. Il ressort
de ces recherclies que la (juantité éliminée d'azote dépasse
toujours, quoi ([u'on rass(i, celle des recettes en substances
bomologues ; il y a toujours une perte d'azote, (|ue le régime
soit pauvre ou ricbe en albuminates, et elle n'est point en
proportion de la quantité d'albuminates ingérés; d'ailleurs
en aucun cas le déficit azoté n'augmente par une nourriture
chargée d'albuminates; c'est plutôt le contraire qui semble
arriver.
S'il en est ainsi, si l'usure de l'albumine dans la fièvre ne
s'accentue pas par l'albumine surajoutée, il n'y aura plus de
raison d'en priver le malade. Une expérience décisive à cet
égard a été faite par Bauer et Kunslle; ils prescrivirent
alternativement à un typliique un régime sans azote et
un régime pleinement albumineux composé de soupe, d'œufs
et de lait ; du tableau des recettes et des dépenses il ressort
que l'usage des albuminates épargne les tissus protéiques du
corps; sans doute le total de l'azote éliminé est augmenté,
mais la perte corporelle d'azote est au contraire en dimi-
nution. Il est vrai que le malade prenait en même temps que
les albuminates une certaine quantit(3 de graisses et de
fécules; c'est précisément là le moyen d'épargner la trame
organique albumineuse.
Maintenant quels son! parmi les lyjxvs des albuminates,
ceux qui sont le plus facilement digestibles, les plus rapi-
dement assimilables? Il y a trois espèces d'albuminates, la
viande, le lait, l'œuf, c'est-à-dire la fibrine musculaire, la
caséine, l'albumine proprement dilo. Quel que soit le genre
prescrit, il faut éviter, surtout pourlaviande, la forme solide
ou même consistante, parce (|ue dans la fièvre le suc gas-
trique étant rare ne pénètre pas suffisamment la masse ali-
381 (iiAP. III. — in;s iif:\iti.r\.
iiit'iil;iiri' cl lu* l;i laniollil fii ne la di^^Te; (raiilrc, pail la
luiiicih' (le la iiiiis(ulaliii-(3 sloinacalo (Haiil aiiioiiidric, les
rrai^iiK'iils voliiiiiiiK.Mix des aliiiKjiits s'arrèteiil Iidj) loii;^-
leiiips dans la cavité de resloiiiac et y su hissent une sorte
de l'ernientation. La noiinitiiicî li([iiide elle-mùnie ne doit
ètrepi'ise ([u'àdeeertains intervalles et par petites «[uanlités.
C/est donc ordinairement le Idit, les œufs et les bouillons
(pii sont l'econmiandés. Pour |)en (pi<; l'estomac soit tioublé
dans ses Ibnctions, le lait se digère mal, il se prend dans
l'estomac en caillots dirficilement accessibles au suc «^as-
trifpie, qui souvent quittent cet organe sans être peptonisés
et ne trouvent leurs moyens de digestion que dans le suc
intestinal et pancréatique. On a alors beau délayer le lait
dans une ou deux parties d'eau, ou y ajouter de l'eau de
Vichy, ou une eau gazeuse, ou môme une liqueur alcoolique,
le donner froid ou chaud, bouilli ou cru, le malade finit par
le refuser et le médecin par le proscrire; le café au lait fait
parfois exception, il est toléré ou du moins accepté par le
patient.
Les œufs doivent être à peine cuits et délayés dans le
bouillon; ce liquide qui est chargé de principes salins, ce
véhicule de la matière albumineuse, commence par exciter la
sécrétion du suc gastrique; or on sait (Voy. chap.2) que l'al-
bumine de l'œuf, prise seule, soit à l'état cru, soit durcie
par la cuisson, nécessite l'intervention d'un suc gastrique
très chargé d'acide chlorhydrique, et comme cette réaction
n'est pas immédiate, comme elle est généralement précédée
d'une formation d'acide lactique, qui contrarie la digestion
de l'œuf, il en résulte que l'œuf qui se digère bien avec le
bouillon, reste indigéré quand le malade le prend comme
mets unique.
Le bouillon ou plutôt Ic cousommé, préparé avec la viande
réduite en fragments et avec de l'eau froide qu'on chauffe
RÉGIME DES FIÉVP.ELX. 385
graduellement à 60° ou 70% voilà un des meilleurs aliments
liquides; mais si la viande est coupée en grosses tranches,
et soumise à un feu vif, il se forme à sa surface une couche
d'albumine coagulée, (jui empêche la pénéti'ation de l'eau
dans la viande, et le bouillon ne contient plus d'albumine;
il renferme des traces de gélatine 0,6 pour 100, si c'est
un bouillon de bœuf, 4,75 pour iOO si c'est un bouillon
de veau. En tous les cas le bouillon contient aussi des sels,
particulièrement des chlorures et des sulfates combinés avec
la potasse, tandis que la viande retient les phosphates com-
binés avec la chaux et le fer.
Bouillon et viande rApée- — Quand la maladie est longue
comme la fièvre typhoïde, on ne doit plus compter sur le
lait, les œufs et le bouillon ordinaire ; il faut ajouter à ce
dernier de la pulpe de viande, provenant de la viande râpée,
dégraissée, privée de nerfs et de tendons, et passée par un
gros tamis; on délaye 20 ou 30 grammes de cette pulpe
dans une tasse de bouillon; de cette façon on est bien sûr
d'administrer de véritables albuminates.
pepcones. — G'cst aussi Ic cas d'ajouter des peptones au
bouillon et surtout des peptones i)ar coction ; nous savons
en effet qu'elles sont des peptones d'albumine-gélatinc.
2" noyons d'épargne gélatineux. — La difficulté dc trOUVCr
des albuminates en nature a fait songer à des substances
également azotées mais d'une digestion moins compliquée et
surtout d'une transformation plus directe. De tout temps on
a préconisé empiri({uement le bouillon gélatineux, préparé
avec des jarrets de veau, ou avec la volaille. On connaît aussi
de longue date le beefica^ préparé avec des fragments de
viande qu'on soumet sans eau dans une marmite herméti-
quement close à l'action du bain-marie pendant plusieurs
heures ; on obtient ainsi toute la gélatine de la viande, c'est
un bouillon concrète en gelée.
SÉE. V. —25
886 CM AI», m. — Ï)ES FIRVHEUX.
Prenant la quostion au })<)int de vuf^ scienliri((no, Scnalor
est arrivé à conclure à la nécessité de remplacer j)ar la ^«'la-
tine les albuniinates qui, (Taprès lui, loin (1(; régénérer les
tissus perdus, en favorisent la dcsliuclion. l)éjà Voïl avait
remarqué (pi'il est unc^ substance azotée (|ui loin d'a^ii-
comme les autres albuniinates vrais et d'activer la désinté-
gration moléculaire des éléments organiques, en enraye cette
décbéance : cette substance c'est la gélatin(\ Il est vrai (|ue
la gélatine n'a pas par elle-même la même valeur nutritive
que les albuminates, et que, en tous les cas, il faudrait pour
atteindre le même but en prescrire des quantités considé-
rables. On peut le faire impunément, caries gelées sont bien
supportées et faciles à digérer. Mais en réalité ce ne sont
que des moyens auxiliaires de conservation de nos tissus
organiques, des moyens d'épargne. A ce titre la gélatine ne
saurait être trop recommandée, sous les formes les plus
variées comme goût et comme préparation.
3° Hatières féculentes et sucrécii). — Après CettC minutieUSe
analyse des effets des substances azotées (types albumineux,
type gélatine), nous abordons la question plus pratique des
aliments ternaires ou non azotés, les féculents, le sucre, la
graisse.
Fécules. — ïlippocrate avait déjà, dans ses mémorables
écrits, établi les bases de la diététique des maladies fébriles
aiguës, en repoussant la diète absolue; il montre avec des
preuves formelles, l'utilité de la ptisane, qui est une décoc-
tion d'orge, et des aliments de l'ordre des féculents, sans
proscrire d'ailleurs les autres aliments ; il en règle l'usage
d'après la période et l'acuité de la maladie. Il est bien cer-
tain que les malades supportent et digèrent bien les aliments
de ce genre. Ajoutez au bouillon des pâtes ou des fécules,
prescrivez les potages de ce genre, vous trouverez là certai-
nement des aliments faciles à digérer, et comme ils se
llfXIME DKS llfiVIlEUX. 387
brûlent enlicrcmcnt en se translbriiiaiit en inalière sucrée,
ils devienni^nl directement assimilables; ce sont donc des
aliments d'une nature spéciale. Ils ont encore une autie
fonction, c'est de modérer la destruction incessante des
albuminates corporels, et des corps gras qui l'ont partie de
l'organisme; ce sont donc aussi des moyens d'épargne.
A cet égard, ils agissent comme la gélatine. Mais vous avez
beau faire des épargnes si le capital organique, si la trame
albumineuse se perd! Il faut donc à tout prix y ajouter une
certaine quantité d'albuminates, sans quoi le bilan nutritif
de l'organisme s'abaisse, et l'inanition s'ensuit ; en eifet,
comme le démontre Uffelman, 100 parties de soupes fari-
neuses ne contiennent que 1,G à 2 d'albumine, 12 à 15 d'hy-
drates de carbone et des traces de sel.
Sucres. — C'est pourquoi le môme auteur préconise le
sucre de raisin à la place des fécules; le sucre, qui est le
produit final de la digestion des matières amylacées, n'a
pas besoin d'une digestion ultérieure pour entrer dans le
sang.
craisscs. — Lcs graisscs doivent être exclues théorique-
ments et pratiquement; la théorie indique en effet d'après
Senator, que par suite des désintégrations dans la fièvre, le
corps s'appauvrit en albuminates, mais s'enrichit pro[)or-
tionnellement en graisse; celle-ci devient donc inutile.
Parkes a beau préconiser des graisses d'une digestion facile
comme le beurre (et l'huile de foie de morue??); elles ne
trouvent pas pratiquement leur dissolvant, la bile et le suc
pancréatique, ayant leur sécrétion diminuée; elles ne trou-
vent pas non plus les moyens habituels d'absorption dans
les villosités intestinales, qui sont plus ou moins altérées
dans leurs fonctions ou dans leur texture.
iiéNumé. — Une nourriture mixte composée d'une })etite
quantité d'albuminates et d'une proportion plus considé-
388 Cil \i'. in. in:s rifiVREUX.
rahie de substances non azotées, constitue le meilleur ré^nmc
pour les fébricitants; di^s bouillons, suitout des bouillons
conccnirés et j'élatineux de viniu, ou bien des bouillons de
bceuf additionnés de gelée, des consommés à l'œuf, la viande
râpée, légèrement grillée et mêlée au bouillon, paifois du
lait dilué, plus souvent encore à une péi'iode moins aigu«"'
de la lièvre des potages féculents, voilà les moyens de satis-
fiiire aux exigences de la clinique pbysiologique.
i^ WtoiHHonH. — i:au. — Uoîhmoiiw nucrécM, tbéi(|ucs, alcoollqueff,
vinoiiMcs. — L'eau est un moyen alimentaire sans lectuei la
texture des organes serait compromise ; les malades réclament
la boisson, le médecin doit la prescrire par petites quantités,
plusieurs fois par lieure, mais à la volonté du patient. —
L'eau favorise sans doute les mouvements de dénutrition
(Voy. chap. viii), elle produit peu de décliets,mais contribue
surtout à expulser par les reins l'urée et les autres produits
préexistants de décomposition. Gomme elle est d'ailleurs un
des agents les plus efficaces de la digestion, elle contribue,
par cela même, au maintien intégral de l'économie ; de l'eau
pure froide ou même refroidie artificiellement, la limonade,
les eaux gazeuses, acidulées, les tisanes aromatiques, une
légère décoction de riz ou d'orge, du lait délayé, voilà les
boissons les plus usitées, surtout étant additionnées de
sucre.
Les boissons théiques, et les infusions en général, ne
plaisent pas autant au malade qui leur préfère généralement
l'eau vineuse ou l'eau alcoolisée, la bière ou le cidre; nous
savons les propriétés du tbé et de l'alcool, nous leur recon-
naissons à l'un le pouvoir de stimuler les forces, à l'autre de
les conserver, en même temps d'épargner les tissus.
RÉ(;iME DES CONVALESCENTS. 380
§ i. — Itégimc (les convalcMccnts
Lorsque, à la suite d'une fièvre grave, aiguë comme la
pneumonie, ou prolongée comme la fièvre typlioïde, la tem-
pérature est délinitivement revenue à l'état normal, la con-
valescence commence, et avec elle le moment opportun pour
la réparation des éléments corporels usés ou détruits par la
fièvre. Il se peut que la décomposition des albuminates con-
tinue encore un certain temps; l'alimentation doit être alors
restreinte, jusqu'à ce que les organes digestifs aient repris
leur activité fonctionnelle; aussi, au début de la convales-
cence, la qualité et la quantité de nourriture doivent s'adap-
ter aux états morbides qui viennent de finir, et plus encore
à la réintégration du pouvoir digestif; or, cette fonction se
rétablit tantôt lentement et se traduit par un manque d'appé-
tit, tantôt elle se révèle par une faim vorace, si bien qu'il
faut protéger le malade contre les fautes du régime ; il n'est
pas encore en situation pour digérer et surtout pour s'an-
nexer de grandes quantités d'aliments solides.
Quand un régime consistant et copieux succède tout à coup
à une alimentation légère et liquide, il survient des indiges-
tions plus ou moins graves avec des retours de chaleur
fébrile. Ce sont surtout, dit-on, les viandes qui, excitant les
nerfs digestifs, provoquent la suractivité du cœur et des
congestions ; mais ces mêmes et graves inconvénients peuvent
provenir d'une alimentation végétale; Tindigestion ou la
dyspepsie est due, dans Tun et l'autre ras, au volume et au
poids des aliments plus qu'à leur nature. — Aussi est-il bon,
pour marquer la transition, de commencer par des mets
farineux ou lactés demi-consistants, et de ne permettre la
viande que préalablement hachée, ou le jambon découpé en
tranches minces. Si au contraire l'inappétence persiste, il
800 cil AI», m. — DKs rii':vRi:i]X.
Csl ulilc (le sliiiiiiln- les roiiclioiis |i;ii (I(îs condimpnls ((iii
rrlrvonl 1<^ ^out, ou piirdrs ;ili!ii(;iilsri()i(ls,(tii inruic j»;ir(los
viandes frajimentécs, froides, jut'piii «'csàrhiiilootauvinaijj^ie.
En loiis los ras, connue il s'agil (rindividus déprimés,
alVaihlis j)ar la maladie antérieure, qui n'ont besoin pour le
maiiilien de la uuliition, (juc d'une ration bien inférieure à
cellf (Tun organisme bien nourri, il faudra procéder gra-
duellemeiil; un excès de matière alimentaire n'avance en
rien la réparation, car il ne reste jamais qu'une fraction qui
s'annexe aux tissus, tandis que le surplus tombe en désinté-
gration, en proportion de l'apport exagéré.
Onvoil dans une série d'observations prises par Renek pen-
dant vingt jours consécutifs, sur un typbique, qu'une nour-
riture composée les premiers jours de 750 à 1000 grammes
de lait, quatre œufs et 500 grammes de soupe grasse, four-^
nit pendant les quatre premiers jours, une perte de 45 à
60 d'albumine sur 60 à 80 parties ingérées, c'est-à-dire à
peu près le total de l'albumine introduite; mais à partir du
quatorzième jour (deuxième jour de l'usage de la viande)
l'adaptation de l'azote commença et se traduisit par 17 à
27 sur iOO à 440 grammes d'albuminates.
Naturellement pour arriver à l'incorporation effective, la
nourriture doit se composer à la fois d'albuminates et d'Iiy-
drates de carbone, ceux-ci devant couvrir la perte préalable
de graisse, ceux-là devant dépasser légèrement le bilan
de l'équilibre nutritif. Pour atteindre ce dernier but, le
meilleur moyen c'est l'usage de la viande crue.
Fick démontra qu'elle est digérée trois fois plus vite que
la viande cuite et même que le beefsteak saignant, c'est-
à-dire demi-cru. Cette préparation est bien supérieure pour
les convalescents, à la chair du veau rôti, qui est chargé de
gélatine, au mouton, au porc et au poisson, qui sont trop^
pourvus de graisse.
RÉGIME D'HOPITAL. 391
Voici maintenant la méthode que conseille Albert Rol)in,
dans un travail très remanjuable sur le traitement des
complications et de la convalescence de la fièvre typhoïde.
Dès que les températures du soir et du matin sont tombées
au-dessous de 38% donnez chaque jour deux potages au
tapioca ou à la semoule, ou encore une panade. Au bout
de deux jours, si les décharges urinaires d'urée et d'albu-
mine sont terminées, 'ajoutez à la soupe un œuf sans
pain et un peu de gelée de viande. Le quatrième jour,
augmentez la quantité de gelée ou de jus de viande et
donnez-en plus de 3à 6 petites huîtres et quelques pruneaux
bien cuits à titre de dessert. Le cinquième jour, permettez
du poisson léger, comme le medan, et une pomme cuite
dont le convalescent se gardera bien de manger les pépins.
Enfin, du sixième au huitième jour, autorisez la côtelette,
cet objet d'ambition pour l'aiïamé qui relève de la fièvre
typhoïde. » Aux repas, du vin de Bordeaux ou de Bourgogne,
coupé avec les eaux gazeuses ; entre les repas, du lait. En tous
les cas, l'appétit des convalescenis ne saurait servir de guide
pour les prescriptions alimentaires.
§ 5. — Régiiuo d liôpHal
Voici le régime des hôpitaux de Paris. Pour les malades à
la diète simple, des bouillons; pour ceux qui sont aux po-
tages, des potages gras et du vin.
Les malades au premier degré reroivent deux potages gras,
10 à 12 décagrammes de pain blanc, 0',2r) de lait et deux fois
par jour décagrammes de viande rôtie. Le soir, la viande
rôtie ou la volaille, ou un œuf frais, ou du poisson (8 décagr.),
18 à 24 centilitres de vin.
Les malades au deuxième degré reçoivent la même quan-
tité de vin, un peu plus de pain, la même quantité de viande
:U>2 (IIAP. III. — [)KS l'IÉVIlKi;X.
onde poisson cl en outre, le matin, des œufs ou du riz au l;iil;
le soir, des légumes de saison ou des pommes de terre. Pour
les deux autres degrés, ce n*est qu'une alïaire de quantité
en plus; dans tous les cas la qualité du pain et du vin no
laisse rien à désirer.
Il est entendu d'ailleurs (jue le médecin peut, sur des bons
spéciaux destinés à des malades graves ou à des convales-
cents, modifier le régime commun et faire des piescriptions
spéciales. La tolérance administrative ne va pourtant pas au
point de transformer le régime hospitalier en une carte de
restjiurant, comme l'a proposé Orlowski, pour les hôpitaux
de Berlin en 1883. Mais la vigilance de l'administration de-
vrait porter sur la parcimonie dans la distribution du lait,
et sur l'absence du café au lait qu'on prescrit régulièrement
dans tous les hôpitaux étrangers; on nous oblige ainsi de
recourir à toutes sortes de subterfuges pour obtenir les
quantités de lait nécessaires aux gastriques, aux intestinaux,
aux cardiaques, aux albuminuriques. — Dans les hôpitaux mi-
litaires, le médecin jouit pour ainsi dire d'une complète lati-
tude. Dans les hôpitaux de province au contraire , le régime
est généralement défectueux ; je fais une remarquable excep-
tion pour le nouvel hôpital du Havre.
Regnard nous a montré, dans un intéressant travail, la
formidable mortalité qui frappe les malades et les convales-
cents dans les petits hôpitaux incomplètement pourvus des
substances alimentaires les plus indispensables.
DES CORPS GRAS. 393
CHAPITRE IV
DES PHTISIQUES ET DES SCUOI l LEUX
Depuis qu'il est prouvé que la phtisie pulmonaire est une
maladie parasitaire virulente due à un bacille nettement dé-
fini, que ce virus pénétre dans le poumon par la respiration
des crachats de phtisiques, ou par le lait ou par la viande
provenant de vaches elles-mêmes tuberculeuses, nous n'a-
vons plus (ju'à nous préserver en empêchant la contagion
par l'air, en piohibant les aliments suspects, en enrayant le
développement du parasite dans l'organisme une fois envahi,
ou à le détruire, si c'est possible, par les médicaments anti-
septiques. La question de préservation est du domaine actuel
de l'hygiène; le problème de l'antimicrobisme est du do-
maine futur de la médecine. — Mais le devoir le plus ur-
gent qui incombe dores et déjà au médecin moderne, c'est
de chercher, comme nous l'avons dit dans le Traité de ht
phtisie bacillaire (1884) à transformer la constitution de
l'individu menacé ou frappé de tubercules, de manière à le
rendre réfractaire à la culture du bacille.
La tradition a consacré depuis longtemps Tusage de
riiuile de foie de morue, du lait; or, en considérant ces
médications empiriques au point de vue analytique, nous
voyons qu'elles font toutes partie des corps gras ou des
substances qui entravent la dénutrition; ce sont des moyens
d'engraissement; quand ce résultat est obtenu, la phtisie
s'arrête. Jl semble que le bacille ne peut pas se développer
davantage dans ce milieu imprégné de graisse; il est certain
du moins d'après les recherches récentes de Bienstok et de
nOl cil A IV IV. — KÉr.lME DKS PHTISIQUES.
(jottslein (Fortscliriltc f. Mal. 18<S0), (pic les liquides «;rais-
S(Mi\ (le ciilliiic iDodiliciil. siii{4uliùr(;iii('n( la proj)i'i<Hô colo-
ranle des bacilles. — Jl senihlc en sens inverse (juf dans
d'niihvs milieux, (jue dans le sang glycéiniqne des diabé-
ti(|nes, la pullulai ion des païasites soit singulièrement favo-
risée. Il y a donc peut-être dans ces cliangemenls de njgime
el (riiy^iènc une condition nouvelle ;iiili-parasitaire; c'est
ce que nous i)rouverons par Télude détaillée de ces niédi-
eamenls qui sont lous, jus(|u'à un certain point nutritifs, el
qui devront constituer les bases du régime de tous les phti-
siques, en tant qu'il n'existe ni trouble général ni complication
lo(\ile susceptibles d'entraver ce trailement alimentaire.
Parmi les perturbations générales de l'économie se trouve
en première ligne la fièvre, le plus fâcheux et malheureuse-
ment le plus fréquent des incidents de la phtisie. Or, le
phtisique fiévreux exige des soins particuliers qui le rap-
proche singulièrement du fiévreux en général (Voy. chap. ni).
— Parmi les complications non moins graves apportées aux
applications d'un régime régulier anti-parasitaire, se trou-
vent les lésions de l'estomac et de l'intestin, en un mot le
mauvais état des voies digestives; or, le phtisique dyspep-
tique exige des modifications de nourriture qui s'imposent
à tous les gastriques ou intestino-dyspeptiques.
Nous avons donc à traiter trois catégories de phtisiques
par des régimes différents : les phtisiques sans fièvre, ceux
avec fièvre, et les phtisiques dyspeptiques.
§ 1. — Régime des phtisiques en général
Quand on a devant soi un malade amaigri, pale, faible,
on est toujours tenté, même quand l'examen delà poitrine et
l'analyse microbiologique des crachats démontrent de la
manière la plus irréfragable l'envahissement des poumons
PRINCIPES DE L'ALIMENTATION DES PHTISIQUES. 39.'
par le bacillc-tiihercule, d'appliquer au palioiil la l'ormule
(Je ranémie et de h; traiter, sinon par le fer et le quinquina,
du moins par un régime fortifiant. Prenez, dit-on au malade,
le réginie le plus nourrissant sous le plus pelit volume pos-
sible; c'est \in conseil aussi banal que Iraditionnel; or, je
n'iiésite pas à dire qu'il consacre une hérésie pliysiologicpie.
Si, en effet, on entend par le régime le plus nutritif et le
moins encombrant, l'usage à peu près exclusif des viandes
qui sont réputées les plus fortifiants des aliments et laissent
le moins de résidus, on commettra une faute grave, malgré
les assertions de Wolfbcrg qui veut, à l'aide du régime d'al-
buminates, activer le mouvement nutritif et par conséquent
dénutritif chez les phtisiques. — Par le procédé Wolfberg,
complété par l'exercice musculaire, le phtisique arriveia
rapidement à un système d'amaigrissement incompatible
avec la vie. Sans la graisse ou les féculents, la dénutrition
est inévitable, attendu que pour combler le déficit du car-
bone éliminé, l'organisme est obligé de puiser dans les
albuminates corporels la graisse qui manque dans le ré-
gime; les matières albumincuses se dédoublent pour fournir
de la graisse et elles s'épuisent ainsi en partie; ranncxion
des matières azotées restantes est singulièrement réduite,
car elles se brûlent, se détruisent bien plus facilement
qu'en présence des graisses ou des fécules qui sont des
moyens d'épargner la provision d'albumine ; l'excès de
l'urée dans les urines est là pour fournir la preuve de l'usure
des albuminates du dehors, et en môme temps pour démon-
trer la déperdition de la trame organique. Ainsi les graisses,
les féculents sous toutes les formes doivent être prescrits
aux phtisiques en quantité suffisante pour réparer les dé-
perditions de carbone : 80 à 120 grammes de graisse, 500 à
GOO grammes de féculents sous forme de pâtes, de pain, ou
de légumes secs décortiqués.
:VM\ CHAP. IV. — HÈC.IME DES PHTISIQUES.
Pour ohvirr aux pertes d'azolc, 120^M'ainmcs de principes
azotés .«^urfisenl an hcsoiri; il imj)orle fort peu que ce soient
(les viandes blanciies ou noires, de la viande de houclieiic
ou (le la chair de volaille, du poisson ou du janihori; il n'y
a pas non plus le moindre int(îret à recoinniander le mono-
tone heefsleak; les viandes peuvent être prcîparées sous
toutes les formes et même additionnées de sauces. F^our
maintenir Tappélit il est en cfTet indispensable de varier
infiniment l'alimentation dans ses formes, mais toujours en
maintenant le régime hydrocarbure en excès sur le régime
carné.
Notons que nous n'avons en vue que le phtisique qui est
relativement bien portant et dont les fonctions digestives
sont régulières; le régime que j'appelle conservateur ou
d'éj)argne, et dont je viens de formuler le principe, main-
tient surtout les forces par les aliments gras ou amylacés,
et empêche ainsi la destruction de nos tissus; c'est là pré-
cisément le double but que nous devons viser pour le phti-
sique qui perd fatalement ses forces et son embonpoint.
Que dire après cela des vains préceptes qui consistent à
laisser au malade le soin de déterminer le régime fortifiant
et de choisir une nourriture riche, proportionnée à l'énergie
des organes digestifs. Le malade ne sait plus ce qu'est une
nourriture reconstituante j et le médecin ce qu'est la force
digestive.
A plus forte raison, n'y a-t-il à tenir aucun compte de ce
qu'on appelle les formes diverses de la phtisie. — On recom-
mande aux tuberculeux qui sont d'origine scrofuleuse, les
viandes, le poisson, les œufs, les légumes frais en excluant
les crudités, les salaisons, les ragoûts, les sucreries, etc.;
mais pourquoi le phtisique avec écrouelles n'aurait-il pas
aussi bien que le phtisique classique, droit aux sauces et à
la charcuterie, aux pâtes ou à la salade? Le tuberculeux,
HUILK DE FOIE DE MORUE. 397
qu'il le soit par héi'édité ou non, qu'il soit goutteux ou her-
pétique, riche ou pauvre, excitable ou loipide, doit prendre
la même nouriiture, car tous sont égaux devant le terrible
bacille, tous ont besoin de se défendre par un régime d'en-
tretien et de maintien des forces.
§ 2. — MédicatiustM aliaiou(aire<!« spéciales des pliti!>ti<|uc.s.
lluilo de foie de morue
Il est des médicaments qui n'agissent qu'en vertu de leurs
propriétés nutritives, et peuvent, par cela môme, être dé-
nommés : aliments médicaux; c'est particulièrement dans
le traitement de la phtisie qu'ils trouvent leurs applica-
tions; l'huile de foie de morue en est le type.
a. euiie de foie de morue. — L'huilc de foic dc moruc,
signalée par tous les explorateurs des mers du Nord comme
un aliment et un moyen de réchauffement pour les sauvages
habitants des contrées glaciales, constitue un corps gras,
qui est surtout reman[uable par la prédominance des acides
gras; l'acide oléique y est représenté par 74 pour 100, l'acide
margarique par '21 pour 100. C'est à ces acides qu'il faut
attribuer l'action de ce remède. Les huiles brunes en con-
tiennent plus, d'après Buchheim, que les huiles blanches;
mais on sait que l'huile exposée au soleil est d'abord lim-
pide et qu'elle ne devient brune que par fermentation et
noire par l'ébulition. Cette distinction entre les diverses
huiles s'applique moins à leur action thérapeutique qu'à
leur indigestibilité et à leur saveur qui sont moins pronon-
cées dans les espèces blanches.
Outre les acides gras, dont l'assimilabilité, en général
a été démontrée par Im. Munk, on trouve la glycérine
comme dans toutes les matières grasses qui, en fixant les
éléments de l'eau, se dédoublent toujours sous l'influence
:j<ks ciiAP. IV. — r.fj.iMK dks iMinsiorKs.
des ;il( ;ilis, en acides ^ras el en j^dycérine (^Cluiviwml, 1<S2.T).
Un Iroisiènie élément serait formé par les acides l»iliaii(is,
dansia proporlion de moins d'un df^ini-inillième ; ils contri-
hncnt, sans doute, à la dissolution et à ral)soi'l)al)ililé des
l^raisses. On a constaté aussi, dans toutes ces liuiles, des
traces d'iode cond)iné avec la graisse ou sous la l'orme de
iodliydrine (Bcrthelot). Ouel([ues vestiges de phosphore, de
hrome et de triméthylamine (produit de fermentation), en
complètent la composition. Mais ce n'est certes pas l'iode
ni le hrome qui agissent dans l'huile de foie de morue. C'est
donc, en résumé, aux acides gras que doit être rapportée la
propriété thérapeutique de ce remède, qu'il faut ranger
définitivement parmi les graisses alimentaires.
L'huile de poisson est d'une digestion difficile^ mais d'une
absorption facile. Gomme l'estomac n'est pas chargé de
digérer les graisses qui ne font qu'y passer, il suflit qu'elles
y séjournent pour produire du dégoût, des nausées, qui
durent parfois toute la journée au point d'empêcher toute
alimentation ultérieure; c'est là un grave inconvénient qui
finit néanmoins par disparaître si les malades n'en sont pas
trop incommodés au début du traitement.
Pour atteindre un but utile, il importe de prescrire l'huile
à doses croissantes, d'arriver graduellement à trois grandes
cuillerées par jour, et de faire prendre le remède au com-
mencement des repas, et immédiatement après, une ou deux
tasses de thé ou de tisane aromatique pour précipiter toute
la masse alimentaire de Testomac dans l'intestin. Une fois
que la digestion intestinale est faite, l'absorption s'opère
facilement, et même plus facilement que celle des graisses
neutres. Gomme toutes les graisses, l'huile de foie de morue
pénètre dans les vaisseaux chylifères après avoir imprégné
les villosités intestinales; mais, tandis que les graisses neu-
tres ne sontqu à l'état de division, les acides gras se trouvent
ACTION I)i: I/IIUILE I)K FOIK DK MoriUE. 399
à l'élat (le savon pour onti-er dans la mcinhranc muqueuse
et de là dans les cIin lilères et le san;^. La su péi-iorité de celte
liuile sur les autres est telle qu'en la im''lan|^eant avec des
viandes maigies, on voit se développei* chez les animaux des
quantités colossales de graisse dans le coi'ps (lîadziejewski
et Iviilme).
.%c(ion do l'Iiuilo de morue Miir le iilitiHiquc. Une fois répan-
due dans le sang et les tissus, l'huile ne sert pas seule-
ment, comme on l'a cru, à augmenter la chaleur, ni à multi-
plier les glohules du sang, comme on le croit encore, mais
elle a pour fonction de protéger la provision d'éléments alhu-
mineux qu i est en nous et d'empêcher les destructions molécu-
laires incessantes des tissus organiques. La preuve que les al-
buminates corporels s'usent alors en moindre quantité, c'est
que l'urée, (jui est le résultat de leur combustion, ne s'éli-
mine pas par les urines dans la même proportion que chez
ceux qui prennent exclusivement de la viande sans l'huile.
Voilà l'explication du fait.
La graisse use, pour se brûler et se transformer en acide
carbonique et en eau, une quantité considérable d'oxygène;
si l'organisme est ou devient riche en graisse, l'oxygène res-
piré y trouve de la matière à comburer, et il épargne ainsi
les albuminates qui constituent nos organes. Pendant que
l'usure de ces albumines internes se ralentit, il devient
moins urgent de s'annexer l'albumine alimentaire; l'huile
de foie de morue est donc un véritable modérateur de lu
dénutrition.
Ce n'est pas tout. Les bacilles qui ont provoqué le déve-
loppement (le la phtisie cherchent et puisent l'oxygène
dans la trame organique; mais si cet oxygène est consommé
en grande partie par la graisse, le reste est réservé pour la
nutrition générale, d'ailleurs ralentie, pour la conservation
de nos tissus, et pour les oxydations qui sont désormais dimi-
100 CIIAP. IV. — llflC.IMK DKS l'IlTlSIQrKS.
luiôcs parloiil ; il <'ii iiVsulh; (\\n\ 1»; (l(''li(:il croxy-iônc fiMiiiic
aussi les parasites, (|iii, diVoriiiais, fit tioiivcFil plus à se
inultiliplicr ou à .ivi(\ — 1/hiiiIe est donc un moyen pro-
lecleur de nulr(î organisme, (M un moyen deslrueleui* des
micro-organismes ; — nos comhusliuns sont modérées, ce qui
estulile, la nutrition des bacilles est enrayée, ce qui nous
est encore j)lus utile.
La phtisie doit donc étie traitée j)ar les corps gras à
toutes ses périodes, dans toutes ses l'ormcs, excepte dans
les phases fébriles, parce que le fiévreux ne forme pas assez
de pancréatinc ni de bile pour digérer les graisses, tandis
que dans l'état apyrétique, il n'y a aucune contre-indication.
b. ciiycérine. — La glycérine, qui est le résultat du dédou-
blement des graisses, sous l'inlluence des alcalis, en acides
gras et en glycérine, a été découverte, il y a cent ans, pai-
Scheele, admirablement étudiée par Ghevreul, en 18:23, puis
par Pelouze, et surtout par Berthelot, qui, en réalisant la
synthèse des corps gras, a mis en lumière les fonctions
alcooliques de ce composé. La glycérine est, en effet, un
alcool triatomique qui s'absorbe facilement et se trouve natu-
rellement dans l'intestin, où la pancréaline opère le dédou-
blement des graisses en glycérine et en acides gras, lesquels
se reconstituent à nouveau dans les cellules graisseuses de
nos organes; elle finit donc par agir comme graisse. Mais
étant introduite dans le tube digestif, si la dose dépasse
30 grammes par jour, elle trouble souvent les fonctions
musculaires de l'intestin et provoque la diarrhée. — A dose
modérée, elle présente une grande analogie d'action avec
l'huile de foie de morue (Crawcourt, Lindsay, Semmola,
Jaccoud), augmente le poids corporel et diminue les muta-
tions organiques, par conséquent l'urée, comme je l'ai con-
staté chez presque tous les phtisiques que j'ai traités à
l'aide de ce moyen.
eu HE I)I-: LAIT. 401
Iles extraits d'Iiuilo de morue. I/lllliI(3 [init loiljours pUl*
fiiliguer les organes digestifs, el j)ai- salurcr les villosités
au bout de quelques semaines ; dans ces cas, j'emj)loie,
non sans succès, un extrait spécial d'huile, désigné par le
pharmacien sous le nom de morrhuol; 1 j»ramnie de cette
substance représenterait 10 grammes d'huile. Ce qui est
certain, c'est que le remède est bien toléré et absorbé, et
que son action antidénutritive la rapproche de l'action
modératrice de l'huile.
c. Lait. — Cure de luit. — Lclaitdoit être considéré comme
un aliment gras, bien que la graisse n'y soit représentée que
par 38 sur 1000 à peu près comme la caséine, tandis que le
sucre de lait y figure pour 50 sur 1000 environ; la raison la
voici : la graisse dépasse de beaucoup les proportions néces-
saires à l'alimentation; en efTet deux litres et demi de lait
suffisent pour faire les 100 grammes de graisse nécessaire à
la ration normale; il faudrait trois litres au moins pour y
trouver les 120 grammes d'albuminates exigibles, et dix
litres pour faire les 500 grammes de principes hydrocar-
bures ; donc, toutes choses égales, la graisse est en excès, et
la cure de lait doit être considérée comme un régime gras.
— Lagraisseyest d'ailleurs à l'état libreetfinementdivisée, ce
qui constitue un avantage considérable sur la graisse de l'huile
de foie de morue au point de vue de la digestibililé; mais
elle a une infériorité marquée parce qu'elle est formée par
la stéarine, la palmitinc, l'oléine, c'est-à-dire des graisses
neutres et à peine des traces d'acides gras volatils. — Aussi
le lait, comparé avec l'huile de foie de morue, est plus facile-
ment digestible à cause de l'état de division extrême de sa
graisse, mais il s'en absorbe infiniment moins à cause de
l'absence des acides gras qui se combinent facilement avec
la soude, se saponifient et entrent directement dans les
vaisseaux.
sÉE . V. — 26
10-2 CHAI'. IV. - i;f:(iiMi: i)i:s niTisiorKS.
Dans le trailfiiicril de la phtisie en ^('lierai on a prcscril
surtout le luit de vache et le lait d'ânesse; ce dernier con-
tient très peu de caséine et de «graisses, mais une quantité
marquée de sucre de lait. Les malades le digèrent mieux que
le premier, parce (ju'ils ne prennent pour ainsi dire que le
sucre de lait qui n'exige pas l'intervention active des organes
digestifs ; mais cet aliment est incomplet par suite du déficit
relatif de graisses et de caséine. Si donc il se digère mieux,
il nourrit cependant moins que le lait de vache. — Un pareil
régime ne saurait d'ailleurs être continué longtemps ; la cure
exclusive de lait même par le lait de vache n'a de valeur que
si elle répond à la ration physiologique de trois litres par jour ;
sinon le dépérissement est inévitable. — A cette dose journa-
lière, frationnée en dix ou douze parties, il peut être pris tiède
ou froid; peu importe. S'il est d'origine suspecte il doit être
bouilli, ce qui peut être fâcheux, car après la coction le fer-
ment gastrique n'agit plus sur le lait que d'une manière impar-
faite : au lieu de produire la transformation presque totale
de la caséine en peptone assimilable, il forme plutôt des pro-
peptones ou syntonines que quand il s'agit du lait cru.
Au bout d'un certain temps, quoi qu'on fasse, et quelle que
soit la substance ajoutée pour le rendre digestible, le lait
finit par être intoléré; il vaut mieux, dans ce cas, prescrire
une cure mixte, c'est-à-dire y ajouter d'autres aliments et de
préférence les fécules, les pâtes, les œufs, tout plutôt que de
la viande; ces moyens auxiliaires ne nuisent en rien à la
cure de lait.
Yoilà ce que l'expérience nous a appris sur les cures
lactées proprement dites ; nous ne savons rien de précis sur
l'usage des laits fermentes (koumys, kéfir, lait de Cham-
pagne, etc.) dont nous n'avons pas l'expérience suffisante
pour les juger en dernier ressort.
Résumé. — M la cure de lait ni l'huile de foie de morue ne
TRAITEMENT DES PHTISIQUES DYSEPTIQUES. 403
comporte un long usage et encore moins l'exclusivisme; le
lait, aliment complet, finit par être intoléré, l'iiuilc de foie
de morue ajoutée à l'alimentation ordinaire constitue une
véritable méthode d'engraissement.
§ 3. — Traitement alimentaire cIcn plitiNiqucM
gastro-entëro-djS|ieptic|ueM
Le tuberculeux commence souvent et finit presque toujours
parla gastro-dyspepsie, qu'il faut soigneusement distinguer
des lésions inflammatoires, des dégénérations amyloïdes, des
tubercules gastriques, qui ne se voient presque jamais qu'à
la fin de la maladie, tandis que la dyspepsie initiale de la
tuberculose est souvent confondue avec la dyspepsie chi-
mique commune. Le mal ne va pas toujours jusque-là, sou-
vent il ne s'agit que de troubles pseudo-dyspeptiques, de
gastro-atonie, de gastro-névrose; c'est ce qui s'observe chez
les névropathiques,surtoutchezles femmes etles jeunes filles.
Dans d'autres cas le phtisique éprouve une toux pénible,
coqucluchoïde, suivie de vomissements qui sont généra-
lement dues aux efforts mécaniques de la toux, et n'ont pas
de rapport avec la dyspepsie. Souvent aussi la phtisie est
marquée au début par une dyspepsie intestinale ; il s'établit
alors une diarrhée des plus graves ordinairement entretenue
par des ulcérations intestinales. Enfin, il est un phénomène
qui accompagne presque toujours les dyspepsies, parfois le
nervosisme gastrique, les altérations de l'intestin, c' cslV inap-
félence^ l'anorexie, qui complique singulièrement les diffi-
cultés du traitement alimentaire ; voilà les diverses circon-
stances dont nous devons tenir un compte rigoureux, avant
de formuler les prescriptions du régime; les règles du trai-
tement alimentaire de la phtisie en général ne trouvent plus
désormais leur application.
401 ClIAI». lY. — RP.r.IMK DKS PHTISIQUES.
4;iiN«ro-dyMpo|»Nic iiiHialr. LcS pICMlitTS indicCS (Ic Kl
plilisic à loriiKî (lys|)('j)ti(|iic sont, outre riii;i|»|)<;lonce ordi-
iiaiiement complète, absolue, s'ai)|)li(|uaiit à tous les ali-
ments, la digestion lento, pénible, avec un sentiment d'ar-
deur le long- de l'œsoplia^e, une sensation (b; {'(.'i' cliaud à
répij^aslre, des régur«;itations acides, des renvois de; ^^az de
fermentation, des douleurs épigastriques et dorsales, du
gonflement lyni[)anique des organes gastro-intestinaux avec
constipation, plus rarement de la diarrliée, du moins au
début.
Ce tableau est rarement aussi sombre; les sensations
anormales ne sont pas toujours réunies et associées en tota-
lité avec les pliénomènes de la décomposition chimique de la
masse alimentaire; mais il suffit qu'il en puisse être ainsi
pour qu'on soit averti du danger. — Il ne s'agit plus en effet
d'une dyspepsie simple, primitive, qui n'est jamais si dura-
ble, si grave; qui ne s'accompagne pas, comme la dyspepsie
prétuberculeuse, d'une rapide déperdition des forces, de la
fonte des tissus corporels et de la graisse d'abord, d'un affai-
blissement général de la musculature, en un mot d'une
dénutrition frappant tous les tissus, tous les organes d'une
déchéance générale avant l'inanition suffisante pour l'expli-
quer. Oxydation exagérée de la trame organisée, réparations
insuffisantes par l'alimentation, voilà la caractéristique de la
dyspepsie qui ouvre la marche funeste de la phtisie; défaut
de digestion et d'assimilations, c'est la marque de la dys-
pepsie chimique vulgaire qui est toujours guérissable.
Dans cette grave occurrence que faire? certains médecins, à
l'imitation de Broussais, voyant partout une gastrite, ou tout
au moins une congestion stomacale réclamant les sangsues
et les vésicatoires, prescrivent les tisanes émollientes, et la
diète, en permettant tout au plus le bouillon coupé, le lait
coupé, et l'œuf mollet; avec une pareille médication la ma-
TRAITEMENT DES PHTISIQUES DYSPEPTIQUES. 405
ladic serait fcilalcmcnt ahré^n^e. — D'autres doctrinaires,
considérant la dyspepsie comme un catarrhe muqneux, débu-
tent par un vouiilir, continuent par un purgatif et formulent
ce qu'on appelle prétentieusement les eupeptîques : les gouttes
de Baume, la teinture de noix vomique, poisons violents, ou
des amers plus inolTensifs qui doivent stimuler l'appétit,
favoriser la digestion, mais qui en réalité n'excitent ni l'un
ni l'autre, ainsi que le prouvent les récentes expériences
d'un élève de Botkin.
Voici ce (jue je propose :
i° L'eau de Vichy, une demi-heure avant les repas, pour
favoriser la sécrétion du suc gastrique.
2° Au commencement des repas une poudre absorbant les
gaz (craie lavée et magnésie calcinée).
3° Le régime ne sera ni uniforme ni systématique; il se
composera d'aliments excitants, épicés et de haut goût, de
viandes froides, de charcuterie, de poissons destinés à rem-
placer les classiques viandes saignantes qui répugnent au
goût du malade. Ajoutez des légumes secs décortiqués, qui,
après un commencement de digestion par la salive, fran-
chissent l'estomac sans recourir à l'intervention du suc
gastrique et finissent par être digérés dans l'intestin grôle
à l'aide du suc pancréatique. Les salades seront utiles, non
comme aliments, car la cellulose qui y prédomine n'est pas
digestible, ni comme huile, qui est indigeste, mais en tant
que condiment, le vinaigre, l'acide acétique favorisant dans
une certaine mesure l'acidification du suc gastrique. Les
fruits contiennent, outre la cellulose, diverses espèces de
sucres qui sont absorbés directement par les vaisseaux sans
réclamer les préliminaires d'une métamorphose digestive.
4° Pour favoriser le passage de la masse alimentaire de
l'estomac malade dans l'intestin qui ne l'est pas, et rem-
placer la digestion stomacale par la digestion intestinale,
iOG r.llAP. IV. - REGIME DES PHTISIQUES.
lien iTostphis utile (iin* riis;i|^c (1(; boissons cliaiidos, très
abondantes et stiiiuilantcs comme b' Hk' ou bien ah;oobsées
par l'addition du li(jucurs; (illes sont bien supérieures au
vin (|ui s'acidiiie si racilcmcul, à la bièie (pii fermente dans
restomac, aux eaux {j;azeuses qui ajoutent le gaz acide car-
bonique aux gaz remplissant déjà les premières voies; elles
sont également préférables à la glace et aux boissons glacées
qui ne produisent qu'une sensation agréable et enrayent
parfois la digestion.
5" Enfin quand la dyspepsie résiste à l'emploi de ces
divers moyens diététiques, le meilleur procédé curaiif con-
siste dans le lavage stomacal, plus ou moins répété, qui
débarrasse l'estomac des mucosités, cause si fréquente de
la fermentation putride des aliments, et met pour ainsi dire
à découvert les glandes à pepsine prêtes à fonctionner régu-
lièrement sous l'influence d'une alimentation bien com-
binée; il s'agit ici d'une médication et non du régime.
oastro-atonic. — La dyspcpsic cliimique n'est heureuse-
ment pas la règle absolue; les phtisiques, surtout les femmes
et les jeunes filles, accusent des troubles digestifs qui sont
plutôt d'ordre nervo-moteur que d'origine chimique. L'ap-
pétit étant conservé, on aura facilement justice des flatuo-
sités, des douleurs épigastriques de la lenteur digestive, de
la constipation dont se plaignent les malades; il suffit d'ap-
pliquer les règles diététiques de l'atonie gastro-intestinale
(Yoy. cliap. ii).
Dyspcp»$îo iutestinalc. — Diarrhées nervoniotriccs. — AfTcction»
«ubercuio-tiiccrcuscs. — Pour la mcmbranc muqueuse de l'in-
testin comme pour l'estomac nous pouvons, nous devons
compter au nombre des affections prétuberculeuses, divers
états morbides qui, au premier abord, paraissent étrangers
à la phtisie. On voit, en effet, des malades ne présenter au
début de la phtisie que des diarrhées simples, à marche
RÉGIME DES PHTISIQUES INTESTINAUX. 407
chronique, qu'on peut rattaclier i\ un simple trouble moteur
de l'intestin. Comment se produisent ces diarrhées? S'agit-
il de l'action locale primitive des bacilles introduits dans les
voies digestives à l'aide d'une alimentation viciée, par
exem])lc du lait dos vaches pommclières? Cette question
n'est pas résolue définitivement, mais le fait des diarrhées
initiales n'est pas discutable. Ne voit-on pas ces sécrétions
exagérées par excès de contractilité de l'intestin dès les
premiers jours des fièvres infectieuses comme la fièvre
typhoïde, avant par conséquent qu'on pût soupçonner les
/^sio«8 microbiques; l'analogie est frappante; chez les en-
fants surtout, ces diarrhées préliminaires masquent la tu-
berculose à son origine. Chez l'adulte, quand la diarrhée per-
siste avec fièvre et amaigrissement, il faut, dit Chomel, se
défier de la phtisie; or il se ti'ouve, lors môme que la diar-
rhée se prolonge, profuse, continue et douloureuse, qu'on
ne constate à l'autopsie que des lésions insignifiantes (Spill-
mann); donc ce sont des diarrhées nervomotrices qu'on
doit toujours combattre par les procédés communs et par
le régime que réclament les entérospasmcs de l'intestin
(Voy. chap. ii).
Un autre genre de troubles digestifs bien autrement
graves doit être rattaché à la dijspepsie inlestinale: la mu-
queuse peut devenir le siège d'une aflection catarrhale,
avec érosions superficielles de la muqueuse de la fin de
l'intestin grêle, ou bien avec ulcérations des follicules du
gros intestin; les tubercules n'y sont pas encore, et cepen-
dant il s'agit là d'un grave prélude. Les moyens ordinaires
de tiaitemciU peuvent encore réussir à combat Ire cette
dyspepsie; une alimenlatiou approj)riée peut y suffire;
mais elle devra se borner strictement à l'usage du lait de
chèvre, des panades pré{)arées avec du })ain grillé, de la
viande crue râpée et pilée, des œuls durcis, etc.; toute
40S CIIAP. IV. — DKS l'UTISIQUKS.
iiilVacliou au rr'^iiiK' pciil devenir ruiieslc cl constiliKT uixi
sorte (rin(li«;cslion intoslinalc continue. Ces dyspepsies ca-
tirihalcs et les cntcrospasmes ne se voient qu'au début de
la phtisie; ce sont les accidents prémonitoires.
Mais la nrialadie pulmonaire peut être précédée j>ar une
vérilahle phtisie intestinal; ; chez les enfants on constate
souvent cette tuberculose primordiale, C(t qui fait supposer
que le virus bacillaire pénètre directement par l'intermé-
diaire des aliments dans le tube intestinal, qui s'est tuber-
culisé, ulcéré; de là le parasite gagne le péritoine, pénétre
dans les vaisseaux et les glandes lymphatiques de l'abdomen,
et finit, si la mort n'a pas lieu par la péritonite, par envahir
le poumon, c'est une phtisie intervertie. Souvent, enfin, les
deux organes, poumons et intestins, sont contaminés en
même temps ; si l'intestin assume tout le processus morbide,
il n'en est pas moins vrai qu'il n'y a là qu'une apparence;
car pendant l'évolution fatale de la lésion intestinale, si les
symptômes pulmonaires semblent s'amoindrir, si la toux
et l'oppression sont ramenées à un calme relatif, l'altération
pulmonaire n'en progresse pas moins sourdement, mais
sans cesse, ainsi qu'en témoignent l'auscultation et la per-
cussion du poumon; ce n'est donc pas une alternance vraie
qui s'établit dans ces cas complexes; par conséquent ne
craignez pas, en arrêtant la diarrhée, de rejeter les produits
morbides sur l'organe respiratoire; le parallélisme entre
les deux organes est malheureusement complet au point de
vue des caractères anatomiques; la phénoménalité seule
est imparfaite d'un côté ou de l'autre.
Si l'indication d'enrayer ces déperditions incessantes, ces
diarrhées caractérisées par des selles mucopurulentes, san-
guinolentes et mêlées de débris d'aliments indigérés, n'est
pas discutable, nos moyens diététiques et médicamenteux
sont généralement infructueux. — Ni la morphine, ni les
RÉGIME DES PHTISIQUES FIÈVHEUX. 409
astringents, ni l:i diùtc, ni les aliments les i)liis digeslibles
et laissant le nioins de résidus, comme la chair crue, ni les
aliments aitiliciels comme les peptones,rienne réussit d'une
manière sûre et durable; tous ces moyens sont néanmoins à
tenter successivement, à varier et à combiner.
Inappétence ou anorexie. — Ici nOUS rctrOUVOUS CnCOrC UUC
distinction importante à établir entre l'inappétence qu'on
peut appeler nerveuse et l'anorexie absolue et persistante.
L'une, qui est capricieuse et souvent voulue, relève du do-
maine de l'hystérie ou du nervosisme; comme elle ne pré-
juge rien sur la force digestive de l'estomac, elle doit être
abandonnée au goût souvent dépravé, bizarre du malade.
L'autre est un sérieux avertissement avec de graves effets.
Gomme elle porte ordinairement sur les aliments solides,
surtout les viandes, on est souvent obligé de se borner aux
aliments liquides, tels que les potages aux pâtes, ou les
bouillons avec la viande crue, du café au lait; s'il y a de
la fièvre, l'anorexie s'accompagne (Voy. chap. ii), d'une vé-
ritable apepsie, c'est-à-dire de la diminution ou même de
l'absence de l'acide chlorhydropcpti({ue; le lait lui-môme et
à plus forte raison la viande, ne trouvent plus de suc gastri-
que capable de les transformer en peptones; dans ces cas, il
faut recourir aux préparations gélatineuses, aux gelées, aux
bouillons américains qui sont facilement digérés, ou aux
boissons alcoolicpies qui })énètrent directement dans le
sang, et qui, sans nourrir, soutiennent du moins les forces.
Pour parer aux dangers de l'inanition, je ne crains pas de
prescrire, comme l'a fait Debove, le lavage stomacal, ou de
recourir à la suralimentation forcée, même dans les ano-
rexies fébriles.
ilO VAWV. IV. — DKS IMITISIQUKS.
§ -1. — Itt'^liiic «le» |»1i<iNi(|iicN fitWrciix
La fièvre peut être iiiilialo et se manifester par une légère
augiucnlation de la tein|)ératurc avec acci'b'ialion du pouls
sans être j)réccdce de frissons véritables, ni suivie de Irans-
piralion. Elle débute dans un tiers des cas avec les premiers
symplùmes pulmonaires et même avant eux; dans un cin-
quième des cas elle ne se montre (pie dans le cours de la
première période (Louis). L'élévation de la température est
continue (Sydney Ringor) mais elle est peu marquée, et le
lliermomètre ne dépasse guère la noi'male de plus d'un
demi-degré ou d'un degré (38 à 38%05), à moins qu'il ne
survienne une recrudescence dans le développement des
tubercules-bacilles. Généralement elle paraît plus marquée
vers le soir, imitant pour ainsi dire l'augmentation vespé-
rale naturelle. A ce moment même elle est plutôt caracté-
risée par l'accélération du pouls, ce qui la ferait considérer
comme plus intense qu'elle ne l'est en réalité, si l'applica-
tion du tbermomètre ne permettait pas d'apprécier exacte-
ment l'existence ainsi que le degré de la fièvre.
Il n'est pas rare de voir la tuberculose simuler au début
les fièvres intermittentes de la malaria; de graves erreurs
sont journellement commises si on n'applique pas le tber-
momètre ; à l'aide de cette exploration régulière, on apprend
que la clialeur n'est ni aussi matinale, ni aussi nettement
intermittente, ni aussi élevée que dans les fièvres des marais
où elle marque jusqu'à 41° dans l'accès.
Dans tous ces cas, que la fièvre soit périodique ou con-
tinue, il existe presque toujours une sorte d'agitation mo-
rale, avec tendance mélancolique, avec exaltation de la sen-
sibilité, et bien plus encore du système vasculaire et du
TRAITKMENT DKS DIARIUIÉES ULCÉRKUSES. 411
cœur, troubles j)al|)ilalioiis , raniinaliuii du visage, la colo-
ration des pommcUes.
Celle pliénoniénalilé élanl connue, il s'a*;il de savoir si
la fièvre des phtisiques qui peut marquer le début ou les
diverses étapes de la maladie, se rattache à une cause
connue; on parle d'inilammations, de congestions, de bron-
chites à répétition, ce qui amène à prodiguer d'une manière
inconsidérée les vésicatoires, les pointes de feu mille fois
répétées; en réalité la fièvre est généralement indépendante
de toute complication inflammatoire ulcéreuse; elle ne
peut être que le résultat de l'infection bacillaire, et la
preuve qu'il en est ainsi, c'est que la piilisie la plus rapi-
dement grave, la phtisie miliaire parcourt ses périodes au
milieu d'une fièvre incoercible, sans présenter ni inflamma-
tion, ni congestion, ni ulcération. L'invasion successive des
bacilles dans les divers tissus, voilà la cause probablement
unique des mouvements fébriles; s'ils se produisent de
préférence d'une manière périodicjue, on retrouve les mêmes
retours dans la fièvre des marais; l'action des parasites
semble donc être elle-même sujette à des intermittences, et à
des manifestations régulières.
Lorsque la phtisie est avancée, lorsqu'elle a produit des
cavités pulmonaires, il s'y développe des matières de fermen-
tation, des ptomaïncs qui peuvent être absorbées et donner
lieu aune sorte d'empoisonnement suivi d'une hyperthermie
par accès ou par périodes. D'après ces considérations, on
peut prévoir la (linicuh/' et présager le désarroi du Iraite-
mcnt; les anlilebrilcs, la quinine, l'antipyrine, la Ihalline,
l'antifibrine, ont un effet passager et des inconvénients du-
rables ; le régime seul peut modifier cet étal fébrile; c'est le
moment propice pour prescrire le régime lacté exclusif, cl
si la dyspepsie fébrile en empêche la digestion, remplacez
le lait de vache par le lail d'àncsse qui est mieux toléré
Mil chai». V. — DKS CIILOUOTIQUKS ET ANÉMIQUES.
dans co.^ cas; ordonnez les j)ota^(!S, les «celées, les soupes
au jus de viande, les viandes l'uuiées ou salées, etc.
Si enfin ces tentatives échouent, il leste encore la les-
source de la suraiinientatioii pioposée par Dehove, et pra-
ticpiée aujourd'hui par voie directe à Taide des aliments
dont la digestihilité est connue et se retrouve même dans
ces cas graves de dyspepsie fébiile; le lait, les purées de
légumes secs, les œufs, les potages à la viande divisée in-
troduits pour ainsi dire par ordre se digèrent mieux qu'on
ne pourrait le prévoir; en tous les cas, ces aliments valent
plus que les poudres do viande que l'auteur de la surali-
mentation est en train d'abandonner pour la pulpe de
viande, ce que je pratique depuis longues années.
CHAPITRE V
DES CHLOROTIQUES, DES ANÉMIQUES,
DES KÉVROPATHIQUES
§ 1. — Des chloroses primitives
La chlorose (pâles couleurs) est une anémie, distincte de
toutes les autres anémies par sa cause, et jusqu'à un certain
point par les altérations spéciales du sang. — Il y a vingt ans,
pendant qu'on discutait la question de savoir si la chlorose
était due à l'absence des règles ou à un état nerveux, je
cherchai à démontrer que la pauvreté du sang en globules
rouges, qui est un des caractères de la chlorose, dépendait
des conditions nouvelles créées dans l'organisme par la fonc-
tion ovarique ou par le développement corporel; la formation
et la croissance ne pouvant s'établir qu'en usant les éléments
NATURE DK LA CHLOROSE. 413
principaux du san<^-, les «•lobules, il en résulte la clilorose
des jeunes filles à ré|)0({ue de la puberté, et la clilorose des
enfants, quel que soit leur sexe, à la période principale de
leur accroissement. — Il y a non pas une cblorose, mais il
y a plusieurs types, dont la genèse n'est plus discutée par
les observateurs attentifs. Les altérations du sang qui les
caractérisent en font une anémie, mais une anémie spéciale.
Qu'on ne croie pas en effet qu'il s'agit d'une diminution totale
du sang, comme celle qui résulte des hémorragies natu-
relles ou accidentelles ou artificielles (saignées) ; par la
chlorose rien n'est modifié dans le sang que les globules;
on admettait de tout temps la diminution de leur nombre ;
on admet surtout aujourd'hui un changement dans la com-
position chimique et dans la forme des globules.
En 18G0, Alfred Becquerel, et en 18G7 Duncan (Acad. des
sciences de Vienne), ont pu contester l'hypoglobulie; depuis
ce temps la numération des globules par les procédés exacts
de Subbotin, de Quinke, de Malassez et de Ilayem est venu
confirmer ces doutes; il n'en est pas moins vrai que dans les
périodes avancées de la maladie, les globules peuvent dimi-
nuer de façon à ne plus représenter que le quart, le cin-
quième et le dixième du chiffre normal. En général on compte
chez fhomme sain dans un millimètre cube de sang environ
5 millions de globules, chez la femme 4 /i30 000 (Laache) ;
dans la chlorose grave on n'en trouve souvent plus que 2 mil-
lions et même moins encore.
Outre les globules rouges qui mesurent en moyenne 7,8 à
8 dix millièmes de millimètre, on connaît des éléments
figurés très petits de forme diverse, surtout discoïde et
d'autres plus petits encore, arrondis, fortement colorés
(microcytes de Vanlair, Lépine et Gcrmont). On trouve au
contraire les globules blancs très développés et très nom-
breux, et au lieu d'un globule blanc sur 700 hématies
roti^cs, 011 coiislahi iiiaiiiteiianL la proportion de I : .'^:35.
Mais ce n'csl pas là le point intéressant. Ce qui caraclérise
lo ini<Mix W san<; des clilorotiqucs, ainsi que l'ont démontré
Ouinck»', i)uis Malasscz et Quinquaud, e'est la diiniMiilion <1(î
rélémeut le plus inq)ortant des globules, à savoir lliémo-
<;lobine; clioz les ehloroticpies le sanj^ peut ne plus contenir
que le tiers du cliilVre normal d'liémo,u;lobine. — Or, comme
riiémo«^lobine contient une quantité notable de fer, il n'est
pas étonnant que Becquerel et Rodier aient, il y a quarante
ans déjà, reconnu la diminution de près de moitié du fer
contenu dans le sang des clilorotiqucs. C'est en effet une
substance composée d'albumine, de nucléine et de fer; c'est
elle qui jouit du pouvoir colorant, lequel peut être ainsi
réduit au cinquième de sa puissance dans la chlorose.
C'est l'hémoglobine qui joue le rôle principal dans la colo-
ration du sang, qui le vivifie par l'oxygène, qui se combine à
cet oxygène venant de l'atmosphère, le distribue en devenant
oxyhémoglobine dans tous les organes, dans tous les tissus;
l'hémoglobine est, par conséquent, l'organe principal des
échanges respiratoires, des gaz du sang avec les gaz du milieu
ambiant. Elle a donc à la fois le pouvoir colorant et
le pouvoir respiratoire ; l'un diminue généralement avec
l'autre. Si le chiffre de l'hémoglobine, comme à la suite des
saignées vient à s'abaisser, la faculté d'absorber l'oxygène
est amoindrie. Iliiffner, Mathieu et Urbain, Paul Bert
et Regnard, Vinay et Quinquaud ont prouvé péremptoire-
ment cet abaissement du pouvoir respiratoire de l'hémoglo-
bine, môme quand le nombre des globules reste normal.
Aussi il y a deux symptômes qui sont constants dans toutes
les chloroses et dans toutes les anémies ; c'est la décolo-
ration de la peau, la pâleur surtout du visage, la blancheur
des lèvres et des conjonctives ; ce changement si profond de
la couleur des téguments dont l'épiderme est très fin, peut
CHLOROSE CARDIAQUE. 115
aller jusqu'à la nuance du jaune verdatre, d'où le nom de
clilorosis.
D'une autre part la respiration est toujours modifiée ;
les malades ne peuvent marcher sans éprouver de ^éne
respiratoire; elles sont incapables de se livrer aux mou-
vements intenses, aux exercices prolongés, et de gravir
une pente ou les marches d'un escalier sans ressentir une
vive oppression; toutes accusent dès le début môme de la
maladie un besoin irrésistible d'air, une soif d'air qui se
manifeste parfois à l'occasion d'une impression des sens ou
d'une émotion morale. Au milieu de ces sensations et de ces
troubles de la respiration, Tauscultation de la poitrine n'in-
dique rien ; l'air pénètre dans le poumon comme d'ordinaire,
et il n'y a que les échanges gazeux qui sont entravés par
suite du déficit ou de l'altération des globules. — Voilà les
deux symptômes dominants, constants. Le plus souvent les
malades n'accusent aucun autre changement dans leur état
et ne présentent aucun autre signe de maladie, si ce n'est
des perturbations menstruelles. Souvent les règles ont peine
à s'établir, ou elles diminuent ou se suppriment, et ces
modifications ne sont que l'indice indiquant l'insuffisance de
la fonction ovariquc; la chlorose peut même exister avec des
règles abondantes et de véritables pertes. Mais ce n'est pas
la question qui nous intéresse. Une étude attentive de la
maladie nous a appris que la chlorose revêt trois formes
principales.
Il est des chloroses à forme cardiaque, il en est à forme
nerveuse, il en est enfin à forme gastro-intestinale. Nous
insisterons naturellement sur cette deinière espèce, qui
exige un traitement et un régime de nature spéciale.
ChloroNC cardiaque et vaNoiilairc. — Eu général Ic pOUls CSt
régulier, souvent accéléré, facilement excitable; et comme
la masse du sang n'est pas diminuée, les pulsations ne sont
.i!(', CIIAP V. — DKS GIILOIiOTIUL'KS KT ANl'iMKjL'ES.
pas (oiiioins r.iihics ni jx'lih's; le conliaiii; a souvent lieu,
cl les batlciiients sont relalivciiKMil ('iici-^icjiios, (juoique
chacun d\ni\ soit très bref. Dans l(;s ailèros et les veines du
cou, on perçoit liabituellenient un soulle continu, dont il
s(Ma question au chapitre ix. Souvent les malades se plaij^ncnt
(le cliabnir au visaj^^i, de routeurs de la faec ; ce sont des
troubles de ciiculation, dus à l'innervation surexcitée des
vaisseaux superliciels.
Ce qui frappe bien plus la malade ce sont les palpitations
de cœur et les syncopes qui ne sont pas rares. Le cœur lui-
môme est le siège d'un soufile qui s'entend toujours pendant
la contraction du ventricule gauche, soit à la base du cœur,
soit même à la pointe; c'est sur ce dernier signe que je veux
appeler l'attention, il comporte une grave interprétation.
Vircliow a observé souvent des rétrécissements et des
altérations de l'aorte, et un certain degréd'hypertrophie du
cœur ou de dilatation. Ces lésions admises par Beau, Frie-
dreich, Stark sont loin d'être constantes, et souvent le cœur est
petit, comme atrophié. En tous les cas elles ne produisent pas
de troubles circulatoires. On admet seulement que la chlo-
rose peut produire un certain degré d'œdème ; il y a long-
temps qu'avec un de nos grands cliniciens, avec Andral j'ai
nié la possibilité du phénomène ; car si les globules sont seuls
altérés ou diminués, il n'y a pas de raison pour que le sérum
du sang fdtre à travers les tissus; aussi quand la plus légère
hydropisie se manifeste, je redoute une maladie incidente et
insidieuse du cœur; cette maladie c'est le rétrécissement de
l'ouverture de communication entre l'oreillette gauche et le
ventricule du même côté, c'est-à-dire de l'orifice mitral; il
ne laisse plus passer dans le ventricule la quantité normale
de sang; une partie reflue vers les extrémités, son sérum tra-
verse les vaisseaux, s'infiltre dans les tissus déclives ; l'œdème
est fait. — Lorsque dans ces cas on ausculte le cœur, on
CIlLOnOSE GASTRIQUE. 117
entend avant la contraction, c'est-à-dire avant la systole du
cœur, un léger bruit appelé pi'ésystolique qui précisément
indique la difiiculté du passa^^^e du li({uide sanguin dans la
cavité ventriculaire. — Il y a là une grave complication qui
m'e\pli({ue aujourd'hui tous les mécomptes résultant du
traitement classique de la chlorose par les douches froides
pu par le fer; dans ces cas il s'agissait sans doute d'une
chlorose cardiaque ou plutôt mitrale, qui exigeait toute une
autre série de moyens ; c'est ce qui ressort de mes observa-
tions encore inédites, quoique assez nombreuses.
chioroMo ncrvomuNcuiaii-c. — Au licu dc la prédominance
des phénomènes cardiaques, on note parfois celle du sys-
tème nerveux et musculaire, c'est-à-dire la fatigue générale
et surtout celle des muscles, les maux de tôte, les névralgies
faciales, les douleurs vagues dans les nerfs et les muscles du
dos ou des membres, une certaine inaptitude ou une cer-
taine paresse pour le travail intellectuel, des tendances à la
tristesse; les malades se plaignent surtout de vertiges qui leur
font croire à l'imminence d'une congestion cérébrale, tandis
qu'il s'agit précisément d'un état anémique du cerveau. Tout
cet appareil névropathique n'entraîne pas d'indication par-
ticulière de traitement ; il n'en est pas de même de la forme
gastrique.
cbioroso j^astririuo. — La plupart dcs clilorotiqucs accusent
et présentent tous les symptômes des atonies ou des névroses
gastro-intestinales; sans qu'il y ait dyspepsie chimique, l'ap-
pétit est souvent capricieux, quelquefois amoindri, et est
marqué fréquemment par le désir des aliments vinaigrés ou
épicés ; l'estomac est le siège d'une distension gazeuse avec
soulèvement de la paroi abdominale, éructation de gaz pro-
venant de l'air atmosphérique avalé ou aspiré, sans mélange
de gaz de fermentation ; souvent aussi il se manifeste des
crampes d'estomac ou des spasmes intestinaux, presque
SÉE. V. — 27
-lis CIIAP. V. - DKS CIILOUOTIQUES ET ANÉMKjUKS.
loiijcuis une aloiii(3 iiileslinale mai (|ii('(! jiai' la • onslipalion.
— Il s'a^il donc (riiiKî {gastro-atonie avec ou sans spîismcs
qui préoccupe les chloroliqucs d'une manière exclusive, sans
qu'il y ait cependant le nioindie danj^ei' de dyspepsie vraie,
capable de compromettre sérieusement les lonctions de
digestion ou d'assimilation. Ce qui le prouve, c'est que dans
les cas de gastro-atonie ({ui paraissent les plus graves, il n'y
a jamais de dénutrition ni d'amaigrissement, loin d(3 là; on a
remarqué de tout temps que les chlorotiques conservent
toujours un certain degré d'embonix)int. Ce même fait se
reproduit également dans les anémies, suites de saignées
pratiquées sur les animaux; Yulpian et Dechambre l'ont
indiqué il y a vingt ans, et Frànkel l'a expliqué d'une manière
satisfaisante en démontrant l'usure considérable des éléments
azotés, de telle façon que l'oxygène n'est plus en quantité
suffisante pour brûler les graisses de l'organisme.
Pronostic. — De tout ccci il ressort que la chlorose consti-
tue rarement une maladie grave; elle guérit souvent en
quelques semaines, mais les récidives sont fréquentes, de
sorte qu'elle passe à l'état chronique et dure tout le temps
de la période de croissance, qui peut se prolonger jusqu'à
vingt et vingt-quatre ans; cela est vrai surtout des chloroses
héréditaires. — Mais ceci ne veut pas dire qu'elle mène à la
tuberculose ; j'ai souvent remarqué, et contrairement à l'opi-
nion de Lund et de Yirchow, que la chlorose est antagoniste
de la tuberculose dans certaines familles, dont quelques
membres deviennent phtisiques, tandis que les jeunes filles
ou femmes qui sont chlorotiques semblent devoir être pré-
servées de la bacillose. Toutefois il est facile de confondre
la chlorose avec la pseudochlorose qui précède souvent la
phtisie.
pscadochioroso tuberculeuse. — Bien souvcut en effet la
phtisie débute par les apparences de la chlorose. On voit des
\-i. ^^
l'.Ki.I.ME I)i:S CHLOIIOTIUUES. MO
rcMimes jt.ilii-, picndi'c un teint jaune terreux (jui dillèrc
totalement iUt la décoloration V(3r(lati'e des vraies chloro-
tiijues; puis elles prennent la fièvre, tandis qu'elle est rare
et peu niar({uéc(lansIaeliloiose pi'irnitive (Lorain, Mollière) ;
elles niaij^risscnt, tandis que les chloroti({ues conservent leur
embonpoint; elles digèrent mal et sont frappées d'une dys-
pepsie véritable, tandis que dans les pâles couleurs il n'y a
que de la gastronévrose. Il importe d'établir ce diagnostic,
car le traitement alimentaire diffère totalement dans les
chloroses prétuberculeuses, avec ou sans dyspepsie, et dans
les chloroses simples, dans les hypoglobulies.
§ il. — Traitcuicnt aliuiciitairc des cklurotiqiics
Le premier soin à donner à la clilorotiqui3, c'est de la
faire respirer, de lui procurer de l'oxygène, et pour cela de
la faire vivre au grand air, à la cam[)agne, aux bords de la
mer, dans les pays d'altitude, ce (pii n'est jamais réalisable
pour les jeunes filles i)auvres, et ne se pratique que difli-
cilement ou })assagèrement dans les familles aisées. Le
soin le plus pratique est la prescription du régime; naturel-
lement c'est le régime fortifiant tel que nous l'avons lon-
guement étudié et analysé (Voy. cliap. 11). .le n'ai rien à y
ajouter; j'insiste cependant sur les aliments, les boissons et
surtout ce qui est ferrugineux; mais n'allez pas croire que le
fer soit toujours une panacée.
Chaque médecin a sa préparation ferrugineuse et sa for-
mule de prédilection; le fer réduit par l'hydrogène, le lac-
tate de fer, les pilules de Blaud, les pilules de Vallet, le
tartrate de fer et de potasse, le citrate de fer ammoniacal,
et tutti quanti. D'autres prescrivent avec enthousiasme les
eaux minérales de Spa, de Sclnvalbach, de Pyrmont, de
Forges, d'Orezza, etc. Chaque malade à son tour a ses pré-
420 en AI'. V. — DKS CIILOUOTIQrES KT ANflMIQUKS.
IV'DMict's (jiii, ('Il ,Li('iH''r;il, ii(3 soiil j);is slalilcs, linidis (m'avec
le ii-Liiiiic roiMiliaiil cl surtoiil v.irii', on ;ii rive ^('iirraloiiieiil
à un r('siillal favoi-ahlr. .fai sonvcnl iiwrn sans 1er, on après
le Ter, par TnsaL;.' de la viande ci ne à 400 ^n'animes par
jour, e( riiydrolliérajtiiî; ces ih!,n\ dcinicrs iiioyons sonL
indispensables chez les cliloroliques jjastriqiies fjiii ik; sup-
portent sous aucune fornne les préparations ferrugineuses.
La viande crue est é<»alement indispensable dans les formes
cardiaque et vasculaire qui sont sin^ailièrement a^^^^ravées
et par le fer et par l'eau froide. On voit d'après cela que les
indications du régime carné sont générales, et que souvent
CCS prescriptions s'imposent, à rencontre des médicaments
quels qu'ils soient.
§ 3. — Du traitement des nnciiiieM
Toutes les anémies qui ne sont pas de l'ordre des chlo-
roses, qui ne résultent pas du développement défectueux des
fonctions de reproduction, ou des fonctions de la crois-
sance, peuvent et doivent se rattacher à Tune des espèces
suivantes : — 1° les anémies d'origine hémorragique; les
pertes de sang répétées par les épistaxis, à la suite de
l'hématémèse , des hémoptisies , des hémorroïdes , des
hémorragies utérines, les déperditions par les saignées,
peuvent donner lieu à une anémie plus ou moins persis-
tante, et comme les éléments séreux et fibrineux du sang se
perdent en même temps que les globules qui tardent plus
encore à se reconstituer que les éléments liquides, il en
résulte, en définitive, une anémie totale qui diffère sensible-
ment des chloroses ; — 2° les anémies par insuffisance d'air,
c'est-à-dire par privation relative d'oxygène ; elles résultent
du séjour dans l'air confiné ou de l'exercice de certaines
professions dans les atmosphères pauvres en oxygène, riches
TI'.AIIKMENT DKS ANfiMIKS D'OIUCINE IIÉMOHKAGIUUK. i'21
eu acide cai'boni({ue, c'est ce ([iron oJjserve .suiUjul chez
les cuisinières; on avait admis aussi ranéniie des mineurs
(lui a été mise en doute récemment et justement niée pour
les ouvriers des tunnels; le traitement des anémies de
misère respiratoire semble tout indiqué, mais les condi-
tions de la vie s'y opposent souvent; — 3° les anémies par
insuffisance alimentaire ou par digestion imparfaite y ané-
mies d'inanition ou d'orii^ine dyspeptique {\o)\ cliap. i) ;
— A° les anémies d'origine miasmatique comme la malaria,
virulentes ou toxiques (anémie saturnine des ouvriers céru-
siers, peintres, etc.), qui exigent des formules spéciales. Je
les passe sous silence, ainsi que toutes les anémies aiguës,
entre autres l'anémie pernicieuse qui constitue une maladie
distincte.
Au«''inio»* iroriftino béiuorra^iiiuc. — niciiMf riiation«) cxccsNivcM,
flux iiéiiiorroïdai , etc. — Lcs plus importautcs dcs hémor-
ragies comme causes d'anémie sont les hémorragies mens-
truelles, les hémoptisies et les llux hémorroldaires. Nous
avons souvent à lutter chez les femmes, dont les règles sont
trop abondantes ou trop répétées, contre le préjugé attri-
buant à ces pertes de sang qui sont des hémorragies analogues
à toute autre, une action bienfaisante, une déplétion utile,
une dépuration certaine du sang; la nature le veut ainsi,
et il faut respecter la nature! Voilà leur opinion, voici la
suite. Si on supprime ou même si on cherche à diminuer
cette déperdition naturelle, le sang se portera ailleurs, et
déterminera un crachement ou un vomissement de sang,
ou une congestion vers la tète. Celte doctrine des méta-
stases, des déviations, repose en réalité sur quelques faits
bien observés de coïncidence entre la disparition de l'hé-
morragie utérine et l'apparition d'une hémorragie qui
frappe un organe d'une importance plus marquée, majeure,
et d'une utilité plus directe pour la* vie; mais ce qui prouve
i-j-i CHAI'. V. — i)i:s ciiLonoTiQrKs kt ANr:MinUES.
(pic la (l('|t(MMlition j^ravc n'est jias If rrsullal dirccl du (rans-
Icrl (les n'p,los, c'est que leur rotoni-, jhovoiiik; on n.iliii'ei,
ne tarit pas Fliéniorra^ic; dile sii]»plémentairc. C(dlc-ci
doit i)orlcr pliilôt le nom de complémentaire, car l'on voit
chez certaines femmes une véritable exubérance bémorra-
Liiqiie, une suiïusion sanjiuine générale, ce qui ne veut pas
dire un excès de sang, ni un trop plein de vaisseaux, ni une
j)lélliore. Rien n'est moins vrai ni j>lus dangereux que cette
idée j)réconruc ; il y a là une deuxième erreur à ajouter à la
théorie du déplacement qui, du moins, paraît réunir quel-
ques motifs plausibles ; mais en réalité la pléthore supposée
et la répercussion dépendent toutes deux d'une cause supé-
rieure et commune; c'est le trouble général de la circulation
au moment de l'élimination mensuelle de l'ovule, c'est-
à-dire au moment de la formation des menstrues. On dirait
alors que tout l'organisme est concentré sur cette grande
fonction de reproduction, et que la circulation surtout est
mise à contribution pour l'accomplissement de l'ovula-
tion.
Je connais des malades (et surtout des femmes névropa-
thiques) qui perdent, chaque mois, une quantité considé-
rable de sang par l'utérus et par le poumon; elles croient
avoir besoin de ces spoliations et demandent qu'on respecte
le vœu de la nature, ou même qu'on y ajoute encore la sai-
gnée pour le satisfaire complètement. Qu'est-il résulté de
cette croyance surannée? C'est qu'elles tombent rapidement
dans un état d'anémie des plus graves. Ces malades, en sup-
posant même que le poumon soit intact, et que les hémo-
ptysies complémentaires ne résultent pas de la présence du
bacille tuberculeux, ne commencent à se plaindre qu'après de
longues souffrances, des difficultés énormes de respirer, des
palpitations, des syncopes; à partir de ce moment, elles con-
sentent à l'intervention médicale, et souvent la réclament.
DES ANÉMIES PAU PKHTE DE SANG. 423
— 11 s'aj^il (le modérer ces flux répétés, multiples, el la dif-
ficulté commence pour le médecin, f[iii ne doit pas arrê-
ter brusquement ces ell'orts hémorragiques, et ne saurait
davantage les tolérer.
Dans d'autres circonstances, ce n'est pas le poumon qui
est le siège de l'hémorragie périodique; c'est l'estomac qui
devient le point de départ de vomissements souvent consi-
dérables de sang ; dans ces conditions, il ne faut pas admettre
légèrement l'hémorragie supplémentaire; les jeunes fdles
et les jeunes femmes sont sujettes à Tulccre stomacal qui
donne lieu à des hémorragies redoutables, qui ne sont pas
à respecter, mais qui sont à traiter d'urgence; la vie est en
danger.
A un degré mo\nàv(i^\(i?> hémorragies meyislruelles, S3.ns
autre comi)lication, réclament aussi des soins continus, sous
peine d'anémie. Quand une femme, quel que soit son âge,
même quand elle arrive à l'Age de retour, vient à se plaindre
de fatigues incessantes, de faiblesse générale, de maux de
tête, de douleurs vagues et générales, d'oppressions ou d'es-
soufflement par les moindres mouvements, l'anémie est là
pour expliquer tout ce cortège de symptômes (Clément); il
faut, dès lors, modérer le flux sanguin graduellement, et
le diminuer par les moyens antihémorragiques, et par le
repos pendant la période. — L'application banale du traite-
ment ferrugineux serait désastreuse; car le fer tend à pro-
voquer ou à augmenter les règles; tout le traitement con-
sistera dans le régime fortifiant et dans les moyens préventifs
contre le retour des hémorragies.
Flux iiéniorroYdni. — Lc flux hémorroïdal nous fournit
un autre exemple des préjugés relatifs aux hémorragies,
dites salutaires. Combien de fois j'ai vu des malades qui per-
daient leur sang et tombaient dans l'anémie la plus dange-
reuse sans proférer une plainte, sans même consentir aux
121 CIIAP. V. — DKS ANflMIQUES.
moindres aUéniialions de ces perles. Il y a cent ans, un mé-
decin llK'oricicn à ouliiince, en nicnie lenips qu'élcj^^anl
écrivain, Slalil, a l'ail naître, dans res])ritdes médecins, celle
idée étrange que \i\ lîiix liéniornyidal est une sauvegarde
contre tous les maux, contre la pléthore, contre les conges-
lions cérébrales, contre tous les troubles de la circulation
abdominale, el surtout du cours du sang dans la veine porte,
qu'on appelait vewa porta malorum. — On sait aujourd'hui
que la pléthore, c'est-à-dire l'excès de sang n'est pas prouvé,
que les congestions cérébrales dépendent d'une lésion du
cœur ou des artères, que les maladies du foie et de la veine
porte peuvent donner lieu aux hémorroïdes, mais n'en
dépendent pas. Pourquoi alors respecter les hémorroïdes,
qui, en définitive, ne sont que des varices des veines du
rectum, et le flux hémorroïdal qui résulte de la rupture
de ces veines dilatées?
Nous avons déjà appris à connaître l'influence de la masse
hémorroïdale sur la production des atonies de l'intestin
(Voy. chap. ii); nous savons maintenant que ces tumeurs
rompues constituent des hémorragies vulgaires et non
sacrées. Les anémies qui en résultent ne réclament pas le
fer; elles réclament l'intervention préventive du médecin,
et surtout la dilatation forcée des muscles sphincters.
§ 4'. — Anémies et chloroseiti infantiles
Chez les enfants jeunes, on trouve souvent, par suite d'une
aération imparfaite, une anémie très prononcée. Dans cer-
taines familles, on leur mesure l'air intérieur en les confi-
nant dans des cellules, et on leur interdit l'air extérieur
sous prétexte de les préserver du froid. Cette anémie se
guérit par la respiration de l'atmosphère commune. D'autres
fois, les enfants sont victimes d'un rationnement calculé ou
DES NÉVROPATIHQUES ÉPUISÉS. 425
(Func alimcnlation savante composée surtout d'aliments
larineux, parce que leur estomac n'est pas constitué, dit-on,
pour Taiie le suc gastricjue et digérer les viandes. D'autres
reçoivent surtout pour se rafraîcliir, des herbes et des végé-
taux fiais, c'est-à-dire de la cellulose bonne pour les rumi-
nants; ces enfants ont V anémie d'inanition alimentaire,
comme les premiers ont Vanémie d'inanition atmosphé-
rique. Il suffit de signaler ces faits pour en saisir la portée
thérapeutique.
A un âge plus avancé, entre huit et douze ans, on trouve
souvent, chez les enfants, une véritable chlorose qui dé-
pend de raccroissemcnt; la pâleur du visage, la mollesse
des chairs avec la conservation des formes corporelles,
appartienent, de plein droit, à la chlorose infantile, qui
s'observe dans les deux sexes et constitue une des modalités
des maladies de croissance. Ceschlorotiques guérissent dif-
ficilement à cause de la durée de la croissance; néanmoins
le fer leur est utile, et plus encore Talimentation fortement
azoté.
Il nous faut faire connaître un autre g;enre d'anémies qui
passe presque toujours inaperçu; je veux parler de l'anc-
mie dyspeptique qui résulte d'une cntéro-atonie mucino-
albumineitscy exactement analogue à celle de l'adulte. —
A la suite d'une constipation opiniâtre ou d'un arrêt de ma-
tières par une cause mécanique, telle que les polypes du
rectum, les hémorroïdes, les hernies, on observe des selles
composées de matières dures recouvertes de couches blan-
châtres concrètes, comme des fragments de blanc d'œuf
coagulé, ou de filaments rubanés. — Les enfants qui sont
atteints de celte maladie deviennent très pâles, maigres,
débiles; ils se dénourrissent, et leur santé ne se rétablit que
par le régime carné et féculent, et par les laxatifs très doux.
Enfin, ces divers étals morbides, ces anémies dyspeptiques
418 r,lI\P. VI. — DES NÉVROPATHIQllES ÉPUISÉS.
surloni, passent soiivcnl sui" 1(; coiiiitlc du Iviiij)liatisnnc
qiiaïul les enfants onl les cheveux l)lon(ls, les yeux bleus, le
teint pale et les clKiirs molles; or, ces lymphatiques ne gué-
rissent ni par le fer ni par les viandes en excès; le lyrnpha-
tisme cède à l'emploi de l'iode et surtout du réf,nme de
l'engraissement; outre les viandes qui se dédou])lent en
graisse, les fécules et plus encore les corps gras constituent
les meilleurs moyens auxiliaires.
§ 5. — Des névropalhlqucs épuises
Il y a des névroses d'épuisement qui ne cèdent qu'à des
règles nouvelles d'hygiène, à des conditions morales im-
posées, à un régime systématique, qu'on pourrait appeler
cure (V engraissement. — Cette méthode fut indiquée pour la
première fois par Weir Mitchell en 1870; étudiée par Play-
fair en 1883, et analysée récemment par Leyden; elle con-
siste dans des pratiques multiples : l'isolement des malades,
le repos au lit, le massage et l'électricité, et principalement
le régime spécial.
Au commencement du traitement on prescrit exclusive-
ment le lait écrémé, àladosejournalière de 900 à 1800 grammes
qui sont répartis en douze portions; si la malade répugne à
l'usage du lait, on peut y ajouter du café, du thé ou du sel,
ou bien on associe le lait au régime habituel mais très
amoindri. Puis entre les repas de lait on permet d'autres
aliments. Au bout de dix jours, la quantité de lait sera de
3 à 4 litres, et en outre trois petits repas seront institués. Dix
jours plus tard encore on prescrit 60 à 120 grammes d'extrait
de malt ou du beeftea.
Leyden précisa ainsi la nourriture qu'il distribua dans un
cas grave. Le matin à sept heures un demi-litre de lait
(à prendre en trente minutes), une petite tasse de café avec
TRAITKMENT DES NÉVROPATIIIQUES ÉPUISÉS. 4-27
orùmc, 80 grammes (1(3 viande froide, trois tranches de pain
beurré, et une assiette de pommes de terre frites. A dix
heures encore un litre de laitavec trois l)iscuits; àmidi, idem;
à une lieure l)Ouillon, 200 grammes de vohiille, une purée de
pommes de terre, d<'S h'^gumes, 1^0 giammes de compotes
et de la pâtisserie; à trois heures et demie, à cin(j heures et
demie, à huit heures et à neuf heures et demie chaque fois
500 grammes de lait, ce qui fait pour la journée 3500 grammes
de lait, sans compter pour l'après-midi deux rations de
80 grammes de rotisj'^des tranches de pain, trois biscuits.
Au congres du 20 mars (D^h/sc/^. 77îed. Tyoc/i.,188G, nM4-),
ce singulier traitement fut approuvé par Mendel, Pulver-
macher, Lôwenstein, Gnauth, qui constatèrent la plupart du
temps un certain degré d'embonpoint consécutif. Toutefois
l'accord cessa de s'établir lorsqu'il s'est agi de discuter la
valeur isolée de chacun des moyens employés, et chacune des
indications. Les uns avec Gnauth accordent la prédominance
au massage; les autres à l'isolement; c'est aussi là l'avis de
Charcot. Puis lorsqu'il s'agit de préciser le genre de névro-
pathies, le désaccord fut encore plus complet; doit-on traiter
ainsi les grandes hystéries convulsives, ou bien les névro-
pathiques épuisés? ces procédés d'ailleurs souvent inappli-
cables, plus souvent encore repoussés par les malades, parais-
sent contre-indiqués d'après Ewald, chaque fois qu'il y a de
l'anémie, des vomissements, ou une névro-asthénie gastrique?
Je me demande dès lors s'il ne faut pas réserver ce traitement
sévère, violent, aux névrosiques qui sont atteintes d'une
grave anorexie avec amaigrissement et déhilitation générale?
c'est dans ces conditions que j'ai vu Charcot appliquer le
traitement combiné avec l'isolement le plus complet.
128 CHAI». M. — DES GOUTTEUX,
CllxVl>lTRE VI
DES (GOUTTEUX
La goutte est de toutes les maladies celle qu'on attribue le
plus généralement aux excès de nourriture, et surtout à l'abus
de certains aliments, de certaines boissons; s'il en était
ainsi ce serait une maladie alimentaire, voulue par le ma-
lade, et devant céder naturellement à un régime opposé
comme quantité et comme qualité. Mais en supposant môme
que le régime soit un moyen de l'aire le mal et le bien, de
souffler le froid ou le cliaud, comme il y a des goutteux qui
n'ont jamais abusé des plaisirs quelconques de la vie, et qui
ne sont entacliés que d'une prédisposition liéréditaire, comme
on trouve d'ailleurs la goutte fréquemment dans les pro-
fessions, qui manient le plomb, c'est-à-dire cliez les ouvriers
les plus malheureux de tous, puisqu'ils sont obligés de
s'exposer au danger permanent de l'empoisonnement pour
échapper à la misère, il en résulte que le goutteux ne mérite
pas toujours de reproche d'intempérance, et ne doit pas être
traité selon les règles d'une banale sobriété.
La goutte, comme le dit Gharcot, est, en effet une maladie
essentiellement chronique, le plus souvent héréditaire, et
toujours liée à un état particulier du sang, c'est-à-dire à la
présence d'un excès d'acide urique. — Il s'agit de justifier
ces trois termes de la définition.
Chronicité. — La gouttc nc peut jamais être aiguë dans le
sens rigoureux du mot, c'est-à-dire passagère; le goutteux
éprouvera d'abord des accès articulaires ayant les allures
d'une affection aiguë, mais dont les retours sont plus ou
DE LA GOUTTK SELON L'AGE ET LE SEXE. 420
moins exactement péiiodiciues. Dans l'inteivalle des attaques
il est rarement indcimne; il est tourmenté ou par la dys-
pepsie, ou par la gravelle, qui sont souvent de nature gout-
teuse. Puis les accidents se rapprochent en se multipliant de
telle sorte que la g;outte devient manifestement chroni(iue
dans les jointures. En même temps les organes internes se
prennent ; ils commencent par ne manifester que des troubles
fonctionnels, puis ils sont envahis, et lésés par l'acide
urique ou par les urates; les reins, le cœur et les artères
échappent rarement aux lésions qui proviennent de ces im-
prégnations ou des dépôts salins, et la vie se trouve ainsi
compromise dans ses éléments ou dans ses organes les plus
importants. — La goutte est donc une maladie chronique
avec paroxysmes aigus, une maladie d'abord articulaire, puis
généralisée à tous les systèmes ; le traitement et le régime se
ressentiront naturellement de la localisation de la maladie
dans l'estomac, ou les reins, ou le cœur, etc.
iiôréfii<é. — La goutte est héréditaire dans des proportions
telles que, sur 5 15 malades, Scudamore qui a le mieux étudié
la maladie a trouvé 331 fois l'hérédité directe, et dans les
autres 101 cas il n'a pas recherché cette cause dans les ascen-
dants de la troisième génération. — Mais ce qui est autre-
ment probant en faveur de l'origine familiale et contre l'ori-
gine alimentaire, c'est que la maladie se montre dans
l'enfance, et plus encore dans Tadolescence. Contrairement
aux données générales qui fixent le maximum entre vingt-
cinq et trente-cinq ans, si on interroge les malados sur
l'époque de la première apparition du mal, on peut s'assurer
d'un début très précoce; sur près de 200 goutteux j'ai con-
staté soixante fois la maladie avant vingt ans. Or, à un pareil
âge l'alimentation azotée, loin d'être surabondante, pèche
par défaut surtout dans les lycées et dans les pensions dont
je ne veux cependant pas faire le procès.
.130 r.ll.M'. M. — I>ES GOUTTEUX.
Une (Iciiiiric circoiislimcc des plus inipoilaiilcs nous
(Ic'iuoiilic riiUervention d'une cause naLun'llr; c'est la larelé
de la poulie chez les femuies; nuiller pudcKjvd non laboral^
nisi ipsi mcnslriia defeccrlntj disail llippocralc; Palissiei- n'a
vu que deux femmes goutteuses sur quatre- vin*^l cas, Lccorclié
douze cas sur cent cinquante observations; Garrod confirme
ces données que je considère comme tellement vraies (ju'cn
dehors de l'Age de retour on peut considérer la j^outtc comme
nulle; l'erreur provient d'abord de la présence sur les doigts
de certains nœuds (décrits par lleberden) qui n'ont rien de
goutteux ; la méprise provient surtout de l'existence fréquente
chez la femme de la maladie articulaire appelée arthrite
noueuse, ou rhumatisme déformant, qui existe dans l'âge
adulte et dans la vieillesse, et qui n'a pas de rapport avec la
goutte. — On dira sans doute que c'est la sobriété des femmes
qui les met à l'abri ; or, je ne sache pas que dans les familles
la nourriture diffère selon les sexes. La cause véritable de
cette anomalie paraît être celle-ci : chez la femme la nutri-
tion est subordonnée à la grande fonction de l'ovulation qui
délourne pour ainsi dire tous les éléments nutritifs, les utilise
à son profit, les transforme en substance assimilable et les
brûle d'une manière plus complète que dans les conditions
opposées. Au lieu de faire de l'acide urique la combustion
des aliments va jusqu'à la formation de l'urée, qui est le der-
nier terme des mutations moléculaires qui se passent dans
l'organisme.
iriccmic. — Ceci me ramène à la troisième partie de la
définition, c'est-à-dire à l'excès d'acide urique comme carac-
téristique de la goutte. Qu'est-ce que cet acide? comment
produit-il la goutte sous toutes ses formes et dans tous les
organes externes ou internes.
Lorsque les tissus de nos organes, sous Tinfluence de
l'oxygène porté par les globules du sang jusqu'aux cellules
D1-: L'UIlICÉMIl': GOUTTEUSE. 431
élémentaires, lorsque les subsLances alhiiinincuses et mus-
culaires (Je la trame organi(jue viennent à se détruire, à se
brûler, il se forme dans le sang divers produits qui, par une
série graduelle, mènent à la formation du pi'incipe ultime des
oxydations, c'est Viirée; elle constitue, à elle seule, le résidu
presque tout entier des tissus comburés, et en outre de tous
les princij)es albumineux que renferment les aliments de ce
nom. L'urée se trouve dans les urines dans la proportion de
18'grammes par litre d'urine.
Un deuxième élément, contenant moins d'azote et plus
d'oxygène, et dérivant également d'une série préalable, se
trouve dans les urines dans la faible proportion de 50 centi-
grammes environ pour 1000 grammes de liquide. De même
que l'urée, il se forme dans le sang et non dans les reins,
car si sur les oiseaux on enlève les organes sécréteurs, l'acide
urique va constituer néanmoins des dépôts dans les vaisseaux
lymphatiques, dans les membranes (Zaleski, Pawlinow).
Or, cet acide, qu'on obtient en traitant l'urine par l'eau
chlorée, se cristallise facilement, mais il est à peine soluble
dans Teau froide, il faut iO 000 parties d'eau pour en dis-
soudre une partie ; un peu plus soluble dans l'eau chaude, il se
dissout dans les sels acides de lithine qu'on emploie aujour*
d'iiui dans le traitement de la goutte et de la gravelle. De
plus, il forme avec la soude, la potasse, des sels peu solubles
et moins encore avec la chaux; ce sont ceux qui se déposent
dans les tissus chez les goutteux.
Si, maintenant qu'on conçoit la possibilité pour cet acide
de subir, contrairement à l'urée, de nouvelles oxydations,
on vient à examiner ses produits de combustion, on trouve
de l'acide oxalique, qui l'accompagne souvent dans la gra-
velle, une substance appelée allantoïne, introuvable chez
l'homme, et enfin de l'urée elle-même; il semble donc que
l'acide urique soit un prologue de l'urée; et en effet, si Ton
i.H cil A p. VI. — DKS GOUTTEUX.
(loiiMt^ aux aniiiiaiix siiji('>ri('iiis de racid*; ui'ifjiif' avec les
aliiiionts, un retrouvi! dans les nriiios une plus ^n-aiide (jiian-
til(' d'urée (juc sans celle addilion. Mais nous verrons que la
Iraiislbrmalion de racidc uri({ue esl loin dT'Ii'e al)S()Iue; elle
porle lout au plus sur une fiaclionde cel acide. Du reste,
dans le sang- il exislc à peine des Iraces d'acide urique à
l'élal normal; mais pendant l'accès de f^oulte, le sanj,^ peut
en contenir de 0,05 à 0,17 sur 1000 grammes, c'est ce qui
ressort des recherches de Garrod.
CaraclèrcH de rurlcciiiit» goutteuse. Gct émincnt obscrva-
teur a constaté trois faits considérables : 1" l'uricémie, c'est-
à-dire une augmentation de l'acide urique dans le sang;
2° la diminution de l'acide urique dans les urines pendant
l'accès; 0,25 au lieu de 0,50; 3° à la fin de l'accès l'acide
urique est au contraire en excès. Gela veut dire que le sang,
chargé d'acide urique avant et surtout pendant l'accès, se
décharge par les urines à la fin du paroxysme, et le goutteux
est débarrassé de cette uricémie pour un certain temps.
§ 1. — De» types de la goutte. — Type articulaire
Des innombrables dénominations imposées à la goutte,
des discussions interminables sur la goutte latente ou larvée,
sur la goutte mal placée ou rentrée, sur la goutte régulière
et irrégulière, sthénique ou asthénique, il ne faut retenir
qu'un fait, c'est la multiplicité et les diverses localisations
des lésions goutteuses. Leur multiplicité tient à la dif-
fusion de l'acide, d'où on a conclu à leur mobilité, ce qui est
rare, à leur alternance réciproque, ce qui est exceptionnel,
à leur transport de dehors en dedans, ce qui est erroné.
Les localisations ne sont autre chose que l'action limitée de
l'acide urique, ou des dépôts uratiques sur les systèmes péri-
phériques ou sur les organes internes; or ces localisations
TYPHS DE LA GOUTTE. 433
constituent, comme l'a dit Lecorclié, des types de goutte que
nous classons d'après leur frétjuence, leur importance et
leur certitude; nous aurons ainsi :
1° Le type articulaire, périarticulaire, osseux et cutané;
2° Le type digestif ou gastro-intestinal et hépatique;
3" Le type rénal, comprenant la gravelle, les néphrites;
4° Le type cardiaque et vasculaire, qui est le plus
grave.
Les autres types ne sont que des formes vagues de la
goutte, surtout du système nerveux qu'on a enrégimentées
généralement dans le cadre de l'arthritisme.
Les divers types peuvent se combiner, rarement alterner,
et en définitive aboutir à l'invasion de tout l'organisme, ou
produire une altération générale, qu'on appelle cachexie
goutteuse.
I. Du type nrficiiiairc. — Lc tvpc arliculairc (goutte régu-
lière), le plus fréquent et le plus facile à reconnaître, se
traduit d'emblée ou après quelques avertissements propres à
chaque malade, après un malaise ou la fièvre, par une douleur
brusque, violente, caractéristique, des articulations des gros
orteils, plus rarement des grosses articulations qui rou-
gissent, se gonflent, deviennent œdémateuses, et finissent
au bout d'une à deux semaines par se dégager ou par des-
(juamer, en laissant au bout d'un certain nombre d'accès,
des dépots d'urate de soude cristallisé dans les tissus; les
cartilages articulaires, les ligaments, les tendons, le périoste,
la synoviale, parfois même les téguments de l'articulation
sont parsemés de ces amas crayeux (toplii) formés presque
exclusivement par Turate acide de soude avec des traces
d'urate de chaux, (h^ phosphate de chaux et de chlorure de
sodium.
Ces incrustations, ({uine sont pas spéciales aux jointures,
se retrouvent souvent comme un indice révélateur, ainsi (|ue
SÉE. V. — 28
j3i CHAI». VI. - iu:s goutteux.
l'onl indiqiii'! IdcliM*, Scudaiiiore, Criivoilliier, (larrod, et
surtout (ïliaiTot, sur le pavillou de l'oreille à son bord con-
lourné, quelquefois sur les paupières, les ailes du nez, les
joues, la paume des mains, etc. ; mais en général ce sont les
tissus articulaires et péri-articulaires qui en sont le siège
de prédilection, et voici ce qu'elles produisent d'après les
récents travaux d'Ebstein; au début, l'acide urique encore
en dissolution détermine une irritation cbimique, qui ne
tarde pas d'être suivie d'une véritable mortification (nécrose)
des cartilages, des tendons, et, ce n'est qu'après ce travail
morbide que s'opère la cristallisation et le dépôt de l'acide.
Autour de ces foyers mortifiés, il apparaît plus tard des
inflammations réactionnellcs. De là le courant sanguin
entraîne l'urate de soude qui est neutre; puis, par des pro-
cessus chimiques mal déterminés il redevient acide, et déter-
mine ailleurs, jusque dans les muscles ou dans le système
nerveux, des accidents analogues, des lésions identi-
ques.
Les accès articulaires d'abord éloignés et nettement déli-
mités, finissent par laisser la jointure gonflée, difforme,
sensible, avec des craquements secs, des dépôts considé-
rables, des tophi qui peuvent s'ouvrir et déverser au dehors
les produits uratiques, des déviations des doigts ou des
membres, des demi-luxations et des ankyloses ; c'est la
goutte chronique articulaire. De temps à autre des poussées
aiguës qu'on peut soulager facilement par le salicylate de
soude viennent se greffer sur ces arthrites goutteuses chro-
niques, qui sont elles-mêmes susceptibles de se réduire par
le même remède.
D'après cette rapide description de la goutte paroxystique
et de la goutte permanente des articulations, il est facile de
prévoir que le traitement et le régime vont difl'érer totale-
ment, selon qu'il s'agit d'un goutteux dans l'accalmie, d'un
GOUTTE STOMACALE. ï'.ir,
goutteux ;iu plus fort de sa douloureuse attaque, ou du gout-
teux infirme, usé par les souffrances répétées, par Timmobi-
lité forcée. — Mais ce n'est pas tout.
§ 2. — OouUo Mtoiuaealc, intostiiialo ci hépatiiiuo
ciouttc do l'cMtomac. — La gouttc de l'estomac est certai-
nement plus rare qu'on ne l'affirme généralement; elle est
môme absolument niée par Watson et Brinton. On peut dire
toutefois, qu'il existe une pseudodyspepsie qui précède les
accès, et qui se traduit par quelques troubles digestifs, un
sentiment de plénitude à l'épigastre ou dans la région sus-
ombilicale, avec distension gazeuse du tube digestif, éructa-
lions, pyrosis, constipation et souvent des hémorroïdes
c'est une de ces atonies intestinales qu'on trouve fréquem-
ment chez les gros mangeurs, faibles et enclins à l'obésité
Au moment des accès et pendant leur durée on observe
souvent l'état morbide connu sous le nom d'embarras gas-
trique; c'est plutôt une dyspepsie catarrhale aiguë, avec perte
d'appétit, enduits de la langue, digestions difficiles, malaise
général, sensation de courbature et d'abattement comme on
l'observe au début do toutes les maladies aiguës. Si cet étal
se continue pendant l'évolution de la goutte articulaire, il
se traduit ordinairement sous la forme d'une anorexie per-
sistante à laquelle les douleurs articulaires ne sont certes
pas étrangères.
La goutte véritable de V estomac, dyspepsie uricémicjue, se
manifeste brusquement pendant l'accès ou à son décours par
une douleur violente, des crampes d'estomac, des hoquets
incessants, le pyrosis suivi de vomissements répétés de ma-
tières acres; on dirait un empoisonnement avec accidents
de péritonisme qui vont jusqu'à produire la syncope avec
refroidissement général. N'est-ce pas là, en effet, une intoxi-
•i3C. (Il AI'. V!. DKS GOUTTEl'X.
cation j)ar l'acide uri(|uc ({111 tendiait à s'éliminer par la
mn(iueuse stomacale. On [)(m[ supposer à cet égard, comme
celle cavdlaUjie naîl an moment où l'accès disparaît, (pic
l'acide uriqne (jui avait envahi les jointures se reporte sur le
sang- et s'élimine par l'estomac. Mais il n'en est pas toujours
ainsi ; la cardialgie peut se développer sans qu'il y ait la
moindre détcnlt^ du côté des articulations; on ne sait pas en
pareil cas, si et pourquoi l'acide urique saisit tout à coup la
muqueuse stomacale.
En dehors de ce type grave, de l'atonie gastro-intestinale
antégoutteuse et de la dyspepsie muqueuse aiguë, il n'y a
aucun trouble gastrique propre à la goutte. Le goutteux peut
bien subir les inconvénients d'une dyspepsie par abus de
régime, il est même exposé à la gastrite chronique (Ebstein),
mais ces dyspepsies rentrent dans le domaine général des
gastro-dyspepsies, et n'ont rien qui les caractérise d'une
manière spéciale.
Goutte intestinale. — L'inlcstiu est plus rarement que l'es-
tomac sujet à la dyspepsie muqueuse, on y trouve plutôt
l'atonie musculaire simple ou hémorroïdale, la surexcitation
de la sensibilité (coliques) et l'irritabilité musculaire sous
forme de diarrhée ; la dyspepsie muqueuse provenant de l'in-
testin grêle est rare, et les malades ne sont guère exposés à
l'inflammation catarrhale qui produit du mucus en excès de
façon à gêner les fonctions digestives du suc intestinal.
Ce qu'on observe fréquemment, c'est le catarrhe muqueux
du gros intestin, particuhèrement sous la forme mucino-
membraneuse déjà signalée par Musgrave et par Barthez ;
elle consiste dans l'excrétion de matières muqueuses, comme
mucilagineuses, mêlée de fragments rubanés, et accompa-
gnée de coliques violentes. Il n'est pas démontré, il est vrai,
que cette dyspepsie mucino-albumineuse soit d'origine uri-
cémique; elle paraît dépendre surtout de l'atonie intestinale,
GOUTTE HÉPATIQUE. 437
qui constiluo la plus fréquente des complications intesti-
nales, surtout en raison du repos forcé auquel les goutteux
arrivés à la période chronique se trouvent condamnés.
L'atonie intestinale se caractérise par la constipation avec
Hatulence, plus ou moins douloureuse, des coliques plus ou
moins répétées, c'est-à-dire par toutes les apparences de
Tatonie intestinale vuliiairc.
D'autres fois elle est comj)liquée ou produite par les hémor-
roïdes, et, on croit en pareille occurrence, que le flux
hémorrhoïdal est la sauvegarde du malade; Stahl qui a
imaginé ces hémorroïdes providentielles convient néan-
moins que la goutte existe souvent avec une fluxion sanguine
parfaitement régulière.
Les spasmes douloureux de l'intestin, marqués par les
coliques sèches ne sont pas davantage particuliers aux gout-
teux; en général ces douleurs violentes sont l'effet de la tym-
panilc, de sorte qu'en résumé c'est l'atonie intestinale qui
domine toute la scène morbide, et quand par hasard c'est la
diarrhée qui tend à s'établir, c'est qu'elle résulte de l'épui-
sement des malades ou bien d'une irritation par les matières
condensées et arrêtées dans le gros intestin.
oouuc hciMitiquc. — D'après Scudamorc, le foie est rare-
ment sain dans la goutte; mais en quoi consistent ses lésions
et le gonflement qu'on observe parfois, dit-on, pendant
l'accès? les caractères anatomiques de ces altérations sont
inconnus et celles qu'on a signalées sont avec raison ratta-
chées par Gharcot à l'alcoolisme.
Puis on a fait jouer au foie un autre rôle, en mettant sur
le môme plan les calculs biliaires et les productions ura-
tiques, en d'autres termes la formation des pierres dans le
foie, et la production des graviers dans les reins ou dans
d'autres tissus. Or, il n'y a là aucune espèce d'analogie; les
calculs du réservoir biliaire sont formées par la cholestérine
43« CIIAP. VI. — T)i:S GOUTTEUX.
(|iii (Iriivo pcut-Atrc des corps {.^ras, cl ils ne contiennent pas
(!(» traces d'acide uricpic ni (rinales; ce n'est donc j)as une
maladie goutteuse, et, si on observe paiTois la lithiase biliaire
chez les goutteux, cela tient unicpiement à l'identité de leurs
causes réciproques, aux régimes exagérés, surtout de viande
et de graisse, et plus encore à la vie sédentaire. Ce qui
prouve que les pierres biliaiics n*ont rien de goutteux, c'est
qu'on les voit très fréquemment chez les femmes qui cepen-
dant sont si peu sujettes à la goutte.
Le foie, en définitive, n'intervient que dans des cas rares
d'acholic, où la sécrétion biliaire est en voie de diminution;
(Voy. chap. ii); on voit alors les évacuations dépouillées de
toute trace de substance colorante biliaire, prendre la co-
loration grisâtre qui indique, même en l'absence de la jau-
nisse, la participation de l'organe sécréteur de la bile.
Tous les autres phénomènes tels que la digestion lente, la
sensation de pesanteur à l'épigastre et dans la région hépa-
tique, la distension flatulente de l'estomac et des intestins,
les éructations acides, l'empâtement de la langue, la cons-
tipation sont d'ordre digestif ; Murchison les attribue sans
motif au foie.
§ 3. — Goutte des reins. — Gravelle
Graveiic. — Parmi les manifestations de la goutte sur les
reins, c'est la gravelle urique qui passe pour être la plus fré-
quente, mais il n'est pas douteux que la gravelle ne puisse
en être absolument indépendante ; il est bien des malades
qui, sans avoir jamais éprouvé le moindre phénomène de
la goutte, présentent pendant de longues années des urines
contenant du sable urique, des graviers, des calculs, et qui
finissent leur existence après avoir épié vainement les mou-
vements de la goutte qu'on leur avait annoncée. Dans ces
GOUTTE DES REINS. 439
cas, les partisans de la gravcllc j-outlouse disent qu»;,
comme les urines graveleuses sont chargées d'acide urique,
elles en débarrassent le sang et empéclient le développe-
ment de la goutte articulaire. Les goutteux, d'après Lecor-
ché, sont tous graveleux à divers degrés; quand ils cessent
de Tùtre, c'est que la goutte va devenir articulaiie.
Garrod a eu beau soutenir que rurinc des goutteux est
pauvre en acide uiique; Ebstein a eu beau prétendre pour
les graveleux eux-mêmes que leur urine ne contient nulle-
ment un excès d'acide urique, mais que cet acide se dépose
parce qu'il ne trouve pas dans les urines le dissolvant néces-
saire; elles ne contiennent pas assez d'eau, ou bien elles
renferment un excès de phosphates acides qui s'emparent
de la soude destinée à dissoudre l'acide urique lequel de-
venant libre, insoluble, se concentre et se cristallise. — La
gravelle peut donc reconnaître une cause chimique ou phy-
sique tout à fait vulgaire.
Il n'en est pas moins vrai que si, par le fait de la goutte,
l'acide urique est en excès, il y a beaucoup de chances pour
qu'il ne reste pas à l'état de dissolution, et que par consé-
quent il se condense de manière à former une véritable
lithiase urique. Sur cent cinquante goutteux, Lecorciié a
trouvé quarante-huit fois des accès de colique néphrétique
due à la présence des calculs dans les reins et à leur entrée
dans les voies excrétoires, les bassinets et les uretères. Cette
coïncidence prouve bien que la goutte lénale existe souvent,
mais ne dit rien contre la projiosition inverse, c'est-à-dire
l'absolue indépendance de la gravelle d'avec la goutte; ces
deux maladies ne sont donc pas sœurs, comme l'écrivait
Erasme à un de ses amis; souvent elles n'ont pas la moindre
parenté.
Du rein souueux ura<ir|uo. — Abstraction failc du rciu
graveleux qui est un témoignage exclusif de la gravelle uri-
•UO (.11 \P. VI. — DKS GOUTTEUX.
(juc, la poulie so dessine souvent il;iiis le roin sous forme
de d('j)ùls (rurale de sonde non cristallise;, si('çeant dans
la cavité môme des tubes nrinilères, dont ils lepre^sentent
le moule interne, d'unii antre part sous fornne de cristaux,
groupés en évenl;iil sjUk's cfi deiioi's des Inbes droils; Cliar-
cot et Cornil, qui donnent cette description, considèrent
donc (jue la li'sion uralique occupe à la Ajis les tubes et
leurs interstices; Ebstein a vu en outre des foyers de morti-
fication dans la substance des pyramides, c'est-à-dire dans
la partie excrétoire de l'urine.
I>ii rein ;;onUeux. — '\eiilirilo in<crH(i(iolIc. — OutrC Ic rcin
véritablement lioutteux, les Anglais, Todd, Johnson, Dickinson
et Garrod ont décrit sous le nom de rein goutteux une in-
flammation chronique, qui ne se montre que dans la
goutte invétérée; elle occupe le tissu interstitiel des tubes
urinifcres, avec atrophie très marquée de toute la partie
sécrétoire du rein (giomérules et tubes sécréteurs) en môme
temps que les parois artérielles et les cloisons fibreuses,
sont épaissies, c'est la néphrite interstitielle.
Albuminurie. — Ccttc néphrite interstitielle d'origine gout-
teuse ne diffère pas de celle qu'on trouve dans les conditions
ordinaires. Elle s'annonce souvent et longtemps : 1° par la
polyurie surtout la nuit; 2° par l'albuminurie en petite
quantité; 3° principalement par une oppression marquée
qui indique que le cœur s'est hypertrophié sous l'influence
de l'obstacle que l'engorgement du rein oppose à la circu-
lation; 4" de l'œdème aux pieds et plus tard une véritable
hydropisie.
Au résumé, les altérations du rein sous l'influence de la
goutte sont de divers ordres, et d'une gravité croissante
depuis la gravelle du rein jusqu'cà l'incrustation uratique,
et finalement jusqu'à l'atrophie rénale, qui constitue une
forme mortelle de la maladie rénale.
conTK DU roi:uH. ui
§ 4. — Goutte onrdiiKiiK^ ri artérielle. — Angine «le poitrine
dite g;uutteiiMe. — A.stlinie deM goutteux
Les troubles fonctionnels et les lésions du cœur s'obser-
vent avec une extrême fréquence dans la goutte; mais je
doute, malgré l'autorité de Charcot et de Lecorclié, de l'exis-
tence des premiers, et je crains toujours les lésions.
Arythmie du ca'ur. — Lorsquc Ic gouttcux éprouvc dcs pal-
pitations, des intermittences, des irrégularités, en un mot
les signes d'arythmie du cœur, on met tous ces phénomènes
sur le compte du système nerveux cardiaque excité ou non
par l'acide urique; le type du genre serait constitué par les
palpitations qui disparaissent sous l'influence d'une attaque
de goutte, c'est-à-dire lorsque les ganglions nerveux intrin-
sèques du cœur, ou lorsque les centres cérébro-médullaires
d'innervation cardiaque sont débarrassés de l'excitation
urique ou de l'excès d'urates. Si, en effet, on n'admet pas
l'intervention de l'uricémie, c'est que les palpitations n'ont
rien de goutteux et sont d'ordre nerveux; dès lors elles ne
font pas partie de la goutte, elles sont du domaine de la
névropathic. — Supposons maintenant qu'au lieu de palpi-
tations qui ne sont en définitive qu'une accélération des
battements du cœur, il s'agisse de véritables intermittences
ou d'incessantes irrégularités du cœur, je me défie singu-
lièrement de leur nature nerveuse ; si l'intermittence est
telle que le pouls manque alors que la contraction cardiaque
s'accomplit, on peut affirmer une lésion organique; si les
irrégularités sont permanentes, c'est-à-dire si elles ne sont
plus sous la dépendance de la digestion, ni des impressions
psychiques, on doit craindre l'altération du muscle car-
dia(jue.
I»égénéro*iccnce fibreuse ou jiraiMweuNC du uiu.sclc cardiaque.
us CHAI». M — f)KS GOUTTEUX.
— C'est là, en ciïcl, ki lésion de beaucoiii) '•' p'''"^ fréquente;
(juand le goutteux est en même temps obèse, le cœur subit la
surc'liar«»e graisseuse et tout le traitement devra être dirigé,
non plus contre la goutte (|ui n'a plus rien à y voir, mais
contre l'obésité elle-même (Voy. cliap. viii). Dans les cas
de goutte clironi({ue chez les individus maigres, ce n'est
plus la simple inliltralion graisseuse qui est en question;
mais il s'agit d'une véritable transformation graisseuse et
fibreuse du tissu musculaire du cœur; cette situation est
bien autrement grave comme nous le prouverons au cha-
pitre IX {Maladies du cœur et des artères).
Altération des artères. — G'cst là aussi quc nous aurons à
parler de rinllammalion chronique des artères qui entraîne
à sa suite Tathérome et la sclérose, c'est-à-dire la dégénéra-
tion graisseuse et l'induration des artères; ces graves lé-
sions produisent une dilatation ou une hypertrophie com-
pensatrice du cœur, de sorte que le goutteux rentre dans la
catégorie des cardiaques et des artério-vasculaires, qui sont
toujours tourmentés par une oppression continue, toujours
exposés aux congestions pulmonaires, et souvent aux liydro-
pisies.
Asthme cardiaque. — Ce sout CCS congcstions pulmonaires,
ces stases du sang dans le tissu pulmonaire qui déterminent
ces formidables accès d'oppression qu'on a considérés
comme résultant de l'asthme dit nerveux; nous avons dé-
montré ailleurs la grave erreur de ceux qui considèrent
l'asthme comme étant l'expression de la goutte; il n'en est
rien, les goutteux jeunes ne sont pas plus sujets à l'asthme
que les autres individus de cet âge, les goutteux vieux ou
anciens sont au contraire constamment sous l'impression
des soi-disant accès d'asthme, des attaques de bronchites
ou de catarrhe; non pas parce qu'ils sont goutteux, mais
parce que la goutte, généralement chronique, a porté ses
ANiiLM: DE I'OiTl;INE, DITK (.OUTTEUSE. 413
ravages sur les organes caitlio-vasculaij'es; s'ils n'étaient
pas afiligés de ces lésions, ils ne seraient pas asllimatiques
ni catari'lieux.
Anftino de iioi(rine. — La iTiôme léllexion s'applique à Tan-
gnne de poitrine qu'on a aussi considérée comme d'origine
goutteuse et nerveuse. Or, l'angine de poitrine n'est jamais
nerveuse, et j'ai démontré par les expériences sur les ani-
maux, ainsi que par l'examen anatomique du cœur, qu'elle ré-
sulte du rétrécissement ou de l'oblitération des artères qui,
sous le nom d'artères coronaires, sont chargées de l'irriga-
tion du cœur lui-même; ces artères coronaires participent
dans la goutte chronique à l'altération générale du système
artériel, en particulier de l'aorte; elles deviennent alhéro-
mateuses ou sclérotisées, et cette induration suivie de ré-
traction de ces vaisseaux empêche le sang- d'arriver au
cœur, et de nourrir, ou d'animer son muscle; il en résulte
une anémie du cœur; de là l'angoisse si terrible {angor pcc-
toris) les douleurs si poignantes qui se montrent par crises
plus ou moins lointaines, jusqu'à l'attaque mortelle.
Quelle part la goutte a-t-elle pris à ces événements drama-
tiques? s'est-elle jetée comme on le dit sur le cœur? la goutte
a-t-elle quitté les articulations pour envaiiir le muscle car-
diaque, et faut-il, pour éviter ce désastre, sans cesse sur-
veiller les jointures, au besoin y fixer la goutte? Autant de
suppositions que de mots, autant de mois que de préjugés.
Vous aurez beau chercher à rappeler la goutte aux extré-
mités si par hasard elle les a quittées, ce qui est presque im-
possible dans les arthrites chroniques ou invétérées, tous
les eflorts tentés dans le sens de la dérivation, tous les
moyens imaginés pour provoquer le gonflement, la fluxion
des jointures n'aboutiront à rien, parce qu'il ne s'agit pas ici
du transport de l'acide urique d'un point à un autre, du
dehors au dedans, mais parce que l'uricémie est générale,
441 r.HAl». M. — DES nOUTTKl'X.
(lilTuso cl a j)rov(»(|ii('' ici une ailliiilc, là \\n(\ dcgénr^ration
liltiiMisc (les ailôres cardiaques, \in rclrécisscmcnt coro-
naire. 11 n'y .1 donc, jilus à son^ci* à la «^oiiUe; elle a fait le
mal, el c'est lui et non ell(^ (ju'il faut combattre d'ur^^cnce
comme s'il s'agissait d'une an^^ine cardiaque ordinaire.
Les remèdes les plus efficaces contre la goutte sont le col-
chique, connu de longue date, et les salicylates de soude que
j'ai fait connaîlre il y a neuf ans comme un puissant moyen
antigoutteux qui se trouve employé aujourd'liui par nos
meilleui's observateurs, entre autres })ar Lecorcbé dont
l'expérience fait autorité; croit-on qu'il faille songer à l'em-
ploi de l'un ou de l'autre de ces agents héroïques dans le
traitement de Vangor pectoris dit goutteux? Croit-on qu'il
faille modifier le régime dans le sens réglementaire? ce
serait folie de s'attaquera la cause qui n'existe plus et d'ou-
blier le danger qui menace. sans cesse. Ainsi ni dérivatifs
ni antigoulteux; le traitement d'urgence des attaques de
sténocardie, ce sera l'unique préoccupation du médecin qui
cessera d'être un doctrinaire pour devenir un praticien
judicieusement utile. Voilà la conclusion de mon expérience
qui porte depuis neuf ans sur un grand nombre de goutteux
et de cardiaques. Si j'insiste sur ces données, c'est que pour
les malades le traitement de la goutte consiste dans une
série infinie de panacées, c'est que pour eux la maladie
d'abord dédaignée devient un épouvantai! après avoir été
un jouet, et que trop souvent la médecine s'est faite complice
de ces étranges préjugés.
Si, au contraire, je laisse de côté les types plus complexes
qu'on appelle nerveux, cérébraux, spinaux, etc., c'est qu'ils
n'ont rien de commun avec la goutte, si ce n'est l'excitabilité
provenant de longues souffrances, et de la durée indéter-
minée de la maladie.
Là se termine l'histoire des localisations principales de
ORIGINES I)K LA GOUTTE ET DE L'ACIDE UIUQUE. 115
la goutte; en les jugeant par ces grandes lignes, on pres-
sent quelle influence ces types exerceront sur le traitement
alimentaire, (jui lui-même devra être basé sur les données
exactes (le la physiologie; l'étude de la nature de la goutte
précédera donc logiquement les indications curatives.
§ 5. — Origines do la goutte on uriccnilc
Origines (le 1 aeide iiri«|iie
Il est admis maintenant que le goutteux a son sang chargé
d'un excès d'acide urique ; c'est donc un uricémique. Mais
qu'est-ce que l'acide urique, d'où provient-il? et quels sont
ses rapports avec l'urée? On sait que l'urée constitue un
produit d'oxydation complète des principes albumineux ali-
mentaires ou corporels, tandis que l'acide urique a été
considéré jusqu'ici comme le résultat d'une combustion
imparfaite de ces mêmes principes. Or, il est une question
préalable à juger pour l'une et l'autre substance. Sont-elles
l'effet direct des combustions des albumines, ou sont-elles
précédées de produits intermédiaires avant de devenir urée
ou acide urique?
Urée. — Tout d'abord il est certain que l'urée provient des
albuminatcs de la nourriture; les expériences de Panum,
IIugonnenq,Darier,Quinquaud (Soc. t/t'6io/., 188 i) établissent
nettement cette corrélation, et même la itropurtionnalité
entre la quantité d'urée éliminée et hi (juantité d'aliments
azotés introduits. Mais il s'agit de savoir si la provenance
est en ligne directe.
xVujourd'luii hi plupart des physiologistes considèrent
l'urée comme étant précédée par d'autres produits, entre
autres par la guanidine, qui présente i)ar ses réactions et
surtout pai- la difficile solubilité des nitrates, la plus grande
analogie avec l'urée [Lowcny xinn.dcrCliemie, t. CCI, p. 369).
4i6 ('HAI'- VI. — DES GOlITTErX.
Les recherches (le Scliullzcn et NciK'ki furonl phis «xplicilcs;
ils ctahlirent que ralhiimine sous rinfliicnce des acides forts,
des alcalis, se transforme en amido-acides (sels ammoniacaux
déshydi-alés), leucine, acide asparagiqiie, tyrosine, avant
de former de l'urée. La digestion artilicielle de Falhumine
par la trypsine pancréatique donne également lieu à la leu-
cine, à la tyrosine et à la peptone (Kiihne). Ces notions
n'étaient encore qu'à l'état de prévision lorsque Schultzen et
Nencki démontrèrent dans un travail devenu célèbre (Zeilsch.
fur BioL, t. Ylll, et Lehrevon Harn, par Saikowski, 1882),
que, dans l'économie animale, le glycocol et la leucine (la
tyrosine?) passent à l'état d'urée. — E. Saikowski confirma le
fait pour le glycocol ; l'acide asparagique subit la transforma-
tion analogue. La genèse indirecte de l'urée, c'est-à-dire
après des produits intermédiaires d'oxydation de l'albumine,
ne fait plus de doute. On est ainsi porté à croire que la
série se développe aux dépens de l'albumine de circulation,
et par conséquent avant et sans que l'albumine soit fixée
dans les tissus, ce qui n'empêche pas d'admettre que l'urée
a son origine de prédilection dans certains organes, parti-
culièrement dans le foie.
Acide ui-iqae. — Voyons maintenant s'il en est de l'acide
urique comme de l'urée; en un mot si c'est un produit
indirect d'oxydation, et si sa formation procède d'états inter-
médiaires. — G. Salomon a démontré, il y a quelques années,
que dans sa composition élémentaire et dans ses propriétés
chimiques, l'acide urique présente la plus grande analogie
avec la xanthine (ou les corps de ce nom) et se forme aux
dépens de la fibrine ou d'autres albuminates sous l'influence
de la digestion gastrique ou pancréatique ; il est à présumer
que l'acide urique est un produit de dédoublement de l'al-
bumine, c'est-à-dire qu'en prenant un atome d'oxygène la
xanthine se transforme en acide urique. Il est prouvé d'ail-
GOUTTK EXPÉRIMENTALE. 447
leurs par les recherches prc'cises de Knieriem que les acides
amidés se transforment chez les oiseaux en acide uriquc, et
que certaines suhstanccs, comme l'asparagine, le glycocol,
la leucine, qui pour les organismes des mammifères consti-
tuent les prologues de l'urée, sont précisément pour les
oiseaux les préludes de Tacide urique. Les oiseaux et les
serpents sont les la])oratoires de l'acide urique comme nous
sommes les fabriques de l'urée. Cela est si vrai que l'urée se
détruit presque entièrement chez l'oiseau; de 4 grammes
d'urée introduits dans l'estomac de la poule en trois jours, il
n'en reparaît dans les urines que 0"'',25 d'après II. Meyer et
Jaffe ; l'urée se transforme en acide urique.
Mais revenons aux mammifères. — Chez eux c'est en partie
l'inverse : l'acide urique peut donner lieu à de l'urée; en
môme temps il produit d'autres corps en s'oxydant, c'est-
à-dire l'acide oxalique ou plutôt oxalurique, et d'une autre
part l'allantoïnc. Malgré toutes ces transformations l'acide
urique reste encore intact en partie ; c'est ce qui nous
importe au point de vue pratique. Les oxydations les plus
intenses ne l'empêchent pas de persister plub ou moins; ce
n'est donc pas un véritable produit de sous-oxydation, c'est-
à-dire un degré moins avancé d'oxydation que l'urée.
On ne saurait d'ailleurs par l'oxygénation expérimentale
transformer cet acide en urée. Enfin l'alimentation la moins
albuminouse ne parviendra pas à effacer l'acide urique du
nombre des espèces chimiques de l'organisme.
§ 6. — Goutte cx|»ériiuciilnlc
Nous connaissons maintcnani le mode de production très
complexe de l'acide urique; il s'agit désormais de savoir
comment cet acide en excès produit la goulle, et pour
arriver à cette notion, on a cherché à faire la goutte artifi-
1.18 CIIAI». VI. — DES GOUTTEUX.
ciellomonl. On ;i d'abord ol (ont naliircllcmont tenté de
développer la goutte pai' le régime fortement alhumineux,
el il y a plus de (rente ans Lehman soutenait que ce régime
devait augmenter à la l'ois l'urée et l'acide urique ; cet acide
était représenté par 1,02 sous riiifliience des végétaux, et
par 1,17 à la suite de Talimentation animaliséc. Mais per-
sonne n'a pu vérilier ces assertions.
Un autre procédé expérimental consiste à empêcher la
production de l'acide urique ; c'est par l'exercice musculaire.
— Au repos, d'après Ritter, un homme fournit 0,08 d'acide,
après quatre heures de marche, seulement 0,G8, ce qui
semble prouver que la musculation active les combustions,
augmente l'urée et diminue d'autant l'acide urique. Mais
tous les faits sont là pour démontrer que la musculation
n'active nullement la production de l'urée, et que par
conséquent elle ne saurait diminuer l'acide urique aux
dépens d'un excès d'urée. Il n'y a donc pas de sous-oxyda-
tion.
Un troisième procédé plus ingénieux consiste à vérifier la
destmée de l'acide urique introduit dans les organes, et
soumis ainsi aux combustions dans l'organisme. Frerichs et
Wôliler ont institué cette fameuse expérience; ils admi-
nistrent à un chien de l'acide urique qui va se transformer
en acide oxalique ou oxalurique, en allantoïne, et parlielle-
ment en urée. Il semblait donc que la question était jugée,
et qu'il suffit d'oxyder l'acide urique pour en faire de l'urée.
Mais il est à noter que jamais en pareil cas l'acide urique ne
se détruit entièrement ; il en reste dans les urines, et la
fonction urique n'est nullement éteinte.
On voit, d'après ces tentatives, que sur les mammifères il
est impossible de réaliser une goutte artificielle. En présence
de ces difficultés, on a cherché à la reproduire sur les ani-
maux qui fabriquent habituellement de l'acide urique au lieu
COMMENT ON DEVIENT GOUTTEUX. Âi'J
d'urée; ou a expériiuonté sur les oiseaux. — (Les serpents
l'oruient de m«MTie Facidc uiique.)
oiMciiiiv ■•('iiiiiiM iiHcôiiiiqiicM. — I]oussin^aul( alimenle des
canards avec du cascuui, ou du la ^n''laline, ou de la iibi'ine,
ou de la viande, el il trouve au lieu de 0,27 d'acide uricjue
éliminé en vingt-quatre heures, Ténorme cliilTre de 10,55 à
18,01. — Les oiseaux développent de l'acide urique à l'aide
des aliments azotés, comme nous formons l'urée.
On a tenté ensuite d'accumuler l'acide urique et les iirates
dans les tissus de l'oiseau en liant les canaux excréteurs de
Turine, les uretères. On voit alors les urates appaïaître dans
la lymphe, puis dans le sang, puis des dépôts uratiques se
l'aire dans les organes périphériques; l'oiseau devient donc
uricémique, mais il ne le devient pas ; il l'est toujours et
naturellement; par cela môme, il ne saurait ôtre comparé à
l'homme, qui n'a que des traces d'acide urique dans le sang,
et ne devient goutteux que quand il a, non })as accumulé
l'acide dans le sang-, mais l'orme plus d'acide urique ({u'à
l'élat normal; la comparaison expérimentale est donc erron-
née, mais elle prouve la permanence et l'exclusivisme de la
fonction dans certaines espèces.
§ 7. — Coniiiiciit on devient ^ouUeux
De longues et antiques discussions ont été soulevées pour
surprendre le secret de la formation de la goutte. Pourquoi
recommencer ces légendes? pourquoi amoindrir ainsi nos
grands observateurs comme Sydenham, qui faisant son
propre portrait, décrivit admirablement la goutte, et linil en
disant : « Après avoir examiné avec toute l'attention possible
les divers phénomènes de la «goutte, il me paraît que cette
cause est un dc/aut décoction dans toutes les humeurs par la
faiblesse des solides. » Pourquoi avec Harthez, parler « d'une
SÉE. V. — "20
4r.o c.iiAi'. \i. - i>i:s (;oi]TTKi:x.
(lisposilioii pMrliciilirrc i\{\ la coiislilulion à juodiiiic un
rlal s|i»'cirK|U(' ^oullciix dans les solidf^s rA les Iiuiikîiiis .) ?
|*()ui(jii(>i avec Stalil (Hii n'était pas un Inirnoiislo invcrih;!' nti
éUtl pdiliculier de lout le syslùnie, ou avec CuUeii, Vaffcciion
des premières puissances motrices?
Nous avons cessé depuis lon^^lcnips de nous émerveiller
sur celle phraséologie vide de sens, et depuis moins de
temps sur les hypothèses modernes de Scudamore, «pii lout
en nous h\issant le meilleur livre sui- la «goutte, nous ;i léi^ué
aussi l'état de pléthore comme cause véritahlc de la ijoutte.
La <»enèse de la goutte n'entra dans le domaine scientifique
que le jour où Scheele découvrit l'acide urique (1778),
où Wollaston montra la véritahle constitution, la nature
uratique des dépôts tophacés des jointures, où Murray Forhes
se demanda formellement si la goutte ne reconnaîtrait pas
pouf cause l'excès d'acide urique dans le sang. — C'est à
Garrod qu'est due cette démonstration ; il constata l'acide
urique en excès dans le sang, et quand il ne pouvait pas
opérer sur le sang-, il le retrouva dans la sérosité d'un vési-
catoire appliqué près ou loin de l'articulation. Il montra
ensuite l'urate de soude comme caractère constant de toute
inllammation goutteuse, de sorte que pour Garrod l'acide
urique est la cause prochaine de la goutte, comme sa cristal-
lisation dans les cartilages et ligaments articulaires est la
cause prochaine de l'attaque. Celle-ci se produit chaque fois
que l'acide urique ne s'élimine pas suffisamment par les urines,
c'est-à-dire chaque fois que le rein devient imperméable ;
mais qu'est-ce qui démontre cette insuflisance d'action
du rein? c'est là le point faible de la théorie, car s'il est vrai
que les reins sont souvent affectés dans la goutte chronique,
ils ne le sont pas dans la période initiale; à ce moment les
tubes urinifères sont libres. A ce moment on peut bien
trouver une fois sur trois de la gravelle qui, après avoir
THÉoiui: Di: la NrnunoN ham.ntii:. i^i
encombré CCS tubes, sort liiiali'iiiciil sons l'ornu^ de s.'iblc ou
(le j^TJiviers iiii([iics; mais alors loin (rcntr.ivcr rclimiiiatioa
de Tacide urifiuc,elle jonil, en lanl <jnc ^M-avclle i)i'cj,mnttcuse,
du lripl(3 avanta}^c de cbarrier un (îxcès (Tacide urique, de
dépurer le sang- et d'éviter ainsi le dé|)ol du produit morbide
sur les articulations. — D'api'ès cela comment f'Inder la difli-
culté? comment comprendre cet engorgement initial du rein
et l'élimination insuffisante de l'acide urique, son accumula-
tion dans le sang, puis sa déposition dans les articulations?
Il faudra naturellement faire intervenir l'insoluljilité relative
de l'acide urique.
Mais cette question ne se posera qu'ajjrès la solution du
problème fondamental primitif qui porte sur l'origine réelle
et sui- le mode craugmentalion de l'acide urique. — Dès le
moment (|u'il est impossible d'admettre une rétention par
fermeture ou insuffisance des voies rénales, force est de con-
clure à la surproduction de cet acide. C'est là-dessus (jue
porte le litige.
Deux opinions sont désormais en présence et soutenues
par des lutteurs aussi énergiqiies que sagaces.
1" .Nutrition ralentie. — L'uuc cousistc d admettre uuc nutri-
tion incomplète des tissus de l'organisme, une métamorpliose
insuffisante des substances azotées qui nous alimentent. Au
lieu d'arriver à la formation de Furée qui est le dernier terme
de la destruction moléculaire des matières albumineuses ou
carnées, la combustion s'arrête à mi-cliemin et ne donne lieu
qu'à la formation de l'acide uri({ne ou bien encore de son
congénère l'acide oxalique dans le sang des goutteux; ces
produits indiquent une nutrition imparfaite, ralentie ; c'est
là le mécanisme indi([ué on 180.") par l^iMiei^ Jones, et en
1807 par Heneke, qui ajoute un troisième éh'ment à la série
des indices de nutrition retardante, la production exagérée
de pliospbales terreux, ce qui est contredit par Stokwis. C'est
4.Vi Cil M'. M. — 1>KS r.OUTTEi:X.
siiihuil à iMUicliard (jiroii doit r;ii-;^iim('iil;il ion la plus scrr('i;
cl les icrliciclics les plus pI•('(•is(!^ sur h's artcs (l(''l'ecLucux
(le la uuliil ion. Sous \c iioiu de iiiiliiliou ralentie, il com-
pi'end louL un «^roupi^ de maladies, dont il ('labliL la parenté
morbide par leurs roïncidences ou leurs alternances, et
dont il fixe Tori^ine eomnmne dans le retard de la nutri-
tion.
Parmi ces maladies similaires fii^uicnl la goutte, Tohésité,
le diabète; le l»ouII('u\, dit Bouchard, bi'ùle mal la graisse,
il devient obèse, ce qui est loin d'être la règle ; le goutteux
brûle mal le sucre, il devient diabétique, ce qui, d'après son
aveu, est tout à fait exceptionnel; enfin il brûle mal la
substance azotée; c'est là le nœud de la question. S'il n'est
pas lui-même obèse ou diabétique, il n'en a pas moins d'ana-
logie ou de parenté avec les autres membres de la famille en
retard. C'est l'hérédité qui sert de lien ; ainsi si ce n'est pas
lui c'est son père qui est diabétique. Mais laissons là les
antécédents du goutteux et parlons de lui-même, surtout de
sa faculté d'enrayer les échanges nutritifs. 11 se peut, en effet,
qu'à un certain moment de son existence, et par suite de
conditions hygiéniques nouvelles, il ne parvienne plus à
comburer complètement les espèces chimiques albumino-
fibrineuses qui font partie de notre corps et de notre régime ;
s'il use d'une alimentation fortement azotée, s'il abuse des
viandes, la métamorphose de ces aliments s'arrêtant à la
première étape, c'est-à-dire à la formation de l'acide urique,
il aura fait de l'acide urique au lieu de faire de l'urée ; de
cette façon il sei-a devenu uricémique.
Puis pour avoir les accès de goutte il suffira d'un défaut
d'alcalinité dans le sang ou de la présence d'autres acides
dans ce sang pour rendre l'acide urique moins soluble, et
le forcer pour ainsi dire à se déposer sous la forme cristal-
line d'acide urique ou d'urate de soude dans les tissus arti-
TiiKonii: ni: ix nutrition vicif:K. iô3
culairos; voilà Tacccs do i^oiittc oxpli({uc comme la goutte
elle-même.
De noîiihrciises objections ont rlr failes à la théorie de la
sous-oxydation ; Robertson fait cette remarque importante
(jue si l'oxydation incomplète était la cause prochaine de la
goutte, la maladie devrait se produire chaque fois que l'ali-
mentation étant trop riche en carbone, une Ibrte proportion
d'oxygène est nécessaire à son assimilation dans Torganisme.
Les paysans d'Iilande qui se nourrissent de pommes de
terre, ceux d'Ecosse qui vivent de gâteaux d'orge, de beui're
et de soupes aux légumes frais, devraient se trouver dans les
conditions d'une forte oxygénation pour la combustion de
l'excès de carl)one alimentaire; or la goutte n'existe pas
dans ces pays. C'est précisément la condition inverse, c'est-
à-dire l'excès d'aliments azotés, qui est généralement accusée
comme la cause de la goutte.
Garrod lui-même a formulé récemment (Rev. de médecine^
188 î-) des arguments péremptoires contre la théorie des
sous-oxydations. Il fait remarquer que l'oiseau qui absorbe
l'oxygène à j)leins poumons et jusque dans les cavités
osseuses, fait de l'acide urique et non de l'urée. Cazeneuve
a démontré de son coté que l'oxygène pur respiré par une
buse n'augmenle nullement le rapport de l'acide uricjue à
l'urée. Garrod fait avaler à un animal des urates et l'acide
urique n'augmente pas dans les urines. — Pour toutes ces
raisons on peut conclure ([ue la formation de l'acide urique
n'est pas, au point de vue de l'oxydation, en état d'infériorité
relativement à l'urée.
2° OxyiliKion ox.i*çôrôc ou nu<ri«ion ^iciôo. Cc qui iVappC,
en elTet, chez les goutteux de piofession avant même
l'accès, c'est un chinVe excessif de l'urée dans les urines;
or, l'urée représente le dernier terme de la combustion
des matières azotées; il y a donc une augmentation cons-
4r,i (MAI'. VI. — DES OOUTTtUX.
l;inli', mil' usure cxci.'ssiNc (1(3 rr^ iii.ih'ii.iiix ; LocoitIk''
Tii |»r(iiiv<'' sur lui-uKuuc. Il va, eu oulic, (Taiu (3S Ziicl/cr, un»-
au"iiiiMilali(Ui ^\^'> suhsIaiK es alcalines (polasst; ou diaux).
Or, cel accroissciuciil {\i'^ alcalins est <!*;^alciiicnl en rapport
avec Texcès {\i'< niulalions orj>aniques; mais, liatons-nous
(Tajoulcr (jue CCS ('cliani^es iTiol<''cnlaii'es ainsi acliv(''s iTiiu-
[iliiiucn! pas la suroxygijnalion ; celle-ci n'existe pas j)lu>
(pie roxY(lali(jn iiuparlaite; c'est la iiuliilion fjui est forcéCy
el lion rahsoi'plion d'oxygène.
Pettenkofler et Voit ont (b'moniré, en cfTet, que chaque
lois (pi'on l'ait usage d'une alimenlalion trop azol(3e, on
absoibe une plus grande quantité d'oxygène, et celle-ci est
suffisante pour brûler entièrement les compos(''S albiimi-
noïdcs, et les transformer en urée sans s'arrêter h la for-
mation des degrés intermédiaires comme l'acide urique. Il
s'établit une sorte d'accommodation entre l'alimentation
albuminoïde et la proportion d'oxygène absorbé. Il n'est
pas nécessaire d'invoquer une suroxygénation pour expli-
quer ce qui se passe en pareil cas. L'urée monte de son
chiffre normal qui est de 23 par litre d'urine, à 60 et même
80 en proportion exacte des aliments albuminoïdes in-
gérés. Que devient, pendant ce temps, l'acide urique? Son
chiffre normal est de 0^''',50 à 0-'",80 pari 000 grammes d'urine.
Sous l'influence d'un régime fortement azoté, c'est à peine
s'il augmente de iO ou 20 centigrammes; la formation de
l'acide urique est donc, jusqu'à un certain point, indépen-
dante de l'azote consommé et de l'oxygène absorbé; elle
reste à peu près immuable. Mais il y a cette différence entre
l'urée et l'acide urique, c'est que l'urée passe par les urines,
el que l'autre, s'éliminant en petite quantité, doit naturel-
lement augmenter dans le sang ou dans les tissus; il doit
y avoir une uricémie ou une imprégnation urique des élé-
ments de l'organisme.
Tiii^:oiin; de la nutrition vicièk. 455
Voici maintcnîint un autre gonrc d'alimentation rpii est
|)liis aj)te encore à favoriser la loi ination de ruiicéinie.
L'alimentation, en eiïet, la plus préjudiciable et la plus
propre à développer la goutte, est une alimenlation azotée
a bondan le, comhinèc avec le sucre, la L^élatine, la^uraisse;
en pareil cas, l'absorption d'oxygène étant normale, ces
substances additionnelles accaparent, pour leur propre
compte, une certaine quantité d'oxygène qui devait aug-
menter les combustions, et par conséquent la formation de
Turée, en proportion des aliments albuminoïdes ingérés.
— Tous les aliments non azotés ont pour fonction d'empê-
cber, jusqu'à un certain point, l'usure des tissus corporels;
ce sont des aliments d'épargne pour l'organisme. Ainsi, dans
ces conditions, les albuminates restent, jusqu'à un certain
point, intacts; la nourriture azotée et mélangée profite
outre mesure; il y a un excès de nutrition, sans qu'il y ait
cependant un excès d'oxydation. En effet, l'urée ne varie
plus dans la même proportion ([ue par ralimenlalion trop
exclusivement albumino-fibrineuse, et l'acide urique con-
tinue à se former et à rester immuable.
Comment se fait donc l'uricémie, c'est-à-dire la goutte?
L'acide urique s'élimine par les urines en quantité faible et
presque toujours à peu près égale; mais quelle que soit son
augmentation, il se trouve toujours accompagné par des pro-
duits de dénutrition analogues. La fonction urique reste in-
tacte ou elle augmente, et sa plus légère excitation se traduit
par l'uricémie, c'est-à-dire par la goutte.
Je sais bien que cette manière de comprendre l'uricémii^
est tablée sur des infiniment petits, et que la quantité elle-
même d'acide urique dans le sang et dans les urines est tou-
jours très restreinte, comparée à celle de l'urée. Mais son
action nocive commence dès qu'il cesse d'être soluble, et
c'est ce qui a lieu auand l'alcalinité du sang est amoindrie,
4M ClUr. \l. - DKS (.(H ITKlîX.
(Irs (jii'cllc est I roiihli'c |i;ir l;i loriii.il i(»ii (r.iiilics acide?
or^;mi([ii('s, ((•iiiiiic racidc ()x;ili(|ii(; ou (t\;iliiii<|iio, coiiiiiKi
l'.icidc l.i(li([ii(', cl CM oulrc |»;ir la (lcsintc<»i'ali()ii ilc^ jdios-
plialcs cl siiHales (jiii entrent dims la coiiiposiliori di' uns
tissus. Ce (pli le juoiivc, c'est l'aciih.' pli()splK)ri(pic et siilfu-
ri(ine (pi! s(i troiiveiil dans les produits de la di'composilion
des albuiiiinatcs.
Voici une dernière preuve de rimmulabilih; de la fonction
uri(pie, et cette preuve que nous avons à peine indifpiée est
décisive.
Injectez de l'acide urique dans le sang' d'un cliien, cet
acide se transforme partiellement en urce (Freridis et
Wohler); mais comment se fait-il que l'animal continue
à éliminer encore de l'acide urique comme auparavant?
Pourquoi reste-t-il de l'acide urique dans les urines et n'y
a-l-il pas transformation totale en urée? La réponse est celle-
ci : c'est que la fonction urique, qui appartient à tous les
tissus, peut-être plus à certains organes comme la rate et le
foie, resie normale et irréductible, qu'elle est favorisée par
un régime riche en azote et graisse, et par le développe-
ment d'autres acides qui lui enlèvent sa solubilité.
L'uricémie est donc dépendante de l'alimentation, mais
indépendante de l'oxygénation. — On a bien dit qu'elle est
souvent le résultat d'un défaut d'exercice ou d'un défaut
d'air, et que par des exercices musculaires ou par la vie au
grand air, on favorise l'entrée de l'oxygène dans le sang, par
conséquent, la combustion complète des principes albumi-
noïdeset la transformation de l'acide urique en urée. Mais
on sait l'influence absolument négative de l'action muscu-
laire sur la formation de l'urée, et plus encore sur le déve-
loppement de l'acide urique.
Je me résume en disant que l'uricémie est une question de
chimie biologique et d'hygiène alimentaire. On devient goût-
I
IRAITEMKM AIJ>iK:<TAIRE DES GOUTTEUX. 167
teux, aljslraclion l'aile de riiéiédih', pai' trois raisons : l' la
jiropriété des tissus ou des cellulrs vivanh.'S de foiTiier do
l'acide iiii(jiM', e'est-à-dire la fonclioii iiii(iiie est déviée de
son Ivpe iioniial ; (•(! n'est pas la iiiilrilioii qui e>L (li'cliiit' ni
augmentée, c'est toute la l'onction chimique de l'acide urifjue,
(pii, avec ses préliminaires et avec loiile la série progressive
des transformations xanthiques, se trouve dél'ectueuse, viciée ;
4" Talimeniation albumino-graisseusc seit de su])Stratum à
ces produclionsanoi maies ; sans cette circonstance, le trouble
chimique ne saurait que difficilement s'exercer; S° une fois
l'acide urique foimé, i\ peut, ne trouvant pas de dissolvant,
se déposer dans les tissus articulaires ou dans les organes
internes.
§ 8. — TraKciiiciit aliiiiciitnirc tics g4»ut(ciix en g^éiiérnl. —
Trailciiieiit ilcs goutteux articulaires
Ce n'est pas sans de sérieux motifs que nous avons si lon-
guement discuté la genèse de la goutte, et si minutieuse-
ment exposé ses diverses localisations, ses divers types. —
Le traitement et surtout le traitement alimentaire se ressen-
tira nécessairement de la manière de com})rcndre l'uricémie.
Or nous croyons avoir prouvé qu'elle ne réside pas dans un
arrêt ou retard de la nutrition, qu'elle ne résulte pas (rune
décomposition des matières azotées, qu'elle ne dépend pas
de l'insuffisance de Toxydation ou de l'oxygène absorbé,
qu'enfin elle reconnaît pour condition et non pour cause un
excès d'alimentation albumineuse, surtout mêlée de graisse.
Parmi ses véritables causes, l'une est maniable, l'autre ne
l'est pas; nous ne pouvons rien sur l'hérédité qui domine
toute la situation, tant qu'il ne s'agit i)as de la femme qu'on
sait être exempte de la goutte véritable; nous pouvons
beaucoup sur la cause tangible, c'est-à-dire sur l'ali-
458 CIIAI". VI. I»l s (iorTTKl'X.
iiiciiliirKtii ; l;i |tlii> l'àclii'iisc r<\ celle (jiii coiisi.sle dans un
excès (I iiliiiieiils ;r/.()|(''s et e(>iiil)iiit''s avec dos aliiiieiils doiil
la IniKiion e,s| <!(' diniiinici' riisiiic i\('s alhiiininales, je \eii\
|iailei- {\c^ piV-paialioiis •:éla(inoiis(3S, prassf3S ou sucrées;
c'esl celle conihiiiaisoii (jiii esl le V('iilal)le rnotij'de la fioutte,
c'esl-à-dire de la prédominance relative de Taeidc iiii(jue
dans le san^'. Les snhsiances alhuniineuscs se brûlent coni-
plèlenienl jiis(jn'à Ibriner de Turée en proportion de la
(piaiilih' (ralliiiiiiinates; mais siinnltam'inenl il se lait de
l'acide uriiiue et d'autres acides; fini iTest pas éliminé pro-
portionnellement, il reste dans le sani; (,'t les tissus; en
même temps il se forme d'autres acides de décomposition
qui empêchent sa solubilité; voilà l'uricémie.
On peut éviter cette alimentation si richement dotée et
en même temps si largement économe de nos pertes cor-
porelles, en en changeant la teneur. On peut ainsi, d'après
l'opinion générale, en éviter les inconvénients par l'exercice
musculaire qui active l'absorption d'oxygène, et par cela
même brûle tous les aliments jusqu'au bout, c'est-à-dire
jusqu'à les réduire en urée et acide carbonique. Mais nous
savons que la quantité d'oxygène absorbée est toujours
adaptée à celle des aliments albumineux, que nous ne man-
quons pas d'oxygène pour achever cette combustion des
éléments azotés, et que par conséquent l'oxygénation sura-
bondante est au moins inutile. — Ce qui est éminemment
utile et pratique, c'est la transformation du régime uricé-
mique en régime antigoutteux.
La première idée qui surgit dans l'esprit du médecin
physiologiste, c'est de réduire la quantité excessive en quan-
tité nécessaire, et en effet toutes les combinaisons les plus
logiques, les mélanges alimentaires les mieux compris
échoueront devant les abus de table; un adulte est suffisam-
ment nourri quand il prend journellement 120 grammes de
TnAlTEMKM ALIMtNTAIKt: OKS (.OUTTEL'X. 459
principes azotés })i'ovonaiil <lii double de viande, (juaiid il
consoinnie 70 grammes de graisse et 2r)0 giammes (fliy-
dralc de eai'boiK; lournis par ijUO grammes d(3 substances
féculentes ou sucrées.
Après avoir rationné, nous devons ciioisii' et fixei- le ri'*-
gime en sens inverse de celui qui a ét<3 et qui coiiliiine à
être si nuisible au goutteux. — En songeant aux méfaits
réels ou suj)posés de la viande, on est tenté d'en suppiimer
l'usage, et cette inlcr(iiction qui a été prali(piée n'a pas
manqué d'être périlleuse; puis on a préconisé la parci-
monie en proscrivant la viande de l'un des repas; puis on
a la il la i>ueri'c aux viandes dites noires, à la cliaii" de bœuf
ou de mouton, la seule qui soit décidément nutritive, et les
malades ont été voués au régime blanc composé de veau et
de volaille, qui renferment i-elativement moins de sang-, un
peu moins de i)rincipes musculaires, mais beaucoup plus de
gélatine, dont nous avons (b'Jà condamné l'usage, parce
qu'elle constilue un moyen d'épargne.
Régime do rôcuicM nzotée.x. — Par la craintc du régime
carné blanc ou noir, on est arrivé au végétarisme; mais
lequel? il y a une diète végétale qui peut remplacer com-
plètement la viande; il en est une aulre qui u'esl qu'un
moyen déguisé de satisfaire l'appétit du goutteux, et qui
mène forcément à la diminution de sa vitalité. Une troi-
sième combinaison, c'est le régime végétal avec une ration
modérée de viande ou de poisson qui ne soit pas gras. Il
est des aliments du régime végétal qui contiennent exacte-
ment les mêmes piincipes albumineux que la viande, que
les œufs, que le lait; il entre dans leur composition de l'al-
bumine ou de la caséine dite végétale ou qui ne diffère en
rien des espèces albumineuses d'origine animale; c'est ce
qui a lieu pour les légumes secs, tels que lentilles, liaricots,
pois, pour les pales farineuses comme le macaroni ou pour
IGO CIIAi». M. - DKS (.01 TTKLX.
le ]t;iiii liii-iiieiiH'; loules ces substances coiilionnciil (rajjics
Bonssin^aiill, (le :2 1 à ûi\ pour 1(10 di' pi iiiripos azolrs. Il
rsl M'iii (11' tliii' (pic poil)- a\nii' la (piolih; siillisaiih; dal-
liiiiiiiiialcs, il laiil m niriiic Iciiips coiisoiiiiiicr une (hjse
coiisi(l('ral)lc de Irculc (40 à AH ]>. 10(1), (jui esl ('ll<'-m(MU(3
reuri'iiii(''C dans des cnvcloppc^s de (■ellul()S(; diilicilc à [h]-
n('li('r,dirii(ile à di^('i'ci'. Voroscliiloll', apr(js des rocJicrclKis
inhMcssantes, croil n(}anmoins pouvoir icuiplacer les viandes
par les lentilles. Sans doule la viande est ulilis(je bien plus
com}»l(jtement, et au maxinium il se perd 10 pour 100 de
substances azotées de la viande ]iai- les ^aide-robes, tandis
([ue le maximum des déperditions azotées est de 17 pour
100 par l'usage des lentilles; il en résulte robli£»ation d'en
prendre une quantité assez considérable, ainsi 340 grammes
pour remplacer 200 grammes de cliair musculaire. Une
pareille dose de fécule, tout azotée qu'elle soit, présenterait
pour le goutteux l'inconvénient de l'engraissement à bref
délai; aussi la meilleure combinaison consisterait à réduire
la viande à 100 grammes avec 170 grammes de légumes secs.
Régime hiM-bacé et carne. — Un autrc régime végétarien
bien plus rationnel et plus pratique doit graduellement être
prescrit concuremment avec une ration modérée de viande;
ce sont les végétaux frais et les fruits qui remplacent le
mieux les aliments azotés dont les goutteux font abus, sur-
tout s'ils sont gros mangeurs. Les légumes verts et les fruits,
lorsqu'ils sont consommés abondamment, possèdent l'avan-
tage de communiquer aux urines une réaction alcaline qui
facilite la dissolution de l'acide urique; je ne fais que men-
tionner un autre avantage ; en raison de leur faible teneur
en substance organique ils ne sauraient favoriser la trans-
formation ou le dépôt de graisse; les végétaux frais consti-
tuent surtout une véritable diète alcaline. Chaque fois donc
que l'uricémie se montre ou se produit, et surtout chez ceux
TRAITKMKNT ALI.MKNTAIllE DES GOUTTEUX. 401
(jiii (Mil une vie sédcnLaii'O on une alinif.'iilalioii {io[) nvlut
en principes azotés^ la dièh; en iNÎalih'; alcaline est de lâ-
gueur, soit poui* diniinuei- racidit»'; (\r> iii-incs, soit pour
empêcher la rornialion excessive des acides de dcconiposi-
tion {\e^ ali)nininates, soit pour nculialiser ces acid(îs. —
Les aliments (jui atlci^ncnt le mieux le but indicpn' son', les
pommes de terre, à caus(3 de leur teneur considéralji»^ en
nitrate de potasse, qui dans l'organisme se transforme en
bicarbonate de potasse; puis des fruits crus, des feuilles et
des racines, c'est-à-dire les salades, le cresson, les radis,
les raves, les épinards, qui contiennent tous des cUrales
ou d(3s malales de potasse.
Boussingault a depuis longtemps pratiqué une analyse
exacte des différents légumes au point de vue de leur com-
position en sels de potasse : — les épinards en conliennent
4^''", 5 pour 100; les pommes de terre 3'J',2; les navets 3", 7,
les clioux 2^',() et la chicorée P\l . — Les sels potassiques
remplissent un triple rôle; ils complètent la nourriture
minérale, et par cela même améliorent la constitution
des muscles et des globules sanguins qui comporte toujours
une certaine quantité de potasse; d'une autre part, les sels
de ce genre agissent comme (liun'ti({ucs et s't'diminent par
les reins bien plus facilement que les sels de soude; c'est
môme ce (pii a fait pendant longtemps en Angleterre la
fortune des liqueurs ou solutions de potasse; enfin ils for-
ment en partie de l'urate de potasse (pii est plus soluble
(jiie l'urate de soude et par cela même se lixe moins dans
Torganisme (Kisch, in Real Enri/clopcdie^ p. 5). Notons une
exce[)tion relative à Toxalate de potasse qui se trouve dans
l'oseille et les tomates; l'acide oxali({ue (pii ressemble chi-
miquement à l'acide urique et l'accompagne souvent comme
produit d'une combustion incomplète doit ètr(^ proscrit; il
en résulterait une oxalurie. — Il en est de même de l'as-
\{\i (IIAI'. \I. — DIS (.01 Ill.l \.
|i;ir;iL:iiit', (|iii favorise siiiL:iili(''iciiiiiii, lu Innuahoii de Ta-
«idc iiri(iii('.
Voilà la hase des deux genres <lc r(';-:inios, qui con\i<'n-
iKMil ruii aux ^oulleux qui iToiii pas à ci-aindrc rciiihoii-
poiut, rauli'c aux jj;oult(Mi\ (pii son! dans la [x^iodo d'ac-
cahnie. Il esL iinporlaiil, dans ruiic cl Taiilic condition, (jU(,'
le goutlonx ne soit j)as voué à un n'iiiine exrlusir, à un végé-
tarisme rigoureux. La conihinaison, avec une (juanlili' mo-
(léi('c de viaudt;, est incluclahlc, sans ((uoi il est exposé à un
certain degré de débililalion, qui ne lui permelliail pas do
résislt'i' aux accès de goutte arlicnlaire dont il est plus me-
nacé que jamais; la maladie, chez un homme alTaihIi, ne
manciuerait pas de passer à l'état chroni([uc (Senator).
Nous n'avons encore que pos(3 les indications fondamen-
tales du régime légèrement azoté et fortement végétal. Il
s'agit maintenant de savoir ce qu'on peut ou ce qu'on doit
y ajouter, ne serait-ce que pour rompre la monotonie si i)ré-
judiciable de ces repas univo({ucs. Les i)roliibitions vien-
dront ai)rès.
i.nit. — Que produisent le lait et la graisse? Sans parler de
la cure de lait que nous réservons pour les cas graves de
goutte chronique généralisée, nous considérons le lait, à
doses modérées (un litre par jour), comme un excellent
moyen de suppléer au régime carné; c'est un diurétique,
c'est un alcalin faible, et, à ce double titre, il facilite ou
l'élimination ou la dissolution de l'acide urique; mais il
contient aussi de l'acide lactique qui est préjudiciable,
comme le dit Gantani; il renferme surtout de la graisse, et
c'est là le point en litige.
oraiss^c. — D'après l'opinion généralement reçue, la nour-
riture doit comprendre non seulement peu d'albuminates,
afin qu'ils ne fournissent que le minimum de produits infé-
rieurs d'oxydation, mais aussi elle doit contenir peu de
llÉdlME DES GOUTTEUX. 463
graiss<', parco (juo les corps j^ras ahsorhcnl i'oxy^ciic à l<,'iii"
pi'olit pour i^ii l)i"ùl(.'r, el ii'(;n laisseiil pas une (juantilû sul-
fisante disponihli!, poui- oxydn- coniplôlcuient les iiialières
aihuinincuscs. Voilà ce qu'on cioiL, rn;iis nous savons que
dans Félal actuel de la science, larormaliori de l'acide uriquc
n'est plus considéiée comme une oxydation enrayée; il est
démontré, au conti'airc, que la liansrormaliun tiès niaicpice
desalbuminales augmente aussi la production (Tacideurique,
et, qu'en oulie, l'usage des graisses active el la l'ormalion et
félimination de ces acides par les urines ; c'est ce qui ressort
des expériences de Meissner et Koch. Voilà la doctrine qui a
régné jusqu'ici: de là l'interdiction logi(pie des graisses.
Mais voici Ehstein (Rcginie de bi (jonUe, i8(S5), qui, pour
remplacer les hydrates de carbone, c'est-à-dire les lecules,
que le goutteux doit prendre modérément, vient préconiser
la graisse; il appuie sa prescription sur les expériences d'un
de ses élèves (Jahns), qui démontre qu'avec une consomma-
tion journalière de 120 grammes de beurre, il n'élimine pas
plus d'acide urique ([ue dans l'état noiiiial. Le même auteur
pense qu'en agissant ainsi, on restreint l'appétit, et que par
conséquent on sup[)rime les abus de régime. G'esl, d'après
ces mêmes données, que l'obèse peut prendre de la graisse.
Mais il n'y a pas lii moindre analogi(3 entre ces deux étals,
l'obésité et la goutte. Ainsi ({ue nous le verrons, le régime
d'amaigrissement comporte l'exclusion absolue des f»'culcs
et des sucres, et nécessite, i)ar cela même, l'emploi d'une
(pianlih'' modi'rée dégraisse, tandis (pie le goutteux n'a pas
à s'inlerdire d'une maiiière absolue l'usage du pain ni sur-
tout de la pomme de terre (pii sont (\c.)^ IV'cideiils. Donc, je
n'hésite pas à me ranger à l'opinion traditionnelle qui exclui
la graisse de la table des goutteux.
ŒiifM. — Les œufs sont inlerdits par Senator; le jaune
d'œuf, c'est de la graisse, et Talbumine, c'est de la viande;
4<'.| CHAI'. M. — |)i:s COUTTKUX.
I M'iircoiiliciil siiiittiil <Ii' 1.1 li''<illiiii('. Lr IVoiiia^f! csl iiilci-
(lil |i;n- (l;iiil;ini [larcc (|iril (((iiliciil de la <;iaiss(; cl {\t' Viw'uht
laili(Hi(\
^ iuii«li**4 Miilt'i'S, fiiiiiiMVs, MiiiieoM, «'"iiicoM. (riifrrs, vir. Il OSt
une S(''iic aliinciilairc doiil I iiitcrdiclioii a ii'iiiii riiiiaiiiniili'^
(les sullVagcs; tout d'abord les viandes salées cl rmn(''cs jiarce
(pic ce sont des viandes condensées sous un |)ctil volume,
(jui, d'ailleurs, provocjueiit Tahiis des boissons; les sauces,
j)arce qu'elles sont souvent préparées avec la graisse, les fa-
rines, la ci'ènic, c'est-à-dire des corps gras et féculents, les
IridVes el les cbampignons qui sont fortement azotés.
Voilà les prescriptions alimentaires pour les goutteux en
général. On a voulu appli([uer les mômes règles aux gout-
teux de l'avenir. Comme la goutte est le plus souvent béré-
ditaire, on a pensé, par ces précautions, empêclier le déve-
loppcmenl, la transmission de la goutte; la famille entière
sera soumise éternellement à cette alimentation spéciale.
Des indications de ce genre méritent d'autant moins d'être
discutées qu'on ne connaît aucun signe précurseur de la
goutte, et la solution est impossible. Mais il y a plus.
Dans une certaine école, on considère que cliacun est né
sous rétoile d'une diatbèse, c'est-à-dire d'une prédisposi-
tion ou d'une constitution morbide; mais les diathèses sont
toutes en train de disparaître; les progrès de la science ont
montré la nature infectieuse, virulente, microbique de la
diatbèse tuberculeuse, scrofuleuse, sypbilitique; il ne reste
plus guère que l'artbritisme; c'est lui qui a recueilli toutes
les successions, même celles de l'berpétisme. Il en résulte
que si l'artbritisme, c'est-à-dire la goutte, est si répandue,
toutes les populations civilisées devraient être mises au
régime préventif de la goutte. Or, ce régime comprend en-
core d'autres restrictions, qui portent surtout sur les bois-
sons.
I50ISS0NS DES COUTTKUX. 400
uoiMMoii!>«. — L;i ([iiestion des boissons n'ost pas moins im-
portante ni moins discutée ciue celle des aliments solides;
l'accord paraît s'élahlii" pour pros( rii-e r/^solumcnt la bièie,
le vin, les licpieuis, le iIk', le cale et même le chocolat; le
<idie est discuté, les limonades sont suspectes, les eaux ga-
zeuses en litige, tandis ([ue l'eau naturelle et les eaux alca-
lines ont reçu l'approbation générale. Voilà la Formule; elle
mérite d'être méditée.
Kau. — Malgré les objections récemment produites par
Debove qui considèi'e l'usage de l'eau comme indiiïérenl au
point de vue de son action sur les oxydations, l'expérience
et l'expérimentation ont démontré (jue l'eau est indispen-
sable pour la conservation des éléments organicjues, qu'un
certain degré d'hydratation est nécessaire pour leur fonc-
tionnement, que l'eau, prise en quantité marquée, entraîne
au dehors par les urines les déchets j)rovenant de la destruc-
tion moléculaire de nos tissus ou des aliments, qu'elle éli-
mine par conséquent l'urée et sans doute l'acide uri(jue, et
qu'enfin elle favorise les oxydations (Voy. chap. viii).
L'observation devançant la physiologie, on a, depuis long-
temps, recommandé aux goutteux l'usage exclusif de l'eau.
Barthez a vu ainsi des accès de goutte disparaître d'une ma-
nière définitive. Gantani préconise l'eau modérément froide
ou l'eau gazeuse dont le malade doit ingérer de grandes
quantités le matin cà jeun.
Autrefois Cadet de Vaux, excluant tout Iraitemenl médi-
cal, soumettait les patients à une véritable cure d'eau
chaude. — H est bien évident qu'un pareil procédé n'est
applicable que pour un certain l(Mups, et ne doit être tenté
qu'à titre de moyen exirême dans les cas graves. S'agit-il,
au contraire, de la goutte régulière, l'usage exclusif de l'eau
pure ne s'impose pas au malade qui peut, sans inconvénient,
Taromatiser ou l'alcooliser légèrement; mais il est une con-
SÉE, V. — 30
.icr. CIIAl'. \l. - DKS GOUTTKUX.
(lilidii <|ni me p.'ii'.iîl iiii|>nrl;iiil(', c'ol riihoïKl.iiicc dos l)ois-
soiis ;i(jii(MiS('s ou à |)(Mi |ii(''s Icllcs.
La l)i('rc ;i été consid/'irc, de hnil Ifiiips, dans Ions les
pays, })arti('ulicmm'iil en Allemagne et on Aiiulclri-rc où «die
conslituo une l)oisson nalionalo, comme iiiH'dfs juinripalos
causes de la <iOuUe. A Londres, coniiiH' \r jaii loniarfjiier
Cliarcol, la goutt(,' est très conninuK^ itarnii les i)0|)nlalions
ouvrières et se rencontre monic rn'(jii(.'iiimont dans les hôpi-
taux; lacauseestdansréiioiMiM'consonnTiationdebièresroitos,
aie, sloul, porter, (\m so l'ait parmi les ouvriers do la capiLale.
Parmi ces bières, la plus préjudiciable serait le ;^oWer, foncé
en couleur, pauvre en alcool, privé de sucre, prêt à subir la
fermentation acétique, et impré,^né d'un principe nuisible
obtenu par la torréfaction des grains. Les autres bières,
comme le pale aie, qui ne sont pas préparées avec de l'orge
fortement torréfié, contiennent bien plus de matières sucrées
et d'alcool, et sans tendance à s'aigrir. — Les remarques faites
par la plupart des médecins du Royaume-Uni s'appliquent
également aux contrées de l'Allemagne; là, les excès de bière
sont traditionnels et provoquent la goutte, si, comme dans
les classes riclies ou en général cbez les habitants des
villes, ces abus de bière sont accompagnés d'une alimenta-
tion riche en viandes, albuminates et graisses.
Vins et liqueurs. — Influence de l'alcool. — Go SOUl SUrtOUt
les vins et les liqueurs alcooliques qui ont été incriminés.
Garrod a dit : « L'homme privé de ces boissons n'eût peut être
jamais connu la goutte. » 11 semble donc, a priori, que la
richesse alcoolique d'une boisson doive marquer le degré
de son action pathologique. Cependant voici des faits en
formelle contradiction avec cette loi d'hygiène. Tandis que
la bière qui contient 4 à 8 pour 100 d'alcool constitue une
des boissons les plus favorables au développement de la
goutte, nous voyons les liqueurs [les plus chargées d'alcool,
BOISSONS DKS COUTTECX. ^G7
Irllcs que le rliiiiii, rcau-dc-vie, lo whiskey, le gin, qui ont de
40 :'i 70 |>oiii' 100 (TmIcooI, rester sans effet nuisible au point
de vue de la genèse de la goutte. « En Suède, où l'alcoolisme
est si fréquent, il n'est pas question (ht celte maladie; il en
est de même en Danemark, en Russie et en I*ologne; en
Ecosse et en Irlande, la goutte est rare parmi les classes
inférieures; à Edind)0urg, c'est à peine si dans une longue
prali(pie d'hôpital llennett et Ghristison en ont rencontré un
ou deux cas. Or, dans ces pays, la seule boisson alcoolique
dont le peuple fasse usage est Teau-dc-vie de grain ou
wliiskey (Cliarcot). En France, la population ouvrière, qui
surtout dans les grandes villes, abuse si étrangement des
boissons alcooliques les plus incroyables, ne souffre jamais
de la goutte; nous ne la retrouvons dans nos hôpitaux que
dans les professions où l'on travaille le plomb, chez les
peintres, les laqueurs, les cérusiers, etc.
Ainsi finfliience des boissons fermenlées sur la goutte
pai'aît peu maniuée; en tous les cas elle ne s'exerce pas en
laisonde la richesse des liqueurs en alcool.
Comment se fait-il néanmoins que l'usage de l'alcool soit
généralement interdit aux goutteux ; comment l'ingestion
même en quantité minime de certains vins chargés d'alcool
comme le Champagne, le porto, etc., peut-elle suffire pour
déterminer un accès? Ce dernier fait s'interprète par l'action
simultanée d'un autre principe nuisible, contenu dans ces
vins, ou par l'excitation due à un repas trop copieux. Quant
à l'interdiction absolue de l'alcool, est-elle justifiée par l'ob-
servation ou par ses effets physiologiques?
L'alcool a d'abord été doté de i)iopriétés alimentaires ana-
logues à celles des hydrates de carbone (fécules ou sucre), et
on a dit qu'à titre d'aliment carboné il se brûle dans l'éco-
nomie en fournissant de l'acide carbonique et delà chaleur;
c'est une erreur largement rélulée, l'aîcool ne nourrit pas,
4G8 CHAI». M — DES GOUTTKUX.
il Ile se 1)1 ùlc pas; racide cari)Oiii(|iii' loriiH' cl f'IiiiiiiK; ru
pareil cas est nianifcslciiiciil (liiiiiiiiK''.
La fonction principale de Talcoul dans Tor^anisnic r-sl de
modérer la dcnutrilion dos tissus, il a la lacnllc d'enrayer les
oxydations, ainsi que le prouve la diminution d(; l'urée dans
les urines et sans doule aussi la diminution de l'acide uricjue;
car les deux produits de décomi)Osition des albuininates mar-
chent de pair; or si l'acide urique s'élimine moins, comme
il s'en produit toujours, il reste dans le sanj; et forme Furi-
cémie. L'alcool, sous le rai)port de son i)Ouvoiréconomi(jue,
ressemble à la graisse qui exerce également sur les albu-
minates une véiilable épargne (Fokker). A l'aide de l'alcool
connue des graisses, l'urée et l'acide urique se forment
sans doute moins, mais leur élimination est encore plus
amoindrie. On sait du reste, par les expériences de Nencki,
de Simonowski (cliap. 7), que l'alcool diminue la quantité
d'oxygène atomistique ou naissant, disponible pour la com-
bustion des albuminates ; il réduit la désassimilation au
minimum. Si donc en même temps il y a apport exagéré
de substances albumineuses, la production de l'urée et de
l'acide est encore augmentée sans que l'élimination soit en
proportion. L'uricémie, c'est-à-dire la goutte, doit en être la
conséquence, ou si elle existe déjà, elle doit s'aggraver. En
voici maintenant la preuve clinique. L'usage des liqueurs
alcooliques ne suffit pas pour rendre goutteux ceux qui ont
un régime modéré et peu riche en viandes ; c'est pourquoi les
ouvriers, malgré les abus d'alcool, ne deviennent pas gout-
teux; nous n'en trouvons pas dans la population hospitalière.
Vins. — La tradition proscrit les vins comme les liqueurs;
sans parler des vins très alcoolisés, comme les vins d'Es-
pagne ou de Sicile, qui doivent leur mauvaise réputation
aux 15 à 20 pour 100 d'alcool qu'ils renferment, nous devons
rechercher les motifs qui font exclure les vins de France.
nOISSONS DKS r.OrTTKUX. 46'.)
On ;irroi(l(' hicii h; hordiîaux vieux, bien ((iril conlK^niic du
larmiii, (jui iui^uienlr, dil-nn, l;i foinialifui de l'acido uiifjue,
mais on délend le hour^o^no parce qu'il en rt'nf'eriuc; d'où
vient celle mauvaise ré])u(ation du hour^^o^ne? N'y a-t-il j)as
dans lebourg^ogne d'autres principes qu'on aj)pelle excilanls,
sans savoir ce qu'ils excitent, et (?c qu'ils sont ?
Par contre on recommande les vins blancs parce qu'ils
ne sont pas tanniques, j)arce qu'ils sont diurétiques et qu'ils
conliennent de la potasse; il est vrai que celte dernièi'e
substance appartient aussi bien aux vins rouges; ne serait-ce
qu'à ce tilre, je ne défendrai pas l'usage des vins français
poui'vu qu'ils soient vrais et ni trop mouillés ni tiop vinés.
€i«irc. — Le cidre, très en vogue, passait pour donner la
goutle ; on dit aujourd'bui qu'il la guérit; en réalité je trouve
la maladie très fréquemment cbez les Normands et les
Picards, et plus encore que cbez les Bourguignons. Le cidre
est pourtant faiblement alcoolisé, il contient beaucoup de
potasse, mais qui est combinée surtout avec l'acide malique.
Meissner et Kocli ont démontré que Facide malique favo-
rise singulièrement la formation de l'acide urique, et sous
ce rapport ils rapprocbent l'acide malique de l'asparagine
qu'ils côndamnenl solidairement. Ce jugement, qui peut être
sévère, n'est d'ailleurs nullement applicable à Tune dos ma-
nifestations de la goutte, je veux parler de hfjravellt% qui
pcnl aussi élre indépendante de Turicémie. La gravelle, en
elYet, comme nous l'avons démontré, pi'ul tenir à l'insolubilité
de Tacide uri(|ue, de là les cristallisations uiiques et ura-
tiques; le cidre surtout mousseux est un diurétique qui favo-
rise encore la sortie de sables ou concrétions uri(pies; il est
de plus une sorte de li({ueur polassiqu(\ et à ce double titre
je le considère comme un (excellent moyen de combattre la
litbiase uriati(iue i\GS reins, c'esl-à-dire la gravelle.
Tbé et cafô. — La meilleure boisson pour remplacer le vin,
170 Cil Al'. VI. Dl.S (.01)1 11.1 \.
(•'(»sl le llir |M'is à l'oi'lo (1()S(; cl ;'i nue l('iii|M'r;iliii<' (''Icvc'm;;
l;i llii'iiic (ju'il n'iirciiin; ol ([ui ol idcnlifiuii à la calrinc
('■lail. coiisidrivc coiDiiiC un nioyeii d'rpai'^iic, coiiiiih; Taicool
cl le vin, cl c/csl j)Oiir ce iiiuLil" (ju'il ctaiL intci'dil aux ^ioiil-
Icux; ce i»cuL cire vrai pour les peliles doses, mais ne TesL
certaineiiienl pas pour les doses élevées. Depuis viiigl ans,
depuis les travaux de Yoïl jusqu'aux recherches de Francolle
(de Liè^c), on sait que ni hi Lliciiic ni la caféine ne ralentit le
mouvement de dénutiition; les expérimentations plus ré-
centes démontrent que ces alcaloïdes l'avoriscnt les mutations
ori;ani([ues lorsqu'ils sont ingérés en quantité suffisante; le
thé ou le café sont donc le contraire de l'alcool.
De plus les boissons chaudes aromatiques comme le thé
produisent une sorte de lavage des tubes urinifères qui sont
le réceptacle de l'acide urique; ma pratique dt'jà longue m'a
fourni de nombreuses preuves de l'utilité de ces boissons chez
les goutteux. .)em'expli(iue maintenant un procédé empirique
très recommandé aux goutteux qui sont sous l'influence des
accès ; on leur fait prendre une infusion faite à froid ou plu-
tôt une macération de grains de café non torréfié et prise à
froid sans sucre, la caféine agit ici dans toute sa plénitude.
Eaux minérales nlcnlinc.^. — Enux de Vicliy, de Cnrl.«»bnd, etc. —
Guidés par les expériences remarquables faites en 18:25 par
Ghevreul sur l'action que les alcalins impriment aux com-
bustions organiques, qui se passent à fair libre, Mialhe et
Liebig ont pensé qu'il se produisait aussi dans l'organisme
un excès d'oxydation, se traduisant par un excès d'urée dans
les urines et d'acide carbonique dans l'air expiré. Mais l'ex-
périmentation sur les animaux et l'observation sur l'homme
ont donné en général des résultats contraires et souvent con-
tradictoires.
Ainsi Munk et Séverin, d'autre part, n'ont pas observé sur
eux-mêmes, après une dose journalière de 2, de 3 et même de
EFI'KTS DES EAUX ALCALINES SIIR LA GOUTTE. 171
!l j^raimiics ilc hicaiboiiate de soude la moindre iiiodiiicatioii
dans le taux de l'urée <'li minée.
Seegen expérimentauL sur un chien pendant une longue
période d'alcalinisation observa les oscillations les plus mai-
(juées, et finit parconclure qu'il devait y avoir d'autres voies
éliminatoires de l'urée que les reins et les intestins. Rahuteau
et Constant obtinrent des résultats bien dilférents suivant ks
doses; par l'usage de 4 à G grammes de bicarbonate sodique,
l'urée de vingt-quatre heures s'abaissa de 19'^', G àlSgrammes,
tandis ({ue par les petites doses il y eut une légère augmen-
tation. La vérité est, d'après Voit, que l'action du sel alcalin
est insignifiante comme celle du chlorure de sodium; en
efTet les petiles doses de carbonate se transforment dans
l'estomac en chlorure sodique; on croit alors donner un
alcalin, on donne du sel de cuisine.
Il en est de même de l'alcalinisalion du sang et de l'action
des alcalins sur les globules rouges; Clément a pris chaque
jour 8 grammes de carbonate, le nombre des globules tomba
le sixième jour de 4 5t)i000 à 3:^80 000, mais quatre jours
après, tout était rentré à peu près dans Tordre, le taux des
globules s'était relevé à i ^97000. A Vichy, Lalaubie, Cognard
ont observé au contraire une augmentation du chiIVre des
hématies. Il est à croire qu'il n'y a pas i)lus d'action constante
sur la composition du sang, que sur la décomposition des
tissus organiques.
De tout ce qui précède, il serait téméraire de compter sur
une action oxydante des eaux bicarbonatées sodi([ues, comme
il serait puéril d'en craindre Tusage. Klle ne favorise pas
les oxydations, ([ui d'ailleurs ne sont pas à activer puisque
nous savons (jue la goulle ou l'uricémie n'est pas une sous-
oxydation; elle n'alcalinise pas les humeurs comme ou le
croyait autrefois. L'action réelle et utile de feau de Vichy,
c'est son pouvoir diluant, c'est la faculté de solubiliser les
Alî CIIAP. M. — I)KS (lOlITTKL'X.
uialos cl (le iicuiiiilisor l'acide iiri(|iio; de ccUi* faron ello
oiii|)rNli(' les (l(''|)ols (rurale 011 d'acide iiiiqiio de se roriiier;
à ce point de vue clhi leiidia d(; L:iaiids .sc^vic(^^. Les eaux
de Viticl s'(^n rapprocliont coiiiiue »''liiiiiiiati'ices (alcalines so-
diijnes). II en est de nicMiie des eaux(l(3 (ioiitrexéville (pii, loni
en étant bicarbonatées calcaires, ténioi^nenttoule leur action
éliniinatricc dans la gravelle uiicpie. Il restera ensuite, en
tant que médication antigoutteuse proprement dite, à établir
la comparaison entre YicbyetCarlsbad, qui diiï'èrede Vicln pai"
le clilorure sodiqu3 et les sels de magnésie. Mon expérience
me porte à les mettre en parallèle chez les goutteux hépatiques
et à donner la prépondérance à Carlsbad dans les affections
goutteuses de l'intestin ; et dans les dyspepsies stomacales à
l'eau de Vichy, qui prise avant le repas augmente la formation
du suc gastrique, favorise la digestion pancréatique, et neu-
tralise l'action nuisible de l'acide lactique et des acides gras.
Dans la goutte chronique, comme nous allons l'indiquer,
l'emploi systématique de ces diverses eaux me paraît inutile,
souvent dangereux, — particulièrement chez les goutteux
dont le cœur et les artères ne présentent plus l'état normal.
§ 9. — Du ■•ë^inic de la goutte ehronique, articulaire
et iuterne
On a formulé pour les goutteux à l'état chronique des
régimes spéciaux, comme si ces malades étaient sous l'in-
fluence sans c^se menaçante d'une invasion aiguë, et comme
s'ils devaient par conséquent être traités à la manière des
goutteux paroxystiques. Ces régimes sont pour la plupart le
résultat de combinaisons et de vues théoriques. — Garrod,
en vertu de sa doctrine de l'uricémie par rétention de l'acide
urique, restreint avant tout l'usage des viandes et de toutes
les substances fortement azotées, proscrit les spiritueux et
UÉGIME I)i: LA GOUTTE ClinONIQUE. iTS
pLM'inct un j!(3ii de «graisse; il csl iinpossililc de composer un
rali(uincni<'nt durable avec de pareilles restrictions. Cantani,
ju«ieanl la j^outle comme une sous-oxydation de l'urée,
prescrit le régime le plus rigoureux pour activer la com-
bustion des alhuminates ; donc pas de graisses ni d'hydrates
de carbone; il ne permet d'ailleurs le bouillon, la viande,
les œuls et le poisson (ju'à dose modérée ; par conti'e le
goutteux peut prendre de grandes quantités de végétaux
(salade, cresson, chicorée), qui ne contiennent ni graisses
ni hydrocarbures, c'est-à-dire à peu près rien de nutritif; il
proscrit surtout les acides et les condiments. — En un mot
il faut restreindre, dit-il, toutes les substances qui diminuent
les oxydations corporelles et qui attaquent vivement les alhu-
minates; c'est pourquoi on doit supprimer les graisses qui
t(se)it l'oxygène à leur profit. Ce système, ({ui a été en vogue,
mène tout droit au dépérissement, ce dont le goutteux à
l'état chronique peut bien se passer. — Ebstein procède
autrement. Il diminue la ration totale, il réduit l'usage des
viandes, permet une certaine quantité de graisses, parce que
celles-ci procurent facilement le sentiment de satiété, recom-
mande les fruits, qui sont cependant sucrés et proscrit à peu
près complètement l'usage des fécules, du pain, des j)ommes
de terre, du riz, du sucre. La bièic est supprimée, le vin est
admis, mais le point important c'est la nécessité de boire
chaque jour 2 à 3 litres de; liquide, eau de source ou de
puits, ou eau minérale alcaline; cette prescription est évi-
demment utile pour augmenter la solubilité des uralcs.
Senator entre plus pratiquement dans la discussion du
régime. 11 dit avec raison que le médecin n'a pas pour devoir
d'atïaiblir le malade, qu'il n'a donc pas le droit de restreindre
la nourriture, et qu'il ne doit avoir d'autre préoccupation
que d'améliorer le genre vicieux de nutrition. — Une cure
de réduction ou d'amaigrissement, pour peu qu'elle constitue
i:i CIIAI". VI. - DES r.Ol'TTKUX.
uiit.' ii'loniic l)ni^(|uc (hiiis la vie du iiialadf, ol, un véi ilalilr
daii^iM', cl lail passer la ^uullt.' à l'élal aloiiijjiic. — Le
nioilliMii' iryiiiic, dil Scualor, csl le l'é^niu»' iiii\l<' avec ])ch
(II' ijrdissCy cil «^viit'ial iiiu; scnlo l'ois pai' jour de la viande,
avec exclusion des viandes fumées ou l'olies, du poic, du
IVoniayc, (les mets farineux, i;ras cl (''picés, et surtout du
jaune d'œuf. — Des soupes de toute espèce, des huîtres, la
plupart (\rs poissons, des légumes jeunes et Irais, des friiils,
peu de cale et de llié, moins encore de spii'itueux, voilà uiil'
consultation plus pratique, mais qui finiiail ('gaiement par
jeicr le malade dans la débilité par inanition relative.
Les préceptes hygiéniques posés par UlVelmann sont-ils
plus susceptibles d'une longue et utile application? — Aux
goutteux non alTaiblis, il prescrit 100 grammes (seulement!)
de viande, surtout de volaille, gibier, moins de viande de
bétail, des poissons maigres, une petite quantité de lait et
de beurre, par contre une grande quantité de végétaux (riz,
pommes de terre, bon pain blanc, farines de légumes secs),
des fruits, du café, du thé, à peine du vin et des spiritueux,
des eaux gazeuses en quantité. — Prohibition complète des
repas excessifs, des mets extras, nécessité absolue des exer-
cices musculaires. On se demande comment cette alimen-
tation éminemment féculente, qui est précisément l'inverse
de la nourriture albumino-graisseuse de Garrod, Ebstein,
Senator, pourra, surtout avec une faible quantité de
100 grammes de viande, être continuée sans déterminer un
engraissement nuisible, particulièrement du cœur qui a
déjà cette tendance naturelle dans la goutte? Je ne signerais
pas une pareille ordonnance. — Pour les goutteux gros et
rubiconds, comme pour les goutteux débilités, pâles et à
laible musculature, je n'hésite pas à indiquer un régime dit
fortifiant, contenant la quantité physiologique d'albuminates,
de viandes noires, œufs, lait (120 grammes au moins de
DES GOUTTES CIIHONIQUES INTERNES. 475
principes azulés pai" jour) uikj puiliuii iniiiiiiic de j^i'aissc,
une ration restrcinlc de réciileiits, soit purs, soit azotés, des
légumes vcrls à discret ion et des fiuits mùis ; on a beaucoup
préconisé les cures de fruits, de cerises, de fraises, de raisin
et môuie de niolou ; c'est là une sorte de diète frugivore.
Récemment un pliysiologislc distingué, Bunge, a cherché
à prouver ({ue notre organisation se rapproche de celle des
singes, et que nous devons être des frugivores à leur façon ;
mais le singe mange moins de fraises que d'amandes, moins
de melons que de noix; la comparaison n'est pas exacte et ne
nous iiumilie pas.
Parmi les boissons, les plus utiles sont les vins blancs
légers et le café noir lé(jer. Le café non torréfié, mais broyé
et macéré, a longtemps joui d'une certaine renommée dans
le traitement (1(3 la goutte ; — on ne sait ce que contient une
pareille macération; à côté de la caféine Fempirisme seul a
présidé à celte singulière médication.
On ignore encore plus l'action des cures de petit-lait, et on
a oublié la cure aquatique de Cadet de Vaux, qui au (h'but
de chaque attaque faisait avaler 180 à 210 grammes d'eau
tous les quarts d'heure, c'est-à-dii'e quarante-huit lations
de ce genre par jour.
Au résumé (juand le goutteux a passé à l'état de goutteux
chroni(juc avec dépôts permanents d'urates sur la plupart
des jointures, dans la peau, dans les organes, il n'y a plus à
empêcher ces formations uraticjues et graisseuses; il n'y a
plus à songer à les faire disparaître entièrement; toute la
préoccupation du médecin doit consister à enrayer les acci-
dents aigus plus ou moins durables, par des doses modérées
de salicylates, par dos bains sulfureux ou chlorhydrosodiques,
et à soutenir le malade par un régime moyen de viandes de
toute espèce, du poisson et du gibier, des légumes frais et des
li'uit<. — L'hvgiène alimentaire devi-a être celle de tous les
•iTi; cii.M*. M. in:s coinii.i \.
nialiidcs ;in";iil)lis |t;ir l;i iiialadif cl les soiinVaiircs, cl les
|>i't'()('rii|iarKiiis lli(''()ri(jii('s ont perdu leur (»|»j)()i lu nih'*. —
S'il eu snl»sisl(' une seule, elle de\ ra viser le vice nul rilil (ini
esl dans Ions les tissus, dans tous les ('li'iiK^nls cidiulaiies
de TorLianisnic, et cette tache est diriieile à l'eniplii', cai' il
s'.igii'a non d'aetiver les com])nslions (jiii no sont ni
au;4nientées ni ralenties, mais de rclaire la conslitiilion ; il
s'aiiira surtout de favoriser la solubililé de l'acide urique,et
cette indication se rapporte aux boissons abondantes.
Quand le goutteux esl atteint dans le système cardiaque
ou vasculain*, il rentre dans le droil commun des cardiaques.
Ouand il esl dyspeptique il laudra chercher la nature, le
siège et l'origine de la dyspepsie, et traiter celle-ci comme
une dyspepsie vulgaire, gastrique ou intestinale; la diathèse
n'y fera plus rien, et n'imprimera aucune modification au
traitement habituel des dyspepsies vraies ou fausses. Lorsque
enfin la maladie s'est localisée dans les reins, il se présente
deux éventualités, ou il existe une néphrite interstitielle ou
uratique ; ce sera toujours une néphrite (Voy. chap. x) ou
bien ce sera la gravelle, que nous étudierons pour finir
l'histoire de la goutte.
§ 10. — Traitement hygiéiii(|tio de la gravelle
Deux indications sont à remplir, l'une s'adresse à la goutte,
Tautre à la précipitation de l'acide urique dans les reins.
Nous savons que la goutte est un vice de nutrition en vertu
duquel il y a formation en excès d'acide urique dans les
tissus et le sang; le régime doit être modifié dans le sens
de la diminution des principes carnés et l'augmentation des
aliments végétaux, avec suppression complète de tous les
excitants solides et liquides. D'autre pari, pour éviter la cris-
tallisation de l'acide urique, on entretiendra la diurèse par
DU DIAntlK. 177
(les Ijoissons aboiidaiiles (Canlaiii), du lli»^ ou du lait (ju pai"
une cure de raisin, el on prescrira en même temps les
exercices musculaires.
A côté de la gravelle uriquc ou trouve souvent la «^ravelle
oxalifpic; Tacidc o\ali(iuc ([ui est moins oxydé que l'acide
urique présente avec cet acide urique la plus grande alïinité,
et déiive de la même source; toutefois la gravelle oxa-
lique n'est jamais goutteuse, car la goutte uricémique ne
produit i)as Toxalurie; il est donc à su})poser que les deux
genres de gravelles peuvent être indépendants de la goutte;
Toxalurie provient souvent de l'usage de l'oseille, des
tomates, des épinards, et en général d'une alimentation
végétale abondante, de l'usage de la bière et des vins mous-
seux; ce n'est pas là la causalité de la goutte. On connaît
aussi une pliosphaturie qui en général dérive d'une cause
locale, du catarrhe vésical, et s'accompagne d'un certain
degré d'alcalinité des urines.
CHAPITRE VU
DES DIABÉTIQUES
De même que la goutte et plus encore qu'elle, le diabète
est tributaire du régime, mais à un point de vue opposé, et
de la musculation avec la même modération. La goutte doit
son origine à un excès d'acide urique dans le sang, le dia-
bète à un excès de sucre; le régime de la goutte réclame la
réduction des substances carnées, le diabète la suppression
des substances féculentes.
Le diabète sucré est une maladie chronique, un mode de
dénutrition spéciale qui se caractérise essentiellement par la
4'H CHAI». MI. - i>Ks i)iAi;i;ri(M;ES.
|»r('s<'ii((' (lu siicic (l.iiis les iniiios; sans la ('limnicih' il if \ a
pas (le (lialH''l(', il |»eiit y avoii' iiik^ j^lycosiiiic tiaiisiloii'o,
(|ui (oiisliliic un |ili(3noiiiciH' disparaissaiil avec sa cause,
mais 1)011 une nialadiiî (jiii pci'sislc souvciil sans rausn
COllIllK'.
I)(»puis la lin du xvir' sièclo Thomas Willis, puis Dohson
el Cowlcy, Ilomi; avaiciil reronnu 1»; sucre dans les urines
des })olyuriques, mais ces notions incomplètes étaient ou-
bliées lors([u'en 171)<S un médecin an^ilaisRollo, et, en 1803,
deux médecins normands Nieolas et (lucudevillc donnèrent
du diabète la description la plus précise et les indications
les plus judicieuses de traitement. A leur tour ils restèrent
dans Tombre.
Il fallut le génie de la physiologie, il fallut Claude Bernard
pour démontrer l'origine, la nature et le mécanisme du
diabète. En 1848, il découvrit le rôle du sucre dans l'orga-
nisme, la formation dans le foie sous le nom de matière glyco-
gène, de la matière qui précède le sucre; puisses merveil-
leuses découvertes furent complétées dans les six années sui-
vantes, et continuées jusqu'à la fm de sa glorieuse vie, sur la
manière de faire artificiellement la glycosurie par la piqûre
du quatrième ventricule, ou d'un point spécial de la moelle
allongée, soit encore parla curarisation de l'animal, ou bien
enfin par les troubles provoqués de la circulation. Tout ceci
est riiistoire moderne de la glycosurie. Est-elle applicable à
l'histoire clinique du diabète? C'est ce que nous allons
examiner après avoir d'abord montré la manière dont l'or-
ganisme produit le sucre dans l'état physiologique.
§ 1. — Origiuc et fonction du sucre
Origine du sucre à l'état normal. — Lorsqu'cU 1815 Chcvreul
vint cà prouver que le sucre des diabétiques est identique
OllIGINK KT FONCTION DU SL'CIlE. 47'.)
avec le sucre de raisin ou glycose provenant de la tiansfoi-
inalion dr's léenles, loiscpie Tiedenian et Gniclin vinrent à
lenr lonr déiiionli'ei* cjne par la digestion normale des sul)-
slances l'éeulentes il se I'uiiik; du sucre de raisin, il devint
impossible de considérer comme un lait extraordinaire l'aj)-
parition du sucre dans les organes digestifs des diabétiques;
c'était en cllet un pi'oduit normal (pii s'exagérait dans cer-
taines conditions morbides; d'après cela, toutes les théories
fpii font provenir le sucre diabétique uniquement des ali-
ments féculents introduits et transformés dans le tube diges-
tif étaient d(''jà gravement compromises, quand Cl iiude Bernard
reconnut dans le loie le pouvoir glycogène, c'est-à-dire de
former du sucre, rien qu'avec les aliments albumino-fibri-
neux en l'absence de toute alimentation sucrée ou féculente.
Il est en effet démontré maintenant que lors de la décompo-
sition ou métamorphose des albuminates, il se forme d'une
part de l'urée que nous trouvons dans les urines comme le
dernier terme de cette transformation, et, d'une autre part,
un cor[)S inazoté, c'cst-à-diie la graisse ou un hydrate de
carbone comme le sucre.
Seegen a vérifié le même fait, par l'action chimique des
j)eptones sur le foie, ces produits d'albuminates augmen-
tent le sucre hépatique et donnent encore lieu à un autre
hydrocarbure. Ce di'doublement des albuminates en urée
ci en sucre n'a nullement lieu dans les organes digestifs, ce
n'est pas un acte digestif oi'dinaire, qui se passe dans
l'intestin, c'est un acte de nnliilion inlinie qui a lieu
certainement dans la trame du foie, et sans doute aussi
dans les éléments cellulaires d'autres organes ou d'autres
tissus, particulièrement dans les muscles, c'est ce que Claude
Deinard appelle la digestion inlcrsliticlle. Voilà les deux
sources du sucre.
La fonction glycogène du foie est naturellement influencée
480 ciiAi'. VII. — DKs DiAi{r:TiQi;i:s.
par le ^ciirc (ralimciUs ainsi (jik; par les ((Hidilions d iiiiici-
vatioii et tic circiilalioii dt; Tor^aiK; Iiii-iiirmc ; la pliiparl des
liydi'ati's de carbone, leciiles ou siicics auj^nnenlciil consi-
dci'ahlciiiciil la Iciicm-du l'oie en inalièregiycogène, les alhii-
minalcs le font moins.
La plupart des autres substances qui ont été examinées
dans ce but, telles cpie Tinosite (sucre des nniscles), la man-
nite (sucre de certaines plantes), les «gommes sont sans
inlluence aucune; il en es! de même des acides ^vas, tandis
que les graisses neutres l'orment la {glycérine et accentuent
par cela même la quantité de glycogène.
Un fait plus singulier a été avancé récemment (Arch. de
P(lK(jery 2^5 juin 1886) par Seegen. Par de très intéressantes
expériences sur les cliiens, il démontre que bien que la ma-
tière glycogène reste la même, le foie a le pouvoir de trans-
former les graisses en sucre, la substance éminemment
dynamogène, ce qui indique la grande valeur alimentaire
et calorigène de la graisse elle-même. Toujours est-il que
quand le sucre est formé ou apporté directement dans le
foie, il passe dans le sang où on le retrouve constamment;
mais comment et sous quelle forme y arrive-t-il? Celui qui
vient de l'intestin est absorbé, non par ses vaisseaux lym-
phatiques, mais par les vaisseaux sanguins, particulière-
ment par la veine porte. Mais il ne paraît pas dans le foie
sous la forme directe de sucre; il y est à l'état de glycogène;
là il s'élabore à nouveau et s'y transforme sans doute sous
l'influence d'un ferment encore inconnu, en sucre, lequel
passe dans le sang de la veine afférente, c'est-à-dire de la
veine hépatique pour se distribuer et pour se consumer
dans les diverses parties du corps. Le foie est donc le labo-
ratoire de la matière glycogène; il est en même temps une
sorte de cloison interposée entre le sang venant de l'intes-
tin et le sang général de tout le corps; si le foie est malade,
ORIGINE ET FONCTION DU SUCRE. 48t
OU s'il est rendu impuissant à fonctionner, à plus forte
raison si on l'extirpe chez uu aiiiuial à san^ froid, ce qui
est facile, la fonction ,^lycogéni([ue est suspendue. — S'il
est intact, il fabrique la substance glycogène et partant le
sucic, (pii ai'iive dans tout le système sanguin et vasculaire;
c'est pour(pioi le sang- qui sort du foie contient plus de sucre
que le sang- de la veine porte; c'est pourquoi aussi dans le
reste du parcours du système artériel le sang renferme une
proportion de sucre sensiblement identique; c'est pourquoi
enfin dans le sang- veineux général, ainsi que l'ont démontré
Claude Bernard et Ghauveau, la proportion de sucre est
variable, mais toujours inférieure à celle du sang artériel.
Cela veut dire que le foie forme le sucre, et que tous les
autres organes le détruisent plus ou moins rapidement.
On retrouve en effet, et c'est un fait aujourd'hui hors de
doute, le sucre partout dans le sang de l'homme sain; en
petite quantité il est vrai, ainsi 1 à 3 décigrammes pour
100 grammes de sang. En parcourant les divers organes, il
reste invariable; en tout temps, il se brûle ou s'élimine par
les reins. Les reins en laissent passer une quantité dou-
teuse; on discute encore aujourd'hui sur la (jueslion de
savoir si les urines en contiennent à l'état normal; Seegen
qui Ta cherché par les procédés les plus délicats n'en a pas
constaté; Abelès qui em[)loie des procédés encore plus mi-
nutieux semble l'avoir constaté.
Si r<'limination est si aléatoire et en si faible quantité,
c'est ((ue la plus grande partie de ce sucre est comburée et
transformée en acide carbonique, qui est expiré par les
poumons; mais il en reste dans le sang-, même dans les
périodes avancées de l'inanition. — Déjà le sucre a disparu
du foie sous l'inlluence de la diète absolue, qu'on en re-
ti'ouvc encore dans le sang, et on se demande quelle peut
alors eu être la source? il est probal)le qu'en l'absence de
SÉE. V. —31
48f ( IIAP. Ml. — DES DIAUf-TIUUKS.
l;i iniidioii L^lv((tL:<'iii(|n(' <lii l'oie, «•('llc-ci so rclronvo encore
dans (railliez lissiis, pai liciilirrcniciil dans les nmsclc-. I)(;s
cxi)(''ri('ii('<'s (le Wciss tcndciiL à proiivci' (jii»' lois d'une ali-
menlalion oxchisivemenl albiiniiin'usc, h's muscles conlien-
ncnl j)liis de ^lyco^ènc que le foie; ce qui (ail supposeï- (jue
leur pouvoir ^lycoi^ène dure ainsi plus; ce qui est coilain,
c'est que pendant et pour le ronctionncment des muscles
Imir matière jïlyco'j'ène est utilement employée et usée; ce
sont, en eiïel, non les muscles qui s'épuisent par le Iravail,
mais leurs matériaux carbures comme le sucre qui se In ù-
lenl pour former la chaleur et le travail mécanique (Giiau-
veau).
Nous voici arrivés à la fin de Todyssée du sucre dans l'état
normal ; voyons ce qu'il devient dans l'état morbide, c'est-
à-dire dans le diabète.
§ 2. — Des iii'incs cliabctic|ucs
Les urines diabétiques présentent quatre éléments impor-
tants, dont l'un est constant, c'est le sucre, qui forme la
condition sine qua non; — le deuxième, plus éventuel, c'est
l'urée ; — le troisième, accidentel, c'est l'albumine ; — le
quatrième est mortel, c'est l'acétone; il faut ajouter à celte
composition qualitative la quantité excessive, la polyurie,
qui est un des premiers signes révélateurs.
1° La sécrétion dc l'urinc est en général tellement con-
sidérable qu'elle provoque des besoins incessants d'expul-
sion ; les épreintes vésicales chez les adultes, et l'inconlinence
chez les enfants doivent attirer l'attention du médecin sur
les urines, qui au lieu de 1 litre 1/2 s'éliminent souvent dans
la proportion de 5 litres, et jusqu'à 16 et môme 18 litres
par vingt-quatre heures. Ces chiffres correspondent en géné-
ral à la quantité de liquide prise en boissons ou contenue
DES UIUNES DIAlJf: TIQUES. 183
dans les aliiiicriLs. Les inaladrs (fui, après un conlrùh.» exact,
rendent plus d'eau par les reins, la peau ou l'intestin qu'ils
n'en prennent par voie d'in|.;cstion stomacale, paraissent la
puiser dans les tissus et les liquides de roi\i«anisme ; mais
avant de conclure ainsi, il faut se rappelei- que, d'après les
recherches de Falk, les diahétiques rendent leur boisson
bien plus tardivement que dans l'état sain.
2" sucpo do raiNin ou ^lycoMc. — Lc sucrc éliminé par les
urines, c'est le sucre de raisin, aussi désigné sous le nom de
glycose, et de dextrose, parce que, examiné aux rayons de la
lumière polarisée, il dévie le plan de polarisation à droite.
Selon la gravité du diabète, on en trouve depuis quelques
grammes jusqu'à 100 et même 250 grammes par litre d'urine ;
ce sont là les quotités extrêmes. — Naturellement la quantité
varie chez le même malade avec le genre de nourriture ; il
est maintenant prouvé que la plus grande partie du sucre
diabétique provient de la nourriture féculente, laquelle subit
toujours une transformation en sucre. On peut donc dire que
la déperdition de sucre par les urines est proportionnée à la
matière amylacée des aliments, et qu'elle augmente ou
diminue avec le chiffre de ces éléments nutritifs. Lorsque le
diabétique s'abstient de fécules, le sucre peut disparaître
entièrement des urines. Ceci veut dire que le diabétique a
perdu plus ou moins complètement le pouvoir naturel de
briller le sucre et de le transformer en acide carbonique et .
on eau; il le perd par les urines. Cette influence des aliments
est telle qu'elle se fait sentir une ou deux heures après leur
ingestion, et que par conséquent le dosage du sucre urinaire
varie dans la même journée chez le môme malade.
Il existe encore d'aulres conditions qui font osciller la
courbe de ces éliminations de sucre. On a noté surtout les
troubles de l'innervation, les émotions morales, les états
morbides du système nerveux, qui augmentent souvent la
.1^1 CHAI». \\[. — DKS DIAnflTIQUES.
pulyiii'io sii('r(î(3. l.a licvic an conUairc la (liminiic ; mais ce
suiil les exercices aclil's, (|iii pîissciil. pour enrayer li"aiisi-
loiiMMiK'iii l'émission du sncre; ils nsenL en eiïel l;i lu.ilièrc
^iycoi^ène du muscle. — 11 i'aut tenir compte de toutes ces
causes de clian<.,^cments avant d'('tal)lir un |)ronostic.
Ouiro le sucre de raisin on a ti'ouvé parfois dans l'urine
dialjcti(iue d'autres espèces de suci'cs, dont l'un s'appelle
Vinosite, l'autre le sucre de fiuits ou lévuloae, qui, d(! mènni
que le ylycose, a le pouvoir de léduire la licjueur cuj)ro-
potassique et d'en précipiter le cuivre sous forme d'oxyde,
mais qui en diffère parce qu'il dévie le plan de polarisation
à gauche; ces données n'ont qu'une médiocre importance au
point de vue pratique.
3° rrée. — i>hosi»iiatc<4. — Cc qui cst bien autrement impor-
tant, c'est que le diabétique ne détruit pas le sucre et qu'il
l'élimine ; il perd en môme temps une quantité beaucoup plus
marquée d'urée que dans l'état normal, sans que toutefois il
y ait proportion entre ces deux déperditions ; on sait que
l'urée provient de la destruction moléculaire des albumi-
nates alimentaires ou corporels. Dans le sang lui-même, au
lieu de 0,01 pour i 00 on trouve neuf fois plus (lloppe Seyler).
4" Albumine. — Un certain nombre de diabétiques (10 à
15 p. 100) perdent en même temps que le sucre une petile
quantité d'albumine. Dans ces cas il est rare que l'albumi-
. nurie provienne d'une inflammation concomitante des reins,
c'est-à-dire des tubes urinifères ou de leurs interstices. Il
semble donc qu'on soit amené à invoquer une simple irri-
tation de ces tubes et la chute de leur épithélium par le
passage conlinuel du sucre, d'où il résulterait une perméabi-
lité plus grande des tubes pour la partie albumineuse du
sérum du sang. Mais de nouvelles recherches d'Armani,
d'Ehrlich et surtout de Strauss {Arch. de physioL, 1885,
t. VII), ont démontré que dans les tubes contournés on
DES UUINKS I)IAl;f;TIQrKS. 485
trouve une soiie (riiililhalion de inaliôre ^^lycoj'ùnc; Klirlirli
l'a constate treize luis sur quatoize cas devenus mortels, et
Sirauss deux lois sur six; celle imprégnation sucrée des
reins n'est donc pas un phénomène commun, mais qiiniid il
existe il est bien de nature diabéticpie; ceci n'empeclic pas
de rejeter tout parallélisme ou toute allernance enire l'alhu-
minurie diabétique et le diabète lui-même.
5° Acétonuric, etc. — Un élément mortel, sur lequel je n'ai
par cela même pas à m'arrèter, c'est l'acétone qui, d'après
Petters et Rupstein, existerait dans le sang- et serait la cause
du coma mortel. L'acétone ainsi que ses dérivés ou ses prolé-
gomènes se trouvent souvent dans l'urine et constituent l'acé-
tonurie et la diacéturie parfaitement étudiées par Jaksli.
Vacétone est un produit d'oxydation des albuminales; V acide
diacctiqnCy qui résulte dans l'organisme d'acide formique et
d'acétone, donne Tune une odeur de pommes à l'urine, l'autre
une coloration loncée rouge brun àTurine traitée parle per-
clilorure de Ter. Celte diacéturie ne paraît se rencontrer (juc
clicz les diabétiques amaigris, cacliectiques, et elle annonce
souvent un coma mortel.
Récemment on a remarqué aussi, comme produit d'oxyda-
tion des albuminates, une grande quantité d'ammoniaque,
jusqu'à 3 à grammes par jour (Ilallerverden) ; or, comme
l'urine diabétique conserve malgré la présence de cette base
alcaline son caractère acide, on a recliercbé la cause de cette
acidité; Stadelmann a indiqué un nouvel acide, et Min-
kowski en a décrit un autre qu'il désigne sous le nom d'acide
oxybutyrique ; or c'est cet acide qui serait le premier degré
de l'acéturie. — Toutes ces données ont besoin de v('ri-
fication.
néparUlion du Niioro ilinbrf ir|uo. — <:iycoiiiic. EuISSo, Aui-
brosiani retira du sucre cristallisé du sang des diabétiques;
d'autres cliimistes avaient tenté infructueusement la mémo
^SC^ i'.W.W. VII. — DES DIAUÉTIQI'KS.
r<M liorclio, lors([iie deux ans après, I*élijj:ol (Àjuutlrs de cJn-
)tti(' cl (le pJif/si(/K(\ i8.i7, ]). loO) fixa (Irliiiilivcmcnt la
( (trii|>osilion et la lonmilo (in siicie (lial)(''ti(jU('. La ((iianlilé
(l('-ii(TC (lu sari};- a élé dclcrminéc par Lehman cl Ulijc, etc.;
(lès ((u'elle dépasse 80 ccnti^raiiiiiics pour 100, clk doii
être considérée comme anormale.
La (lilTiisibililé du sucie fait (ju'on le retrouve dans tous
les liquides sécrétés et excrétés, dans la salive, la sueur, les
larmes, le suc gastrique, dans rexpecloration, dans le liquide
des cavités séreuses, la diarrhée.
Parmi les organes qui contiennent le plus manifeste-
ment le sucre, se trouve le foie, qui contient certainement
aussi de la matière glycogène (Frerichs, L]vvald). Le corps
vilré de l'œil et la lentille oculaire renferment également du
sucre et de la matière glycogène. Enfin les muscles sont
également pourvus, comme on le sait, de matière glycogène.
C'est surtout le foie qui est le siège de la fonction glyco-
génique, il fabrique plus de glycogène lorsqu'on introduit
avec les aliments des hydrates de carbone; ce fait est connu
depuis longtemps, mais ce qu'on ignorait, c'est que quand
on ajoute à la nourriture hydrocarbonée d'un animal, par
exemple d'un lapin, une certaine quantité de substance azo-
tée, et surtout contenant du carbonate d'ammoniaque, le
foie forme bien plus de glycogène; il en est de même par
Lusage de Tasparagine qui favorise également la glycogénie;
c'est ce qui ressort des recherches de Weiske, et des récentes
expériences de Rôhman {Arch. de Pflûger, mai 1886). —
Cet expérimentateur ajoute que, contrairement au carbonate
d'ammoniaque, le carbonate de soude n'exerce pas d'in-
lluence sur la glycogénie.
VIL DU DIAnr.noUE. 487
§3. — vie cla dlnliétlquo
(lomnientvil le diaLtHique? c'est la question indispensable
à résoudre pour ari'iver à niodilier sa iinirition troublée.
i° Le diabétique ne déiruil pas le sucre. — Il y a un pre-
mier fait qui est prouvé par l'observation et par Texpéri-
mentation, c'est que le diabétique a perdu plus ou moins
complètement la faculté de transformer le sucre provenant
du dehors ou des tissus corporels, et de le brider en acide
carbonique et eau. A l'aide d'un grand appareil respiratoire
installé à Munich, Pellenkofer et Voit ont mesuré la quan-
tité des gaz qui entrent et qui sortent des poumons, et ils ont
l)u démonlicr que le diabétique absorbe moins d'oxygène, et
rend moins d'acide carbonique et d'eau qu'un homme à l'état
sain, prenant la même nourriture. Ce n'est pas à dire que
l'oxydation du sucre soit complètement interrompue; Kulz a
constaté qu'une partie seulement des fécules ingérées s'éli-
mine sous la forme de sucre. Le même auteur a j)rouvé que
plusieurs espèces de sucres, comme la mannitc, le sucre de
fruits (lévulose) et l'inosite sont susceptibles d'être décom-
posés dans l'organisme du diabétique, sans que par consé-
quent les urines deviennent plus sucrées.
^^ Le diabétique détruit souvent au contraire les matières
albu}nineuses. — Tandis que le malade ne sait plus, ne peut
plus comburer le sucre, il détruit au contraire souvent d'une
manière complète les matières alljumineuses, ainsi que le
prouve l'émission parfois très considérable d'urée par les
urines. On avait supposé, le malade toujours altéré introdui-
sant plus d'eau, que cet excès d'urée provenait d'une sorte de
lavage des tubes urinifèn^s des reins par suite du passage in-
cessant de l'eau; mais c'est là uik^ supposition, car il est des
diabétiques qui tout en buvant beaucoup ne sont pas azotu-
488 CllAP. VII. — DES lUAr.f/riQllKS.
ri(Hi('s, cV'sl-à-diic ikî rciidciil pas |»lus (rim'c (jii'à ïv\i\l
noniial.
(jaclli^cns en coiiipaianl les nintalions organifjiios d'un
dial)('li(|iH' cl celles d'un léinoiii (jiii se iioiiriil de la mniie
l'aroii a montré (ju'il ne s'agit pas (riiii excès lelalil d iir/'e,
mais d'une auj^iiien talion absolue, c'esl-à-dirc d'une lorma-
lion exagérée de déelicls jiiovcnant d( s ni.alièrcs albiinii-
noïdes; ceci est surtout vrai poui' les cas graves. On \oit
alors malgré la suj)pression absolue des fécules, et jiai une
nourriture exclusivement azotée, persister le sucre. D'où
vient ce sucie? évidemment des matières azotées elles-
mêmes qui se dédoublent en urée et en sucre. — C'est pour-
quoi Seegen, qui a lanl observé de diabétiques à Carisbad,
considère comme graves les diabètes qui résistent au régime
carné exclusif, comme bénins les diabètes qui disparaissent
sous cette influence. — Il est vrai qu'un diabète léger peut
sans molir appréciable prendre des allures graves; il peut
avoir passé inaperçu et revêtir d'emblée le caractère perni-
cieux. Dans ces cas, tout porte à croire que le pouvoir glyco-
gène du foie est compromis et que les muscles eux-mêmes
sont également incapables d'en former; on est dès lors en
droit de conclure que ce sont les aliments albuminoïdes eux-
mêmes qui forment ce sucre en se dédoublant en urée et en
sucre; c'est dans ces circonstances qu'apparaissent les phos-
pliates calcaires en excès et des sulfates qui proviennent de
la décomposition des albuminates.
3° Le diabétique peut avoir les apparences de la santé. —
Sigties révélateurs du diabète. — Il est des cas, d'ailleurs
très rares, où le diabète se montre brusquement sous l'in-
fluence d'une impression nerveuse, d'une cause traumatique
(blessures, chocs, etc.); la plupart du temps on ne sait pas si
le patient a été diabétique avant l'accident, avant l'émotion;
toujours est-il que les phénomènes du diabète se montrent
VI K DU l)lAi;i:TinL'E. i«'.i
d'une iiiMiiiùic siirai^iië. — Mais oïdinairfnK'iil il n'en est
l'as ainsi, la maladie passe absolunienl ini'connue, le malade
«lyant loulcs les appai^ences de la sanlr, souvent niènv un
degi'(' prononcé d'eiidjonpoint, avec un ajux'lit dniil il se
vante; c'est à peine s'il accuse (piehiues douleuis loinbaii'cs,
de la fatigue, de la faiblesse générale et de riiiii»nissance
relative.
4° Lo diabète se révèle tantôt par les signes classiques^
cVaulres fois par des indices étranges et se continue par les
maladies les phis giaves,
a. suigncM coiiiiiiuiiH. — Les diabétiques éprouvent ordi-
nairement une soif intense, une polyurie très marquée et
une polypbagie proportionnelle; la soif inextinguible est pré-
cédée généralement {)ar la polyurie, et celle-ci procède du
sucre qui, pour se dissoudre, exige une sécrétion considé-
rable de liquide urinaire. Il ne faut cependant pas oublier
qu'il y a des diabètes graves sans diurèse bien prononcée,
el avec une soif modérée. Vappétit excessif \)vo\\Gnl sans
doute de la déperdition incessante du sucre et de la destruc-
tion continue des matières albuminoïdes. Les masses ali-
mentaires, quoique bien digérées, ne réparent pas, mais
elles servent souvent à engraisser le malade par suile du
dédoublement des matières albumineuses en urée vl en
graisse, par suite aussi de la transformation des fécules en
graisse.
b. iiKiicoH. — Parmi les indices, il faut signaler souvent
les pliénomèncs les plus étranges en apparence : la séclie-
resse du gosiei* et de la langue, une sorte d'angine sèclie,
facile à comprendre, l'altération des gencives (pii devien-
nent molles et saignantes, la carie dentaire, tout cela sous
l'influence du sucre qui passe par la salive, s'y transforme
en acide lactique, lequel compromet les divers organes de
la bouclie.
4'.i(i (.MAP. \ii. — i)i:s i)iAi;i':iiQi;i:s.
Dans (raiilrcs cas la scrnc se passo V(.m"s la peau, (jiii
paiTdis cesse (le li'auspircr; des iriilalioiis dos téj'iiiiieius,
smUuil dans les it'^ioiis ([ui sonl en coiilacl avec ces mines
sucrées cl inilaiiles, des Fiironcles, des aFilliiax, ouvrent
souvcnl la scène morbide.
l\irr()is encore les malades se plaignent de man\ de tète,
di' migraines, d'aHaiblissement physique et même intellec-
Inel, ce (pii est plus rare, de vertiges, cl surtout de douleurs
névralgiques dans les membi'es inférieurs, les sciatiques
doubles étudiées pouj* la première fois par Worms; les alté-
rations de la vue, les cataractes sont l'réquentes, mais non
encore interprétées.
C. MalaUicw des pouiiion.*». — l*hliMic bncilluire. — Lc diabé-
tique devient souvent tuberculeux, et la phtisie bacillaire
peut apparaître avant que le diabète soit démasqué; mais,
le plus ordinairement, c'est par la phtisie qu'il termine sa
pénible existence. Sur cent diabétiques, quarante-trois meu-
rent par l'invasion des bacilles; cela est si vrai qu'on re-
trouve le microbe dans les poumons après la mort, et dans
les crachats pendant la vie du malade (Sée). L'alternance
entre les deux maladies dans la même famille constitue
une démonstration absolue de leur alfinité. Maintenant si
on cherche à savoir pourquoi et comment le diabétique est
ainsi exposé à subir l'action virulente du bacille, on est en
droit d'émettre l'hypothèse suivante : le sang glycémique
constitue un liquide de culture favorable au développement
du bacille (Yoy. chap. iv).
d. Malfttlios «la cœur et des artères. — Angine de poitrine»
J'ai constaté bien souvent chez les diabétiques des lésions
du cœur et des artères sous des formes diverses. Tantôt, et
le plus souvent, il s'agit de cœurs gras ou de dégénérescences
fibreuses du cœur avec des phénomènes d'oppression, de
faiblesse générale, des intermittences et des irrégularités du
COMMENT ON DKVIKM DIAlîtTlQUE. 401
cœur et ilii pouls. Nous verrons au cliapilre ix commenl on
reconnaît ces graves altérations.
.rai (rouvé plus souvent encore des l)ypci'lio|)liies ou des
dilatations du coîur sous l'influence des atliéromes et de la
sclérose des artères dont la circulation défectueuse, incom-
plète par suite de la rigidité des parois artérielles, provoque
des efforts considérables du muscle cardiaque. Enfin les
malades m'ont souvent accusé des sensations précordiales,
extrêmement pénibles, angoissantes, c'est-à-dire tous les
signes de l'angine de poitrine; celle coïncidence est redou-
table. J'ai démontré, en eiïet, que le plus souvent cette an-
gine cardiaque dépend d'un rétrécissement des artères nour-
ricici'cs du cœur, ou artères coronaires (Voy. cbap ix), et
que le cœur s'arrête par défaut de sang*.
§ 4. — Couiment on dcvicut diabétiquo
iiérétiitô. — Les faits les plus positifs permettent d'aflir-
mer tout d'al)ord que souvent on devient diabétique par
voie d'hérédité; Frericbs Ta trouvé 39 fois béréditaire sur
400 diabétiques, Seegen \A fois sur 100 et Scbmitz 23 fois
sur lO'i cas. L'bérédilé est limlôt directe et se fail du père
ou de la mère aux enfanis; lanlôt elle est indirecte et pro-
vient des ascendants, tan lot des parents collatéraux (oncles
ou lantcs), et dans ces diverses conditions on trouve souvent
dans la même famille plusieurs frères et sœurs diabétiques.
O n'<'st pas le seul genre d'hérédité, le diabèle a une
alTinilé considérable avec la phtisie bacillaire; nous savons
que 43 fois sur 100 (Voy. cbap. iv) il se termine par la
lésion microbique des poumons; le bacille trouve dans le
sang glvcémique des conditions favorables à son dévelop-
pement; le sang sucré constitue un liquide de culture propre
à la multiplication du bacille. Or, il m'est démontré par de
.l'.lî CIIAl». \!l. - I)i:s DIAin'.TIQUKS.
iioiiiluiMises ohsci'valions (jik; les deux iiialadios .ilh'irienl
on passant (ruiK^. n^»''ii('rali()M à l'aiilrc; un diahrlifjiKî cjiii
iiiiil |)ar la plilis'n^ dimiic iiaiss.iiicc soit à un di;d«'li(|iio soit
à un j>lilisi(|iic |>;n' transmission du bacille, .rai \u {\i'> fa-
millcs, sans doute (rorii^inc diaJM'lirjuo, s'(;|('in<lr(! par
(Clic double parenté morbide; dans Tune hi pèie ])lilisi(pi(i
donna naissance à un (ils plilisicpie et à un fils qui devint
(liabcli(iuc; celui-ci va\\ deux cnlants dont l'un c>l devenu
pblisiquo et l'autre diabéti(pic. — Dans une autre famille,
c'est le diabète qui a ouvert la série morbide et a entraîné
finalement la mort de cinq membres, dont deux par la
l)htisie et trois par le diabète tuberculeux. Ces tares fami-
liales, qui se trouvent signalées par Cbarcot dans deux cas des
plus remarquables, doivent être pris en sérieuse considéra-
tion quand on cherche l'origine du diabète.
Les autres conditions du diabète semblent se résumer
ainsi : — i° le diabète atteint l'adulte plus que l'enfant et
le vieillard, l'homme plus que la femme; — 2° les obèses
plus qive les maigres; — 3" les riches plus que les pauvres;
— 4" Les habitants sédentaires des villes et certaines popu-
lations qui ont une nourriture féculente. Ces données pa-
raissent parfaitement d'accord avec la théorie qui considère
le diabète comme un défaut d'oxydation du sucre, principa-
lement par le non-fonctionnement des muscles, ou par abus
d'aliments hydrocarbonés. Que répondent les faits?
Age et sexe. — En général, il est vrai, le diabète est l'apa-
nage des hommes de quarante à cinquante ans; mais il est
loin d'être rare chez l'enfant. Sur lUO cas,Griesinger compte
G diabètes chez les enfants âgés de moins de dix ans. Ces
statistiques n'ont pas de valeur absolue; ce sont des obser-
vations recueillies au hasard, qui n'établissent pas de pro-
portionnalité exacte, mais n'en démontrent pas moins que
le diabète présente le chiffre de 1,7 sur 100 chez les petits
COMMKNT ON DKVIKNT DIA15ÉTIQUK. 4'J3
j^aivons, (le 5, G chez les jxîtites filles. A pailir (!<; dix à viriiil
ans, la ri'iMjiiencci au^iiieiUe singiilièreinenl ; dans les deux
statistiques de Griesin<^cr et de Frericlis, on note G5 cas sui-
300 malades, soit jirès de 1 sur 10. Oi-, il est à leniarqucifiue
chez les enfants et les adolescents, le diahète nr; reconnaît
généralement aucune des causes abordables qu'on invoque
pour l'adulte, et présente par cela même une grande gravité.
Ces enfants maigrissent rapidement et ne ress(3inblent en
rien ^ aux diabétiques gras adultes; sous ce rappoit ils se
rapprochent des vieillards.
Dans l'enfance, ce sont d'ailleurs les petites filles qui sont
le plus souvent atteintes, tandis que dans l'agio miir, les
bommes diabétiques se trouvent en plus grand nombre que
les femmes; et c'est à partir de trente ans que la proportion
s'intervertit; Durand-Fardel et Frerichs constatent le cliilTrc
de 3 : 1 . La théorie indiquait précisément l'inverse sur tous ces
points. L'enfant ne laisse pas chômer son système muscu-
laire et cependant il devient souvent diabétique; il prend
surtout cette forme grave qu'on appelle le diabète maigre,
par oj)position au diabète gras de l'adulte. La femme qui
mène une vie sédentaire est cependant moins sujette au
dial)èle que l'homme qui est actif. Il y a là, comme on le
voit, de grandes obscurités, et certainement des causes
variées du diabète.
ObcNité. — Conditions socinlcN. — i^ pOUr 100 dcS maladcS
de Frerichs et 33 pour 100 des malades de Pfeiffer pré-
sentaient la corpulence; il y a là un beau thème i)our éta-
blir entre l'obésité et le diabète une parenté morbide; le
lien de famille serait la faiblesse ou la lenteur des mutations
nutritives. En considérant la coïncidence comme plus fré-
quente ou réelle, on en a pris prétexte pour admettre par
opposition au diabète maigre un diabète gras, mais qui
mallKHireusement finit souvent par où l'autre counniMice,
494 « IIAP. VII. - DES DIAURTluCtS.
r't'sl-à-(lirt> par mi am.ii;;rissem<'iil ruiiiiidable, pailiculic-
iciiicnl clic/, les rcimnes (Lcrorclié).
«àoiiitr. — L-iic aulrc alliance palliolo'^'iqiic a clé soiivciil
iiivoiiiico; c'est riinioii du diahèlo avec la (^^oiillo et, la ^ra-
vcllcje l'cciiso la ^ravcllc (jui ii'csl pas toujours {goutteuse,
ol je relève les chiirrcs do Diiraiid-Fardel (jui, sur 270 dia-
bétiques eu trailcuient à Vichy, u'a liouvé que IG l'ois la
goutte et 5 lois la «goutte et la yravellc; il faut convenir que
les deux all'ections morbides ne se rencontrent pas souvent
^reliées sur le même individu.
Les concluions sociales, très complexes dans leur action,
et comprenant tantôt la vie sédentaire, tantôt les influences
nerveuses, souvent l'obésité, ou Talimentation excessive
prennent une grande place dans le développement du dia-
bète qui est bien plus fréquent dans la classe aisée que chez
les pauvres. — Frericlis ne compte que GO ouvriers sur 400
malades. De plus il constate une plus grande fréquence dans
certaines races, particulièrement cliez les Sémites, ce qui
tient évidemment à leur prédominance dans la clientèle du
regretté professeur de clinique de Berlin.
Populations diverses. — Il cst Certain quc la maladie est
plus commune dans certaines contrées, sans que les circons-
tances climatiques y soient pour rien ; pourquoi le voit-on
si souvent en Italie, en Tliuringe, dans le Wurtemberg, en
Normandie et dans certaines parties de l'Angleterre? Il est à
supposer que le régime féculent et que les boissons comme
la bière et le cidre jouent un rôle important dans la produc-
tion de la maladie. Cantani l'affirme pour les Italiens du
Sud qui font tous abus des féculents et du sucre, mais Se-
nator objecte avec raison la rarelé extrême du diabète dans
les nombreuses populations qui sont vouées presque exclu-
sivement à ce régime bydrocarburé.
Ainsi on peut devenir diabétique dans les conditions les
QUELS SONT LKS ORGANES KOHMATEURS DU DIAiJfilE. 495
jdiis varices (jnijoiiL cil élant lavorablcs romme l'aj^i.' adulte,
le sexe masculin, Tohi-silé, Taisanc*.' ou la ricliessc, les abus
<lr certains régimes, ccliappcnt néanmoins à une formule
j^énéralf de la causalité; aussi je diiai avec Claude Bernard
<iui se scil à dessein de ce mot vague : « Le diabète est un
vice de nutrition. »
§ 5. — Quel») sont Icjt org^aiics foriuatcurs du dialiète?
Après avoir reclicrché inutilement quelles sont les indivi-
dualités prédisposées au diabète, il s'agit de savoir quels
sont les organes qui contribuent à son développement; ce
sera Toccasion d'analyser et i)eut-etre de critiquer les diverses
lliéories qu'on a émises sur le mode de production du dia-
bète, qu'il ne faut pas confondre avec la glycosurie. — Est-
ce l'estomac, ou le foie, ou le pancréas, ou le système mus-
culaire, ou le système nerveux cpii est en jeu?
EHtoiiiac. — Lorsque l'alimentation féculente et sucrée est
en excès le diabète se produit, mais à la condition, dit Bou-
cbardat, (ju'il y ait un (rouble de la digestion par suite de
Lad ion trop énergique des ferments diastasiques sur les sucs
digestifs. — Il y aurait donc une dyspepsie préalable, et en
effet Senator, Pick et llaidenbain admettent une origine
gastrique ou dyspeptique. Mais il est à remarcpier que la
plu[)art des diabétiques n'éprouvent ni avant ni pendant le
diabète bî moindre trouble digeslif; ils prennent iiupuné-
mentunc masse considéi'able d'aliments sans que la sécrétion
gastrique soit modiiiée comme (pianlilé ou comme qualité ;
il est môme assez rare de trouver l'estomac dilaté malgré des
ropas excessifs. Durand-Fai'del, sur deux ceni (pi.ilre-vingt-
deux diabétiques, n'a constaté que soixante-dix fois des
troubles gastriques, Andral quatre fois sur quatre-vingts, et
Gaiitani six fois sur cent soixanle-liuit cas ; de pareils cbillVes
49A cil AI'. Vil. — DKS DlAI'.f/riQrKS.
cl (!•' pareilles aiiloiilés suriiseiiL pinir nicltrc lin à la l(';;(;ii(le
(les diabètes digestifs.
■•"Ole. — Le foie oM nalurellciiiciil iiicriiiiiiK; comiiie cause
de diahcle. l)'a[)rès ropiiiiou de Glaiidi! IJernard sur la I lans-
rormalion des hydrocarbures dans le foie, on a pensé que Tal-
téralion ^rave du l'oie, ou ({ue robliléralion de la veine poi'le
doit amener le |)assa}ji:e du sucre dans les mines; mais les
faits ne répondent pas à ces prévisions. Ou peut adminisirer
de iirandes quantités de sucre de raisin à des malades dont
la fonction hépatique est profondément troublée par suite
de déi^énération des cellules hépatiques, comme cela a lieu
dans l'empoisonnement i)ar le phosphore, sans que les urines
contiennent une trace de sucre (Mering). Il en est de même
dans la cirrhose. Yalmont a sous notre direction prescrit
à sept malades atteints de cirrhose atrophique jusqu'à
200 grammes de sucre sans trouver dans les urines le
moindre vestige de sucre, Yulpian a fait la môme observation
chez les individus atteints de cirrhose hypertrophique de
l'organe hépatique. Ewald a institué des expériences dans
le même but et sans résultat, et il s'étonne des glycosuries
observées par Lépine en pareille circonstance. — On ne peut
donc pas dire qu'il y ait un diabète hépatogène; au contraire,
dans la plupart des cas de diabète le foie reste intact ; s'il
est altéré c'est par complication, par hasard, et cette lésion
est sans influence sur la production du diabète. — Le fait
est bien remarquable. Lorsque, en effet, la circulation du foie
est activée, comme on l'observe à la suite de la piqûre du
quatrième ventricule et par l'irritation qui se transmet par
les nerfs sympathiques à cet organe, il en résulte un contact
multiplié entre le sang et la matière glycogène insoluble que
sécrète le foie ; on suppose alors un ferment qui change cette
matière en sucre, et de là une glycémie. Cette hyperhémie
n'est pas admise comme cause productrice du diabète par
QUELS SONT LES OHC.ANES FOUMATEURS DU r)IAl;f:TE. i97
Viilpiaii ([iii inv()([iie luio siu'activito sécrétoh'c de la matière
glycogcne et la sLirpi'odiictioii du rennent. Toujours est-il
que loin d'avoir pei'du ses fonctions, chez le diabétique le
Ibie pèche au contraiie par un fonctionnement trop aclif,
par une vitalité exubérante, de sorte ([u'il n'est pas éton-
nant « qu'il n'y ait pas d'anatomie patIiologi(pie du foie chez
le diabétique ». Bernard dit que toutes les lésions hépati({ues
sont consécutives, et il ajoute « que le jour où la cirrhose se
produit, le diabète ne peut plus, ne doit plus exister » ; ce
sont là aussi les conclusions des auteurs précités. Les obser-
vations contradictoires de Senator et de Seegen qui l'ont vu
tuméfié quinze fois sur trente n'autorisent nullement à
admettre l'existence d'un diabète hépatique ; il ne faut pas
défigurer la découverte de Claude Bernard, et en faire le
synonyme de la théorie dite hépatique.
i>ancréaM. — Daus cGs dcmiers temps, le pancréas a été
souvent mis en cause, et ses altérations ont été considérées
comme ayant un rapport direct avec le diabète, sans qu'on
sût d'ailleurs par quel mécanisme. On a observé trois genres
de lésions ; tantôt la fonte ou la disparition de la substance
sécrétoire, ou bien un état inflammatoire avec dégénéres-
cence graisseuse des cellules glandulaires et prolifération
du tissu interglandulaire, tantôt entin des tumeurs, des calculs
eldes kystes, comprenant une partie oula totalité de l'organe
(Popper, Klebs, llarnack, Cantani, Lecorché, Lancereaux,
Lapierre, etc.). — Sur trente diabétiques Seegen a constaté
à l'autopsie treize fois un état pathologique du pancréas,
Frerichs l'a trouvé vingt-huit fois sain, douze fois atrophié,
Lapierre en a léuni seize observations, et Lancereaux en a
recueilli dix-sept cas, qu'il considère comme le type des
diabètes maigres.
Mais fexistence du diabète pancréatique a été vivement
contestée par Cyr ([ui rattache la lésion pancréatique à la
stE. V. — 32
•iOS CIIM'. VII. - DKS DIAllf/riQrKS.
(It'iiiiliilioii <;(;ii('ralc, cl. par Isi-ad (|iii ralliihiic à rina<:livil.'
(If la ulandc ou pliilùL i\ l'ahsciicf; de IciiiuMil sacciiaiiliaiil
tiic/ les (liab('li(|ii(3s. Le rapport de cause à clïcl est loin
d'èlrencltemenl ('dabli ; icccmmciil Fiiicklor(V()y. Congrès de
WicsbadeHy avril 1(^8()) lonla la lii^aline du canal excréteur
(11! pancréas sans produire du sucre; puis il nourrit ces
animaux avec des fécules sans rien obtenir. Faute de raisons
suflisantes, el par respect pour certains faits, il a invo([ué
une altération du plexus cœliaque, ce qui n'avance guère la
question.
syi^ièiiic inuNcuinii-o. — La fonctiou glycéiTiique des muscles
vient après celle du foie ; il n'est donc pas surprenant qu'on
ait admis un diabète par fonctionnement excessif du système
musculaire, par conséquent par bypergenèse de la matière
glycogène.
§ G. — luflucncc du système nerveux
(Système nerveux. — L'influcnce la plus sûrc dcs organcs ou
des systèmes organiques sur la production de la glycosurie et
môme du diabète est celle du système nerveux. Elle com-
mença à être connue le jour où Claude Bernard en piquant
le plancber du quatrième ventricule, une partie restreinte du
bulbe, provoqua l'élimination du sucre par les urines. — Que
du bulbe l'irritation se porte par les nerfs sympathiques sur
le foie pour y déterminer une circulation plus active ou,
comme le dit Yulpian, pour provoquer une hypersécrétion,
peu importe ; que d'autres lésions du voisinage dans l'en-
céphale, près de la moelle, puissent produire le même effet ;
que les lésions directes ou réflexes des grands sympathiques
puissent amener au même but ; qu'une simple section de
certains filets des sympathiques ou l'arrachement des gan-
glions de ce nom suffise, comme le disent Cyon et Aladorf^
SYSTÈME NERVEUX ET FOIl.MATION DU DIAHÈTE. 499
pour déterminer l'apparition de la glycosurie sans la parti-
cipation du centre cérébio-médullain^ que dans toutes ces
opérations il y ait uniquement une excitation des libres ner-
veuses, comme le pense Claude Bernard, ou bien qu'il s'a«:isse
d'une paralysie des nerfs, comme l'admettent Pavy, Cyon et
F. Frank, toutes ces questions palissent devant la découveite
de Claude Bernard, devant la démonstration de la glyco-
surie nerveuse.
C*est lui-même encore qui interprète d'une manière
plus précise ce fait étrange. — S'étant aperçu de l'impuis-
sance de la lésion du bulbe à produire le diabète quand
on coupe à la bauteur de la poitrine la moelle épinière
ou les nerfs qui sous le nom de splancliniques sortent
de là pour aller animer les organes abdominaux, et y régler
le mouvement du sang dans les artères du foie et des intes-
tins, Claude Bernard émit l'idée que la production du dia-
bète nécessite l'intervention de ces nerfs vasculaires du foie;
or, (le ces filets vasculaires nerveux contenus dans les nerfs
splancliniques, les uns opèrent la contraction des vaisseaux,
les autres la dilatation active. Pavy, Cyon, Eckliard, Franck
avaient pensé que cette dilatation des vaisseaux après la
section de leurs nerfs était due à la paralysie des nei'fs con-
stricteurs. Claude Bernard prouva au contraire que la dilata-
tion était due à l'intervention active des nerfs vaso-dilatateurs;
or comme les nerfs splancliniques, ainsi (pie l'a noté Vul[)ian,
sont surtout des nerfs dilatateurs intra-abdominaux, si on
vient à les couper, la piqûre de la moelle allongée ne trouve
plus ses conducteurs jusqu'au foie. — Lafont, dans ses excel-
lentes recberclies, a confirmé l'interprétation vraie de la
piqûre bulbaire par l'excitation des nerfs vaso-dilatateurs,
excitation ([ui se traliit d'ailleurs par un abaissement im-
médiat de la pression dans les artères du foie et de l'intestin.
Maintenant voici une autre donnée qui intéresse encore
500 CIIAl'. VII. — I)i:s DIAnf.TIQUES.
plus le lurih'cin; il s';iL:il de rcxcilalioii (:(iilii[)ctc di'< ih'il'.s
va"iics (jiii s(' (li^lrihiiciil on partie an ])Ouiii(ni e| au ((riii',
et eonliennciil pour Turj^aiie respiraLuii'(^ i\c^ lilt'l< de scii-
sibilil»', ; si l'on dirij^e rcxciUUioii du dehors au dedans, de
la péripliéric vers le centre cérébral, on provofjue une «gly-
cémie aspliyxicpic en arrétani |>lus ou moins complètenn'nt
la respiration. C'est ce (pii avait l'ait admettre depuis bien
longtemps par Ueynoso, que h diabèle peut être dû à ce
que kl respiration étant insuffisante, l'oxygène ne peut i)lus
brûler le sucre, leciuel s'accumule dans le sang et sort par
les urines; c'est le diabète par non-combustion du sucre,
le diabète par hématose incomplète; c'est bien plutôt,
comme l'a démontré Dastre, la glycémie par une augmen-
tation de sucre produite dans le sang asphyxique. Si cette
asphyxie est due non à un excès à' acide carbonique ^commaXo,
disait Brown-Séquard, mais à un excès d'oxygène^ comme
le prouve Paul Bert, on peut affirmer que dans l'asphyxie
rapide, la quantité de sucre du sang, que la glycémie
varie précisément en sens contraire de la quantité d'oxy-
gène.
Cette même excitation des bouts centraux des nerfs vagues
peut, d'ailleurs, agir autrement; elle peut gagner le centre
des nerfs vasculaires et augmenter le sang dans les organes
de l'abdomen, par conséquent du foie, et produire ainsi une
glycémie par action réflexe.
Une dernière circonstance des plus curieuses est relative
à une excitation continue des nerfs appelés dépresseurs de
la circulation et découverts par Cyon et Ludwig; leur exci-
tation centripète provoque la glycosurie en accumulant le
sang dans le foie. Or, cette excitation part souvent de la
membrane interne du cœur ou de son muscle; les irritations
insidieuses, inconscientes de l'endocarde ou du myocarde,
peuvent déterminer, en se propageant au bulbe, une activité
SYSTK.MK NKUVKUX et FOHMATION du DIABf:TE. 501
dos nerfs vaso-dilal.ih'iirs, produire une con^eslion du foie
cl la glycémie.
Ainsi : i" excitation du hulhc par piqûre, c'est-à-dire exci-
tation directe des nerl's vaso-dilatateurs du foie, voilà le fait
dominant la glycémie hépatique; 2" excitation centri[)ète des
nerfs vagues, d'où glycémie asphyxique, ou glycémie rélïexe
par vaso-dilatation du foie; 3° excitation centripète des nerfs
dépresseurs de la circulation, et suivie également d'une dila-
tation vasculairc, quel que soit le point de départ de l'exci-
tation, dans le cœur, par exemi)le; 4" on peut y ajouter aussi
l'effet des excitations réflexes des nerfs périphériques sur le
bulbe, et on aura toutes les formes de la glycosurie ner-
veuse ; 5° c'est à ces actions sur le sang et sur les nerfs qu'il
faut rapporter aussi les glycosuries résultant des empoison-
nements par le curare, le chloroforme; 6° enfin, je ne sais
quel rôle est réservé à l'action mystérieuse des Cidlules de
nos organes; cette action inconnue n'en est pas moins indu-
bitable, car il est des diabètes qui échappent à toute influence
nerveuse. D'ailleurs, la plupart de ces effets nerveux ne sont
pas durables; la répétition de ces opérations est nécessaire,
Claude Bernard le dit formellement, pour maintenir ces gly-
cosuries, c'est-à-dire pour former la glycémie permanente,
le diabète.
Si maintenant on cherche l'application de la glycosurie
expérimentale à la médecine clinique, on arrivera à cer-
taines données qui présentent un intérêt réel. En consultant
les véritables cliniciens, nous ai)prendrons ceci : les émo-
tions violentes, les chagrins, le surmenage intellectuel, ont
une inlluence incontestable sur la production delà glycémie
diabétique. Mais, hélas! qu'y faire? Nous no sommes pas à
même d'agir sur les causes passées, sur les impressions psy-
chiques à venir, ni de prévenir le retour des peines morales,
ni même de forcer au repos de l'esprit.
:am ciimv vu. — nr.r.iMK kt musci'lation dks niAiifTiorKs.
Dans un crrlain nombre do dialx'îlt^s, ou a uolc la coïnci-
dence (le la glycémie avec les lualadicîs cérébrales \)H)\>\(i-
mcnl iVdcs, a\cc\i\ partdfj.^ie générale el d'aulres aiïedions
moniales; Clarke, Sec^en, Scliuiilz, NVostplial, Fiericbs,
Eulonberg, etc., ont insisté sur ces laits. Au cours de ïépi-
lepsiCy il se manifeste aussi des urines sucrées, mais passa-
gèrement après les accès; il est rare qu'il on résulte un véri-
table diabète, malgré la localisation liabituolle de l'épib.'psio
dans la mooUe allongée, et par conséquent au foyer des nerfs
vaso-motcursdesorganes abdominaux, du foie on particulier.
Dans trente cas sur soixante-quinze diabétiques qui avaient
présenté pondant la vie dos troubles nerveux, Frericbs a
trouvé à l'autopsie des lésions diverses du cerveau ou de la
moelle allongée, telles que : apoplexies, méningites, tumeurs,
kystes, dont un grand nombre siégeaient au voisinage du
bulbe ou bien des altérations des petites artères du plancher
du quatrième ventricule.
Le diabète est aussi apparu dans des cas où il paraissait
y avoir une excitation réflexe dos centres nerveux par suite
d'une lésion des nerfs périphériques, surtout de la troisième
paire des nerfs de l'œil ou du sciatique, ainsi qu'après les
névralgies de la tête ou des membres inférieurs.
On a remarqué, enfin, que le diabète pouvait se produire
à la suite de blessures, de chocs, de conlusions de la tète ou
bien encore du foie, de l'estomac. Ces commotions céré-
brales directes du centre nerveux, ces traumatismes de la
région abdominale ont été incriminés souvent, mais rien ne
prouve que certains malades n'aient pas été atteints préala-
blement; on comprend, en effet, dans ces cas, la production
de la glycosurie temporaire; on ne saisit plus la genèse du
diabète. Claude Bernard a fait nettement ressortir ces in-
fluences passagères du système nerveux, insuffisantes pour
faire le diabète.
INniCATlONS 1)1' i;f:r.|MK. 503
CIIAP'ITIIE VU JUS
HYGIÈNE AF.IMEMAII;E ET MLSCULAHIE
DES DlAlJÉTIQUES
§ 1. — Iiiflioatioim <1ii régime
Le point de départ des diabètes gras ou maigre, Ijénin
ou grave, quelles que soient ses formes et ses variations au
début, se trouve toujours dans la glycémie, c'est-à-dire dans
l'exagération de la quantité de sucre contenu dans le sang;
velle-ci se traduit en général par 0,22 à 0,44 p. 100, tandis
que le sucre urinai re présente des oscillations bien plus
considérables et varie de 2 jusqu'à 20 pour 100 sans qu'il y ait
d'ailleurs au point de vue de leur richesse en sucre le moindre
rapport de proportionnalité entre le sang et les urines. Les
sources du sucre bématique sont indiquées ; nous savons
que le sucre est préparé par les actes digestil's, qu'il passe
directement par la veine porte dans le sang, qu'il prend
dans le foie la forme de matière glycogène, nouveau prélude
du sucre, que cette môme substance glycogène se trouve
dans les muscles, que le sucre circule avec les globules
du sang pour se déposer ensuite dans les tissus, les épi-
théliums, les cartilages. — Tous ces phénomènes ont lieu
dans le diabèle comme dans l'élat normal; les substances
glycogènes sont faciles à démontrer dans le sang, dans
le foie, dans les muscles du diabéticiue; mais c'est surtout
le foie qui est le grand réceptacle des hydrates de carbone
(fécules et sucre) qui laisse un j)assage facile au sang, le-
quel s'en imprègne rapidement; cette circulation du sang
501 c.nw. VII lus. — nKc.niK kt musculation dks lUAr.r/riQUKS.
t;e lioiive l'iicililée cci'laiiiciiiciit sous rinlliit'iicr du système
nerveux central, j)ai' les iicifs dilataleuis des vaisseaux,
comme elle est l'avoiisée aussi dans les muscles, par l'exci-
tation nerveuse, dans leur j)ériode d'activilé. Mais à une
période avancée du diabète il n'en est plus de même. Fre-
riclis ayant témérairement, cpioique sans accident fàelieux,
piqué le foie, .i retiré un IVa^nient minuscule du tissu et
constaté que dans lesdiai)èles très avancés, la fonction f^ly-
co<iénique de l'organe s'éteint graduellement, que par con-
sé(iuent dans ces conditions le sucre provenant de l'intestin
franchit pour ainsi dire le foie sans obstacle pour inonder
directement le sang, sans avoir passé par l'état de matière
glycogène; Kubn a pu, chez un diabétique, confirmer ce
fait après un repas féculent ou sucré et constater le sucre
dans les urines déjà au bout d'une demi-heure à une heure.
Tout ceci prouve que le diabète constitue, jusqu'à une pé-
riode avancée, une hyperglycémie, c'est-à-dire une fonction
glycogène naturelle exagérée.
Mais ce n'est pas la seule caractéristique du diabète. Le
diabétique vit autrement qu'à l'état sain; il n'oxydera plus
le sucre, ou il s'arrêtera dans la combustion du sucre à des
degrés intermédiaires, sans pouvoir le transformer en acide
carbonique. Je ne sais s'il y a là une nutrition retardante;
s'il en est ainsi l'apport de l'oxygène devrait tout modifier,
tout amender, ce qui n'est pas; ce que je sais, c'est qu'il
existe une nutrition profondément modifiée; les cellules
organiques ne détruisent plus le sucre, et par contre, elles
décomposent trop souvent les matières albuminoïdes du
dehors et du dedans, c'est-à-dire de l'alimentation et de la
trame organique; ce qui le prouve, c'est qu'elles se décom-
posent à leur tour et cela d'une manière complète, c'est que
dans la plupart des cas il se forme un excès d'urée qu'on
retrouve dans les urines; c'est une azoturie avec glycosurie.
INDICATION DU RÉOIMF. 505
CoiiiinciiL rcmcdiiM'à ccl état? ExisLc-l-il un moyen d'aLlcin-
(Ire la cellule vivante dans ses fonctions nutritives, tioplii-
ques comme on dit? C'est une visée tliéorique, tandis que
la première indication se trouve remplie par le léj^iine,
qu'on peut modifier, et par la (onction musculaire qu'on
peut diriger; ce sera le rôle de l'iiygiène alimentaire et
musculaire. Il n'y a pas d'autres moyens à mettre en usage,
qui aient fait leurs preuves.
Voici en effet que pour réaliser ce problème fondamental,
certains médecins physiologistes comme Pavy, Scliill', attri-
buant la glycogénic à l'action d'un ferment anormal, destiné
à transformer la matière glycogène en sucre, ont préconisé
les antilermenls, l'acide pliénique, l'acide salicylique, Tiodo-
forme; ces médications ont subi l'épreuve clinique; or, je les
déclare, surtout l'acide salicyli(iue et le salicylate de soude
pour lesquels je devrais avoir quebiue tendresse, comme
des remèdes non seulement inutiles, mais dangereux en rai-
son de l'état de faiblesse qu'ils provoquent ou qu'ils aug-
mentent. Les préparations salicyliques agiraient comme
antisepti({ues sur un ferment liy})otliétique, mais certaine-
ment comme antinutiitifs sur un organisme déjà profon-
dément débilité, et dans un état d'iiypotropbisme.
Jusqu'ici donc un seul mode de traitement subsiste, qui
consiste à régler la glycogénie du foie ou des muscles en
réduisant les apports bydrocaii)urés ou en lacililanl p;u-
la musculation la destruction du sucre. Mais en lemontant
plus liaut dans l'histoire du mécanisme de la glycogénie hé-
patique, nous avons appris par Claude llernard que cette for-
mation de glycogène est elle-même sous rinlluence de la
circulation hépaticjue, laquelle dépend à son tour de l'état
d'excitation du centre des nerfs dilatateurs, c'est-à-dire de
l'excitation de la moelle allongée. On est parti de cette mer-
veilleuse découverte pour inventer ou consacrer des médi-
501) cuAiv VII l'.is. - ntr.i.MK i/r MrsciLAiioN in;s i)i.\i{r;iiyri;s.
caniciils caliiiaiits dcsliiiùs à ii'IVt'iicr le syslèiiio nerveux (»ii
h iiiodéi'ei" la cireiiliilioii ; on a |ir('conisc ropiimi, (|iii est
encore 1res en voj^nc en Allenfia^'iio, la VMl(''riane dite anti-
ncrvonso, le hroniure de polassinni (|iii a rep.ii'ii avec éclat
dans ces derniers temps (Kélizel;, le chloral (jiii a réussi à
Eckliard à supprimer le (li;i])èle (expérimental, le liascliich
et la belladone, cl eiiliii nième les anlicjues vésicatoires, les
sélons, les cautères à la ini(iue,pour décon^^estionner le cer-
veau, ce qui est de pure lanlaisie; nous sommes d'accord
avec Frericlîs après de consciencieux essais pour abandonner
ou même pour condamner ces médications bardics, qui sont
les unes débilitantes, les autres, comme les révulsifs de la
peau, simplement légendaires. De tous les médicaments
vantés jusqu'à ce jour nous ne retenons (juc les alcalins qui
rentrent dans la catégorie des moyens d'activer les combus-
tions du sucre (et trouveront leur place à l'article Boissons),
puis peut-être l'arsenic ({ui est un poison stéatogènc, c'est-
à-dire un moyen d'enrayer la fonction liépatique en faisant
dégénérer le foie en graisse.
§ 2. — Suppression ou réduction des aliments glycogèues
Maintenant que la question pharmaceutique est simplifiée
ou môme jugée, nous aurons à nous préoccuper des trois
questions suivantes : — 1° réduire au minimum ou même
au néant les substances alimentaires saccharifères (fécules
et sucres) ; — 2° porter au maximum physiologique le ré-
gime carné; — S° chercher les moyens de remplacer les ali-
ments hydrocarbures; — 4" activer la fonction musculaire
pour augmenter la destruction du sucre. Ce sera l'objet
du paragraphe 6.
Il est une donnée acquise empiriquement à la science par
Rollo, consacrée par Bouchardat, qui professait la théorie
Rf:[)UCIION DES ALIMENTS GLYCOGÈNES. ô07
digcstivc, reconnue fanss(3 \k\v Claude ncrnard lorsqu'il di'*-
couvrit rinfluoncc du syslriii(3 iiei'veux sur la ^dyco^énie
liépaliquo, c'est qu'en rcsti'eignant dans la liiuilc du pos-
sible l'apport des aliments saccliarip:ènes ou saccliariCèrcs,
on voit la glycosurie ou le diabète diminuer dans des j)io-
portions considérables ou même dis|)araîlrc enlièrement.
Mais on se demande s'il est possible de vivre d'une manière
continue avec un régime exclusivement carné, sans les ali-
ments liydrocarburés, c'est-à-dire sans pain, sans féculents,
sans sucre, pourvu qu'ils soient remplacés par la graisse. En
supposant même qu'un pareil régime puisse être continué
impunément, on se demande à quoi il peut servir, si ce n'est
à diminuer temporairement le cbilTre du sucre urinaire.
Voilà les questions qui attirent depuis longtemps l'attention
des médecins, qui préoccupent les malades et qui viennent
récemment encore d'être le sujet d'intéressantes discussions
au Congrès de Wiesbaden (avril 1880). Les cliniciens les plus
sévères, comme Frericbs, Naunyn et je }»rends la liberté de
mecompter danscctte catégorie, s'abstcnant de toute conjec-
ture, considèrent le régime carné graisseux systémaliquc,
c'est-à-dire l'usage des viandes ou des albumines lai'ge-
ment combinées avec la nouri'iture grasse, comme parfai-
tement inoffensif, comme entièrement suffisant pour per-
mettre une large réduction ou même la radiation presque
complète de l'alimentation amylacée et sucrée. — Ewald,
puis Ail). Hoffman et de Mering ont soutenu fpi'il est impos-
sible à un malade de persévérer au delà d'un mois; à cela
je réponds avec Frericbs et llertzka (de Carlsbad) que non
seulement la prescription peut être continuée des mois ou
même des années (si j'en juge par mon expérience person-
nelle) mais qu'elle continue imperturbablement à produire
les mêmes elTels favorables, si l)ien que, quand on dépasse
la minime ration de pain ou de féculents, si on se relàclie
r.OS cil M'. MI i;iS. — nr.C.IMi; KT Ml'SCrLATION l»i:s DIAIU/nniKS.
trop i\c ia st''\t'rih' du i('<^iiiic, tous les .•iccidoiils (lialx'lifjiics
i('])araisscnt. On jKturi'a inanœnvi'cr de f'.iroii à N.iiiKrc les
(liriiciilh's cl les dangers de celle iiK'dicaliuii aliiiieiitaii'e,
nous venons paiMjucls moyens délournés.
Voici niainlenanl la seconde ol)jcclion. Les médecins
é(lairés comme Kwaid, Lecorclié, soutiennent qu'on no ^nié-
ril point la maladie parce Iraitemcnl îdimcnlaii'e et (ju'on
ne tiailc (pruii ^ymplùiue en diminuant le sucre urinaifc.
La réponse est facile à faire. Si ce symptôme lient sous sa
dépendance tous les autres idiénomènes de la maladie, si
c'est le maître symptôme que je suj)prime en faisant cesser
du même coup la soif, la polypliagie, l'obésité si fallacieuse,
et surtout la faiblesse générale, en un mot tous les accidents,
et même les lésions les plus graves de la maladie, pourquoi
négliger cet ensemble de i)liénomènes qui constituent le
véritable état morbide, et le seul sujet de plaintes du patient.
On peut bien craindre que le malade ne soit éternellement
condamné à ce régime sous peine de rechute; si après avoir
vu diminuer ou disparaître le sucre, il recommence à vivre
de la vie commune, il est certainement exposé au retour de
tous les accidents et ramené aux tristesses de la monotonie
culinaire; mais existe-il un moyen de guérison plus complet,
ou même aussi compatible avec une longue existence? s'il en
est un seul, c'est à lui qu'il faudra recourir; sinon revenir à
la formule alimentaire aujourd'hui traditionnelle, mais sus-
ceptible d'amendements ; on obtiendra ainsi par prolonga-
tion ce qu'on peut appeler une guérison conditionnelle.
— Toutefois cette guérison même relative peut manquer
d'une manière absolue. En d'autres termes le régime carné,
doublé ou non des graisses peut avoir ses inconvénients et
ses revers.
UTILITÉ DE L'ALIMENTATION CAIINÉE. - INSUCCÈS. OO'J
^ 3. — utilité do l*nliincntntion cnrnéo en jiçénéral
— Sou liiHiiffiNaiioe et nom liisiiocôs daiiM ccrtaiiiM «lialiôtes
L'alimentation azotée, rielic en viandes et en all>uniinates
de toute espèee n'a plus à faire sa preuve théorique et pra-
tique. — La clinique nous a enseigné l'utilité de ce régime,
surtout additionné de graisses; chez le fameux diabétique de
Pavy, qui fut suivi, pesé et analysé chaque jour pendant deux
mois sous l'inlluence des divers régimes, on put constater la
diminution immédiate du sucre urinaire chaque fois ({u'il
fut soumis un ou deux jours cà l'usage exclusif de la viande.
Cette alimentation est donc indiquée cliniquemenl; elle l'est
en théorie, parce que le foie n'a pas seulement pour fonction
de former la matière giycogène sous l'influence des aliments
amylacés, mais parce qu'il a encore le pouvoir de dédoubler
les matières albuminoïdes, telles que la chair musculaire, en
graisse d une part, et en matière giycogène d'autre part; il
en résulte lorsqu'il y a suractivité de cette fonction du foie,
une double conséquence, à savoir, l'obésité qui est si fré-
quente au début du diabète, et une d('sassimilation exces-
sive de l'albumine provenant du dehors par les aliments, ou
du dedans par nos tissus qui tombent en déchéance. — Les
aliments azotés ont donc pour but de combler le déficit alliu-
mineux, d'empêcher la dénutrition générate azotée, en même
temps qu'ils suppriment un des facteurs de la formation du
sucre dans l'organe hépatique en se substituant aux aliments
saccharilères.
Comment se fait-il donc que ce régime si bien indiqué ne
réussisse pas toujours? Gomment reste-il sans etVet chez
les enfants diabéli(iues, chez les individus profondément
alfaildis, ou très amaigris? Il est à supposer qu'en pareil cas
la fonction du foie, qui consiste à décomposer les matières
.MO ( ii\i'. \ii i;is. - i;r:(;iMi; kt .mi sculation i»i:.s i)iAiu.iiori;s.
;illiiiiiiiii()ïil»'s lit' |H'iil plus siiHiic |>(nii- rccnusli Luc r li.'s tissus
r(U|MU('ls .illiuiniiicux (|ui siuil (It'jà |)('i'(lus, cL ('éliminés sons
loiiMc (l'uit'c ; le l'oit' ((mliiiuc à user les aliments alhiinii-
iK'ux pour l'aire heaneoup (lu suerc et peu de j,n'aisse, et, ce
qui i('sl(î de ces aliments ne peut plus s'annexei' en (juanliti''
suflisanle pour refaire la charpente corporelle; c'est donc
dans le diabète maigre (pie le ré|^ime carné échoue. Dans le
diabète ^ras, cette alimentation surfitponr empêcher le déve-
lopiMMiient excessif du sucre, tout en réparant les éléments
azotés du corps, qui sans cela se détruisent si facilement à
l'époipie première de la maladie. — C'est donc dans le dia-
bète gras, et plus encore dans le diabète sucré etazoturique,
que la médication azotée réussit.
Pour cxpli(iuer ces différences d'action du régime spécial
on a cherché récemment (Congrès de Wiesbaden) à distin-
guer le diabète en deux genres, qui ne sont pas toujours ni
gras ni maigre; un diabète névrogène, accidentel, qui ré-
clame le régime azoté et guérit ainsi, si on y adjoint l'opium
ou l'acide salicylique; l'autre diabète esiconsiitulionnel, d'un
pronostic douteux, généralement plus long et exigeant l'em-
ploi des moyens réconfortants ; voilà la distinction peu expli-
cite établie par IJoffman, et elle se trouva immédiatement
réduite- à néant par Finkler qui dit que tous les diabètes sont
d'origine nerveuse. — La lumière n'est pas faite sur les
théories, mais elle est faite en pratique, car nous savons,
comme le régime azoté réussit dans la plupart des cas quelle
que soit leur origine, qu'il doit et peut être tenté impuné-
ment, souvent même avec des effets inespérés.
Cela posé, nous chercherons les- moyens d'atténuer la
rigueur de ce régime azoté, et de remplacer autant que pos-
sible les aliments liydrocarbonés par des équivalents ou des
correctifs.
UTILITÉ DES GRAISSES. 511
§4. — Des ;;ral.sMCM pour suppléer aux MulistnuvcM auiylaoéoN
II y a un seul moyen de supiilccr aux aliments livdi'O-
carburés qu'on proscrit, c'est la graisse; il y a, dit-on, plu-
sieurs moyens de les remplacer par des équivalents.
Il ne suffit pas, ainsi que j(3 l'ai indifjuc dans mon Traité
de^ df/spepsies, qu'une alimentation introduise dans l'orga-
nisme les matériaux albuminoïdes nécessaires à la répara-
lion des pertes de l'organisme, il faut aussi qu'elle lui four-
nisse le carbone nécessaire à l'entretien des combustions
vitales. Or la quantité de carbone contenue dans une livre
de viande est parfaitement insuffisante pour couvrir le déficit
en carbone clicz l'iiomme sain, à [)lus forte raison cliez le
diabétique qui perd, sans qu'elle soit utilisée et comburée,
la plus grande partie de la glycose provenant des aliments
féculents ou sucrés. Le moyen le plus sur de parer à ces déper-
ditions de carbone c'est l'usage des graisses; il ne s'agit que
de les rendre digestibles et assimilables, et celte tache peut
être remplie. Si on arrive à les faire absorber et pénétrer
dans le sang, on [)eut recouvrer une grande partie du déficit
de carbone ; la dose physiologique nécessaire de graisse est de
70 à 80 grammes, dans l'état diabétique il laudrait au moins
le double; or 100 grammes de graisse représentent 2i0 gram-
mes de matières amylacées au point de vue de la production
de la chaleur et par conséquent des forces ; avec 160 grammes
de graisse on arriverait à peu piès à remplacer les 500 gram-
mes d'hydrocarbures la ration physiologique. — Qu'on ne
craigne pas d'ailleurs devoir servir ces cor])s gras à l'en-
graissement et s'annexer à l'organisme, ils se brûlent et ne
servent qu'à fournir le carbone manquant par l'absence ou
l'insufiisance des autres substances ternaires. — Ils rem-
plissent encore un autre but bien autrement important, ils
:Ai awv. VII liis. — r.KciMK i:i musculation dks niAisfiTiQUKs.
co!is(ilin'iil, .liiisi (iiic r(»iit dijinonlré tous los pliysiolo^qstes
tlcjuiis \i)ïl cl l^cllciikolV'i' jiis({if;'i Dchovc C()iii[)i"is, des
aliiMcnl^ (l'('|i;ii^ii<', en ce sens qu'ils enrayent la d<^slnlction
dos élénienls albiiminoïdes ; cette fonction des }^a\'iisses a
un(; grande valeur |mmii' lo diabélique (pii use cl perd sans
cesse ses tissus organiques; la graisse vient donc de toutes
tarons au secours du régime carné, soit pour compléter son
action alimentaire, soit pour préservei* la Irame organi(iue
de ses incessantes mutations. — Seegen dit bien que le foie
peut transformer les graisses en sucre, mais il ajoute que
sa fonction glycogénique n'est pas augmentée; donc, s'il se
forme du sucre il est éliminé directement, et la maladie n'est
pas aggravée.
Parmi les corps gras on distingue les huiles végétales, les
graisses neutres animales, le beurre et la crème. Si l'huile
de foie de morue était plus acceptée par l'estomac, elle serait
aussi et plus que les autres graisses, accessible aux sucs bi-
liaire et pancréatique, chargés de l'émulsionner, c'est-à-dire
de la diviser moléculairement pour la faire pénétrer dans la
muqueuse intestinale; elle aurait de plus, comme les graisses
y sont principalement à l'état d'acides gras, l'avantage de
pouvoir se combiner facilement avec la potasse et la soude
qui se trouvent dans le liquide intestinal et de former des
savons faciles à absorber; mais la porte d'entrée, l'estomac,
est difficile à franchir pour l'huile de morue, et les malades
ne sauraient en continuer l'usage; aussi Senator a imaginé
des savons acido-graisseux.
L'huile d'olive, les graisses qui entourent la viande sont
nécessaires, le beurre est indispensable ; on sait qu'il est
constitué par ces corpuscules gras qui se trouvent en sus-
pension dans le lait; on sait aussi depuis les travaux de
Chevreul qu'il est formé d'oléine et de butyrine, et, d'après
Bromeis, de margarine; c'est le meilleur des aliments gras,
DE L'USAGE DU SUCUE. 518
à la ('uiiditioii (jii'il no suit pas le pi'oduit ai'lificiel de mar-
^aiiiio cl de lait.
Outre le beurre on peut nicltie en usage la ci'èine (pii est
un uiélan<;e de Ijcurre, de caséine et de sérum ; on a même
institué poui' les diahélicjues une véritable cuie de crème.
— Voilà la série de corps gras destinés à suppléer aux sub-
stances amylacées. — Voyons maintenant ({uelle est l'action
des sucres.
^ O. — Dit suorc et de ses cfTct.s sur le diabèto
Quelle est l'action du sucre sur le diabète ? Des travaux de
Worm-iMidler (Arch. PhysioL, t. XXXVI) il résulte que chez
un individu sain le sucre de raisin passe rapidement dans les
urines et disparaît de même; mais tandis qu'à l'état normal,
il ne passe que 0,92 pour 100, chez le diabétique avéré il
s'élimine 11,8 pour 100 du sucre introduit; toutefois les dif-
rérenccs sont souvent à peine marquées (Kulz).
La lévulose (ou sucre de Fruits) ne passe pas dans les urines,
et n'augmente pas le sucre de raisin du diabétique. Ce fait
est d'autant plus intéressant qu'il prouve, contrairement à
l'opinion de Claude Bernard, que le sucre de raisin de
l'urine des diabétiques n'est pas toujours le résultat de la
glycogénie bépatique. Après l'ingestion de la lévulose, la gly-
cogène augmente dans le foie, c'est certain, et cependant
le chilVre du sucre ne s'élève pas dans l'urine des diabé-
tiques. Il est donc probable que, d'une manière générale, le
sucre ingéré avec la nourriture s'élimine directement par
les urines, et que, relativement au passage de sucre de raisin,
le diabétitpie peut se comporter presque comme un individu
sain (^Kulz).
Il en est tout autrement par l'emploi des fécules. Tandis
qu'un individu sain qui a pris des fécules n'élimine jamais
StE. Y. — 33
511 (.11 M'. Ml nis. — nr;r.iMK VJ musculation dks inAïu^rioiiES.
de siKTC <l(î raisin, le. (liahclitiiic ;i cela (if. ( arachjii.slifiuc,
qu'apiTS l'usage de raniidon cru, dilTicihiincnt atla(|ual)l(î
dans rint(^slin, il ne rend le sucre qu'au bout de quelques
heures, tandis qu'en consoinmant de l;i lécule cuilc, par
exemi)le du pain, il sécrète déjà du sucre de raisin au bout
d'une demi-heure. Le foie, d'après W. Millier, a pei'ihi la
faculté de retenir le sucre qui hii ariive après la transfor-
mation de la fécule en sucre dans la cavité intestinale, (h^
sorte qu'une partie de ce sucre apparaît tout d'abord dans
les urines sous la forme de sucre de raisin.
Considérés d'une manière spéciale, les sucres se compor-
tent différemment. Le sucre de canne commence par se
transformer en glycose et lévulose, celle-ci est assimilée
entièrement, tandis que la glycose passe plus ou moins com-
plètement par les reins. — 11 en est de même du sucre de
lait qui, d'après lui, forme sans qu'on sache comment, du
sucre de canne (Kulz).
On peut conclure de là que les sucres ne peuvent pas
remplacer les fécules, que le lait lui-même est suspecté, et
qu'enfin il faudra chercher ailleurs les auxiliaires ou les
remplaçants des hydrates de carbone.
§6. — Woyens natui*cl»$ et artificiels de réduire l'alinieii'
tation liydrocarburée
Des pains de diabétiques. — On a chercbé par tous Ics moyens
naturels et artificiels, à réduire ou à remplacer l'alimenta-
tion hydrocarburée sans nuire au malade; la suppression du
pain a été la question la plus grave. Elle domine, surtout en
France, toute l'alimentation, et nos diabétiques ne se sou-
mettent que difficilement à la privation de cet aliment.
Comme la farine de froment contient de 49 à 72 pour 100
d'amidon, on a songé, dans tous les pays, à faire des pains
DES PAINS DE DIAHÉTIQUES. 515
qui coiUiennenl le iniiiiiiiuiii de i'éciile. Le jjaiii de j^luLcn,
imaginé par Bouchai'dat, csl le premier en dale; il l'ap-
pelail ainsi parce (iiTii cliercliait, par le lavaj^e, à enlevei-
l'amidon tout en laissant à la Taiine son gluten. Or, dans
un mémoire plein d'intéiét, annexé au livre de Claude Ber-
nard sui" le diabèle, IJoussingault, analysant divers échan-
tillons de pain de gluten, arriva à constater que certains
contiennent jusqu'à Gl, 9 p. 100 d'amidon avec :22,0 de glu-
ten, tandis que le pain de boulanger ne contient que 55,8
avec 7 de gluten; le mieux partagé c'est le biscuit rond de
gluten qui renferme cependant encore 40,2 d'amidon contre
44,9 de gluten.
On s'explique ainsi [)our(pioi le malade de Pavy a rendu
plus de sucre par les urines lorsqu'il était soumis à l'usage
du pain de gluten (ju'en prenant du pain ordinaire. — On
voit, en elîet, comme le l'ait remarquer Boussingault, « que
73 grammes de pain des boulangers de Paris n'introduisent
pas plus d'amidon dans une ration que 100 grammes de
biscuit de gluten, sans être, comme le gluten, léger, fiiable,
sec, difficile à manger », et j'ajoute, fade et mal supporté.
Peu importe, d'ailleurs, (ju'à poids égal il renferme plus de
substance azotée; la difficulté n'est pas là, car on peut avec
bénéfice remplacer l'élément azoté du gluten par la viande;
la difficulté est dans la restriction de l'élément féculent.
Le pain de son qui renferme plusdc40pour lOi) d'amidon
est passible des mêmes reproches. 11 est plus difficile à di-
gérer que le pain ordinaire, à cause de la cellulose qu'il
renferme en forte proportion.
Pavy a imaginé un pain d'amandes, préparé avec la piUe
d'amandes débarrassé de son sucre et de sa dextrine par
le lavage à l'eau bouillante acidulée; le résidu renferme
25 pour 100 d'émulsine (matière albuminoïde)et une propor-
tion double de matières grasses ; c'est encore là un produit
Mr. r.iiAP. VII i;is. l'.r.c.iMi: i.i Mrscri.AiioN dks i)!Ai;i;i |(,»lks
lliroi i(|iit'. - - D'jipivs toiilcs ces r(M;li(M(;lii3S, il vaut donc
mieux ou presciiiv une. |><'lil(; quanlilo(I(3 pain ofdiu.iiio, ou
le rem|)la('or |>;ir i\('^ suhslanccs nou reculent. 's.
f'ninparalNun iIom piiiiiM, cIom 1ô^iiiii<>m et pàtVH, au point il(> vue
Ile la réciiio. — (Ir voici le l'csullat d(3s analyses de Mayel
|»raLi(iU(''es au poiiiL do vue du suci'e sur plusieurs aliments
féculents. En tant que légumes ou entremets, on peut citer
comme moins sucrés que le pain, «loiil 100 L^rammes l'en-
ferment GO i;raiumes de sucre, les lentilles cuites qui con-
tiennent 23 ^l'animes environ de sucre, les haricots, avec
10 iirammes, la i)urée de pois avec 15 grammes, le riz et les
pommes de terre avec 8 grammes.
Boussingault arrive, d'après des recherches analogues^et
comparativement faites sur les échaudés, la brioche, les
lentilles, les pois, les pommes de terre, à conclure que ce
sont les pommes de terre qui contiennent le moins de fécule;
l'amidon n'y est représenté que par 23 parties et 73 parties
d'eau, de sorte qu'à 100 grammes de pain de gluten on peut
substituer sans inconvénient soit 74 grammes d'échaudé,
soit 73 grammes de pain ordinaire ou 97 de brioche, 53 de
vermicelle ou de sagou ou de riz, 82 de haricots, 72 de len-
tilles ou de pois et 173 de pommes de terre. — 11 en résulte
ainsi, pour ce qui est des pâtes, que si un potage renferme
M grammes de vermicelle par litre, on trouvera dans chaque
portion 7^', 31 de substance amylo-sucrée, tandis que dans
le potage au gluten, cette substance monte à 9 grammes.
Légumes herbacés. — Les légumcs hcrbacés sont à classer
ainsi : les uns sont riches en albumine végétale, ce sont les
choux, le cresson, les asperges, les champignons et truffes
(Gautier); les autres contiennent du mucilage et des sels,
ce sont la laitue et la chicorée, les épinardset les artichauts,
les haricots verts, le céleri, etc., qui contiennent de 8,7 à
90,2 d'eau. — D'autres comme la betterave, les carottes et les
CAIITKS CriIN.UP.KS DKS 1)1 AI'.r.riQrKS. 517
navets, sont assez riches en inositceten sucre, 0à8 pou i- lOf).
— Tous ont une teneur assez élevée de sels de ï)otasse et de
chaux, particuliôreuient les hetteraves (0,5), les épiiuirds
(5,5), h3S pommes de leri-e (-^^l), les choux (2,0). — Le der-
n icr proupe est constitué par les légumes riches en acide
surtout en acide oxalique (oscille, tomate).
Fi-uitM. — Les fruits ont une composition variée et complexe;
ils renferment tous du sucre, de la cellulose, des gommes et
des acides. Il en est, comme les prunes, les cerises, et les abri-
cots qui ont de 24 à 10 pour 100 de sucre (Boussingault). —
La plupart présentent les acides sous forme de malales; les
racines sous forme de larlrates, les oranges et le citron en
tant que citrates. — On a pensé que ces sels alcalins pou-
vaient faire pardonner leur qualité sucrée, surtout si le
sucre consiste en pectine.
Ces notions préliminaires étaient utiles à rappeler au mo-
ment d'édifier ces fameux tableaux culinaires, que je ramène
aux points principaux.
§ 7. — Cartes eiilinnîrcH de Dickiiiitioii et de Itoiiolinrdat
ALIMENTS V E R M I S
Soupes. — Soupes sans farine,
ni légumes inlei'dils. lîouillons
gras ou à l'œuf. Jus de viande.
Viandes. — Viaiules fraîches sans
exception. Viandes fumées,
pourvu (pTelles n'aieiU pas été
préparées au sucre. Charcuterie,
saucissons, jaml)on, etc.
Gihier, volaille.
Poisson frais ou fumé, niaré(î
en général, huîtres, erusiacés.
Graisses, heurre, huile.
Œufs, fromages.
A E 1 M E N T s P R III D E s
Pain, farine et farineux.
Sucre et miel.
MH (ii\r. Ml r.is. — in.r.nn: i;t musculation nr.s r)i.\i!f:TinuES.
AI.I.MKNTS l'KIl.MIS
LL^piiinosvertscuils,clioux (leurs,
('pinards, clioux, thoux-raves, j
haricols verts, asperges. |
Légiinies verts non ruils, laitue,
cresson, endives, salsifis, raifort. ]
A M M K NTS l'UoilI It K S
Lé^Minics et aliments farineux,
arrow-root, saf,'ou, ta|)io(a, fa-
rine; d'orge on d'avoinr, pommes.
Légumes cl racines; raves
blanelie et rouge; oignons, radis
et céleri.
FRUITS
Fruits contenant de la pectine, les
baies, les poires et les pommes.
Tous les fruits doux et confits.
BOISSONS PERMISES
BOISSONS PROHIBEES
Eau, soda, eau de seltz, eaux mi-
nérales de table.
Thé, café, cacao sans sucre.
Toutes les liqueurs spiritueuses non
sucrées, cognac, rhum, whiskey.
Vins, bordeaux, bourgogne, vins
du Rhin ou de la Moselle.
Eaux alcalines (Voy. § 8).
Petit-lait, lait écrémé, chocolat.
Champagne, vins mousseux et li-
monades.
Porto, madère; tous les vins et
toutes les liqueurs sucrées.
Bière et cidres.
menus inodiflcs. — Ces menus pi^oposés par Bouchardat et
Dickinson se coiTcspondent assez exactement. Pavy admet,
mais avec restriction, les aliments suivants : raves, haricols
verts, choux-fleurs, asperges, choux, noix, olives. — Il per-
met la crème ainsi que l'albumine, mais ne provenant pas
du lait, lequel doit être réduit à une très petite dose. — Seegen
ne défend pas absolument le pain, ni les fruits rouges, ni les
oranges, ni les amandes. — Le régime le plus sévère est
celui de Gantani, qui recommande au malade de ne prendre
à tous les repas que de la viande, du poisson et de la graisse;
toutefois il fait une exception pour le beurre parce qu'il con-
tient toujours des traces de sucre de lait; ces prescriptions
EAUX MINÉUALES. VICIIV ET CAULSHAI). 519
et interdictions doivent être observées au moins trois mois
et dans les c;is <>raves jiis((ii'à neuf mois. — Si depuis deux
mois le sucre a disparu des uiines, Cantani permet peu à
peu des légumes verts, puis le fromage, puis les amandes;
quelques semaines plus tard les fruits rouges et les oianges,
plus tard encore les pois et les haricots verts, ainsi que les
tomates et les melons. Enfin, quinze jours après, on peut
tenter l'usage du lait, des soupes au lait et finalement les
farineux. Heureusement voilà un pathologiste moins sévère;
c'est During qui a le soin de ménager l'estomac et de ne
recommander que les aliments faciles à digérer, parmi les-
quels il place en première ligne le lait, le pain blanc durci,
ou une soupe au riz, ou la semoule sans beurre ; 250 grammes
de viande par jour, pas plus; mais de temps à autre des
viandes salées ou fumées, et toujours des compotes de
fruits.
§ 8. — Eaux iikiiiéraloM. — CurcM de lait. — Divers
p$»cudo-aliiucu((st
Eaux de Vichy, de CnrlMbad. — [[ V a ([UaraUtC aUS, Mialhc,
considérant que dans le diabète, le sang tend à perdre son
alcalinité par suite de l'accumulation des acides de la peau,
c'est-à-dire par l'absence de sueurs, le sucre n'y trouve plus
à se comburer; de là Tulilité des alcalins destinés à faci-
liter l'oxydation du sucre. Frémy, arrosant un arbre avec
une solution alcaline, constata qu'il ne donnait plus de fruits
sucrés; tous ces faits présentaient un véritable intérêt. Mais
la théorie de Mialhe, basée sur la suppression des sueurs
était fausse; Tulilité de l'alcalinisation n'en resta pas moins
dans la pratique. Comme l'a dit Brouardel dans sa thèse
d'agrégation, presque tous les médecins, laissant de côté les
idées théorii^ues, reconnaissent la valeur du traitement alca-
520 ciiAP. Vil i;is. nr.c.i.MK i:r musculation i>i:s dimji^itiquks.
lin {\[\\\> 1<' diabrh». Toiilcfois los oxi)(M'i<*nc<\s (N; ('i;i(;tli<(ons
ne (lé!ii(>iilri''r('iil ([iruii seul r.'.il, l;i di mi nul ion (1(; poids coi--
porcl du dùdélique, mais non du h'iiioiu, sous riulluoncc du
bicarbonalo de soude. — Mais les clTets des alcalins ne sont
pas à comparer à ceux des cures lliermales (|ui oui à leur
avoir loules les circonslances auxiliaii'es;, le ^l'and ;iii', le
repos, la disliaclion el la discipliiK; hygiénique. Duraud-
Fardel a bien décrit les eiïels de la cure thermale qu'il ne
faut pas confondre avec l'usage des alcalins.
Sous rinfluence de l'eau minérale, la soif, la polyurie et
la sécheresse de la bouche disparaissent rapidement; la
polyphagie résiste plus longtemps, mais le dégoût des ali-
ments disparaît; les éruptions de la peau, surtout celles qui
s'accompagnent de démangeaisons, cessent rapidement. Ces
eaux semblent agir en modérant l'action giycogéniquc du
foie; c'est peut-être en diminuant les mutations organiques
et si fréquentes si graves. L'ingestion de l'eau chaude en
quantité n'est-elle pas utile (Glos)? Chez les diabétiques,
l'aciion digestive de l'eau n'y est certainement pour rien.
En réalité, on ne connaît que les résultats pratiques; voici
ceux qui ont été résumés par Souligoux. Sur soixante-dix-
sept malades, il en compte dix-sept chez lesquels le sucre a
complètement disparu; chez seize autres, la quantité de
sucre qui, chez quelques-uns, s'était élevée à 75 grammes et
plus, s'est abaissée au-dessous de 10 grammes. Dans tous
les autres cas, sauf deux, la cure thermale, s'est traduite par
une diminution sensible du sucre urinairc et de la diurèse
journalière.
Après et malgré cette énumération si favorable, on n'est
toutefois pas en droit de conclure à une guérison définitive.
Les bienfaits de la cure thermale ne durent pas au delà d'un
certain nombre de semaines et de mois; le malade, par sa
situation nouvelle, est à même de se relâcher de la sévérité
ViriIY KT CARLSr.AT). .'51
du régime alimentaire, cL il l()l<''i'(;, sans grand inconvénieni,
une [dus j^iiiudc ({uantilé (riiydrocarlnircs (M<'ycr); mais la
curalion complèle u'anive pas, et le régime spécial s'im-
pose à nouveau. Il en osi de même des eauv de Cai'lsbad, fpii
ont été vivement allacpiées dans ces derniers temps par
Kulz, lUess et Senator; leur action, comme celle de Yichy,
passe, et tout est à recommencer l'année suivante, si bien
que les malades retournent à ces stations pendant dix, quinze
et même vingt ans, retirant toujours de ces cures régulières,
au moins les premières années, un véritable bienfait, à la
condition de ne pas négliger la diète carnée pendant le reste
de l'année. L'habitude de ces pérégrinations prouve que la
guérison n'est presque jamais persistante.
Ce sont surtout les diabètes gras qui guérissent le mieux
aux eaux alcalines ou alcalines-salines; le diabète maigre
ne s'en ressent pas toujours aussi favorablement; on a vu,
cependant, des malades arrivés à Tamaigrissement, à la
dénutrition la plus marquée, en retirer du soulagement et
une véritable amélioration.
Il n'y a de contre-indication véritable que dans quatre cas :
c'est lorsque l'albuminurie a pris le dessus; elle est alors le
résultat d'une né})lirite; c'est encore quand le malade pré-
sente quelques signes de lésion cardiaque ou des accès d'an-
gine de poitrine, qui sont fréquents chez le diabétique.
Quand le malade tousse et maigrit à la l'ois, la i)htisie baril-
laire est alors à craindre, et l'eau minérale à interdire; c'est
enfin lorsqu'il y a le moindre signe d'acétonémie, c'est-
à-dire de tendance dyspnéique ou comateuse. L'eau de Vichy
peut tuer ces malades; il ne faut même pas songer à prescrire
une pareille cure; le voyage, le déplacement, ont suffi par-
fois pour déterminer une mort subite.
522 Cil M». Ml l:lS. -' IIKC.IMK KT MUSCII- ATION Iil.S niARfJIQUES.
S 0. — l*Mcu(l<>-aliiii«ii<N li^'«li'4><*arl>iir(*M
riii'Oii de liiK. — Pour rcnii)lir roffici' d'Iiydrocarbiircs on
a préconisé ou toléré divers aliinenls (jiii sont loin d'être
corrects, entre antres le lait. Dunkin etiiaU'our, Dickinson et
Carey ont vanté surtout l'usai^e du lail éci-éuié à la dose de
5 à 10 litres par jour; mais la plupait des épreuves de con-
trôle ont été nulles ou même cunlraii'cs; c'est l'opinion de
Pavy, Greenliow, Burkley; cetle cure est même entièrement
contre-indiquée dans la période avancée du diabète; elle
devient une cura fconis; c'est l'avis de Forster, Pavy et
Thorne. Je considère le lait comme contre-indiqué à toutes
les périodes de la maladie, et sous son influence j'ai tou-
jours vu, comme Frerichs, augmenter singulièrement le
sucre urinaire. Quant au petit-lait, au koumys, les expé-
riences précises font défaut.
Succédanés du sucre. — Acide lactique et glycérine. — 1 OUr
remplacer le sucre qui n'est pas utilisé chez le diabétique, on
a eu recours à toutes sortes de moyens plus ou moins ingé-
nieux auxquels il ne manque que la consécration clinique.
C'est ici qu'il faut mentionner Vacide lactique et la glycé-
rine, l'acide lactique indiqué par Gantani à la dose de 5 à
10 grammes pour 250 à 300 grammes d'eau additionnée de
5 grammes de bicarbonate de soude; cette prescription est
renouvelée cinq à dix fois par jour. Gantani suppose que
malgré l'altération chimique de l'organisme du diabétique
l'acide lactique qui est un produit de décomposition du sucre
est encore susceptible d'être comburé. Pawlinof considère
cet acide comme un moyen d'épargne des albuminates. On
lui a attribué aussi des qualités digestives analogues à celles
de l'acide chlorhydrique qui, à mon avis, ne saurait être
remplacé par aucun autre acide. — Envisagé d'une façon ou
i'si;i;[)0-AiJ.Mi:.MS iivin;()(:.\i;i;UHf:s. 523
de l'iiiitie, il n'a pas r('[)on(lii à ratlente •;ént'ral(3. On Fa
môme accusé do dcvfdoppor, étant pris à liante dose, la {gly-
cosurie clicz les aniniiiux, cl cliezriiomuie de j'raves troubles
de la digestion. Kn pareil cas, dit Ilosi-nhacli, l'acido doit
sonslraire di^s alcalis à l'oiyanisiiic, et chez les diahctiques
il y a lien [)i'écisément d'alcaliniscr 1(î sang-. A la dose
modérée, do 5 à 10 grammes par joui-, il ne produit aucun
effet appréciable.
La (jhjcévine a été vantée également dans le but de rem-
placer le sucre. Schultzen croit que le sucre se dédouble
normalement en glycérine et en aldéhyde de glycérine; la
glycérine se trouverait donc indiquée pour remplacer le
déficit; mais la théorie est tout imaginaire. Catillon avait
remarqué que chez les chiens nourris avec la glycérine la
fonction giycogénique se trouve ralentie, et le chiffre de
l'urée abaissé. Mais ici encore la théorie est contredite par
l'observation. Seegen qui essaya la glycérine à la dose de
50 grammes chez trois diabétiques gravement atteints vit la
glycosurie et les principaux symptômes s'aggraver au point
d'imposer l'abstention.
IlIoycii!>( nntiglycogéniqiie<4. — Ar.scnic. YOlCl UU UlOyOn
plus radical encore que les pseudo-aliments; Salkowski a
prouvé en 18G5 que, chez un animal arseniqué, la glyco-
génie hépatique est en grande diminution, si bien que si
chez ce même animal en vie on })rati([ue la piqûre du qua-
trième ventricule, on n'obtient plus de glycosurie. Celte in-
dication paraissait péremptoire en faveur de l'arsenic.
Cependant les premières observations furent désastreuses.
Berndt eut sur huit diabétiques huit morts, et Brouardel eut
deux fois sur deux l'insuccès le plus complet. A ces revers
je puis avec Jaccoud, Leco relié, opposer quelques faits favo-
rables, mais pas une guérison complète sans le secours du
régime spécial.
5-21 ciiAiv VII i;is. — m'icniK kt musculation dks i)iAnf:Tinui:s.
j^ 10. — Ile I liy;;!^!!!' iiiiiN<*iiliiirc
T. a j^lycoj^énie se passe en f^i'aiide parlic dans !<; foie, mais
elle a li(Mi aussi, quoiqu'à un moindre de^ré, dans le système
musculaire. Claude Bernard y a conslalé la malière glyeogène,
souvent plus que dans le Ibie. Bok et lïofï'mann ont pu, en
supprimanl le foie, retrouver la glycogénie et faire de la gly-
cosurie. Lorsque, en elTet, le muscle entre en contraction, la
substance glycogène se transforme en sucre, et le sucre en
acide carbonique; le muscle ne fonctionne qu'à l'aide des
hydrocarbures et non à ses propres dépens. La musculation
est donc le moyen le plus parfait, le plus certain de détruire
le sucre ; ce sont là des vérités physiologiques qui s'appuient
d'ailleurs sur de sérieuses expérimentations applicables à
la clinique.
Kulz a démontré, par des recherches exactes, que par
une suractivité musculaire, l'usure du sucre augmente et
que le sucre urinaire diminue considérablement. Une
observation récente de Mering, relative à un diabétique de
a clinique de Kussmaul, montre le même phénomène de la
manière la plus claire. Un ouvrier qui, en douze heures,
rendait 40 à 50 grammes de sucre, en prenant un régime
carné exclusif n'élimina plus que 5 grammes, après avoir
tourné pendant cinq à six heures la roue d'une machine ; la
proporlion du sucre urinaire tomba donc de 4 pour 100 à
1 1/4 pour iOO; au bout d'une heure et demie le sucre avait
même disparu sans que, d'ailleurs, la quantité d'urée des
urines fut augmentée.
La musculation a de grands avantages; tandis que par le
régime on ne fait qu'enrayer la formation du sucre dans le
foie et son élimination par les urines, les muscles, en se
contractant, brûlent le sucre, ce qui est important, car, du
IlYCIfiNK MUSCULAIP.E. 5J5
même coup, li; Uavail nnisciilaire j)rodiiil la chaleur, forlific
le système musculain^ el (end à rctaljjii' les mutations orga-
ni(|ues dans un sens normal.
La pratique démontre d'ailleurs rpie Texerrice méthodique
agit (1(^ la manière la plus lavorahle; si toutefois on dépasse
la mesure, si surtout ou l'orce de malheureux diahéticpies
amaigris à suhir de longues marches, ou des exercices fati-
gants, ou des gymnastiques d'acrobates, il en résulte un
véritable danger; ou a vu dans ces cas survenir la moil
subite. Kulz et Frerichs citent des catastrophes dues à ces
entraînements exagérés que je vois malheureusement prati-
quer tous les jours par les diabétiques sur l'injonction for-
melle du médecin traitant.
Ce qui, en effet, est possible dans certaines conditions
anormales, cesse de l'être dans les états graves; il y a même
des cas dans lesquels le sucre diabétique s'élimine en plus
grande quantité par le travail musculaire exagéré; dans ces
circonstances, s'agit-il, comme le croit Zimmer, d'un chan-
gement chimique du muscle surmené, ou bien d'une surac-
tivité de la circulation dans le foie? Ce qui est certain, c'est
qu'il vaut mieux, tant que l'état du malade le comporte, lui
faire brûler le sucre en excès, que de le laisser s'éliminer
par les urines.
§ 11. — ItcMUiiié. — Kèarles du fraitcnicn( liy&:it>iiiquc
On ne songera sans doute pas à me savoir mauvais gré de
renoncer à la fabrication de cartes antidial)étiques, à la
réglementation des trois repas, et on général aux menus
culinaires qui, fort à la mode, surtout en Allemagne, y cons-
tituent l'objet d'un commerce actif de librairie sous forme
de petits papiers. Mais je puis résumer scientifiquement le
régime du diabélictue el recommander : 1° les viandes de
5-20 CIIAP. Ml IMS. - Kf;(;iMK KT MUSCUI-ATION IU:.S IH Al!K I InUES.
(ous les aiiiiuaux, lioiiillics uii rùli(3s, la cliiiii- {\{'s poissons
(jui t'sl fiasse, cl, ]»ar consé({iienl ulilc, !•; jambon avec le
lard non moins utile, les ciiislaccs dont la rliair est trop
seclic, les huîtres Iro]) i^élalineuses, li!S œuls, les IVomages
vieux; 2° les graisses de toute espèce, le heu ne, li; lard, les
sauces sans farine; ^"^ 150 grammes de ])aiii ou de pommes
de leire; 4" les racines et les végétaux vei'ts; ;r d'api'ès
les expériences de AVoriu-Miiller et de Seegen, le sucre de
canne passe plus dans les urines cliez les diabétiques qu'à
rétat sain ; peut-être pourra-t-on remplacer ce sucre par un
singulier produit né d'hier, qui sucre parfaitement sans
être du sucre et sans se brûler; c'est encore un produit de
distillation de la houille, c'est la saccharine ; G" le lait, ali-
ment dit complet, et contenant une grande quantité de sucre
de lait, n'est pas admissible d'une manière générale; 7" les
boissons les plus salutaires sont les liquides vineux, le tlié
et le café non sucrés, etc. : j'indiquerai bien encore les bois-
sons alcooliques, si, comme je l'ai observé, les malades tour-
mentés par la soif ne se livraient pas à de véritables orgies
de liqueurs, qui les mènent à l'alcoolisme; 8" parmi les
eaux minérales, je ne trouve aucune utilité aux eaux ga-
zeuses qui augmentent la diurèse et le ténesme; l'eau de
Yichy est très avantageuse avant les repas, et seulement chez
les goutteux qui ne sont ni déchus, ni cardiaques.
Tout ce régime s'applique aussi bien aux diabétiques dont
les urines sont chargées de sucre et d'urée, qu'à ceux qui ne
présentent que des chiffres raisonnables de glycose avec ou
sans urée, en plus, avec ou sans albumine ; la quantité de
sucre éliminé ne nous dit pas si la maladie cédera ou non
au régime carné et graisseux.
CHAPITRE VIII
TIIAITEMENT HYGIKNKKJE MES OMÈSES
L'obésité n'est pas une maladie, e'est une imminence mor-
l»ide; il est des corpulences très marquées, compatibles avec
la pUis parfaite santé; la plupart menacent le cœur. Dès les
premiers signes de l'invasion de la graisse à la surface ou
dans les sillons du cœur, entre ou dans les faisceaux muscu-
laires, la maladie commence et se traduit par lespliénomènes
cardiaques. Le premier indice de l'infiltration graisseuse du
muscle (myocarde) c'est l'oppression babituelle; elle peut
bien tenir en grande partie à la faiblesse musculaire géné-
rale qui rend les obèses ou polysarciques incapables de tout
eiïort, ou bien encore à la diminution de la force conlraclile
des muscles respiratoires, elle tient surtout à la perte de
l'énergie du cœur musculaire. Tout ce qui tend donc à dimi-
nuer la graisse corporelle relèvera les forces motrices; tout
ce qui augmentera la contractilité des muscles de la vie de
relation et des muscles de la respiration réveillera en même
temps l'action du muscle cardiaque. L'indication fondamen-
tale du traitement de l'obésité est par conséquent dans le
système d'amaigrissement. Il consiste principalement dans
un régime physiologique, dans la détermination de la quan-
tité et de la nature des boissons, eniin dans l'exercice mus-
culaire.
528 Cil Al». Vlll. — IH;S OllKSKS.
^ 1'''^. — 4lrl;:;liio «l«t la |i;ralNMC f*4>r|»4»i'4>ll<t
Tous les pliysiologisles soni (Taccoid <\w la iMlion ik-ccs-
sairc pour couvrii' les délicils rùsiillaiil dr la dé^assiinilation
moléculaire qui s'opère sans cesse dans l'organisme, ou bien
des déperdilions de cliaJeur (jui se foiil dans loiilcs I(.'s cir-
constances de la vie. Cette ration se compose de 120 à
i35 grammes de matières all)umineuses,provenanl de 250 à
300 grammes de viande privée de graisse el (\c< parties ten-
dineuses; une fraction de cette substance peut être com-
plétée ou remplacée par l'albumine de l'œuf, par le poisson
qui est l'analogue de la matière carnée; dans le pain on
trouve le gluten (10 p. 100), dans le lait la caséine (4 p. 100),
dans les légumineuses, la caséine végétale ou léguminose
(15 p. 100); ce sont là des principes azotés susceptibles de
parfaire la quantité nécessaire, indispensable d'azote.
Outre les principes azotés, il faut 84 à 100 grammes de
matières grasses, qui sont les principaux combustibles de
l'économie. Il faut en outre 250 grammes de carbone, c'est-
à-dire 400 à 500 grammes de fécule ou de sucre, sans
compter l'eau qui favorise les mutations organiques, puis
les éléments minéraux qui entrent dans la composition de
tous les liquides, de tous les tissus, et enfin l'oxygène qui
est le principe comburant, destiné à revivifier sans cesse les
tissus corporels.
Or quels sont les aliments qui produisent l'engraissement
et comment le produisent-ils? Quelles sont les conditions
physiologiques de la formation, de la destruction ou de
Tannexion de la graisse ?
1° Nos grands biologistes, Dumas, Boussingault, Payen,
Milne-Edwards, ont admis et prouvé que la graisse corpo-
relle provient de la graisse ingérée; les .expériences de
oniciNK ni: i\ (;raisse corpouelle. 529
Boiissin^aiilt i^uv la nécessité, pour ohlonir rengraissement
(le la volaille, (rinti'odiiire la graisse dans la noiirrilmo,
semblaienl (It'cisives, loi'S(|ne des objections f,n\aves sN-lc-
vèrent conti'e cette manièie de voii". — Ebstein cliercha à
déniontrei' (jiie la graisse n'est nnll(;m(3nt une substance adi-
pogène, qu'elle ne se dépose pas norm;denient dans les tissus
et que la graisse corpoielle n'en provient pas.
Mais les raisons invoquées par Ebstein sont combattues
par divers expérimentateurs. L'adaplalion de la graisse peut
en effet se faire dans toutes les conditions ; s'il s'agit d'acides
gras l'annexion s'en fait bien plus facilement, parce qu'ils se
saponifient et pénètrent facilement dans le sang sous forme
de savons; les corps gras sont neutres, ils sont absorbés faci-
lement après être moléculairement divisés, c'est-à-dire émul-
sionnés; mais ils finissent sous cette forme par entrer dans
les vaisseaux cbylifères et lymphatiques. Il y a plus ; on avait
dit que les organismes divers forment eux-mêmes leur graisse
et ne sauraient admettre que des corps analogues; or, il
résulte des expériences intéressantes de Lebedef, que la
graisse du mouton, qui est spéciale, peut, lorsqu'elle est
administrée à un chien, se retrouver intacte dans le sang et
les tissus du chien. — Le même physiologiste, J. Munk et
F. Iloffman, en instituant sur des animaux des essais d'aâ-
mentation, ont prouvé enfin que la nourriture grasse s'adapte
d'une manière certaine au corps de l'animal en observa-
tion.
2" AiiMiiiiinatcM. — 11 est aujourd'hui un fait acquis à la
science, c'est que nous-mêmes nous fabriquons de la graisse,
et que par conséquent elle n'arrive pas préformée dans l'or-
ganisme. On ne se serait pas atlendu à voir la graisse se
former aux dépens des albuminates et surtout de la chair
musculaire venant du dehors ou faisant parlie de notre
corps; c'est pourtant ce qui a lieu. Les albuminates, comme
SÉE. V. — 3i
5:j(» (Il w. Mil - i>i.s onf.shs.
on le s;iil depuis les rcclicrclM's de \'(ȕl <;! lN'lli'iik()r''i-^ do
S/.ul»oliii, de K('iiiiii('ii( Il (il de IlolViiiaii, se (l(*d(jiil)lt.'iil en
ince et cil ^raiss(3 ou en sucic. Nous ne savons pas par quel
procédé ce dédouhlcnienl s'opère; il se passe là sans doute
des synllièses inconnues (Kossel); mais nous savons par les
recherches de Munk el les ohservations d'Ewald qu'en tous
les cas hi formation de la Ljiaissedans l'organisme s'y op(jre
comme au dchois par la léunion de ses éléments consti-
tuants, les acides gras et la glycérine.
D'après cela, un régime qui serait presque exclusivement
composé de viandes pourrait mener vite à l'engraissement;
associé à une petite quantité de graisses ou à une plus petite
quantité de féculents ou de sucre, le régime carné pris d'une
manière démesurée serait funeste; — la ration normale
étant au minimum de 90 et au maximum de 135 grammes
par jour ne produirait rien de semblable; au-dessus de ce
chiffre l'engraissement commencerait ; au-dessous de cette
ration c'est l'inanition. — Mais le dernier résultat serait
aussi inévitable par un usage exclusif de la viande ; le régime
azoté le plus massif s'il est seul ne suffit pas pour empêcher
à un certain moment la dénutrition générale et en même
temps la perte irrémédiable des forces (Voit); sur ces divers
points l'opinion est fixée.
3° Hydrocarbures (Féculcs ct Sucrc). — L'orgauisme fa-
brique du sucre aux dépens des albuminates, mais en petite
quantité; un gramme d'albuminates même additionné d'une
certaine quantité d'hydrocarbures ne fournit tout au plus
qu'un demi-gramme de graisse; mais le moyen le plus effi-
cace pour produire l'engraissement, c'est l'usage des fécules
et des sucres; ces hydrocarbures sont bien plus adipogènes
que les graisses ; ils sont très facilement résorbés après avoir
subi l'action de la diastase salivaire ou du ferment pancréa-
tique ; une fois qu'ils circulent dans et avec le sang, ou bien
Olili.lM-; l>K LA (.KAI.^SI-: COIll'OKELLE. 531
ils se Iji'ùIoiiL rjipi(loiiiciit (mi roniiaiit de l'acide caiboniqiio,
ou bien ils se Irjjnsfoniieiit en graisse.
Ce cliauj^^cment partiel en graisse peut se i'aiie d'une faeon
directe. Bien cpi'on ignore entièrement la manière dont il
s'opère, il ne saurait èti'e contesté. Gliamieski prétend même
que pour l'engraissement des oies la meilleure propoition
des hydrates de caihone aux principes azotés est de (> à 7
pour une partie d'aibumine, et que les trois quarts de la
graisse développée proviennent des fécules ou des sucres. —
Avec -2 et demi de sucre, Ilenneberg obtient le même résultat
qu'avec une partie de graisse et de sucre. Si donc au régime
azoté suflisant pour l'entretien on ajoute des hydrocarbures,
on peut reconnaître leur propriété de se métamorpîioser
pour former la graisse. L'expérience journalière le démontre
pour les herbivores; elle peut môme être tentée sur les car-
nivores; avec un peu d'albuminates et beaucoup d'hydrocar-
bures on peut produire un certain degré d'engraissement.
L'expérience a été faite sur les chiens. La chimie peut expli-
quer ces formations dans un liquide alcalin. Les hydrates de
carbone peuvent donner lieu à l'acide lactique, et celui-ci aux
acides gras.
Ces deux fonctions, combustibilité des hydrocarbures et
métamorphose en graisse, ne sont pas les seules qui soient
dévolues aux corps hydrocarbures. — Ils ont une propriété
des plus remarquables, c'est de préserver en usant elles-
mêmes l'oxygène pour leur combustion, les albuminates de
la destruction moléculaire; les albuminates ainsi protégés
par ces hydrocarbures sont en moyenne de {) pour 100
(Voïl). L'économie chez un chien de 35 kilos peut être de
109 grammes de chair musculaire par jour. La graisse a
aussi le même privilège, mais à un degré beaucoup moins
marqué. Ce pouvoir de modérei' Tubure des idbuminat(^s une
fois reconnu, on s'est demandé si ces matières albumineuses
681 C.IIAI'. Mil -- IH'iS ()Uf:SKS.
soiil inaiiili'ii;»!!! moins ;ij»lcs à se dcdouhh'r en wyrr cl ni
graisso; dans ce cas Loiil s'cxj)liqun, et il sera iiiulilc d'invo-
quer la liansfoniialion directe (les liydro('arl)ines('n p:raisses;
celle-ci ne serait i[\u) le résnllal du dcdouMeiuent, mais une
pareille opération ne fournil jamais cpTuiic (juantilé modérée
de graisse ; Peltenkolcr cl Voïl , (jiii oui (li'uioiil i*' ce mode de
production de la gi'aisse, sont singulirrcuiciit d('passés |)ar
Soxlilcl, .Munk et Strohmer. Sur les pores, Scliult/, et Clia-
mieski sur les oies, ont démonhi' la ])i()(liiriion directe de
la graisse sous l'influence d'un excès d'hydrocarbure. Au
résumé la graisse corporelle provient de trois sources :
1° De la graisse (|ui se transforme difficilement en
graisse;
2° Des albuminates ingérés qui se dédoublent en graisse
et produits azotés ;
8" Des hydrocarbures qui se décomposent facilement et
fournissent directement de la graisse. — Ajoutons que les
graisses comme les hydrocarbures sont des moyens d'épargne
des albuminates qui cessent de se détruire et de fournir par
le dédoublement la même quantité d'urée et de graisse qu'à
l'état normal. Une remarque importante pour finir ces déve-
loppements : Rubner a constaté qu'au point de vue dyna-
mique et en tant que calorigènes, 100 grammes de graisse
équivalent ta 21 1 grammes d'albuminates secs, et à 240 de
fécule ; d'où l'on peut conclure que si la graisse ne fournit pas
autant de graisse que les deux autres espèces chimiques, elle
conserve bien mieux les forces et la calorification.
§ -. — Coniment on devient obèse
Conditions individuelles. — nérédité. Ou dcvieut obèse
par deux sortes de causes, les unes insaisissables et difficiles
à modifier, les autres d'ordre biologique ou physico-chi-
CAUSES DE L'UHÉSITÉ. 533
iiii([ue. La connaissance des lois de nutrition, ([ui président
au développement ou à la destruction de la graisse corpo-
relle ne sul'lit pas pour tout ('X[)li(pier; car en dehors des
iniluences extérieures et du genre de nourriture on est tenu
de reconnaître [)oui' un grand nombre de cas, une disposi-
tion, surtout une [)rédisposilion héréditaire, ({uc nous ne
])Ouvons pas prévoir, et qui résiste le plus souvent au traite-
ment régulier. Sous les mêmes iniluences, avec des condi-
tions idenli([ucs de la vie et de la nutrition, beaucoup de-
viennent obèses, les autres restent maigres. — La propension
à l'embonpoint est transmise par hérédité, elle est innée, et
se manifeste même parfois dès les premières années de la
vie. 11 est incontestable qu'on retrouve souvent l'obésité
chez les parents et les ascendants du deuxième degré, et
même dans toute la famille. Bouchard dit que sur cent cas il
a trouvé quarante-six fois la transmission. Chambers, sur
trente-huit cas d'obésité, a constaté dans vingt-deux cas la
descendance directe, cinq fois celle collatérale. Roloff a noté
cette tendance à l'engraissement dans certaines races por-
cines, lorsque surtout elle est aidée par le repos et par une
nourriture d*engraissement !
Age et sexe. — Sans parler des |)olysarcies congénitales
chez des enfants de quelques jours (Forster), de trois mois
(\Vulf) ou de celles qui se manifestent plus tard, à douze à
quinze mois (Grisolle), à cinq ans (llillairel), on observe
souvent l'obésité pendant la dernière période de la crois-
sance de (piinze à vingl-riii(| ans et le maximum porte sur
l'âge de quarante ans environ (Immermanu). — Si les femmes
y sont plus exposées que les lionimcs, il y a à cela trois rai-
sons : la vie sédentaire, la tendance à Tanémie et riulluence
sexuelle. Les troubles menstruels, la stérilité et fàge de
retour sont des conditions d'engraissement bien connues;
l'anémie vient s'y ajouter et l'absence de mouvements cor-
W2\ nui», viii i»r:s oiuisr.s.
jion'ls coinplrlc 1.1 ^ri'n' i\v<. causes (l'cngroisscmonl, nous
verrons conniicnl.
Mais (l'orcs et (l(''jà nous pouvons dire que si Tcnihonpoinl
frappe les lionimes, il y a (faulres causes à invo(juci-, à savoii- :
les iiilliiences psychiques, les prrocciipalioris ou bien ufic
alinieiilalion excessive cl Tahus {\i'^ hoissons alcooliipies,
destinées d'après l'opinion du lnivcui' à soiilcnii" les forcfis.
CundilioiiM oxtôrioiireM ou iiccidoiitt'Ilt'N. ( )li \()lt d apl'ès
cela que les prédispositions individuelles ont prescpie t(ni-
jours pour auxiliaires les conditions tangibles de la vie ex-
térieure. Ebstein les considère comme indispensables, mais
Bouchard les annihile d'un trait par un calcul pour cent,
en nous montrant que sur cent individus cinquante usaient
d'un régime régulier, quarante seulement prenaient trop
d'aliments et surtout des féculents, et dix d'entre eux se
nourrissaient môme d'une manière insuffisante. — L'in-
fluence du mouvement est égalementcontestée par Bouchard,
car sur cent obèses il compte trenle-cinq menant une vie
régulière au point de vue de l'exercice, vingt-huit dépassaient
la mesure et trente-sept étaient adonnés à la vie sédentaire
professionnelle ou voulue.
D'après ces chiffres fictivement montés à cent, la nourri-
ture et l'activité physique seraient sans influence aucune;
mais Ebstein démontre que, môme dans ces cas douteux,
un régime rationnel et l'exercice musculaire suffisent pour
amener de grands changements dans l'état du malade,
même lorsqu'il a une prédisposition soit héréditaire, soit
acquise ; je partage complètement l'opinion d'Ebstein, et,
pour résumer mon opinion, je dirai comme le vulgaire ; on
ne risque rien à entreprendre la cure d'amaigrissement
même dans ces conditions qui paraissent réfractaires, et le
résultat m'a toujours paru favorable.
Au milieu de ces causes il en est une d'ordre patholo-
DES CAUSES DE L'OUESITÉ. r,35
gique, qui est des plus importantes ; on sait généralement
([lie l'obésité n'altoiiit qiK^ les pléthoriques à l'ace rouj-e, à
tendance congestive ; l'anéniie, quelle qu'en soit la cause
spéciale, favorise l'engraissement; celle qui succède aux sai-
gnées constitue une ibrte prédisposition; ceci résulte des
expériences de Vulpian et Decliarnhre. Après les grandes
liémorragies utérines, surtout chez les femmes qui sont arri-
vées à l'âge de retour ou qui ont perdu leur sang par suite de
tumeurs fibreuses de l'utérus, l'embonpoint se dévelo[)pe
facilement, en un mot les anémies sont, bien plus que la
pléthore, la cause d'engraissement. On explique ces faits
par la diminution des globules du sang et surtout de Thé-
moglobine qu'ils contiennent ; les oxydations et par consé-
quent celles de la graisse se trouvent amoindries.
Une autre cause bien autrement grave, trop souvent évi-
dente, c'est l'alcoolisme; l'alcool est un poison stéatogène
qui favorise le développement de la graisse dans les organes,
et leur transformation en tissu fibro-graisseux, c'est un fait
reconnu pour le cœur, les artères, les muscles, le foie et
les reins. — Ce sont là avec certaines influences climatériques
des causes tangibles qu'il ne faut jamais négliger dans le
traitement de l'obésité.
Enfin on a invoqué la parenté de l'obésité avec la goutte
en accordant à cet embonpoint arthritique une grande bé-
nignité. Gomme les conditions physico-chimiques qui favo-
risent le développement de l'obésilé et de la goutte, à savoir
fexcès d'alimentation et surtout azotée-féculente, l'abus de
l'alcool et Tabsence de mouvements, présentent une grande
analogie dans les deux cas et marchent souvent de pair,
elles doivent amener le double résultat sur le même individu
ou une alternance de ces deux états morbides sur divers
membres de la famille si elle est soumise à une hygiène
identique. Il est malheui'cuscment vrai aussi que l'altinité
53(5 CHAI'. Mil l'.IS. — HKC.IMi; DKS Or.CSKS.
,l,.v ,l,.|i\ iii;il;i(li('s .ilioiilil s(tii\t'iilà r.ilh'iiil ioii grave du
cœur<'l (les Milèrcs, c'est-à-<lii''' à mi df'sasli-c.
S !]. — llcM locnliMiilioiiM <l4> la ;;rtiiMNt' dniiM l;i iicaii,
«laiiN I al»(loiii4'ii vt (laiiM le «Mi'iir
Oulro les prédispositions individuelles, il existe une apti-
tude spéeiale de certains tissus à suhir riidillration j^rais-
seuse. Chez l'honime sain, même le plus uiai<;ie, le tissu
cellulaire (jui se trouve partout ronlient toujours des traces
de graisse. Dans rài^e adulte, elle représente 5 pour 100 du
poids total, G i)Our 100 chez la femme (Béclard, Quesnay,
lioueliard), c'est-à-dire 2 à 3 kilogrammes de graisse sur
05 kilogrammes. Chaque cellule connective peut se trans-
former en cellule graisseuse; mais la répartition de ces élé-
ments adipeux est très inégale; les accumulations se font
dans certaines régions, particulièrement dans le tissu sous-
cutané de l'abdomen, des reins, de la poitrine, puis dans
la toile péritonéale qui couvre les organes abdominaux,
sous le péritoine lui-même; un des amas les plus fréquents
se fait dans les muscles, particulièrement dans le muscle du
cœur (Unna). Jl faut y ajouter le foie, qui contient toujours
des éléments gras; lorsque l'obésité se prononce, c'est
dans ces mêmes organes et tissus, naturellement imprégnés
de graisse, que se trouve le maximum d'adiposité; le nom-
bre des cellules connectives qui se transforment en cellules
adipeuses va alors en augmentant; puis le contenu gras
devient huileux, se réunit en gouttelettes; dans tous les
organismes, il renferme plus ou moins de palmitine, d'o-
léine et de stéarine. La couche sous-tégumentaire peut ainsi
acquérir une épaisseur de plusieurs centimètres; il en est
de même du péritoine qui peut arriver à peser iO livres
(Boerhaave); mais le fait dominant, c'est la surcharge grais-
DKS BOISSONS KA TlO.N.Nf.KS. 537
scusc du cœur (jui ue s'ariùlc jamais à la suiface de Tor-
gauc; la j'raisse pénètre toujours dans les sillons (jui sé-
parent ses cavités et dans la pointe du ventricule dioit.
A un degré plus niarcpié, ces infillialiuns gagnent le ventri-
cule gauche; dès lors il y a un véritable danger, Icniyocaide
s'atrophie sous la graisse, les tract us inler-niusculaires sont
envahis, les fibrilles musculaires elles-niônies sont déna-
turées; il y a alors combinaison de rinliltralion et de la
transformation graisseuse; voilà le péiil pour l'obèse.
CHAPITRE Mil BIS
DES SYSTÈMES D'AM AlGRISSEiMENT. — ALIMENTS.
BOISSONS. — MUSCULATION DE L'OBÈSE
Les systèmes d'amaigrissement, qui sont connus aujour-
d'hui et qui continuent à être l'objet de vives discussions
peuvent être réduits à trois, sans compter les cures d'eaux
minérales, la balnéothérapie, la cure de lait, la médication
iodurée, etc. Les trois systèmes portent les noms de IJanting,
d'Ebstein, et le troisième devrait s'appeler du nom collectif
Dancel-Œrtel-Schweininger. Ces divers systèmes d'entraîne-
ment reposent tous sur les procédés de Thygiène, c'est-à-
dire sur la nature de ralinientalion, la (juantité de bois-
sons et la musculation. Gomme la diminution des boissons
se retrouve dans toutes les méthodes de traitement et semble
devoir constiluei' un article de foi pour tous les médecins et
les malades eux-mêmes, il importe avani tout d'ena}»précier
l'action physiologique et l'ellet lhérapeuti(iue.
r.3s ciiM'. Mil i;is. - nKc.iMK i»i:s oiifisKs.
J^ I. — IjCh l»<»lMN<»nM rnlionnroM. — Or I cna
Drjà riiiic le .Icuiic avait icM^omiiiand)'! aux obèses, sans
(liiiiimicr le repas, de rcstci' sur la soil' piMidaiil, el de Ixiire
peu apics le repas, sifirc in edendo^ poslea paruni hlbere.
Ou l'eliouve eusuilc le uièuio préccplc dans l'ouvraj^e d'un
prol'esseui' iranaloiuie, de Panai'oli , (pii «m rivait en 1G57,
cl puis ou \]\'U |)arla jdiis. Mu IS.')!), nu uKjdeein IVanrais,
le docleur Léon, eu IraduisauL le livre de Wadd sur la cor-
pulence, insista sur la nécessité de résister à la soif; mais
c'est surtout à Dancel qu'on doit le précepte formel du
rationnement des boissons (18Gi). 11 avait pensé que l'eau
agit « par une sorte de puissance d'organisation sur
riiomme comme sur les plantes ». Or, une pareille liypotbèse
serait inacceptable aujourd'hui pour la physiologie végétale
qui fait jouer un rôle bien autrement important à l'acide
carbonique libre ou contenu dans les cellules à chlorophyle
qu'à l'eau elle-même. Cette singulière conception ne tenait
pas debout; néanmoins il la tint pour bonne. Tous les
régimes qu'il essayait et qui consistaient surtout dans
l'exclusion de la graisse échouaient misérablement lorsque
l'obèse dépassait la mesure de 800 grammes de boissons
(eau pure ou mêlée devin). Cette méthode qui ne reposait
sur aucune donnée sérieuse ne resta pas inconnue à l'étran-
ger, et Immerman, qui écrit toujours Daniel au lieu de
Dancel, la combattit énergiquement, en disant que la diète
liquide finit comme la diète alimentaire par amener le
marasme et l'anémie. Jurgensen, en rationnant la boisson,
a vu sur lui-même le thermomètre monter à 40 degrés et
se produire une sorte de fièvre d'inanition. Ces considéra-
tions n'arrêtèrent pas Œrtel qui, avec une logique appa-
rente, fait reposer tout son système d'amaigrissement sur
ACTION DE L'EAU. 539
la vacuité ou sur la (lc|)l(jli()n de l'appareil vasculaire, pres-
4 ril la sudalioii cl les exercices forcés pour évaporer
l'eau du sang, en même temps (pi'il réduit la fjiiantité de
boisson non j»lns à 800 «^ranimes comme Dancel, mais à
5G2 «grammes en viiigt-(jiiatre inMires. — (Eitel trouva des
imitateui's, enli'(3 aulnes le ((''lèbre Schweiningor (jni fut
cependant plus modelé et plus libéral, et d'autres encore qui
laissent boire selon la soif du mnladc ou après le repas.
Mais voici de graves obj(M;tions qui vinrent ébranler tout
le système. Prenons d'abord l'observation clinique; voici ce
que j'écrivais il y a un an :
Ab.soi-pnon de reuii. — L'cau, et surtout cliaude et aro-
matisée, a l'avantage de précipiter la masse alimentaire dans
l'intestin, où la peptonisation, l'émulsion, la transformation
se font facilement; il est à noter que la température de l'eau
joue un rôle considérable; on avait supposé que Teau est
déjà absorbée pour la plus grande partie dans et par Teslo-
mac; c'est une erreur qui a été relevée par Béclard; par
ses intéressantes expériences, il démontra que l'eau même
fraîche prise à jeun abandonne rapidement la cavité stoma-
cale; au bout d'une demi-minute, l'eau apparut déjà par une
ouverture fistuleuse du duodénum cbez un liomme, et après
six minutes dans le caîcum d'un cbeval; c'est donc dans Tin-
testin que l'eau est résoibée; elle passe de là directement
dans les veines; mais elle ne séjourne pas dans le sang et n'y
forme jamais ce qu'on appelle plétlioi'e séreuse ou liydrémie
(Denis, Magendie, Nasse). Avant d'airiver au sang, elle agit
par une sorte (ïunbibition, qui s'empare facilement des mem-
branes muqueuses; ces organes absorbent alors l'eau et la
restituent sous la fornu? de lymplie séreuse, ou bien le
liquide est enlevé par le sang concentré qui passe dans ces
tissus.
Action éliiiiinalrico et fléiiutritivc de 1 cttu. L'caU, après
nu ciiM'. Mil r.is. r.f:(.iMK dks or.tsKs.
;i\'(iii' |M''ri(''li('' (l.iiis le saii^ cl. les tissus, s'(''li!niii(; |t;ii' les
it'iiis, à l'aide (le la pression du san^' siii- les vaisseaux des
gluiiit'i'iiles du rein, cL Mueiiieul ixmr ccilaiiis ('lémeiils en
dissolution dans Turine, sous riulluciice (Tink; adion sélec-
tive de ri'pillK'liuiii (les caiialieules rénaux; dès (ju'il y a un
appoil d'eau plus niai(pi('' (pi'à Tétai uoniial, Texeès de celle
eau s'élimine; il eu résulte (pie le coiiteiiu piopoiiiouFiel des
élénienls solides de ruiiiie diiuiiiue et S(; tr()UV(; aiii^i dilué.
Bien ({u'en même leiiip> Teau leiide à pa<sei' par la tians-
piralion cutanée et pai- la respiralion pulmonaire, Turiiie
retient néanmoins et (''limine une (juaiitité plus considé-
rable de principes oryauicjucs; à plus forte raison en est-il
ainsi, si les autres sécrétions diminuent; dans ce cas, le
volume de l'urine venant à augmenter passagèrement, elle
charrie également plus d'urée (Baupp). Mais voici des faits
bien plus importants. Des recherches deBischolV, Voit, Iler-
mann, Schmiedeberg, il ressort que, sous l'inlluence de
l'eau, les oxydations sont augmentées, et que les produits
de combustion se trouvent en excédant dans le liquide rénal.
D'une autre part, il est facile de prouver que les boissons
abondantes constituent, en outre, une sorte de lavage de
tous les parenchymes, et produisent ainsi une élimination
temporairement exagérée des déchets nutritifs; pour l'urée,
cela est prouvé; il en est de même pour le chlorure de so-
dium, l'acide phosphorique et l'acide sulfurique; l'augmen-
tation des sels dans l'urine de la diurèse est démonti'ée
depuis longtemps par Becquerel, Chossat, Lehman, Genth,
Mosler, Falk; ainsi surproduction et excès de sécrétion des
principes d'oxydation; en d'autres termes, dénutrition, et
départ des déchets : Schmiedeberg se prononce nettement
dans les deux sens et surtout dans le premier. Mais en même
temps, il importe de noter que l'influence de l'eau sur les
mutations organiques et sur le lavage des parenchymes
ACTION DE L'EAU. 511
est tout à l'ait |)assaf;(3rc; rau<^iii(îiitatioii de l'iiréo cesse au
bout de peu du teinj)s rnalj^ré la continuation des libations
aqueuses (.1. Mcycr, Oppenlieini); riMpiilibre azoté ne tarde
pas à se rétablii', cl le conloiiu des lissiis en uiatériaux
azotes doit même èli-i^ plus faible (pi'il n'/Mail lors de l'usage
modéré do l'eau. L;i conclusion s'impose au point de vue
de l'amaigrissement; Teau active b.'s mutations organirpies.
L'eau hâte ainsi la dénutiitioii. Falk, après avoir déter-
miné la quantité d'urine rendue par un animiil, lui injecte
dans l'estomac une certaine quantité d'eau; il «onstate que
ce n'est pas immédiatement que le rein l'élimine le plus, ce
qui prouve que l'eau sert à d'autres buts; l'excrétion se fait
surtout après deux à cinq Iicures. Bisclioff trouva aussi une
destruction considérable des albuminates, comme le témoigne
l'excès d'urée éliminée; Gentil, exi)érimenlant sur lui-même,
confirma les données de BiscliolT; avec 1485 grammes d'eau,
il rendit I252grammesd'urine, contenant 40 grammes d'urée;
avec il litres d'eau, 4'8»'',9 d'urée; A litres d'eau éliminent
5 i^''V3 d'urée. — Lorsque l'eau ingérée est destinée à rem-
placer la transpiration résultant d'un exercice immodéré,
l'urée peut monter jusqu'à 55 pour 100 en plus. Cependant
Cari Gentil (Arch. fur PhysioJ., ]). 85), semble amoindrir les
données précédentes; mais il iTi n trouve pas moins (en par-
tageant la journée en périodes, puis en comparant les jour-
nées entre elles) une augmentation qui va, à l'aide de 2 litres
d'eau, de 41 d'urée à 53 par jour. L'eau est non seulement
un éliminateur de l'urf'o préexistante, mais un moyen d'aug-
menter la dénutrition; donc la diète des boissons n'a aucune
raison d'être.
bit (IIAP. VIII lus. — lll'(.i.MK DKS ()|;KSKS.
3 ^1. — UcN l»<»IwM4»nK altoiidniii<>M
Guiil('' |);ii" cas (loiiiiécs pliysiuio^iciiics, loin de roslrciiidie
rusa^o des l)oissons, j'ai [)u Irailcr et {guérir un giand
nombre de malades par 1(3 légimc albumino-<;raisseux, addi-
tionné crune grande (iuanlilé di' boissons, parliculièremenl
do boissons aromatiques diaudes. La di^eslion se trouve
ainsi facilitée tout d'abord; la i^raisse, si rebelle à l'estomac^
est précipitée dans l'intestin, où ell(3 trouve à s'émulsionner
l)ar les sucs pancréatique et biliaire, pendant que les albu-
minalt's complètent leur peptonisation parle suc intestinal
et par la trypsine pancréatique. Ce qui prouve bien que la
digestion est facilitée })ar les liquides, ce sont les contre-
épreuves fournies par Evvald et Mayer, qui disent formelle-
ment que lorsque l'eau manque dans une digestion intesti-
nale, celle-ci est promptement enrayée.
En même temps que la digestion est activée par les bois-
sons abondantes, la dénutrition ne l'est pas moins. Debove
a bien contesté à l'eau, quelle qu*en soit la quantité, tout
pouvoir dénutritif. Je ne parle pas d'une première expérience
faite sur une femme hystérique, qui, à l'instar de toutes ses
collègues, se faisait une nutrition facultative. Une expérience
plus sérieuse fut pratiquée sur Flamant, son collaborateur,
préalablement soumis à la ration d'entretien, c'est-à-dire
à l'équilibration des recettes et des dépenses d'azote (depuis
combien de temps?). Debove seul, contre tous les physiolo-
gistes indistinctement, et à rencontre des unanimes résul-
tats, conclut de son unique tentative que la quantité d*urée
éliminée par les urines reste invariablement la même, après
l'ingestion de 1000, ou bien de 4000 grammes d'eau dans les
vingt-quatre heures; mais je demande ce que Flamant serait
devenu en prenant moins d'un kilogramme d'eau par jour?
POUVOIR DISSOLVANT DKS BOISSONS. 5i3
Je réponds par les reclierches récentes sur riiomnie, et
surloulpar (les belles expériences de zootcclinie.
Un physiologiste distingué, I.andois, professeur à Vienne,
préconise les boissons abondantes coiiiine un des ineillcurs
moyens de réduction corporelle. Ilenneberg (|iii professe
la zootechnie a démon ti"é formellement que d'après les agro-
nomes les plus expérimentés les boissons exagérées nuisent
à l'engraissement, et il attribue cet elfet à la déperdition de
la chaleur par Tévaporation de l'eau. En parfait accord avec
Ilennebcrg, Zuntz conclut d'après ses observations que les
boissons abondantes, chez les obèses, constituent un bon
moyen d'amaigrissement. Le rapport de J. Mayer cite encore
Leichtenstern qui a démontré « que l'abondance des boissons
n'augmente pas la quantité d'eau du sang, et que l'hémo-
globine du sang ne diminue en aucune façon par l'usage de
7 litres d'eau par jour ». — C'est ainsi qu'il faut s'expliquer,
dit le rap|X)rteur, comment G. Sée a obtenu de bons résultats
de la méthode d'Ebstein malgré l'ingestion surabondante de
boissons caféiques. — En considérant la soustraction des
liquides au point de vue de la concentration du sang, Leyden
dit qu'il ne faut rien en attendre comme effet thérapeutique ;
d'une autre part l'introduction massive et subite de liquides
détermine une accélération et une extension du courant san-
guin, mais ils s'éliminent rapidement par les organes de
sécrétion, et l'équilibre se rétablit.
Eu dernier lieu Robin vient de prouver que les li(juides,
rares ou abondants, facilitent singulièrement l'amaigrisse-
ment, selon que chez les obèses les oxydations caractérisées
par la production de l'urée sont amoindries ou augmentées
relativement aux autres éléments de l'urine ; lorsque le
coefficient de l'urée est au-dessus de la normale, les boissons
abondantes sont de toute nécessité.
l*ouvoir diluiiuc des boiMstonst. — U mC rCStC à silinalcr UU
5U niAP. Mil IMS. — i;f;c.iMK nr.s oi'.r.SKS.
(IcrnitM- Mvanlaj^n (h^s boissons abondantes, je veux parler de
bMii' |M)ii\()ii' (lihiaul on dissolvaiil. I.nr^cjiic bis obèses sont
<,M)iilltMi\, b)rs(jne b\s l'eins contieiniriil p.ir conséfjucnl de
Tacide ui'kjhc ou des iirales, si peu sobibb^s (pi'ils s'y fixent,
l'eau sert pour ainsi dire à lessiver les canaux ininifôres, et
à entraîner ces produits impai'fails d'oxydation on au moins
à les diluer et à les rendr(! j)lns soiubles. — (Ij lel convient
lui-même que la mesure du rationnement de l'eau se trouve
dans la solubilité des urates contenus dans l'urine ; mais ce
critérium est loin d'être rip^oureux ; de grandes masses
d'uralcs peuvent se trouver dans le tissu du rein et dans les
réservoirs d'excrétion rénale, sans que les urines en trabissent
rien. — Ce qui est certain, c'est que quand ces organes sont
ainsi encombrés d'acide uriquc ou d'acide oxalique, il peut
en résulter une véritable irritation, et la formation d'une
albuminurie ; c'est ce qui ressort clairement des observations
d'Ultzmann, de Kinnicut et de Lépine.
Au moment de terminer ce plaidoyer en faveur de ma
métliode qui avait été si vivement critiquée d'abord, des
boissons abondantes à la place des boissons rationnées, je
trouve des exemples du danger du rationnement. Meyer cite
deux cas de dyspepsies graves et rebelles résultant de la
métbode d'Œrtcl, et Rosenfeld rapporte trois cas d'albumi-
nurie dont deux sont devenus mortels; La diète liquide peut
favoriser, dit-il, la formation de l'acide urique soit par un
moyen cbimique, soit par un procédé mécanique, et donner
lieu à une népbrite parfois suivie de mort.
§ 3. — Des boissons cafciques à prescrire ;
des boissons alcoolisées à interdire
Les boissons les plus nuisibles aux obèses, celles qui pro-
duisent ou entretiennent le plus sûrement l'embonpoint sont
DES BOISSONS CAFÉIQUES. 54?
la bière qui est le liciuide le plus stéato^ène; l'îilcool ne l'est
pas moins ; il a^^it fàcheusemcnl sur le cœur et les vaisseaux ;
la dégénérescence graisseuse ou fibro-graisseuse du myocarde
et la sclérose des artères sont le résultat inévitable de l'al-
coolisme; c'est à peine si l'on doit permettre quelque peu de
liqueur ou de vin dilué aux obèses surtout à ceux (jui ont
déjà l'infiltration graisseuse et à plus forte raison la trans-
formation adipeuse des fibres cardiaques. — Les boissons les
plus utiles sont les liquides tbéiques ou caféiques. C'est au
tlié pris aux repas du matin en quantité marquée et à une
température élevée qu'il faut donner la préférence ; tous les
obèses qui prennent à table ou entre les repas cette boisson
d'une manière usuelle, obtiennent de meilleurs résultats que
par l'usage de l'eau pure, môme prise à froid. L'ulilité de
l'eau étant admise, on peut recourir aussi, à titre de variante,
aux eaux gazeuses, aux limonades.
Le café a fait récemment le sujet d'une discussion assez
vive. Dancel accorde le café mais en établissant une distinction
entre l'infusion et la décoction ; la première, contenant le
principe stimulant, convient, dit-il, aux obèses pleins de tor-
peur, et fera naître en eux le besoin de se mouvoir en dimi-
nuant la somnolence; la décoction, au contraire, détruit le
principe actif; elle sera prescrite à tous ceux qui ont encore
soif; or, comme tous les obèses peuvent avoir soif, il en
résulte qu'il faut leur donner l'infusion. Est-ce Là la con-
clusion de Constantin Paul qui suit et admire Dancel et me
reproclie mon ignorance de la délicate distinction de ces deux
procédés? (Voy. cliap. G bis). Il m'adresse une admonestation
plus sévère encore.
Autrefois, d'après les expériences de Lebman qui avaient
bien (juelque intérêt, on considérait le café comme un moyen
d'épargne ; c'était une erreur que j'ai partagée avec tous les
physiologistes. Aujourd'hui cette propriété modératrice du
SÉE. T. — 35
51G ciiAiv Mil nis. — i;r;(;iMK i)i:s oi5f:sKS.
iiiôiivoiiiPiil (le (Icsassiinilalion n'c.'st adoph^i; Ion! aii))Iiis([iic
j.oiii- les iK'lites doses. Il csl certain, d'après les leclierclics
|tliis léceiiles, peiil-èlre aussi d'après les expériences encore
inédiles de Constantin I\iul, (jik; 1(3 café est, à foi'te dose, un
moyen de dénutiilion (Voy. cliap. bis, § 3). S'il en est ainsi
il HIC semble parfaitement trouver sa i)lace à côté de tous les
autres moyens de dénutrition, tels que l'eau en abondance,
dont j'ai décrit et préconisé les ellets. — Cette boisson, de
môme que le tbé, qui doit ses principales actions à la tbéine
semblable de tous points à la caféine, convient parfaitement
aux obèses môme à ceux dont le cœur est menacé de stéalose.
Après avoir produit temporairement des palpitations et des
insomnies, le tbé qu'on peut prendre très dilué, ce qui est un
avantage, et le café qu'on prend ordinairement sous forme
concentrée finissent par produire des effets utiles. Je con-
tinuerai donc à recommander la boisson théique en grande
(juantilé avec toutes ses propriétés digestives et désassimi-
lantes. Une expérience déjà ancienne ne me laisse pas le
moindre remords à ce sujet.
§ 4. — Des divers systèmes alimentaires.
jsystcmc Banting-.